Les images de l’Autre et les relations d’altérité dans le tourisme. Imaginaires de la Colombie

Par Marta Lucía Vélez Rivas, Professeure en administration touristique et hôtellerie (Colombie)

Cet article propose une réflexion sur la construction de l’Autre et de l’altérité à travers le tourisme. Après avoir accompli une révision des concepts nous présenterons des images touristiques et des promotions publicitaires colombiennes. La plupart des images sont des photographies et des affiches proposées par le Ministère du Commerce, de l’Industrie et du Tourisme, sur une période allant de 2010 à 2014.

La vision du tourisme en tant qu’activité purement économique entre touristes et résidents est dépassée. C’est-à-dire qu’il faut maintenant embrasser une conception plus large que la relation de marché où il n’y aurait qu’un simple échange de biens et de services. Le tourisme doit être compris comme un fait complexe, hétérogène et comme moteur de notre contemporanéité et de ses modèles. Il est compris comme un fait social qui est à l’origine de relations particulières entre touristes et habitants d’un territoire. Le tourisme a des effets sur la culture de ce même territoire, sur son ambiance et sur son patrimoine. D’après Estévez Gonzalez, le tourisme peut se concevoir comme une entité très complexe, rhizomique et hétérogène mais également très organisée [1].

La relation du tourisme et le « sens des autres »

En ce sens, nous pouvons appréhender les relations, les dynamiques et les tensions de la construction de l’Autre et de l’altérité à travers l’analyse des relations qui se construisent autour du tourisme et qui s’incarnent dans les discours, les récits et les images qui ont un caractère performatif puisque constituants de la réalité. Le touriste, dès la préparation de son voyage, se renseigne grâce à différents médias sur le futur territoire qu’il va explorer. Et, déjà il se le représente à travers des images littéraires ou visuelles qu’il a pré-examiné et s’attend à vérifier par sa visite si ce territoire existe de façon identique. Il réalise alors sa propre construction imaginaire d’un espace liminal qui en général véhicule des sentiments au centre desquels se trouvent la joie du voyage et l´incertitude de l’inconnu. L’imaginaire touristique est un outil puissant de séduction et de simulation qui joue un rôle dans la construction d’un spectacle particulier au sein duquel se développe la réalité du tourisme.

Cette première relation du touriste avec le lieu de la visite à travers des textes et des images engendre une première construction del’Autre. Cet Autre est bien souvent compris comme celui qui est différent, résident d’un territoire qui ne sera que provisoire pour le voyageur. Il est l’inconnu qui prend des visages multiples selon des facteurs complexes d’ordre économique, social, culturel, symbolique et imaginaire. Dans cette relation se développe ce que Marc Augé appelle le « sens des autres » conçu dans une double conception : les identités construites et les relations d’altérité. Ces concepts s’incarnent bien dans les activités touristiques.

Les identités construites dans l’activité touristique

Le premier concept, les identités construites, est intégré comme une offre touristique : la communauté locale porte les vêtements, adopte les attitudes et les expressions caractéristiques d’une culture, pour répondre à la demande touristique. En effet, cela permet d’entrer dans un circuit touristique à part entière qui peut améliorer, au moins en théorie, ses conditions de vie. Les autochtones reproduisent ce que Mac Cannel appelle les « authenticités mises en scène », c’est-à-dire qu´ils s’accordent sur un scénario touristique, une performance commerciale où se créent des cultures, des esthétiques, des paysages qui se doivent de correspondre le plus fidèlement possible aux imaginaires des touristes ainsi qu’aux « réalités » des sociétés visitées.

