Les choix d’orientation dans le supérieur : Pourquoi les filles s’orientent-elles en masse vers Médecine ?

Céline Avenel

Résumé

Cet article, issu d’une intervention lors de la journée thématique « Genre, approches croisées », propose d’analyser les processus de choix d’orientation vers les études de médecine, sous l’angle du genre, dans un contexte de féminisation massive de ces études en France depuis une trentaine d’années. Nous nous sommes intéressées à un palier d’orientation spécifique, celui de la terminale, afin d’aborder, à travers une enquête par questionnaires menée auprès de lycéen-ne-s de terminales scientifiques, la part et la construction des projections scolaires et professionnelles vers médecine, en terminale, chez les filles comparativement aux garçons.

Mots-clés  : choix et projet d’orientation, genre, féminisation des études de médecine, représentations sexuées

Le domaine de la santé est empreint d’une longue tradition féminine avec des professions médicales, telles que sages-femmes et infirmières exercées presque exclusivement par des femmes mais la profession de médecin, aujourd’hui représentée comme convenant aux deux sexes (Mosconi et Stevanovic, 2007), est loin de l’avoir toujours été. Au Moyen-âge, en France, des facultés de médecine sont crées pour la première fois à l’université de Montpellier en 1220 et de Toulouse en 1229. Cependant les femmes sont écartées des études de médecine et de chirurgie à partir du XIVe siècle.

En 1484, la Faculté interdit légalement aux femmes l’exercice de la médecine, leur concédant juste le métier de sage-femme (Schweitzer, 2002). Plus tard, ce sont les modalités d’accès des femmes à l’enseignement supérieur qui conditionnent leur absence en médecine. Pour s’inscrire à la faculté de médecine il fallait avoir le Bac (crée en 1808) hors ce diplôme ne fut préparé dans des lycées féminins qu’à partir de 1924 (l’enseignement secondaire féminin existant préparait seulement au Brevet Supérieur). Avant cela, les femmes désireuses de préparer le baccalauréat pour pouvoir s’inscrire à la faculté devaient le préparer seules. Cette « barrière » du baccalauréat, exclura les femmes des études et de l’exercice de la médecine. Cependant, de tous temps, une médecine féminine exista. Une médecine empirique, sans diplôme, de l’expérience transmise de maître à disciple, de mère en fille à travers « celles qui guérissent », les religieuses, les infirmières et les sages-femmes qui toutes ont soigné à travers les époques.

Toutes ces femmes ont exercé la médecine sans jamais obtenir le titre de Docteur ni la reconnaissance professionnelle de leurs confrères masculins (Dall’Ava-Santucci, 2004). Mais à forces de pétitions les étudiantes sont admises au concours de l’externat en 1882 ; et le prestigieux concours hospitalier de l’Internat de Paris, fondé en 1802, se voit ouvert aux femmes externes en 1886 sous l’influence de Paul Bert (Dall’Ava-Santucci, 2004). Il y eu des exceptions, Madeleine Brès fut la première femme française diplômée en médecine en 1875, mais ces femmes étaient en majorité issues de la bourgeoisie, ou avec un père précepteur, ayant ainsi un accès aux disciplines scientifiques (Dall’Ava-Santucci, 2004). En 1882, sont recensées vingt docteures en médecine ; en 1900, cinq-cents vingt-huit étudiantes sont inscrites dans les facultés de médecine, soit 6% des effectifs. Suite à l’unification des programmes pour le baccalauréat, les femmes sont plus de 3000 en médecine soit 18% des effectifs d’étudiant-e-s (Schweitzer, 2002). En 1945, on compte 9% de docteures et 19% en 1961 (ces chiffres ne concernant que l’exercice libéral de la médecine, sans spécialisation). Avec les années 70, l’accès des femmes à la médecine devient un phénomène massif : elles représentent 26% des diplômé-e-s en 1975 et 40% en 1990. La proportion de filles dépasse celle des garçons en 1993-1994 avec 50,2% des effectifs tous cycles confondus (Lapeyre, 2006) et elles sont devenues largement majoritaires (64%) parmi les étudiants de première année en 2002 (Labarthe et Hérault, 2003). Cette féminisation se poursuit jusqu’au troisième cycle de médecine avec 55,9 % d’étudiantes en Résidanat et 53,6 % en Internat (pour l’année 2002) (Hérault & Labarthe, 2003).

