LES MINORITES NATIONALES ALLEMANDES ET HONGROISES DANS LE MENTAL COLLECTIF DES ROUMAINS : UNE INCURSION DANS L’IMAGINAIRE ETHNIQUE POUR MIEUX COMPRENDRE LA SOCIETE ET LE POLITIQUE

PAR ANDREEA ZAMFIRA

DOCTORANTE EN SCIENCES POLITIQUES UNIVERSITE DE BUCAREST, ROUMANIE UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES, BELGIQUE CHERCHEUR AU CENTRE D’ÉTUDE DE LA VIE POLITIQUE (CEVIPOL), BRUXELLES, BELGIQUE

INTRODUCTION

Selon les théories des appartenances superposées, les attitudes tempérées et la tolérance des groupes culturels sont généralement stimulées par les contacts réciproques. Dans son livre Political Man, Seymour Martin Lipset, convaincu de cette thèse, recommandait que, dans les grands projets de fédéralisation ou de découpage administratif, les groupes linguistiques et religieux ne soient pas clivés entre eux mais à l’intérieur (Lipset, 1960 : 92).

Cependant, il y a aussi des visions s’opposant à ce précepte. David Easton, par exemple, opine que ce n’est pas « l’homogénéisation d’un système fragmenté » qui apporte la bonne entente sociale mais le contraire (Easton, 1965 : 250). Le différend éclaté entre la théorie dont Easton n’est pas l’unique partisan et celle des appartenances superposées, théorisée par Bentley et Truman, trouve une issue prompte par réconciliation. Lijphart semble considérer les deux comme étant valides. Afin de démontrer que l’une ne contredit pas l’autre, l’auteur donne une citation de Walker Connor, sur la situation des Etats-Unis, là où les contacts réciproques entre les individus ont mené à « la dissolution des différences culturelles régionales […]. Pourtant, s’il ne s’agissait pas de variations mineures de la même culture, mais de deux cultures très différentes et qui s’auto-distinguent, les contacts réciproques intensifiés ne seront pas, en fait, prédisposés à approfondir les rivalités ? » (Connor, 1967 : 49-50). Il semble que, à part les index ou les degrés de fragmentation, l’imaginaire ethnique ou la somme des stéréotypes et images collectives sur les groupes ethnoculturels marquent les sociétés. Dans les sociétés multiculturelles, la tolérance interethnique ne découle pas invariablement des contacts réciproques entre les groupes ethnolinguistiques, d’autant moins qu’elles s’auto-définissent par exclusion, ceci étant le cas, par exemple, des Roumains et des Hongrois.

Le présent travail [1] met en évidence les limites de la théorie des appartenances superposées à travers une analyse du vote des Roumains aux élections locales et législatives. Les plus influents partis ethniques de Roumanie, l’UDMR et le FDAR, représentent deux minorités très différentes du point de vue de leurs poids. Les Hongrois ou les Magyars sont beaucoup plus nombreux que les Allemands et, pourtant, aux élections locales, en dépit de leurs scores meilleurs (fait intimement lié à leur poids démographique), ils n’obtiennent pas le succès retentissant du FDAR, qui a gagné en 2008, pour la troisième fois consécutive, le siège de maire dans une des plus importantes villes de Roumanie, Sibiu, capitale européenne en 2007, centre culturel et politique des Allemands dont le poids ici ne dépasse 2%. Tandis que le score du parti magyar reste presque directement proportionnel avec la dimension de son groupe au niveau des localités, le score de la formation allemande est absolument surprenant puisqu’il est dû à un vote non-ethnique massif des Roumains. En 2008, par exemple, ce vote est accordé dans 10 sur 11 localités où le FDAR a proposé des candidats pour le siège de maire. Ce succès remarquable n’est pas expliqué ni par la force du Forum, parti marginal sur la scène politique roumaine, ni par la campagne et le programme qui ne se distinguent pas particulièrement par rapport à ceux des partis roumains. Une chose est sûre : dans aucune autre région ni aucune autre ville du pays, l’image des Allemands dans le mental collectif des Roumains n’est meilleure. L’imaginaire ethnique est entretenu par les longs siècles d’histoire allemande sur le territoire roumain actuel, fait prouvé par les réponses données habituellement dans le cadre des baromètres d’opinion réalisés dans les régions multiculturelles. La communauté allemande ne représente aujourd’hui qu’une sorte de « communauté imaginée » à laquelle on attribue des caractéristiques très positives par rapport auxquelles les Roumains voudraient eux-mêmes s’identifier.

