Sports de combat et conflit : adversaire ou partenaire

Par Yann Ramirez, chercheur en sociologie à l’université Paul-Valéry de Montpellier

La violence est polymorphe et obéit à une multitude de définitions. Afin de l’associer avec l’altérité au sein d’une pratique de combat, je pourrais brièvement définir cette violence comme une interaction directe, sur le circuit le plus court, pour contrôler « l’autre » dans sa totalité, en lui portant atteinte physiquement ou psychiquement. Nous nous retrouvons avec les idées de contrôle et de domination puisque nous faisons face à des activités liées à des compétitions sportives où un vainqueur doit être déclaré. L’atteinte physique est réalisée par les coups échangés, l’atteinte psychique concerne les phases d’intimidation (bullying) qui interviennent en amont de la confrontation.

Je dois dès l’abord spécifier les différentes activités de mon objet de recherche, à partir de la distinction réalisée par Philipe Bernier [1]. Les arts martiaux contiennent fondamentalement un danger de mort, un contexte de guerre, tuer pour défendre sa vie. Le Budo (la « voie du guerrier ») provient du Japon depuis le XVI° siècle. L’idéogramme chinois du Bu se décompose en deux parties, dont l’une signifie une « lance » et l’autre désigne l’action d’« arrêter » [2].

Ainsi nous pouvons y voir une action défensive de stopper une attaque adverse. Le budo a la vocation de perpétuer cette efficacité martiale, par la répétition et l’approfondissement des techniques. Il est accompagné d’un projet de vie qui encadre la pratique (éducation aux valeurs traditionnelles telles que le respect par exemple). Enfin, les sports de combat se distinguent de ces derniers car ils mettent en avant des techniques plus offensives, normées par des règles, où le but est de gagner sans nécessairement tuer ni blesser l’adversaire, ils intègrent un aspect ludique et la compétition.

L’altérité dans le sport de compétition se heurte à la problématique du culte de la performance, analysé par Alain Ehrenberg depuis le début des années 1990. Les sports de combat cristallisent les tensions sur des pratiques destructrices et autodestructrices. L’« autre » est-il perçu comme un adversaire ou un partenaire lorsque l’activité physique devient une opposition conflictuelle ? Les combattants jouent avec les limites séparant l’agressivité instrumentale et l’agressivité hostile : la violence acceptée et réciproque.

Pour illustrer l’altérité dans ces pratiques de combat, j’utiliserai régulièrement le cas des arts martiaux mixtes (Mixed martial arts ou MMA), qui combinent plusieurs sports de combat et arts martiaux (boxe, judo, lutte, jiu-jitsu brésilien, karaté etc.). Enfin, je sortirai de la sphère de la compétition pour traiter de la « boxe thérapeutique » utilisée par Richard Hellbrunn ou encore Jacques Pain. Ces derniers luttent contre la violence en s’y approchant de près, en resocialisant des individus par la dynamique oppositionnelle à frappes atténuées.

La reconnaissance de l’autre : une altérité omniprésente

Que les relations soient marquées par des échanges amicaux, conflictuels, positifs ou négatifs, l’interaction est toujours un rapport avec autrui. Dans mon objet de recherche, la reconnaissance de l’autre se fait de différentes façons, à différentes échelles de distance. Je montrerai aussi les risques psychotiques qui peuvent nuire à l’altérité dans les sports de combat.

L’éthique sportive et le visage

La morale sportive traditionnelle est construite autour de composantes de sociabilité : coopération, solidarité, respect des règles, fair-play, recherche de l’excellence [3]. Des polarités s’affirment, la règle devient moins impotente. Le groupe informel permet plus d’autonomie, donc un glissement de repères où une mise à distance de l’altérité se crée, car les « temporalités s’individualisent » et les calendriers s’individualisent. Les sports-spectacle sont dans l’affrontement, avec la mise en scène de l’égalitarisme et de la justice, symbole de la modernité démocratique et compétitive.