Les procédures d’orientation et les représentations sexuées des lycéen-ne-s conditionnent une présence féminine qui reste encore aujourd’hui inégale selon les filières et spécialités, précisément celles prestigieuses et scientifiques. Derrière cette interrogation sur un afflux de filles vers les études de médecine s’en dessine une autre, comment une discipline, historiquement masculine comme la médecine, se féminise plus rapidement que d’autres comme les écoles d’ingénieur-e-s (26 % de filles en 2008-09) (Filles et garçons sur le chemin de l’égalité de l’école à l’enseignement supérieur MESR, 2010) ou les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) scientifiques (30 % de filles en 2006-07) (Pons, 2007) ?

Il faut mettre tout d’abord ce phénomène en lien avec le contexte scolaire des années 60-70 avec un investissement massif des filles dans le supérieur, impulsé par le développement de la mixité. Nous faisons l’hypothèse que ce mouvement général des filles qui investissent largement le supérieur avec de meilleures scolarités, ainsi que l’augmentation de bachelières scientifiques, n’a pas pour conséquence mécanique immédiate la féminisation des études de médecine. Cela n’explique pas tout de la féminisation depuis en trentaine d’années en France car si c’était le cas toutes les disciplines verraient leur part de filles, si ce n’est égaler celle des garçons, au moins s’en rapprocher. Or, ce n’est pas le cas, cette augmentation de bachelières scientifiques ne s’est pas diffusée égalitairement dans les filières scientifiques et techniques du supérieur (seulement 24 % de filles sont en première année de Classe Préparatoire aux Grandes Ecoles (CPGE) maths, physique, sciences de l’ingénieur en 2006-07 , 26 % en écoles d’ingénieur-e-s en 2008-09 [1] et moins de 15 % pour l’informatique ).

Dans le cadre de notre thèse en Sciences de l’Education, ayant pour objectif de réaliser une étude sur le rôle du genre dans le processus d’orientation vers les études de médecine, nous avons choisi de nous intéresser à une population spécifique : celle des lycéens et lycéennes de terminales Scientifiques (S). La terminale S nous semble un palier d’orientation essentiel à analyser car elle représente l’étape sélective conditionnant en grande partie l’accès aux études de médecine. Il faut savoir qu’en 2002, 92,2 % des étudiant-e-s en premier cycle des études médicales première année (PCEM1) possédaient un bac S (Hérault & Labarthe, 2003). Il semble que c’est à ce moment du parcours scolaire qu’entrent en compte certains facteurs explicatifs des choix d’orientation des filles et des garçons vers les études de médecine. Représentant un principal vivier des futur-e-s étudiant-e-s de médecine, cet article propose d’analyser les caractéristiques de cette population lycéenne, mais aussi et surtout les facteurs des différences sexuées, lors des choix et projets d’orientation pour les études supérieures, et notamment de médecine, chez les filles comparativement aux garçons, dans un contexte de féminisation massive de ces études en France depuis une trentaine d’années.

Notre enquête s’inscrit dans la lignée des travaux en psychologie et sociologie de l’orientation, particulièrement l’orientation des filles et des garçons vers les études supérieures scientifiques. Des facteurs intervenant lors des choix d’orientation ont d’ores et déjà été démontrés par les psychologues (Vouillot, 1999, 2002 ; Mosconi & Stevanovic, 2007). D’après Mosconi et Stevanovic (2007), les stéréotypes et rôles de sexe, définissant les qualités dites féminines et masculines, influencent largement les projets d’orientation et professionnels. Les filles, même quand elles envisagent ou choisissent un métier scientifique ou non-traditionnel, continuent à avoir des représentations stéréotypées du monde professionnel et conformes aux modèles traditionnels du rôle de genre. Il nous semble alors important d’analyser les représentations des métiers chez les filles et garçons de terminales S, et notamment l’existence ou non d’une représentation sexuée des spécialités médicales, cela jouant un rôle lors des choix d’orientation vers les études supérieures. Pour les sociologues de l’orientation (Baudelot & Establet, 1992 ; Duru-Bellat, 2004), l’intériorisation des rôles et stéréotypes de sexe, à l’école mais aussi à travers les attentes parentales, conditionne les représentations de soi et les choix d’orientation des filles et des garçons. Selon Duru-Bellat (2004), il existerait une rationalité et des stratégies de compromis dans les choix féminins d’orientation scolaire. Les filles choisissent consciemment des filières leur permettant de concilier vie familiale et professionnelle. Elles s’auto-contraignent et s’orientent ainsi massivement vers des filières et emplois, leur laissant du temps libre et/ou pour la famille, mais généralement moins rémunérateurs. Les travaux de Lemaire (2005) apportent un éclairage sur la perception sexuée de la rentabilité des études. La grande diversité des modes d’exercice offrirait aux filles la possibilité de moduler leur activité. L’existence au contraire d’un modèle de référence de la réussite, avec celui des grandes écoles, amènerait les garçons à percevoir les études médicales comme moins rentables, en termes de réussite professionnelle (obtention d’un poste à responsabilités, réussite financière) comparativement à leur durée.