Comme l’affirme Mac Cannel, dans le tourisme, l’Autre en tant que résident est lui-même le spectacle : « el salvajismo representado o como espectáculo ya está suficientemente establecido como una parte reducida pero estable del sistema mundial de intercambios sociales y económicos » [2](« La mise en scène de la sauvagerie en tant que spectacle est déjà établie comme une partie, certes réduite, mais néanmoins persistante du système mondial d’échanges sociaux et économiques ») [3]. C’est le cas des communautés indigènes qui incarnent pour le touriste la vision de l’Autre : le différent, l’étrange, celui qui, d’une certaine manière, représente le « véritable homme sauvage ». Notion que nous pouvons d’ailleurs opposer à celle de civilisation ce qui nous éclaire sur les limites entre la nature et la culture. Le touriste traverse ainsi une frontière imaginaire, il s’aventure du côté de la nature investie d’une part de bestialité et de barbarie. L’indigène, c’est cet être sans loi, sans ordre social, sans dieux ni religion, qui vit nu dans des territoires hostiles comme la forêt, la jungle, les montagnes, les îles ou les déserts, tout un ensemble qui représentent les lieux du mystère, de l’inconnu et parfois même de la terreur.

Cet Autre, défini comme sauvage, barbare ou infidèle par la civilisation occidentale ou encore comme Amazone, Centaure ou Titan selon une construction mythique nous enseigne sur les notions de différence et d’altérité. Ces personnages incarnent l’Autre, concept qui révèle, dans ce cas, tous ceux qui n´appartiennent pas à la culture occidentale. C’est-à-dire ceux qui n’appartiennent pas au monde de la Raison et de l’esprit scientifique, ceux qui appartiennent à un autre temps, mais qui toutefois ont su rester « authentiques ». Cette authenticité se traduit par une mise en scène, un jeu d’identités qui trouve une de ses origines dans les logiques du marché. De telles identités sont des simulations où les limites entre le réel et l’imaginé, le véritable et le faux sont extrêmement difficiles à distinguer. Ainsi, à travers l’activité touristique se présente une consommation inauthentique et banalisée de produits culturels ; les identités sont reconstruites pour obtenir des bénéfices économiques et symboliques et des images, faites pour satisfaire le touriste dans sa quête de l’authenticité perdue, viennent se superposer à la réalité. Cette quête de l’authentique à laquelle s’associe la recherche d’une vie « pure » et « simple » est donc à comprendre comme une des motivations centrales du voyage touristique.

Mais les touristes devinent que l’authenticité des cultures est « ailleurs » que là où elle est proposée et ils cherchent alors cette authenticité dans les lieux du quotidien des territoires visités afin de s’approcher au plus près de l’expérience du vrai. À leur tour, les touristes subissent des transformations, notamment dans le choix des espaces de loisir. Ils entreprennent des actions coutumières qu’ils réalisent toutefois dans des endroits différents de leur demeure habituelle. Enfin, ils se situent dans un espace de « liberté » ou la gestion de leur temps libre et de leurs relations sociales peut être modifiée.

Les relations d’altérité

Les relations d’altérité se conçoivent à partir de différentes étapes du voyage : la préparation mais aussi l’invitation et la stratégie de séduction proposées aux touristes. Celles-ci sont conçues par les agences de promotion qui produisent des images dans un jeu de représentations et de simulations. Ces images se matérialisent dans les guides de voyages, livres, brochures ou encore sur le web.

Elles se retrouvent aussi, au moment du séjour, dans les photographies et les vidéos réalisées directement sur le terrain. Finalement, elles constituent les traces tangibles du voyage et font partie de la mémoire du voyageur. Au moment du retour, elles constituent la base des récits touristiques qui peuvent fluctuer et s’adapter en fonction des lieux d’énonciation et selon le contexte du discours.
Nous pouvons ainsi citer les paroles de Gabriel García Marquez : « la vida no es la que uno vivió, sino la que uno recuerda y cómo la recuerda para contarla » (« Ce qui importe, ce n’est pas la vie qu’on a vécue, mais celle dont on se souvient, et de comment on s’en souvient pour la raconter ») [4]. Cette pensée sur la vie peut être transposée aux voyages : les voyages ne sont pas ceux que l’on a vécu, mais ceux dont on se souvient, et comment on s’en souvient. Nous pouvons donc parler d’une mémoire du voyage qui génère un récit, celui-ci à son tour, nourrit les imaginaires. En ce sens, les voyages sont en réalité la mémoire qui reste et qui est partagée avec ceux qui en écoutent le récit. Ainsi se propage l’imaginaire du voyage. Les récepteurs du récit touristique voient et « vivent » les voyages et arrivent ainsi à connaitre les relations d’altérité avec les peuples visités à partir des images et des discours du touriste de retour dans son quotidien.

