« Mentalités et croyances contemporaines »

Colloque du 27 mai 2008

Sandrine Bretou

Deux intervenants étaient présents, Christian Amalvi à propos des nouveaux musées d’histoire en France et M.V. Dmitriev, sur la nouvelle image de la Russie.

Cette session s’inscrit dans un plus grand système de conférences autour des musées. Mais nous ne rendrons compte ici que de celle de ce jour-là. Les actes seront disponibles par le biais du centre sur les « mentalités et croyances contemporaines ».

C. Amalvi entame la discussion autour de ces vieux musées que nous connaissons tous, c’est-à-dire assez « poussiéreux ». Mais il s’opère un changement d’optique, l’histoire est celle aussi qui est en train de se faire. Il nous expose ainsi une vision plus subjective et impressionniste avec trois exemples de musées : ceux de Strasbourg, de Nantes et le Musée d’Aquitaine.

C. Amalvi a découpé son discours en quatre parties : 1- Question de méthodes, 2- Les orientations muséographiques, 3- Les musées sans tabou, 4- Les nouvelles fonctions assignées à l’histoire.

Tout d’abord, il s’est interrogés sur la présence des historiens, et ainsi sur les difficultés de mise en perspective de l’histoire, c’est un « choc du temps court sur le temps long », par le refus du politiquement correct la place des « mémoires de groupes sociaux » est au cœur de ce changement. Avec l’exemple de Nantes qui est considérée comme la capitale de la Bretagne mais ne s’inscrivant pas dans cet imaginaire au niveau administratif, le musée de Nantes ne veut pas ainsi raccourcir la mémoire historique. Il n’y a plus de fétichisme de l’objet, au moins comme dans le cas des anciens musées, et ainsi ne pas réduire Nantes à une catégorie d’objets tels que les coiffes bretonnes. Enfin dans ce dernier musée la question du public se veut assez ouverte et popularisante car s’adresse à tout le monde.

Avec l’exemple de Bordeaux et de son musée d’Aquitaine, nous revenons à de grandes plages thématiques et chronologiques, mais axés sur la vie quotidienne, avec des objets de l’Antiquité au 20e siècle. Par rapport aux thématiques et la quotidienneté, C. Amalvi prend l’exemple des vignobles, où dans cette thématique, tout y est expliqué du vignoble en lui-même au ferrage des bœufs. Le musée de Strasbourg fixe lui sa position au sein d’une histoire mouvementée, notamment avec le St Empire Germanique, mais aussi les thèmes de la vie quotidienne sont largement abordés, par exemple à propos des transports. Le musée s’arrête à 1800 mais il n’est pas encore achevé. Pour celui de Nantes, C. Amalvi nous décrit un musée en sept séquences sur Nantes en rapport avec son paysage. Il n’y a pas vraiment d’histoire politique comme à Bordeaux en s’inscrivant plutôt dans la thématique des conflits social et économique ainsi que dans celle l’histoire de son port.

Dans cette troisième partie, C. Amalvi veut montrer que les tabous, les « questions qui fâchent » sont présentes désormais dans ces nouveaux musées, avec surtout l’exemple de Nantes. Tout d’abord la question de la traite des esclaves qui était l’objet d’un refus, d’une négation constante, mais dès 1989, Nantes reconnaît être un des principaux ports de la Traite. En 1992, le musée reçoit une subvention, le résultat en est que la philosophie est alors de montrer les choses et y accorder de l’importance. La Traite est une longue séquence d’histoire pour Nantes, et pour cela, le musée a fait un travail exemplaire. Bordeaux a fait un peu la même chose car c’est aussi un des principaux ports pour ce trafic, cependant la séquence à ce propos reste moins importante. Ensuite, C. Amalvi prend l’exemple de la Révolution Française, toujours à Nantes. Il y a en effet une volonté de faire une lumière sur des événements honteux telles que les noyades, le combat contre les Vendéens, qui ont vraiment eu lieu, mais aussi dans un sens, le musée veut éradiquer les légendes qui déforment l’histoire et notamment par rapport à ces événements. Nantes est vue comme la capitale de la Bretagne, dans le musée cette perspective est mise à l’honneur, mais si elle est « aussi » une ville vendéenne, l’exposition est ainsi en plusieurs langues. Enfin en prenant l’exemple du thème de la Libération et des quarante otages à Nantes, le musée veut montrer une histoire tenant compte des faits, le Parti Communiste « n’est pas seul à avoir participé aux tragédies ». En ce qui concerne le musée de Strasbourg, c’est l’extermination des juifs qui est considérée, avec la vision d’une bourgeoisie apeurée, et ainsi la chasse des juifs de Strasbourg.