Depuis 1970, nous assistons à un paradigme grandissant construit sur l’ascendance de la liberté sur la loi, où est prôné le culte de la performance. L’éthique sportive fondatrice y est alors bousculée. C’est en ce sens que nous nous interrogeons donc sur la nature du psychisme des participants à ce genre de combats ultimes.

Dans Éthique et infini, Emmanuel Lévinas définissait l’expérience première de la morale dans la reconnaissance d’un « alter ego » par la rencontre de son visage. Le visage révèle l’exigence éthique : « le visage est exposé, menacé, comme nous invitant à un acte de violence. En même temps, le visage est ce qui nous interdit de tuer » [4]. Dans les sports de combat, le visage de l’un regarde celui de l’autre avec attention, il le vise, et réciproquement. Une rencontre qui fait que l’on est responsable de l’autre, de façon asymétrique car ma responsabilité ne dépend pas de la façon dont l’autre assume la sienne. Certes asymétrique, la responsabilité entre les sportifs et a fortiori entre combattants est cependant réciproque. Les yeux sont la partie la plus nue du corps humain [5]. L’art martial c’est ouvrir les yeux pour regarder et se laisser regarder [6].

Le jour où des combats mettront aux prises des athlètes dissimulés sous un masque ou autre, tout porte à penser que l’« autre » sera perçu plus négativement et que ce non-visage et l’absence du regard désinhiberont les volontés d’atteindre la mort réelle de l’adversaire, et non pas une mort symbolique par cette violence aujourd’hui ritualisée. L’expérience de la réciprocité est une source plus sûre de l’acceptation d’une altérité. Le fait d’apprendre à détruire l’autre tout en lui cédant ce pouvoir est un partage authentique qui n’est pas sans rappeler cette peur de la réciprocité absolue de l’état de guerre de tous contre tous qui, selon Thomas Hobbes, conduit à la genèse de la société.

Violence et distance

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Auguet avance l’idée d’une perception de la violence selon la proximité entre les acteurs et le public. Il prend l’exemple de ces rites où « l’absence même de distance conférait à l’effusion un caractère violent et puissamment émotionnel » [7]. Cette distance apparaît aussi dans le fait qu’ils mourraient sans enlever le casque car l’enlever c’est : « montrer un autre visage, fausser le jeu et rompre, vis-à-vis du public, une complicité qui était sans nul doute l’aliment indispensable de l’émotion ressentie au cours de ces spectacles » [8]. Ce rapport entre la distance et la perception de la violence est toujours d’actualité. L’enquête de terrain pour mon mémoire, puis pour ma thèse de sociologie sur le MMA, montre cette différence de perception entre les combattants et les spectateurs/acteurs non pratiquants. Effectivement, sur deux groupes homogènes de dix individus (un groupe de combattants en compétition, et un groupe de non-pratiquants en compétition mais néanmoins acteurs de ce sport) : nous comptons davantage de personnes souhaitant des règles qui autorisent plus d’actions violentes (coups de pied au sol, coude) dans le groupe des non-pratiquants en compétition.

Les athlètes engagés dans des évènements de MMA ou ayant connu ces règles plus brutales dans la cage, ou sur un ring, ne souhaitent majoritairement pas leur retour. En effet, depuis l’hégémonie de l’UFC et l’arrêt de son ancien concurrent du Pride F.C au Japon en 2007, les coups de pied et de genou sur un homme au sol sont interdits, hormis quelques exceptions (le One F.C à Singapore par exemple).

Des combattants non pathologiques

Une distinction doit être réalisée entre les deux formes d’agressivité : « La différence entre l’agression hostile et l’agression instrumentale réside dans le but poursuivi par l’agresseur et non dans son intention » [9]. C’est-à-dire que dans les sports de combat, il n’y a pas de colère dans l’agression instrumentale car le but recherché est la victoire, l’« agresseur » ne souhaite pas nuire à l’intégrité physique de son opposant. Toujours selon Richard Cox, le chevauchement entre l’intention de gagner un match et les moyens d’action agressifs forment une zone d’ambiguïté.