Cet article se base sur les résultats d’une enquête par questionnaire auprès de 176 élèves de terminales scientifiques (92 filles et 84 garçons) dans deux lycées urbains de l’académie de Montpellier, enquête qui avait pour finalité d’analyser le processus d’orientation pratiqué en terminale de lycée sous l’angle du genre. Les résultats de cette enquête permettent de caractériser cette population de lycéen-ne-s de terminales S, mais aussi de confirmer de précédentes recherches sur les choix d’orientation des filles et garçons dans le supérieur.

Origines sociales et scolaires des lycéen-ne-s de l’échantillon

L’ensemble des filles et des garçons de terminale S ont des caractéristiques sociales similaires. Près de la moitié des pères sont présents dans les Catégories Socioprofessionnelles (CSP) « Cadres et professions intellectuelles supérieures » (45,5 %). Ils sont aussi représentés dans les CSP « Employés » (15,9 %) puis restent peu représentés dans les autres CSP avec moins de 10 %. Chez les mères des filles comme des garçons, la répartition des CSP est similaire. Un tiers appartient à la CSP « Cadres et professions intellectuelles supérieures » (33 %), moins d’un quart des mères est présente dans la CSP « Professions Intermédiaires » (23,9 %) et 19,3 % sont employées. A la différence de la faible présence des pères, 13 % des mères n’ont pas d’activité professionnelle. Nous faisons la même observation de caractéristiques sociales favorisées chez les lycéen-ne-s ayant déjà choisi les études de médecine en terminales S (46,9% des pères et 34,4% des mères appartiennent à la CSP « Cadres et professions intellectuelles supérieures »). L’origine sociale des lycéen-ne-s de terminales S de notre échantillon, ayant choisi médecine comme choix post-baccalauréat, est plus élevée que la moyenne nationale : en 2009-10, parmi les élèves de 1re et terminales générales, 30,5% des parents appartenaient à la CSP « Cadres et professions intellectuelles supérieures » [2]. Ce phénomène de féminisation des études de médecine n’est alors pas synonyme de démocratisation, puisque les Catégories Socioprofessionnelles (CSP) favorisées restent les plus représentées chez les parents des étudiant-e-s.

Durant leur parcours scolaire, les filles de l’ensemble de notre échantillon sont moins nombreuses que les garçons à redoubler pendant leur scolarité (13 % de filles contre 21,4 % de garçons). Les filles obtiennent de meilleures notes à l’épreuve du Baccalauréat de français de première (à l’écrit comme à l’oral) : par exemple, à l’examen écrit : les garçons (40,5 %) ont davantage obtenu une note entre 5 et 9/20 par rapport aux filles (25 %). Et à l’inverse, les filles (63 %) ont plus souvent obtenu une note entre 10 et 15/20 que les garçons (45 %). Et si l’on observe les très bonnes notes, au-dessus de 15/20, c’est relativement proche entre les filles et les garçons (13,1 % de garçons et 10,9 % de filles). L’écart se creuse à l’inverse pour l’épreuve orale pour les notes supérieures à 15/20 : 27,2 % de filles ont obtenu une note supérieure à 15/20 contre 19 % de garçons.

Une représentation moindre – affaiblie des capacités chez les filles

Dans cette enquête, l’ensemble des filles en terminales S s’estiment davantage que les garçons dans les catégories « plutôt faible » et « plutôt très faible » en mathématiques et physique-chimie. Par exemple : en mathématiques, les garçons (48,8 %) s’estiment « plutôt bon et très bon » contre 39,1 % de filles ; et à l’inverse les filles (60,9 %) s’estiment « plutôt faible et très faible » contre seulement 50 % de garçons. Et c’est encore plus visible en physique-chimie, elles sont 56,5 % à s’estimer « plutôt bonnes et très bonnes » contre 72,6 % de garçons ; et à l’inverse elles sont 43,5 % à s’estimer « plutôt faible et très faibles » contre seulement 27,4 % de garçons. Les filles de notre échantillon s’estiment plus faibles que les garçons en mathématiques et physique-chimie. Il est possible de penser que les filles, malgré leur meilleure réussite en filière scientifique, se donneraient moins la possibilité d’une orientation en CPGE Maths-Physique. Elles s’auto-censureraient de cette CPGE scientifique étant donné cette estime de soi scolaire (Oubrayrie, De Léonardis & Safont, 1994) plus faible en physique-chimie. De plus, les stéréotypes de sexe, qui véhiculent une représentation des compétences féminines pour le soin à autrui, joue un rôle lors du choix d’orientation des filles vers médecine.