Dans le mental collectif des Roumains, l’image des Allemands et celle des Hongrois sont nettement distinctes. Tandis que les Allemands sont perçus favorablement, une série de qualités leur étant attribuées dans les enquêtes interethniques, les Hongrois, quant à eux, sont associés à des caractéristiques individuelles et collectives négatives. Ces différentes images collectives pèsent sur les relations interethniques et les comportements politiques dans les communautés multilingues. Notre étude sur les comportements électoraux problématise les hypothèses de la théorie des « clivages entrecroisés » de Seymour Martin Lipset (1960) et celle des « appartenances superposées », formulée par les théoriciens des groupes (Bentley, 1955 ; Truman, 1951) et propose une adaptation du modèle d’explication des comportements politiques au cas particulier des communautés multilingues. Dans les communautés mixtes, le contenu du vote est double. L’électeur exprime son choix politique et, en même temps, une appartenance linguistique ou communautaire (le cas des Roumains de Sibiu). Par conséquent, l’étude des comportements devrait suivre un cheminement paradigmatique spécifique en fonction des caractéristiques de la société concernée : le degré de fragmentation, l’entrecroisement des clivages (Lijphart, 1977), la structure des identités, l’histoire et la géographie des cultures locales, l’influence des stéréotypes culturels (Dragoman, 2006) et, plus généralement, de l’imaginaire ethnique.

LA STRUCTURE ETHNOCULTURELLE DE LA ROUMANIE

Pour la définition d’un pays du point de vue de la structure ethnoculturelle, il faut tenir compte, entre autres, des différences entre la structure de la société nationale et celle des micro-sociétés issues de la division administrative du territoire. Dans une démarche similaire, Lijphart a utilisé, par exemple, de tels éléments de définition : l’index de fragmentation (Rae et Taylor, 1970) et un indicateur d’homogénéité, « la dimension du plus grand groupe » (Lijphart, 2002 : p. 107), les deux étant calculés tant au niveau de la société nationale que de chaque sous-unité administrative (canton, land, etc.).

Saisie dans son ensemble, la Roumanie paraît comme étant un pays surtout homogène. Les deux seules minorités ethnoculturelles dont la part dépasse 1% sont hongroise (6,6%) et rromes (2,5%) . La groupe roumain représente environ 90% de la population. Par contre, placée sous une loupe plus fine, la Roumanie ne nous paraît plus aussi homogène. En premier lieu, l’index de fragmentation (F) de la société roumaine n’est pas négligeable.

Cet indice est calculé selon la formule :

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La notation pi représente la proportion des individus et i le groupe ethnoculturel. Cet indice mesure l’homogénéité d’une société selon la probabilité que deux individus choisis aléatoirement appartiennent à des groupes distincts (Rae et Taylor, 1970). Calculé pour la Roumanie, l’index est 0,19. Sa valeur est nettement supérieure à celle obtenue pour les pays homogènes. En Autriche et en Hollande, l’index de fragmentation est inférieur à 0,05. Au pôle opposé, dans les sociétés plurales (Belgique, Suisse) caractérisées par les degrés de pluralisme linguistique les plus significatifs en Europe, cette valeur est d’environ 0,50. Cette comparaison situe la Roumanie parmi les sociétés semi-plurales du point de vue de la fragmentation ethnoculturelle. Pour parler du pluralisme social et de la pilarisation en Roumanie, il faudrait aussi examiner une série d’autres éléments, liés à la structure des clivages politiques et comportementaux. Pour cela, il s’impose d’abord de mieux connaître la géographie ethnolinguistique des principales régions de Roumanie. Les unités territoriales susceptibles d’être cohérentes en termes de représentations et de comportements politiques, sont les départements, les régions administratives de développement et les provinces historiques. Parmi celles-ci, l’Ardéal et plus particulièrement la Transylvanie qui occupe une moitié de son territoire, réunit le plus grand nombre de citoyens d’autre ethnie que roumaine. À ces trois types d’unités s’ajoutent les communautés ethnolinguistiques.

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Les seules unités à statut administratif sont les 41 départements (judeţ) et la Capitale ; ils coïncident aussi à des circonscriptions électorales. Ces départements sont groupés en 8 zones de développement (Nord-Ouest, Ouest, Sud, Sud-Ouest, Sud-Est, Nord-Est, Centre et Bucarest). Créées en 1998 et devenues membres du Comité des Régions en 2007, ces subdivisions territoriales n’ont pas encore ni statut administratif, ni personnalité juridique et, par conséquent, ne sont pas munies d’institutions politiques propres. La fonctionnalité du découpage de ces unités territoriales se limite pour l’instant à l’implantation des programmes européens et à la réalisation des statistiques régionales. Dans chaque département, les élections locales sont tenues pour désigner les membres d’un Conseil Départemental et ceux des Conseils Locaux.