Pour illustrer ces propos, je vais prendre l’exemple des sports de combat et plus particulièrement les sports de percussions. Ils contiennent une agressivité instrumentale qui dans le football serait assimilée à une agressivité hostile (donner un coup de poing à un adversaire), l’hostilité chez notre objet intervient lorsque les actes de l’agression outrepassent les règles : des coups interdits comme des doigts mis délibérément dans les yeux par exemple. Délimité spatio-temporellement, un coup donné avant ou après le gong, dedans ou en dehors du ring sera alors assimilé à de l’agressivité instrumentale ou hostile.

À la suite des entretiens réalisés avec les initiés et les non initiés à notre objet de recherche, j’en conclue que ce n’est pas la pratique qui crée de la violence mais leurs pratiquants. En effet, peu de débordements sont à dénombrer lors des évènements de MMA. Les actions spectaculaires se concluent systématiquement par le respect entre les protagonistes, dès les interventions de l’arbitre. Des sports avec des règles strictes et où le jeu ne compte pas de coups donnés volontairement n’excluent pas des risques de violence. Bertrand Amoussou conforte cette idée en affirmant que « la violence est dans la personne » [10]. Pour Vincent Parisi, c’est « l’individu qui produit l’irrespect et non la discipline [11].

Dans ce débat, Frédérique Decocq, doctorante en psychologie travaille notamment sur le « Passage à l’acte agressif et espace intersubjectif dans la rencontre sportive », elle confirme cette dichotomie lors de notre entretien, soit la primauté de la violence exercée par l’individu indépendamment du sport pratiqué [12].

L’interrogation se pose désormais sur les limites de la perception de l’altérité selon des états psychotiques. Frédérique Decocq nous répond lors de l’entretien : « Les psychotiques sont dans la transgression, font abstraction d’autrui…l’autre n’existe pas. […]C’est impossible qu’il puisse en pratiquer dans des formes codifiées, à long terme ».

Il serait alors difficile d’envisager qu’un individu psychotique puisse pratiquer le MMA, et encore moins y faire carrière. Des contre-exemples existent, un focus réalisé sur les arts martiaux mixtes montre des transgressions d’athlètes, principalement chez des individus ayant eu des carrières en dent de scie (Joe Son, Ryan Gracie, Lee Murray, etc.)

Une brève poussée psychotique peut intervenir lors des finalisations, lorsqu’un combattant ne relâche pas une soumission ou qu’il continue de frapper, attendant que l’arbitre stoppe le combat. Le maître de budo contemporain Kenji Tokitsu traite du « kimé » (la « décision ultime ») dans le karaté, une « condition psychique instantané » [13] qui engendre une frappe dans un mouvement corporel choisi. Bien que différent dans le MMA, ce Kimé peut se rapprocher de la violence fondamentale de Jean Bergeret : une attitude défensive, « purement préservatrice du narcissisme primaire » [14].

De plus, l’enquête de terrain révèle une prépondérance des combattants qui laissent à l’arbitre le soin de stopper le combat. Outre la confiance que porte l’athlète à l’arbitre, ce don de responsabilité est un danger pour l’intégrité physique d’un combattant qui pourrait faire face à une incompétence du corps arbitral.

Cependant, nous verrons que certains individus arrivent à stopper le combat d’eux-mêmes, montrant une grande lucidité au moment de conclure un combat.

L’altérité en combat

Les knockouts, les coups font que les sports de percussion monopolisent l’attention. Après avoir traité des limites accordées à l’altérité lors des phases de finalisation, nous verrons que la relation entre adversaire et partenaire est ambigüe.