Todorov [5] a proposé une typologie des relations à l’autre qui se centre sur trois axes à partir des catégories suivantes : découvrir, conquérir, connaitre et aimer. Les axes proposés sont :

- Plan axiologique : la relation se présente à travers un jugement de valeur. L’Autre est bon, méchant, je l’aime ou je ne l’aime pas, il est mon égal, il est inférieur ou supérieur à moi.
- Plan praxéologique : la relation se présente par une échelle d’approximation à l’autre qui devient mon proche ou celui que est éloigné de moi. Une personne adopte les valeurs de l’autre et s’identifie à lui, ou au contraire, impose sa propre image. Cela explique les relations de soumission : la soumission à l’autre, la soumission de l’autre ou un point de neutralité.
- Plan épistémique : la relation présente une gradation infinie sur les états de connaissance à propos de l’autre : je connais ou j’ignore l’identité de l’autre, plus toutes les possibilités présentes entre les deux.

Durant la préparation, la première phase du voyage, le voyageur fixe sa décision sur sa destination. Il se renseigne sur son objectif à partir de toutes les sources d’informations possibles. Dès lors, les différents médias accomplissent une fonction performative puisqu’ils créent une construction sociale de l’Autre en même temps qu’ils la décrivent. Cette information est essentielle au moment du choix d’une destination touristique puisque ce qu’elle montre peut faire changer d’avis ou au contraire séduire d’autant plus. Le voyageur a ainsi une approche des autres sur un plan axiologique qui se limite à un jugement de valeur transmis à travers les images et les textes. Mais, au lieu de les révéler avec exactitude, les images peuvent parfois cacher les réalités des lieux promotionnés par les guides ou les agences. À ce propos, Roland Barthes avait déjá exprimé que : « la guía azul [hachette] no responde de hecho a ninguna de las preguntas que un viajero moderno se plantea cuando recorre un paisaje real. La selección de los monumentos suprime a la vez la realidad de los territorios y de los hombres » [6] (« le guide bleu ne répond en fait à aucune des questions qu’un voyageur moderne peut se poser quand il traverse un paysage réel. La sélection des monuments supprime à la fois la réalité des territoires et celle des hommes »).

Quand le touriste arrive à destination et commence son séjour, la relation avec les autres peut devenir plus proche et ce, même si la relation se résume aux services offerts. De plus, elle peut varier d’une interaction communautaire et égalitaire (schismogenèse symétrique) à une interaction qui met l’accent sur la distance, la soumission, la différence et qui aura tendance à s’apprécier à travers l’adaptation des hôtes aux invités (schismogenèse complémentaire). Ce modèle proposé par Bateson pour comprendre les relations d’altérité, nous oblige à penser l’existence de relations asymétriques qui obéissent à des dispositifs de pouvoir et de domination et qui entraînent des violences réelles et symboliques entre touristes et résidents.

En plus de l’authenticité, le touriste est aussi à la recherche de « l’étrange » et de « l’exotique ». On comprend l’étrange comme ce qui ne se reconnait pas facilement, comme ce qui ne peut pas se définir. C’est un attribut tant du vivant que des choses. C’est une expérience qu’on subit quand on se confronte à l’inconnu, à l’Autre. À ce propos, l’anthropologue mexicain Esteban Krotz [7] signale que :

« la otredad es un tipo especial de diferencia. Tiene que ver con la experiencia de la extrañeza. […] Pero la experiencia de la extrañeza no es posible sin la seguridad previa representada por la tierra natal y que viene a nuestra memoria precisamente cuando estamos en tierras desconocidas ». (« l’altérité est un type spécial de différence. Elle a à voir avec l’expérience de l’étrangeté. […] Mais l’expérience de l’étrangeté est impossible sans une sécurité antérieure représentée par notre terre natale et qui parvient à note mémoire précisément quand nous sommes en terre inconnue »).