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Le poids des minorités ethnoculturelles et, implicitement, l’index de fragmentation diffèrent d’un département à l’autre et, encore plus significativement, d’une région à l’autre. Les Tableaux 1 et 2 illustrent la distribution géographique des six premiers groupes ethnoculturels en Roumanie. Tous les six sont organisés dans des partis politiques propres. Les Turcs et les Tatars, qui ensemble forment 0,3% de la population totale, sont représentés aux élections locales de 2008 par le même parti politique (UDTTMR), raison pour laquelle nous les avons pris en considération en tant que membres du même groupe minoritaire. Les groupes absents de nos tableaux représentent chacun moins de 0,3%.

Tableau 1. Le poids des groupes ethnoculturels au niveau des départements

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Au niveau des départements de Harghita, Covasna, Mureş, Maramureş, Satu-Mare, Timiş, Arad, Sălaj et Cluj, le poids du groupe roumain est plus bas que dans le reste du pays. Ce sont, d’ailleurs, les départements où vivent un important nombre de Hongrois. Harghita et Covasna sont les seuls deux départements majoritairement hongrois. Les Rroms habitent en grand nombre en Mureş, Bihor, Sălaj et Călăraşi. Les Allemands, dans les départements de Timiş, Braşov, Sibiu, Satu-Mare, et Arad. Un grand nombre d’Ukrainiens se trouvent en Maramureş, Suceava, Timiş et Caraş-Severin. Les Turcs et les Tatars sont concentrés en Constanţa mais ils sont présents également à Caraş-Severin (Tableau 2). Analysant la structure ethnolinguistique des huit régions de développement, on constate que le Centre est le plus hétérogène, suivi par le Nord-Ouest et l’Ouest (les régions roumano-hongroises). La distribution géographique des Rroms est beaucoup plus uniforme que celle des Hongrois. Les Allemands continuent à vivre dans les zones roumano-allemandes d’antan- le Banat et le Centre (Tableau 2).

Tableau 2. Le poids des groupes ethnoculturels au niveau des régions L’index de fragmentation des régions de développement

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Quant à l’index de fragmentation des régions (Tableau 2), on observe que ses valeurs varient de 0,04 à 0,56. La région qui présente la similitude la plus grande avec le pays (0,19) est le Banat ou le Nord-Ouest (0,25). Le Centre et le Nord-Ouest sont les régions les plus hétérogènes ou les plus fragmentées. Les valeurs calculées pour ces deux régions, 0,56 et, respectivement, 0,40, sont aussi importantes que les valeurs enregistrées dans les sociétés plurales. En conclusion, la Roumanie n’est pas homogène, ayant un index de fragmentation supérieur à celui qu’on obtient dans de tels pays, elle est un pays semi-plural du point de vue de la structure ethnoculturelle. Puisqu’il existe des pays homogènes linguistiquement et, en même temps, semi-pluraux quant à l’institutionnalisation des clivages sociaux (la Hollande), tout comme il y en a d’autres plus hétérogènes et pourtant non-pluraux (Lijphart, 1977), la situation de la Roumanie, dans une catégorie ou dans une autre, dépend essentiellement du degré de pluralisme social et politique et pas seulement du degré de diversité ethnolinguistique.

L’IMAGINAIRE ETHNIQUE DANS L’EXPERIENCE COLLECTIVE. ALLEMANDS ET HONGROIS EN PERSPECTIVE HISTORIQUE COMPAREE

En règle générale, dans les pays multiethniques, les relations entre les groupes de langue différente sont influencées par deux catégories de facteurs : structurels et subjectifs ou symboliques. Parmi les facteurs structurels, la dimension du plus grand groupe et le rapport numérique des populations, qui composent une société ou une communauté locale, jouent un rôle central dans la construction du capital social. Les rapports de force qui s’établissent entre les groupes dominés numériquement et les groupes dominants entraînent des comportements de pouvoir et de résistance, comportements très facilement identifiables au niveau du politique. La création des partis de défense de la périphérie et des programmes à caractère nationaliste, la construction des campagnes électorales dans les localités à population mixte et les comportements électoraux des groupes en interaction, représentent quelques éléments que l’on pourrait soumettre à l’analyse afin de voir comment l’imaginaire ethnique se manifeste dans l’expérience collective. Ce type d’imaginaire, très vif en Europe de l’Est mais aussi en Europe Occidentale, dans les pays hétérogènes (Espagne, Belgique, etc.), a comme source la longue histoire des nations et des relations entre les groupes de population vivant sur le territoire d’un même État.