De la théorie aux confrontations

Á travers son expérience du karaté Kyokushinkai où le K.O est possible, Jacques Pain insiste sur l’affrontement, l’entraînement corporel qui conduit à une maîtrise générale, la prévention des situations d’agression, la perception de ses propres peurs et de ses seuils émotionnels. Cet apprentissage permet de remplacer l’ennemi par l’adversaire, dans une logique agonale, ainsi qu’une violence prophylaxique de la vie quotidienne [15]. Combattre pour gagner et n’avoir aucune haine de l’autre ne correspond pas forcément à une pulsion déchargée, la quête purement sportive altère grandement la part d’agressivité que nous pensons admise. Les pratiquants historiques de la Chute Boxe (club de MMA au Brésil) que sont Wanderleï Silva, Mauricio « Shogun » Rua incarnent parfaitement cette dualité : des athlètes usant de techniques les plus brutales telles que des coups de pied donnés à un adversaire au sol (penalty ou soccer kick) ou des piétinements (stomp), et arrêtant de frapper l’adversaire avant même l’arrêt de l’arbitre.

Les enquêtés qui ont pu rencontrer ces lutteurs témoignent de leur calme, de leur gentillesse dans la vie. Comment cette dualité est-elle possible ? Parce qu’en se sportivisant, le MMA a laissé derrière elle les attributs les moins « civilisés ». Il est caractérisé par une agressivité instrumentale non violente. Le week-end du 17 mai 2014, le combattant amateur américain Mike Pantangco abandonne son combat alors qu’il mène largement l’assaut, infligeant de nombreux coups à son adversaire : « j’ai juste pensé qu’il n’y avait pas à le combattre pour des points (NDLR : les points des juges pour une décision à l’issue de la lutte), parce qu’il ne s’est pas entraîné pour moi et je ne me suis pas entraîné pour l’affronter, et je crois simplement que nous sommes des combattants amateurs. Nous ne gagnons pas d’argent, nous ne sommes pas payés. Et je pense que la seule chose, c’est que je vais “finir” le combat et l’envoyer à l’hôpital ou lui faire mal. Je pense que c’est juste terrible, donc je lui ai simplement donné ma victoire » [16].

La vidéo a fait le tour du monde en quelques jours. Ce don de victoire pour préserver la santé de son adversaire est un cas singulier. Sa motivation venait du statut d’amateur où il ne voit pas pourquoi il blesserait son adversaire en sachant qu’ils ne seront pas payés. Si la motivation pécuniaire est présente, il faut également avoir conscience des frais hospitaliers aux États-Unis. Le fait d’avoir dit qu’ils n’étaient pas payés, montre que le milieu professionnel peut effacer les préoccupations de santé de son adversaire, et ainsi infliger des coups pouvant être plus dommageables.

D’adversaires à partenaires, et vice versa

Il est à noter que nous assistons progressivement depuis une dizaine d’années dans le MMA, à une centralisation des clubs, des gyms. Afin de s’entraîner dans les meilleures infrastructures, avec les meilleurs partenaires (potentiellement anciens et futurs adversaires), les athlètes se réunissent dans des grosses équipes qui centralisent la discipline. Ils s’entraînent entre eux. Parmi les gros clubs centralisateurs du MMA actuel, nous pouvons compter la Tristar Gym de Montréal, L’American Top Team à Coconut Grove en Floride, la Team Jackson à Albuquerque-Nouveau-Mexique, La Nova União à Rio de Janeiro, l’Evolve Fight Team de Singapour, la Blackzilians à Boca Raton en Floride, la Team Alpha Male à Sacramento en Californie, la Korea top team à Séoul ou encore la Krazy Bee à Tokyo. Il est d’ailleurs important de signaler la concentration des gyms aux États-Unis, où de nombreux athlètes sud-américains et européens s’y entraînement, délaissant les anciens clubs historiques de la discipline (Brazilian top team à Rio de Janeiro, la Chute Boxe à Curitiba, la Golden Glory d’Amsterdam, les Red Devils de Saint Petersbourg etc.).