Il y a une limite entre l’étrange et ce que l’on peut reconnaître ; il n’est pas possible d’être des deux côtés du miroir, il y a une asymétrie dans l’expérience de « l’étrangeté » qui s’associe à l’expérience de la rencontre avec l’Autre. Dans le fait touristique cette relation avec « l’étrange » s’incarne dès les premières images avec lesquelles le touriste entre en relation, mais aussi dans l’autre sens, à travers la relation d’hospitalité dans laquelle les hôtes accueillent l’étranger.

« En la experiencia de lo extraño encontramos una forma genuina de des-apropiación (Ent-eignung), de extrañamiento (Ent-äusserung), y ésta es precisamente la condición previa de la hospitalidad que, desde la Antigüedad, va unida al status de lo extraño. El hombre no es sólo un ser que puede prometer, sino también un ser que puede acoger y albergar lo extraño » [8] (« Dans l’expérience de l’étrange nous rencontrons une forme véritable de dépossession/expropriation (Ent-eignung) et de dépouillement/extériorisation (Ent-äusserung), qui est exactement la condition préalable à l’hospitalité liée, depuis l’Antiquité, à l’état d’étrangeté. L’homme n’est pas seulement un être qui peut promettre l’étrange, mais aussi un être qui peut l’accueillir et l’héberger »).

Enfin, « l’exotique », compris comme « la fascinación nostálgica por lo rústico y lo natural » [9] (« la fascination nostalgique pour le rustique et le naturel »), est l’autre quête du touriste. Il s’agit en réalité d’une des motivations les plus importantes pour entreprendre des voyages vers les lieux les plus surprenant de la géographie afin de vivre en soi-même l’expérience éphémère de la rencontre avec « l’exotique », que celle-ci soit orientée vers d’autres sociétés, de nouveaux paysages ou des pratiques culturelles inconnues.

Les images des « Autres exotiques » sont parvenues jusqu’à nous à travers les descriptions de voyageurs du XVI° et XVII° siècle. Celles-ci sont tellement imprégnées dans les imaginaires qu’il nous est encore difficile aujourd’hui de réaliser une réhabilitation du regard envers cet « Autre exotique ».

Quelques images du tourisme en Colombie : l’Autre, les identités construites et les relations d’altérité

Les images promotionnelles des destinations touristiques transmettent différentes idées sur ce qu’est l’Autre, l’autochtone et les relations d’altérité touristes/résidents. Les affiches colombiennes, conçues de manière officielle par le Ministère du Commerce, de l’Industrie et du Tourisme montrent les photographies d’un pays imaginaire. Mais, comment sont pensés, et de ce fait perçus, les Autres à travers cette promotion ? Il existe quinze affiches qui font la promotion « d’auberges touristiques » appelées posadas turísticas parce qu’elles sont des maisons de campagne de paysans, plutôt modestes, dans lesquelles on trouve des chambres pour les voyageurs et les touristes.

L’invisibilité de l’Autre

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Les affiches montrent d’exubérants paysages de la Colombie : la mer, les montagnes, les forêts, la jungle. Ce sont de splendides paysages complètement vides. Il n’y a personne, on ne trouve aucune empreinte humaine. Il est pour le moins étrange qu’une campagne qui veut favoriser les paysans des différentes régions de Colombie se focalise exclusivement sur la nature. Ceci est d’autant plus étrange si nous considérons le fait que, dans ce cas particulier, ce sont les paysans eux-mêmes qui ont la charge de recevoir les touristes. Sur le terrain, l’hospitalité est la principale relation d’altérité, elle se concrétise dans la rencontre avec l’Autre au sein de son environnement. Pour autant dans cette campagne promotionnelle, l’Autre reste définitivement invisible, comme gommé de la réalité. Les habitants ne sont pas dans les images, il y a une totale invisibilité d’Autrui : les résidents, les paysans, les noirs, les indigènes.