En Roumanie, les rapports numériques entre la population majoritaire et les groupes ethnoculturels Hongrois et Allemands pourraient expliquer, dans une certaine mesure, l’intensité de la rivalité interethnique. Les Hongrois, majoritaires dans deux départements et assez nombreux dans beaucoup de localités du centre du pays, sont perçus par les Roumains comme « menaçants » du point de vue de leur nombre. Les Allemands, par contre, ne constituent aucune menace aux yeux des Roumains ; ils ne sont majoritaires dans aucune localité roumaine. Ils sont l’une des minorités les plus touchées par le déclin démographique après la seconde guerre mondiale, époque où ils représentaient environ 4% de la population. Aujourd’hui, tout comme les Ukrainiens, les Turcs, les Tatars et les autres minorités dont le poids est extrêmement faible (inférieur à 0,3%), les Allemands sont perçus par les Roumains comme un groupe ethnoculturel sans pouvoir politique, dont l’intérêt central est de préserver sa langue et sa culture germanique. Les différences de perception sont présentées de façon très claire par les Baromètres des Relations Interethniques (BARE) [2]. Ces sondages nous livrent l’image collective qu’on se fait des minorités nationales. Ainsi, tandis que les Hongrois sont perçus comme des gens égoïstes, orgueilleux et hostiles, les Allemands sont vus comme étant civilisés, bienveillants, dignes de confiance, intelligents et travailleurs. On a, donc, deux types de stéréotypisation, deux types d’image : l’une est positive, favorable au groupe ethnoculturel allemand, plus forte à Sibiu que dans toute autre localité [3] , et une image négative, défavorable aux Magyars qui vivent en Roumanie. En plus, les Magyars sont considérés par l’opinion roumaine comme plus « hostiles » en tant que groupe, ce qui est tout à fait explicable si l’on prend en compte tant leur dimension que l’histoire du processus de construction nationale.

Cette adversité ethnique, qui s’intensifie dans le contexte de la concurrence politique avec l’Union Démocrate des Magyars de Roumanie (UDMR), remonte au passé de la Transylvanie, région constituant depuis fort longtemps une pomme de discorde entre les Roumains et les Hongrois. D’abord principauté indépendante, elle est devenue ensuite vassale des Ottomans, puis annexée par les Habsbourg (1691) et rattachée à la Hongrie (1867) jusqu’à l’union avec le Royaume Roumain (1918) consacrée par le Traité de Trianon en 1920 (Iordan, 2002). La région est considérée par les Hongrois comme le berceau de la nation. Seule région demeurée véritablement hongroise pendant trois siècles d’occupation ottomane, elle est en même temps considérée par les Roumains comme le refuge sacré des anciens Daces (puis des Valaques) contre la slavisation et l’ottomanisation [4]. Ainsi présentées, les deux histoires paraissent être inconciliables, d’où la nécessité de conduire une recherche historiographique commune en mesure d’éclaircir cette question susceptible de donner naissance à des stéréotypes collectifs désuets, d’alimenter des spéculations mythologiques, des sentiments nationalistes et, généralement, des informations tendancieuses sur les Roumains ou les Hongrois. Ces informations, montre René Bustan (Bustan, 2007), créent un problème inexistant- le « problème magyar »- issue de fausses suppositions historiques.

La situation des Allemands de Roumanie et de leur représentant politique, le Forum Démocrate des Allemands de Roumanie, le FDAR, est différente. Les Allemands de Roumanie, les « Rumäniendeutsche » (Saxons transylvaniens, « Şvabi bănăţeni » et « Sătmăreni », « Landleri », Allemands de Durlach, de Bohême, « Timişoreni », « Ţipţări », etc.) représentent une population d’origine exogène, provenant de différentes régions germaniques, qui s’est installée sur le territoire roumain en plusieurs vagues pendant la période médiévale. L’histoire de la Roumanie et de l’Allemagne n’est pas marquée par des épisodes de revendication territoriale. Entre les Roumains et les Allemands il n’y a jamais eu, donc, de malentendu quant à la primauté des uns ou des autres sur le territoire en question. À partir du Moyen-Âge, la minorité allemande joue un rôle majeur dans le développement urbain et culturel du pays. Aujourd’hui, dans le mental roumain, ils sont les porteurs d’une empreinte de génie dans des villes comme Sibiu, Braşov, etc. Durant le régime communiste, ils n’ont pourtant pas été exemptés de la « culpabilité collective », étant déportés en masse en Union Soviétique après la Deuxième Guerre Mondiale. Tandis que, durant l’entre-deux-guerres, la minorité allemande a été organisée politiquement, ses intérêts étant représentés par UAGR - Union des Allemands de Grande Roumanie - Verband der Deutschen in Grossrumanien – (Ciobanu, 2001 : 160) et aussi par d’autres formations constituées après 1919 [5] , durant le régime dictatorial le droit à la représentation politique lui a été limité drastiquement. Après la chute des régimes communistes en Europe Centrale et Orientale, commence un mouvement continuel des Allemands vers la « mère-patrie », « au titre des retours estivaux, de la retraite ou de diverses petites affaires, voire pour la récupération des biens perdus lors des expropriations consécutives à l’émigration pendant la période communiste » (Michalon, 2002). Après ces retours temporaires ou définitifs, le poids de la minorité allemande de Roumanie a diminué de manière significative. Ainsi, dans le dernier recensement (2002) de la population en Roumanie, les Allemands ne représentent que 0,3%.