Le concept d’altérité dans le MMA est particulièrement intéressant à analyser lors de l’émission télévisé The Uultimate Fighter (TUF). Depuis 2005, l’UFC multiplie les saisons du TUF où 16 combattants cohabitent pendant cinq semaines dans une grande villa. Répartie en une ou deux catégories, et en deux équipes distinctes dirigées par un entraîneur (un combattant reconnu), des phases éliminatoires permettent de faire la sélection jusqu’à la finale, cette dernière étant diffusée en direct à la télévision quelques mois après le tournage. Pendant un mois, les 16 combattants vivent entre eux, sans contact avec l’extérieur pour éviter les fuites de tournage. La cohabitation entre des athlètes en concurrence déborde quelques fois, il est à noter que l’alcool est présent dans la villa. Ce dernier est régulièrement un élément déclencheur de ces rixes. De nombreux combattants actuels de l’UFC sont passés par le TUF, qui en est à sa 19° saison. Ces incidents favorisent l’attractivité de cette téléréalité sportive auprès de téléspectateurs dont le MMA n’est pas l’intérêt premier, d’ailleurs le montage des épisodes met en avant les débordements. Malgré cela, la cohabitation reste dans l’ensemble saine, ce qui a pérennisé l’émission.

Le conflit comme outil de resocialisation

Je vais aborder ici le concept de « psychoboxe », développé par Richard Hellbrun. Le combat thérapeutique où l’apprentissage passe par la voie de l’opposition conflictuelle, dans le cadre d’un duel. Ce procédé est nommé « stages violence » chez Jacques Pain.

Il faut partir du postulat que nous possédons tous des fragments de destructivité qui sont tournés vers nous ou vers l’autre, exprimer directement par la violence ou indirectement par divers procédés. La « psychoboxe » se fait par boxe anglaise à coups « atténués », ce n’est pas un exutoire. Elle est appliquée depuis 1977 en France, principalement en psychothérapie pour les sujets ayant recours aux actes violents, mais également comme une formation pour des professionnels confrontés à des situations violentes, et enfin dans le domaine éducatif pour permettre à des jeunes de trouver des repères avec leur image du corps. Ce traitement interne de la « violence par la violence » ne peut agir favorablement que s’il y a un codage, une ritualisation et une stratégie éducatrice.

Le but de la « psychoboxe » est d’explorer sa violence avec un partenaire en face de soi et un observateur extérieur. Une analyse suit le combat où les émotions et le ressenti sont exprimés. Combat avec soi-même, avec l’autre, combat sans adversaire : le « combat est un exercice de réappropriation de la conscience et de l’évaluation de ses propres rapports sociaux » [17].

Jacques Pain rajoute que le combat est une « dynamique tensionnelle », oppositionnelle de l’entre-deux où le corps devient objet, un corps qui fait lien dans la relation. Ces activités de combat sont une articulation entre l’ « enfermement radical » et l’ « éclatement total », un auto-repérage.

Pour conclure, nous pouvons citer Pascal Martin qui résume bien les activités de combats thérapeutiques et l’importance du regard : « Ni l’or de la cure-type, ni celui de l’exploit sportif mais bien la rencontre ‟bâtardeˮ d’un corps en annulation symbolique et d’un regard autre qui produit mouvements et effets de sens » [18]. Adversaire et/ou partenaire reste toujours une relation avec autrui, un jeu de rôles ritualisé qui alterne principalement selon s’il s’agit d’un entraînement ou d’une compétition. Cependant, des zones d’ambiguïté peuvent exister au cours de ces deux situations : des rivaux peuvent s’entraîner entre eux et des « amis » peuvent se combattre, celant implicitement un contrat moral ou plutôt un working consensus dans le sens d’Erving Goffman : des règles non-écrites du sparring (opposition d’entraînement) où les deux boxeurs partenaires sont coresponsables.