L’image d’Autrui : les indigènes d’Amazonie

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La visite des peuples indigènes est une sorte de fausse réminiscence : une recherche d’une vie « joyeuse », passée et lointaine. Bien entendu, ceci est une construction imaginaire des sociétés contemporaines qui supposent que ce mode de vie, entièrement naturel, est encore intact et persiste toujours. Mac Cannel dans le livre « El turista » (Le touriste) l’exprime clairement comme la nostalgie des sociétés modernes [10]. Quelques touristes cherchent jusqu’à l’épuisement à vivre l’expérience de l’authenticité, peut-être en opposition au quotidien d´une vie quotidienne trop fade et générique ? Les entreprises touristiques le savent et en conséquence, réalisent divers efforts pour offrir des produits touristiques qui présentent le retour au naturel et au sauvage, mais bien entendu seulement pour quelques jours. L’Amazonie est une destination privilégiée pour ce type de touristes nostalgiques du passé. Les guides montrent des civilisations millénaires à la limite de la sauvagerie mais tout de même suffisamment civilisées pour recevoir des touristes.

Quelques images de l’Amazonie cherchées au hasard sur le web nous montrent, dès les premières pages, des peuples indigènes spécialement vêtus pour les touristes : ces photographies cherchent à les exposer comme des peuples exotiques, authentiques, vrais, sauvages, nus et en communion avec la nature. C’est nier la réalité des faits, comme si les indigènes vivaient en permanence nus en réalisant des rites magiques et non pas dans une tenue ordinaire, c’est-à-dire en jeans, avec un téléphone portable et parfois même un ordinateur.

L’exotique des Autres sur la côte atlantique colombienne

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Un personnage qui est récurrent dans les images de la côte colombienne est la « Palanquera », une femme qui descend des peuples noirs d’Afrique, qui habite à Palenque (d’où elle tire son nom) près de Carthagène. Le peuple de Palenque est le premier peuple d’esclaves noirs à s’être enfui. Il a conservé ses pratiques culturelles, sa langue, sa gastronomie, ses danses, ses relations sociales et sa cosmogonie. Les femmes travaillent à la plage qui jouxte la ville la plus touristique de Colombie : Carthagène. Elles sont devenues depuis quelques années le symbole de l’exotisme. Aujourd’hui, elles posent pour les touristes et fixent un prix pour se laisser prendre en photos.

C’est un cas d’identité construite à partir d’une pratique de travail quotidien des femmes qui allaient vendre des fruits sur la plage pour améliorer l’économie familiale et qui, avec le temps et le regard des touristes, particulièrement étrangers, sont devenues des personnages représentatifs de la ville mais aussi de tout un peuple. Au jour d’aujourd’hui elles réinventent leur costume « traditionnel » qu’elles portent pour les photos, toujours prêtes pour les flashs. Très certainement que les revenus pour les photos sont plus importants que pour la vente des fruits, ce qui, dans un sens, est bien pour elles et leurs familles.

Les images de quelques pratiques culturelles qui ont été déclarées patrimoines de l’humanité en Colombie

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La plupart de ces pratiques étaient peu connues par les colombiens eux-mêmes avant leur déclaration au patrimoine culturel matériel ou immatériel de l’UNESCO (sauf pour les locaux qu’elles concernent et à l’exception de certains carnavals auxquels assistent des touristes de toute la Colombie). Les images de patrimoine ont une fonction de reconnaissance des pratiques culturelles. Aujourd’hui ces pratiques commencent à intéresser les touristes et il y a des débats sur la pertinence, les avantages et les désavantages de leur nouveau statut. Quelques-unes sont des pratiques de communautés indigènes éloignées des grands centres urbains, (nous pouvons citer « el Palabrero » ou les connaissances des chamans du Yurupary). Or cette relation jusqu’ici un peu lointaine avec l’Autre, tend à devenir plus proche, avec l’arrivée du tourisme, des nouvelles offres économiques et financières, et des nouvelles logiques des communautés autochtones.