Les projets des filles semblent plus « aboutis », projets d’études comme professionnels

Concernant les projections scolaires de l’ensemble de l’échantillon de terminales S, nous observons une persistance de la division sexuée des filières dans le supérieur à travers la projection plus forte et fréquente des garçons en CPGE scientifiques, en écoles d’ingénieur-e-s ou encore dans la filière Informatique. Ces filières sont encore largement masculines aujourd’hui : 24 % de filles en première année de CPGE maths, physique, sciences de l’ingénieur en 2006-07 (Pons, 2007), 26 % en écoles d’ingénieur-e-s en 2008-09 (Filles et garçons sur le chemin de l’égalité de l’école à l’enseignement supérieur MESR, 2010) et moins de 15 % pour l’informatique (Collet, 2006). Nous retrouvons cette disparité concernant les vœux en CPGE scientifiques chez les filles et garçons de notre échantillon : ce sont davantage les garçons qui choisissent cette orientation (26,2 %) que les filles (9,8 %).

Les filles autant que les garçons, de l’ensemble de l’échantillon, (autour de 48 % pour chaque) estiment avoir des projets professionnels. Par contre, 37 % des filles affirment avoir déjà choisi une profession (contre 25 % des garçons). La division sexuée des professions se retrouve dans les projections professionnelles de l’ensemble des élèves de l’échantillon, tant pour celles et ceux ayant un projet que pour celles et ceux ayant déjà choisi une profession. Les professions les plus représentées pour les filles relèvent de la santé. Près d’un quart des filles (23,9 %) se projettent vers des professions dans les domaines médicaux, paramédicaux et bio-chimie ; et près d’un quart de garçons (23,8 %) se projettent vers ingénieurs et dans le domaine de l’informatique. Près d’une fille sur quatre (23% %) a déjà choisi une profession dans le domaine de la santé. Quant aux garçons, très peu (moins de 10 % pour chaque modalité) ont cité une profession précise.

Sur l’ensemble de l’échantillon, 55% des élèves évoquent le domaine de la santé comme choix après le bac. Les filles y sont effectivement plus nombreuses que les garçons : 59,8 % de filles et 40,2 % de garçons. De plus, parmi ces mêmes lycéen-ne-s évoquant la santé, 46,4 % envisagent les études de médecine : avec une différence de 12 points entre les filles et les garçons puisque les filles représentent 56 % de ces élèves contre 44 % de garçons. Plus précisément, parmi les élèves de l’échantillon définissant l’Université comme choix après le baccalauréat, 29,4 % ont précisément choisi la filière médecine. Parmi ces élèves, 68,8 % sont des filles. Les souhaits d’orientation des filles vers médecine sont représentatifs de la situation nationale ; à la rentrée 2008-09, 66,1 % des étudiant-e-s de PCEM1 étaient des filles (Repères et références statistiques, 2009).

Concernant les lycéen-ne-s, ayant déjà choisi médecine en tant que choix post-baccalauréat, nous notons un écart entre ces filles et ces garçons quant à leur choix de filière pour leur seconde année de médecine (suite au concours à la fin de la première année), elles sont plus nombreuses (91 % de filles et 70% de garçons) à savoir dès la terminale ce qu’elles choisiront en PCEM2 (entre médecine, dentaire et sage-femme). Quasiment autant de filles comme de garçons estiment d’ailleurs y choisir médecine (70% de garçons et autour de 65% de filles). Les explications du choix pour médecine divergent entre ces filles et ces garçons : la moitié des filles considère choisir médecine pour pouvoir exercer une profession médicale qu’elles ont déjà définie (contre 30 % des garçons) et 20% des garçons évoquent le prestige de la profession (contre seulement 4,5% des filles). Chez ces élèves, si l’on observe les disparités entre projets professionnels, autour de 40% des filles comme des garçons citent comme projet professionnel le domaine médical-paramédical et la bio-chimie et 10% des garçons mentionnent la profession d’ingénieur (pour à peine 5% des filles). Concernant les choix affirmés de profession future, il est intéressant d’observer que tous et toutes citent le domaine de la santé, avec une majorité de filles (60%).