Les Hongrois représentent 6,6% de la population totale du pays et sont beaucoup plus influents que les Allemands au niveau politique. En 1921, l’Union Magyare existait déjà [6]. Pourtant son rôle le plus important s’est résumé à l’ouverture d’un dialogue avec le gouvernement roumain pour l’obtention d’une limitation de la réforme agraire en Transylvanie. Les éléments plus radicaux ont créé le Parti Populaire Magyar mais les deux organisations ont fusionné finalement sous le nom de l’Union Magyare qui devenait par la suite le Parti Magyar (1922). Dans son programme politique, on précisait des desideratas tels que l’autonomie nationale ou territoriale, et là où celle-ci n’était pas possible, l’autonomie administrative. Le parti a participé aux élections parlementaires et il a obtenu un nombre proportionnel de mandats. Suite aux nombreuses scissions à l’intérieur du parti, une nouvelle formation politique, MADOSZ, a été fondée en 1934. Elle se trouva bientôt sous le contrôle de l’Internationale Communiste. Après l’installation au pouvoir, les communistes utilisent la question transylvanienne comme moyen de domination de la zone. En 1952, sous la pression de l’URSS, on a créé la Région Autonome Magyare comprenant les zones peuplées par les Hongrois de Transylvanie. Imitant le modèle des régions autonomes soviétiques, celle-ci était dirigée selon le « règlement adopté par le Conseil Populaire régional, sous la réserve de son approbation par la Grande Assemblée Nationale de la République Populaire Roumaine (RPR) » [7]. En 1959, l’Université magyare et l’Université roumaine de Cluj-Napoca ont fusionné, formant l’Université Babeş-Bolyai. Elle a gardé des départements en langue hongroise pour chaque discipline enseignée. En 1968, le régime a supprimé la région autonome afin de limiter les « privilèges spéciaux » dont la minorité magyare bénéficiait et afin de mettre en œuvre une réorganisation administrative et territoriale [8]. Les deux mesures prises alors sont encore actuelles, malgré les énormes changements subis par la société roumaine.

L’INFLUENCE DE L’IMAGINAIRE ETHNIQUE SUR LES PERFORMANCES DES PARTIS DES MINORITES NATIONALES

En 1989, annus mirabilis, la chute du régime communiste a apporté aux minorités nationales des droits élargis. Le même année, tant les Hongrois que les Allemands ont créé leurs propres formations politiques, destinées à négocier en vue de l’octroi de droits spécifiques (Kettley, 2003). Évidemment, la réussite d’un tel acte a beaucoup dépendu de la force électorale de chaque parti ethnique.

À la différence des autres partis des minorités en Roumanie, l’Union Démocrate des Magyars de Roumanie (UDMR) a participé à toutes les élections législatives organisées après la dissolution de l’ancien régime et a toujours franchi le seuil électoral nécessaire pour se faire représenter au parlement. Elle a été un élément d’équilibre dans le système roumain de partis, formant la majorité parlementaire, que ce soit avec les partis de centre et de droite ou avec le parti social-démocrate. Malgré cette coopération parlementaire ininterrompue, ses relations avec les partis roumains restent marquées par de nombreuses crises et tensions à caractère symbolique. La « menace hongroise » a été souvent employée par des politiques roumains pour faire peur et consolider leur pouvoir (Gallagher, 1995).