Les images constituent une première approche de leurs cosmogonies et représentent pour les touristes une opportunité pour « connaitre » l’étrange, le différent. Mais, quelles sont les nouveaux défis pour faire de ce patrimoine une opportunité de vie pour les communautés ? Comment bâtir une relation d’altérité inclusive et horizontale ? Peut-elle être envisageable au sein d’une logique de marché impitoyable, qui ne respecte ni les personnes, ni leur culture, ni leur vie ?

Les nouveaux Autres dans les images touristiques

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Enfin, les nouveaux « Autres » du tourisme qui s’exportent à travers les images touristiques officielles sont les stars du football. Sur cette image nous voyons un des joueurs de football les plus connus de Colombie. Dans cette image de l’Autre, il y a une idéalisation des valeurs altruistes par une société qui veut donner un message positif à sa jeunesse et aux étrangers mais qui vient directement s’opposer à la réalité de la mort au quotidien et du trafic de drogues.

Les images du tourisme reflètent le « sens des Autres » qui sont à comprendre à travers les identités construites et les relations d’altérité d’une société contemporaine et globalisée. Les images du tourisme montrent les imaginaires sur l’Autre : l’invisible, l’exotique, l’étrange, la star. Enfin, elles révèlent aussi l’idéal qu’une société veut montrer sur elle-même, ou peut-être l’idéal que veut rencontrer le touriste lors de sa visite.

Bibliographie

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  • ID., « L’Autre proche », in L’Autre et le semblable. Regards sur l’ethnologie des sociétés contemporaines, Textes rassemblés et introduits par M. Segalen, L’HOMME, 1991, vol. 31, n°119, pp. 19-32.
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La langue maternelle de l’auteure étant l’espagnol, Rusca (en collaboration avec elle), propose ici une traduction du texte original, traduction partiellement réalisée par les soins d’Éric Gondard.

[1] ESTEVEZ GONZÁLEZ, F., « No hay turista sin maleta ni maleta sin souvenir. Performatividad y micropolítica en la experiencia turística », in : http://www.museosdetenerife.org/mus..., 2013.

[2] MAC CANNELL, D., Lugares de encuentro vacíos, Barcelona, Editorial Melusina, 2007, p.27.

[3] Traduction de Gondard É.

[4] GARCIA MARQUEZ G., Vivre pour la raconter, Paris, Grasset, 2003

[5] TODOROV T., La conquista de América : el problema del Otro, Buenos Aires, SIGLO XXI editores, 1998

[6] GALÍ ESPELT, N., « La humanización de las imágenes emitidas por la publicidad de los destinos turísticos monumentales : el caso de Girona », in Pasos. Revista de turismo y patrimonio cultural, vol. 3, n°2, pp. 273-281, www.pasosonline.org, 2005, p.274.

[7] KROTZ E., La otredad cultural entre utopía y ciencia. Un estudio sobre el origen, el desarrollo y la reorientación de la antropología, México, Fondo de Cultura Económica, 2002, p.57.

[8] WALDENFELS B., La pregunta por lo extraño, http://revistas.ucm.es/index.php/ASEM/article/viewFile/ASEM9899110085A/16735, p.93.

[9] GARCÍA CANCLINI N., Diferentes, desiguales y desconectados. Mapas de la interculturalidad, Barcelona, Editorial GEDISA, 2004, p.97

[10] MAC CANNELL D., El turista. Una nueva teoría de la clase ociosa, Barcelona, Editorial Melusina, 1993, p.5.

 

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