Une persistance de la représentation sexuée des professions et spécialités médicales

La répartition sexuée actuelle des professions se retrouve dans les représentations professionnelles de l’ensemble des filles et des garçons de l’échantillon de terminales scientifiques. Et cela s’observe même chez les filles ayant pour projet des études longues ou une profession médicale et/ou scientifique. Les professions d’Enseignant-e (dans le primaire) et d’Infirmier-e sont vues chez les lycéen-ne-s de terminales S comme davantage exercés par des femmes (à 57 % chez les filles comme chez les garçons). Les professions d’Ingénieur-e-s et Architectes : davantage exercés par des hommes (à plus 55 % chez les filles comme chez les garçons et même 66 % des filles pour Ingénieur-e). Les professions de Médecin, Kinésithérapeute, Vétérinaire et Avocat-e sont perçues comme étant exercées autant par des hommes que par des femmes (à plus de 50 %). Si l’on regarde ensuite la seconde estimation des lycéen-ne-s, en termes de pourcentage, ils et elles estiment que toutes ces professions sont exercées ensuite en majorité par des hommes (autour de 20% pour Avocat-e, à plus de 35 % pour Kinésithérapeute et même plus de 45 % pour médecin). C’est-à-dire que les filles et les garçons estiment que ces professions sont soit exercées autant par des femmes que des hommes soit davantage par des hommes. Nous faisons cette même observation pour les professions de Santé : Sage-femme est vue comme exercée en majorité par les femmes chez les filles comme chez les garçons de ‘ensemble de l’échantillon (à plus de 90 %). Chirurgien : par les hommes environ 70 % pour les filles comme pour les garçons. Et la même observation que précédemment pour Radiologue et Neurologue : plus de la moitié des filles comme des garçons considèrent qu’elles sont exercées autant par les hommes que par les femmes. Viennent ensuite environ 40 % des filles comme des garçons qui estiment qu’elles sont exercées davantage par des hommes. Les représentations des professions et des spécialités médicales restent sexuées chez les lycéen-ne-s de terminales S.

Conclusion

Cette enquête par questionnaires a permis de caractériser la population de filles et garçons de terminales scientifiques et confirmer de précédentes recherches sur les choix d’orientation sexués vers les études supérieures, notamment à travers les meilleures scolarités féminines, la persistance d’une représentation moindre – affaiblie des capacités chez les filles mais aussi d’une représentation sexuée des filières dans l’enseignement supérieur pour l’ensemble des filles et garçons de l’échantillon. Les filles de terminales S semblent avoir des projets d’études et professionnel (même hors médecine) plus précis – aboutis que les garçons et pourtant leurs représentations sexuées persistent, des filières « typiquement » masculines (les filles n’estimant pas ou peu s’y engager) comme des professions médicales ou non. Ce qui montre bien que les représentations ne changent pas au même rythme que les évolutions (d’effectifs) dans le supérieur : les études de médecine se sont très largement féminisées cependant les représentations des autres filières du supérieur ainsi que des professions (médicales ou non) sont restées sexuées. L’estime de soi scolaire, c’est-à-dire la perception de ses propres compétences scolaires intervenant dans la représentation que le sujet de fait de lui-même (Oubrayrie, De Léonardis & Safont, 1994), est un facteur important lors des choix d’orientation et professionnels à l’adolescence. Les filles sont plus nombreuses que les garçons à projeter de suivre des études de médecine après le bac mais restent davantage prudentes concernant l’affirmation de leur estime de soi scolaire. C’est à dire que les filles peuvent entreprendre – se projeter vers des études de médecine sans pour autant développer une estime de soi scolaire aussi élevée que les garçons. L’estime de soi scolaire des filles serait davantage à observer, non pas par rapport à la confiance qu’elles ont dans leur projet, plutôt par rapport à une « auto-limitation » de leurs possibles dans l’enseignement supérieur. C’est-à-dire qu’elles ont confiance en elles (puisqu’elles s’engagent pour des études longues) mais elles sont plus prudentes que les garçons quant à leur choix dans les études supérieures.

[1] Filles et garçons sur le chemin de l’égalité de l’école à l’enseignement supérieur MESR, 2010.

[2] Repères et références statistiques. Les élèves du second degré, 2010.

 

Dernier ajout : samedi 14 mai 2011. — © RUSCA 2007-2010
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