Les performances de l’UDMR aux élections nationales se sont maintenues constantes de 1992 à 2004. En moyenne, l’UDMR a gagné 25 sièges dans la Chambre des députés et 11 dans le Sénat. De manière générale, les députés et les sénateurs hongrois proviennent des départements du Centre (Braşov, Covasna, Harghita, Mureş), de Nord-Ouest (Bihor, Cluj, Maramureş, Satu Mare, Sălaj) et d’Ouest (Timiş, Arad). Les succès dans d’autres régions et dans d’autres départements où le poids des Hongrois est extrêmement faible (Giurgiu et Galaţi) sont isolés et restent surprenants.

L’UDMR est, donc, la seule formation ethnique ayant participé aux élections parlementaires. Son score a toujours indiqué un vote fondé sur clivage ethnique. En d’autres mots, le résultat électoral correspond à chaque fois au pourcentage des Magyars en Roumanie. Aux élections locales, l’UDMR n’est pas le seul parti ethnique avec des performances notables. Les partis des Ukrainiens, des Tatars et des Turcs ne se font pas remarqués même s’ils participent à ces élections. Les résultats des Rroms sont lamentables par rapport à leur poids démographique. En échange, la performance du parti allemand est totalement surprenante.

Aux élections pour les maires de 2008, le FDAR, le représentant politique des Allemands de Roumanie, a eu 11 candidats et a obtenu 10 sièges. Même si le score final n’est pas très impressionnant si l’on compare avec ceux des autres partis, ce qui attire pourtant l’attention c’est la différence très faible entre le nombre de candidats et le nombre d’élus. Dans le département de Sibiu, FDAR ne s’est présenté qu’aux élections pour les maires de trois villes (Sibiu, Avrig et Cisnădie) et il a gagné tous les trois sièges ; la population allemande de ces villes représente moins de 3%.

Du côte hongrois, deux formations hongroises ont participé aux élections locales de 2008, UDMR et un parti nouvellement créé : le PCM. L’apparition de cette alternative signifie d’abord la division de l’électorat hongrois et la multiplication de l’offre électorale pour les départements du centre du pays. Ensuite, cette alternative constitue une nouvelle tentative de renforcer et d’exprimer les divisions internes du groupe ethnoculturel hongrois. Selon la répartition des votes et des sièges entre UDMR et PCM, les divisions de l’électorat semblent être faibles pour le moment mais elles ne sont guère négligeables. Si l’on divisait l’électorat hongrois en six unités égales, alors l’UDMR détiendrait cinq unités et le PCM- une seule. Le rapport 5 : 1 n’est pas sans pertinence pour la lecture des divisions politiques, d’autant plus qu’il résulte d’une situation de vote qui n’existait pas auparavant.

En 2008, UDMR a obtenu 4 sièges de président de Conseil de Département (9,75% du total des sièges), 184 sièges de maires (2,89%), 2.195 sièges de conseillers locaux (5,44%) et 89 pour des conseillers départementaux (6,38%). La majorité de ces sièges se trouve dans les départements mixtes du point de vue de la structure ethnoculturelle : Harghita, Covasna, Mureş, Satu-Mare, Sălaj. E plus, l’UDMR gagne un certain nombre de sièges dans des localités roumano-hongroises situées dans des départements plus homogènes (Alba, Braşov, Timiş).

Quant au PCM, il a obtenu 11 sièges de maires, 489 sièges pour les Conseils Locaux et 19 dans les Conseils Départementaux. La meilleure implantation électorale, tant le PCM que l’UDMR l’ont dans le département de Harghita (Tableau 5). Les résultats de l’UDMR aux élections municipales se maintiennent. Le nombre de sièges obtenus en 2008 (184) est inférieur à celui de 2004 (191) mais la différence est non significative. L’UDMR l’emporte dans 80% des localités (soit 152) qui ont élu un maire hongrois il y a quatre ans. 64% des maires élus en 2008 (118) ont déjà détenu un mandat dans les mêmes localités en 2004. Les plus grandes villes où il a eu lieu une réélection des maires sont : Salonta (avec 10.335 Hongrois ou 57,18% de la population) en Bihor, Miercurea Ciuc (34.000 ou 81,75%) en Harghita, Reghin (28,77%), Miercurea Nirajului (83,96%), Sângeorgiu de Pădure, Sovata (90,10% ou 10.465) en Mureş et Jimbolia (14,75%) en Timiş. Parmi ces villes, il y en a quelques-unes où les Hongrois sont en minorité et où l’élection en 2004 et 2008 d’un candidat UDMR à la mairie est due partiellement à un vote roumain trans-ethnique (Jimbolia, Reghin).