Enfin dans une quatrième partie, C. Amalvi se soucie du rapport à l’objet, il estime qu’avant l’objet était roi, il est désormais défétichisé. Ils ont considérés comme des révélateurs d’une vie mais ne sont présents non comme objets décoratifs, mais plutôt montrent maintenant, avec l’exemple de Nantes, l’enrichissement de la bourgeoisie grâce à la Traite des noirs.

En conclusion, C. Amalvi fait remarquer, que cette conférence est un jalon pour construire une nouvelle équipe à l’université, tournée vers l’international. Il se pose aussi la question d’un musée similaire à celui de Moscou, c’est-à-dire centralisateur, pour (essayer d’) introduire M. V. Dmitriev, l’intervenant suivant. Il considère que ce musée ne serait pas incompatible avec les musées de provinces, traditionnels et/ou régionaux…

M.V Dmitriev a fait un exposé en neuf parties autour de la « Nouvelle image de l’ancienne Russie dans le Musée d’Histoire à Moscou » (Gosoudarstevennyï istoricheskïï mouzei).

Dans une première partie, il nous propose de voir ce musée dans le contexte de la mémoire historique en Russie aujourd’hui mais aussi dans une perspective historique. Les nouveautés après 1990 : pas de luttes des classes, la culture orthodoxe de Russie est présente ainsi que la famille Romanov, par une histoire de la noblesse, c’est un musée profondément traditionnel en présentant cependant de nouveaux aspects. Le thème national étant absent, il en vient alors à se demander « ce qui est national dans l’histoire et dans la perception de l’histoire russe ».

Deux tendances majeures (difficilement comprises dans la langue française où le terme de nationalisme est trop chargé de connotations) : - le nationalisme russien, qui pourrait se rapprocher d’un nationalisme civique ; - le nationalisme russe, ou ethnonationalisme.

Dans le contexte-histoire, les discours identitaires en Russie d’avant 1917 peuvent être : impériaux, pan-russes ou encore « grand-russes » (le « peuple russe » comme le peuple orthodoxe, slave et non-slave, de la Grande Russie qui serait distincte de la Petite-Russie (Ukraine) et de la Russie Blanche (Biélorussie). Il faut souligner que le nationalisme russe identitaire avant 1914 est pratiquement inexistant.

Dans sa quatrième partie, M.V. Dmitriev fait quelques remarques quant à la situation historiographique « dans le domaine d’histoire du nationalisme russe et de l’Empire de Russie. » On peut alors en faire un certain bilan, c’est-à-dire qu’il reste assez difficile d’inscrire le nationalisme russe et les discours identitaires dans des modèles déjà existants par sa complexité. Pourquoi « les russes » restaient « an-imperial-nation » jusqu’au 20e siècle ?

Il souligne également l’embarras et les ambiguïtés des discours identitaires impériaux d’avant 1917, afin d’exprimer que la monarchie, l’Orthodoxie et l’empire sont comme des éléments constitutifs des discours de « russité » et de « russienté » qui sont en fait à peine distinguables, on voit ainsi les discours « russiens » comme des discours a-nationaux et anti-nationaux.

De plus il y a encore embarras et ambiguïté dans les discours identitaires pan-russes (obcherusskiï) qui sont inévitables face à différentes positions de l’identité du nationalisme russe déjà soulevées.

Il souligne également que la diversité culturelle n’était pas avant 1917, mais n’est que très peu présente de nos jours encore.

Enfin en conclusion, Dmitriev insiste sur l’étrangeté des aspects de la construction des discours identitaires russes ou russiens au 19e siècle. Ce contexte est ainsi représenté par le Musée de Moscou. C’est-à-dire que la défense de la « Russie » est aussi une défense de l’orthodoxie et/ou de l’empire, ce qui manifeste une appartenance à la « russité », même si celle-ci n’existe pas vraiment. Ici encore, dans le cas de la Russie, la naissance des nationalismes est étroitement liée à une lecture de la Bible. La chrétienté a une réelle importance par rapport aux nationalismes occidentaux. Ce qui en reste : l’Empire reste un Empire, la construction nationale ou a-nationale de la Russie est incompatible avec les discussions latines. Le nationalisme est trop fortement chargé en tant que terme et plus spécialement en France. On en revient alors à se demander « qu’est-ce que la russité ? » dans des visions européennes (France, Italie) ou encore dans des perspectives plus régionales.

 

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