Entretien avec le professeur Ali Aït Abdelmalek

Le 9 novembre 2010

Le professeur Ali Aït Abdelmalek, directeur du Laboratoire d’Analyse du Développement, des Espaces et des Changements sociaux (EA-LAS, Université Rennes 2 Haute Bretagne), vice président du Conseil National des Universités en sociologie-démographie (19e section) et expert à l’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur, a répondu à quelques questions lors d’un entretien réalisé pour notre revue RUSCA le 9 novembre 2010.

Au travers de ses réponses, le professeur nous présente son parcours et ses intérêts sociologiques. Il nous fournie également des éléments de compréhension pour nous faire partager l’ampleur de l’œuvre d’Edgar Morin, avec lequel il travaille, depuis un certain nombre d’années déjà.

Entretien avec Ali Aït Abdelmalek autour de son dernier ouvrage intitulé Edgar Morin, sociologue de la complexité [1] .

RUSCA : Tout d’abord, un clin d’œil à vos derniers ouvrages dont les thèmes portaient sur le territoire et l’identité, quelques mots sur vous, qui êtes-vous ?

A. A. A. : Né en Kabylie, en 1958, je vis en Bretagne depuis 1963… j’ai très vite acquis la certitude que l’identité n’existait et qu’il s’agissait d’un concept… un peu « valise » donc fourre-tout et peu opérationnel. Je préfère évoquer la notion d’appartenance… et ce, même si on n’appartient à aucun territoire (région, nation ou autre) on a le sentiment d’appartenir. Par ailleurs, on a un sentiment d’appartenir à un « corps » professionnel, et je suis professeur de sociologie, à Rennes 2.

RUSCA : Quel fût votre parcours dans le domaine de la sociologie, de la sociologie rurale à la complexité ? Lors d’une précédente rencontre, vous vous étiez défini comme un néo-durkheimien, pouvez-vous nous définir ce que cela représente pour vous ?

A. A. A. : J’ai fait une thèse à l’EHESS sur la modernisation agricole en Bretagne après avoir tenté de penser la notion de « pays », donc de territoire micro-régional, toujours en Bretagne. Mon habilité fut l’occasion d’étudier ces deux facettes, ces deux formes de construction des identités : la profession et le territoire… titre de mon dernier ouvrage, d’ailleurs… la complexité s’est imposée à moi pour analyser justement ces formes de fabrication des identités, un concept et non une réalité.

RUSCA : Au sujet de votre dernier ouvrage, comment vous est apparut l’idée de faire un livre sur le sociologue de la complexité ? Pourriez-vous nous dire quelques mots sur votre rencontre intellectuelle avec Edgar Morin ?

A. A. A. : J’ai rencontré l’auteur très tôt dans ma formation, en DEUG de sociologie, à la fin des années 1970… puis j’ai croisé l’homme, en 2002, au Portugal, lors d’un congrès consacré notamment à sa pensée, à son œuvre. Je l’ai invité à un colloque de mon laboratoire centré non seulement sur l’œuvre mais aussi sur sa pensée, dite « complexe », mot qui n’a rien d’un mot valise et fourre tout…

RUSCA : Pour terminer cet entretien, nous souhaiterions que vous portiez un éclairage particulier sur ces trois termes énoncés par Edgar Morin : le dialogique, la récursivité et l’hologrammatique, afin qu’ils puissent servir de levier heuristique pour tous les jeunes chercheurs en sciences humaines et sociales.

A. A. A. : Je vous invite donc à relire l’auteur et en particulier les tomes de sa Méthode (6 au total depuis 1977) et mon ouvrage intitulé Edgar Morin, sociologue de la complexité (Editions Apogée, 2010) où je définis, clairement je crois, ces trois dimensions, parmi d’autres en fait, de la théorie, de la perspective et de la démarche qui visent à rendre compte de la complexité, à partir du rapport « dialogique » justement, du « tout et des parties du tout ». Vous avez bien sélectionné les principales dimensions dans votre question et je voudrais terminer par un exemple concret : toutes les dimensions de l’identité sociale (tout) sont inscrites dans les composantes, parties du tout, donc dans chaque individu comme dans le collier d’Indra dit, encore Edgar Morin pour donner à voir cette réalité complexe (mais pas compliquée) ; l’hologramme (du grec « holos », le tout) est une excellente métaphore et dans mes travaux sur l’« européanité » (supra-nation), sur la « bretonnité » (région) et sur la « francité » (nation), j’ai vite compris, et voulu faire comprendre, que les changements à un niveau quelconque avait des effets (récursifs) sur tout le système, sur les autres niveaux… Bref, tout ceci est bien « complexe » mais d’un très grand intérêt, il me semble, sociologiquement. Mais, l’apport de Morin se situe aussi en sociologie de la connaissance, sociologie des sciences… il s’agit, là aussi de distinguer ce que le « bon sens » sépare et de relier ce que ce même « bon sens » distingue, tout un programme, n’est-ce pas ? A cet égard, je voudrais souligner, pour finir, les travaux formidables de l’Association pour la Complexité (A.P.C.-Mcx), sous la houlette de l’épistémologue Jean-Louis Le Moigne, compagnon de route d’Edgar Morin, qui propose des réflexions utiles, originales et heuristiques, en effet.

[1] A. Aït Abdelmalek, Edgar Morin, sociologue de la complexité, Paris, Édition Apogée, 2010, 158p.

 

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