L’UDMR est, donc, victorieux aux élections pour les maires tant dans des localités où les Hongrois sont majoritaires que dans d’autres où leur pourcentage est inférieur à 50% . La relation entre la part dans la population hongroise, la dimension de la localité et le vote pour l’UDMR n’est pas toujours suffisante pour l’anticipation du résultat local. Ainsi, tandis que Satu Mare (39,34%) élit un maire hongrois, Târgu Mureş (46,72%) ne vote pas de la même façon. Les Hongrois représentent plus de 50% dans 108 localités de Roumanie mais ils sont majoritaires dans beaucoup plus. Pourtant, toutes ces localités ne sont pas administrées par des maires hongrois. L’explication de ces exceptions est à déterminer à travers une analyse des facteurs locaux.

Aux élections locales de 2008, tous les sièges que le Parti Civique Magyar (PCM) a obtenus pour les maires (sauf à Căpleni) avaient été occupés en 2004 par l’UDMR. Il est important de souligner que le PCM, même s’il a participé pour la première fois aux élections locales, a réussi à s’implanter dans quelques villes très importantes de Roumanie qui étaient avant le fief de l’UDMR (Târgu Secuiesc, Gheorgheni, Băile Tuşnad).

CONCLUSION

On le précisait en début de texte, la Roumanie représente l’un des extrêmes d’un continuum des sociétés hétérogènes, au point de vue ethnoculturel et linguistique. Elle est un pays semi-plural parce que, bien qu’il soit possible de mesurer le poids de chaque minorité nationale, les lignes de division culturelle et sociale ne correspondent pas parfaitement. A l’intérieur du pays, les régions et les départements, caractérisés par des degrés de fragmentations distincts, présentent des réalités sociales et comportementales différentes. La Transylvanie réunit aux élections les partis de différentes communautés linguistiques. En Transylvanie, deux départements sont majoritairement hongrois et dans un important nombre d’autres unités administratives et circonscriptions le poids de cette communauté est significatif ; le vote et l’appartenance linguistique sont parfaitement liés.

Dans ce contexte, l’identification des profils électoraux régionaux et communautaires ainsi que la territorialisation des comportements électoraux, s’avèrent d’un grand intérêt. En effet, cela permet de voir dans quelle mesure le degré de fragmentation culturelle et l’imaginaire ethnique influent sur le vote et comment cette relation diffère d’une région à l’autre. Pour répondre à une telle question, nous avons essayé de constituer la géographie du vote en Roumanie, de saisir les modèles de distribution des votes (Siegfried, 1919) et, ensuite, d’identifier les comportements collectifs aux élections locales et législatives.

En Roumanie, la géographie électorale est variable. Cet état de fait s’explique partiellement par les importants changements au niveau du système de partis et par l’absence des éléments de « pilarisation sociale ». À la différence des partis roumains, le modèle d’implantation électorale des partis des minorités ethnoculturelles est assez stable. Les partis hongrois, UDMR et PCM, par exemple, enregistrent leurs meilleurs scores dans les localités où la densité de la population magyare est très élevée (localités petites et moyennes). Dans les grandes villes roumano-hongroises, l’anticipation des résultats aux élections locales est plus hasardeuse. Contrairement à ces partis, la formation allemande est implantée électoralement dans quelques villes du département de Sibiu, où les Allemands représentent moins de 3%. En général, les résultats des partis hongrois sont, donc, directement proportionnels à la dimension du groupe ethnoculturel. Cette relation n’existe pas pour le cas allemand ; des scores de 90% sont obtenus dans des localités où la majorité roumaine est écrasante (90% à Sibiu). Le vote transethnique en Transylvanie est un phénomène très intéressant. Dans les départements hongrois de Covasna et de Harghita, le vote hongrois transethnique est plus fréquent que dans les autres départements mixtes. D’autre part, Bihor est le département où les votes pour l’UDMR accordés par les Roumains sont les plus nombreux. Les performances différentes du FDAR et de l’UDMR sont dues aux perceptions différentes des Roumains surtout quant aux menaces politiques que les deux groupes poseraient aux Roumains. La barrière ethnique est plus facile à passer par les Roumains lorsqu’ils élisent un maire saxon à Sibiu, que par les Roumains de Cluj-Napoca ou Târgu-Mureş, par exemple, qui sont confrontés à un groupe rival d’un poids considérable, tenu par bien des Roumains pour hostile. De l’autre côté, lorsqu’on prend en compte le contexte national, les différences de performance n’apparaissent plus si importantes. À ce niveau, les deux partis ne sont, finalement, que des représentants politiques de deux minorités ethniques de Roumanie, en pleine compétition sur un marché électoral dominé par les ethniques roumains.