Si nous adoptons une vision critique, les activités de combat peuvent être parfois à reconsidérer, reléguées au rang de socialisation minimaliste, et ce malgré les réglementations et codifications. Les sports de combat sont des disciplines d’extériorité où l’énergie et les pulsions sont expulsées ; un reflet d’une société occidentale rationnelle où les individus sont toujours tournés vers l’extérieur d’eux-mêmes.

Enfin, il est possible de penser les limites de l’altérité dans cet objet. Une dimension du rituel dans la confrontation avec soi, et sous le prétexte de l’autre, où le symbolisme dérive de plus en plus vers de faux semblants. Le partenaire devient un instrument qui sert à se valoriser soi-même, mais en considérant que ce constat est réciproque. Adversaire et partenaire, les combattants obéissent à un pacte d’instrumentalisation mutuelle, spatio-temporellement. Enfin, la confiance des athlètes faite aux arbitres lors des finalisations peut mener à une déresponsabilisation des combattants, qui ne cherchent plus à voir si son opposant n’est plus capable de continuer la lutte.

Bibliographie

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[1] BERNIER P., « Que faire des arts martiaux et des sports de combat ? », in PAIN J., La non-violence par la violence. Une voie difficile, Vigneux, éditions Matrice, 1999, p. 249.

[2] FRIDAY K.F, & SEKI F., Legacies of the sword : the Kashima-Shinryū and samurai martial culture, Hawai, University of Hawaii Press, 1997, p. 64.

[3] PIGEASSOU C., « Les éthiques dans le sport : voyage au cœur de l’altérité », in Corps et culture N°2, 1997, consulté le 20 mai 2014, http://corpsetculture.revues.org/316.

[4] LEVINAS E., Éthique et Infini, Paris, Fayard, 1982, pp. 79-80.

[5] LEVINAS E., Idem, pp. 89-90.

[6] BAUDRY P., « Violence arts mariaux et sports de combat », in Pain J., La non-violence par la violence, une voie difficile, éditions matrice, 1999, p. 126.

[7] AUGUET R., Cruauté et civilisation : les Jeux Romains, Paris, Flammarion, 1970, p. 16.

[8] Idem, p. 56.

[9] COX R.H, Psychologie du sport, Bruxelles, De Boeck, coll. « Sciences et pratiques du sport. », 2005, p. 257.

[10] JANSSEN T., Brésil, un siècle de combat, Label-Anim et 13 ème Rue, 2005, 93 min, Dvd video Fightsport, Antigua, 2006, 40 ème minute.

[11] D’après ces propos dans le documentaire de T. Valence, Bertrand Amoussou, l’âme du guerrier, Fightsport, Antigua, 2005, 52 min.

[12] D’après l’entretien avec Frédérique Decocq, in Ramirez Y., Les arts martiaux mixtes : entre sportivisation et représentations, Montpellier, 2011, université Paul-Valéry Montpellier III, mémoire de master, sociologie, sous la direction de Thierry Blin, annexe n°9, p. 106.

[13] PAIN J., La non-violence par la violence. Une voie difficile, Op. Cit., p. 257.

[14] BERGERET J., La violence et la vie ; la face cachée de l’Œdipe, Paris, Payot, 1994, p. 61.

[15] TOKITSU K. in PAIN J., Op. Cit. p. 30.

[16] SCOTT N., « Winning MMA fighter taps out to protect his opponent », in USA today sports, consulté le 30 mai 2014, http://ftw.usatoday.com/2014/05/mma-fighter-tap-out-sportsmanship

[17] PAIN J. « préface », in HERBERT J. (dir.), Arts martiaux, sports de combat et intervention psychosociale, Québec, Presses universitaire du Québec, coll. « Collection problèmes sociaux et interventions sociales », 2011, 316 p.

[18] MARTIN P., « Préface », in HELLBRUN R., Á poings nommés. La violence à bras-le-corps, Strasbourg, Éditions Erès Arcanes, coll. « Hypothèses », p. 9.

 

Dernier ajout : lundi 13 octobre 2014. — © RUSCA 2007-2010
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