D’habitude, les partis nationalistes roumains enregistrent leurs meilleurs scores dans les régions multiethniques. Cela montre que les opinions politiques des individus originaires de ces zones ne sont pas plus modérées par rapport aux régions homogènes, ce qui pourrait sembler étonnant, étant donné la tendance générale à la tempérance politique dans les sociétés bilingues. L’implantation électorale de l’extrême-droite dans les régions mixtes de Roumanie montre les limites des théories d’Arthur F. Bentley (Bentley, 1955) et de David B. Truman (Truman, 1951) [9]. Le vote transcommunautaire massif pour le FDAR démontre, d’autre part, qu’un certain type de capital social est à même de favoriser la tempérance des comportements et d’apaiser les rivalités. L’index de fragmentation joue certainement un rôle important. Dans les sociétés très fragmentées, il est supposé que les individus manifestent des opinions et des attitudes plus modérées par rapport aux individus qui n’ont pas l’habitude d’échanger des points de vue avec des gens appartenant à un autre groupe linguistique (Almond, 1956). Une telle hypothèse a été vérifiée par Schattschneider et Lipset (Schattsneider, 1942 : 33) dans la science politique (the cross-cutting cleavages theory) et par Truman et Bentley dans la sociologie du groupe (the overlapped memberships theory). Dans notre travail, nous avons dépisté quelques limites de ces approches théoriques. Ces limites deviennent évidentes au moment de l’examen tant de l’implantation électorale de l’extrême-droite et des partis nationalistes dans les régions mixtes, que de la géographie du vote non-ethnique ou transcommunautaire en Roumanie.

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[1] Certaines des idées du présent travail se retrouvent dans la thèse de doctorat que je prépare actuellement sur le comportement électoral dans les communautés mixtes et dans d’autres textes, publiés ou en vue de publication, consacrées à des sujets connexes.

[2] BARE est un programme de sondages annuels, réalisés par le Centre de Ressources pour la Diversité Ethnoculturelle de Cluj.

[3] Il faut noter que le pourcentage des Allemands à Sibiu est inférieur à celui qu’on enregistre à Timişoara. Pourtant, Sibiu représente, aujourd’hui comme auparavant, le centre culturel et politique de cette minorité historique.

[4] « Les Hongrois apportent les Roumains du Sud du Danube pour qu’ils soient les premiers arrivés en Transylvanie et pour ainsi justifier l’étendue de la Hongrie jusqu’aux Carpates. Les Roumains ne veulent ni même entendre une autre solution que celle d’une continuation absolue entre les Daco-Romains et la nation roumaine moderne. »- Lucian BOIA, Două secole de mitologie naţională, Humanitas, Bucarest, 2002, p.44. Dans son livre Istorie şi mit în conştiinţa românească, l’auteur reprend la discussion sur les sources de la théorie de Robert ROESLER, « Romäniche Studien », 1871.

[5] Dans l’assemblée constituante de 1922, les minorités étaient représentées par 6 sénateurs et 11 députés. Puisque les minorités ethniques représentaient alors 29% de la population totale, elles auraient du être représentées par 107 députés et 48 sénateurs. Les Allemands ont toujours été mécontents devant cette situation de sous-représentation politique qui ne s’est pas améliorée, même en 1926, quand le nombre de parlementaires pour les minorités nationales a triplé. Aux élections de 1937, la minorité allemande était organisée en deux partis, le parti ancien (ROTH) et le parti du peuple allemand (GUST). Le premier a conclu un cartel avec les libéraux et le deuxième a déposé des listes principalement dans les départements où il y avait une minorité allemande et, en plus, à Bucarest, Prahova et Constanţa. Il a enregistré ses scores les plus importants à Târnava Mare (17,3%), Timiş-Torontal (12,5%) et Braşov (10%). Sibiu, Cernăuţi et Cetatea Albă restaient gouvernés par les Allemands. ZAMFIRA, A., « Elections et électeurs aux XIXe et XXe siècles. Une généalogie de l’étude électorale en Roumanie », in, Studia Politica. Romanian Political Science Review, vol. VII, no.2, Nemira, Bucarest, pp. 339-373.

[6] Lucian NASTASĂ, Levente SALAT (dirs.), Maghiarii din România şi etica minoritară, Ethnocultural Diversity Resource Center Press, Cluj, 2004.

[7] La source utilisée est la publication Maghiarii din România, Fundaţia Culturală Română, Cluj, 1995, pp. 23-6.

[8] Ibidem.

[9] Truman est ce théoricien des groupes qui a essayé d’extrapoler la théorie, en vérifiant la validité en dehors de l’espace américain.

 

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