FORMES DE L’IMAGINAIRE

PAR ROSZA VEL ZOLADZ

PROFESSEUR DANS LA LIGNE DE RECHERCHE ETUDES DE L’IMAGE ET DE LA CULTURE SCIENTIFIQUE ASSOCIEE DU PACC CONSEILLERE EMERITE DU CONSEIL DE MINERVE DE L’UFRJ, (RIO DE JANEIRO, BRESIL) CHEVALIER DES ARTS ET DES LETTRES COLLABORATRICE DE L’ECOLE DES BEAUX-ARTS DE L’UFRJ, (RIO DE JANEIRO, BRESIL)

Ce qui a été dit jusqu’ici montre que les questions problématisées se rejoignent à l’horizon, configurant le débat de la catégorie culture. Il ne s’agit pas de discuter de ce qu’il englobe comme si c’était un vieux concept datant du 19e siècle. Il s’agit de conduire la discussion aux aspects, significatifs encore aujourd’hui, qui vont au-delà de ce que la culture voulait dire pour E. Taylor, Lewis Morgan et l’évolutionnisme, Ralph Linton avec le diffusionnisme, Kardiner et Ruth Benedict et le culturalisme et Malinowski avec le fonctionnalisme. Chacun d’entre eux, à leur manière et dans leur génialité, contribue à faire oublier des déterminations irréductibles quant à la rigidité qu’une pensée unique impulse.

Il n’y a donc plus de doute quant à ce qui caractérise le débat de la culture, dans lequel les concepts évoluent dans toutes les directions, ou comme le dit Gustav Janouch dans Conversations avec Kafka, comme s’ils n’étaient que des coquilles de noix vides. Cette illustration est sans doute opportune dans l’hémisphère nord, où le froid rigoureux fait consommer en grande quantité le fruit du noyer, source de calories et de protéines végétales, qui compensent l’absence de chaleur dans l’atmosphère.

Cette inconsistance amène à considérer la (ou les) culture (s) comme des liens qui se rattachent aux circonstances telles qu’elles ont été illustrées ci-dessus et au jeu social qui les anime. En se penchant sur cet état de choses, c’est l’École française de sociologie qui apporte des contributions inestimables pour comprendre ce qui relie l’individu au groupe. Ainsi, la culture ne se réduit pas uniquement à son expression matérielle, composant le monde des objets et des choses, mais il faut également observer les aspects intangibles qui signalisent les frontières et les échanges qu’ils suscitent dans le milieu social. Et ils le font mûs par la structure, l’organisation sociale qui compose la réalité et qui sont à la disposition du chercheur, comme on peut le constater dans les essais qui précèdent – donnant la possibilité d’être récupérés par l’émergence de la solidarité. Emile Durkheim a examiné à l’origine ce qu’il y a dans les sociétés qui apparaissent avec la Révolution Industrielle. Ses aspects anomiques ont fait aller d’avant en arrière l’auteur de la Division du Travail social, proposant des alternatives plus ordonnées de la vie sociale. L’Humanisme du fondateur de la Sociologie n’a toutefois pas été suffisant pour introduire ses intentions. Encore aujourd’hui, l’éventuelle contribution des liens sociaux à une existence sociale plus harmonieuse et moins chaotique, qui est constamment espérée, fait l’objet de discussions. En se penchant, avec une grande lucidité, sur les causes sociales qui aparaissent comme problématiques dans la cohabitation, Martine Xiberras suggère dans son livre Les théories de l’exclusion certaines alternatives à ce que Durkheim proposait face à l’anomie qui régnait au 19e siècle et qui se fait présente de nos jours. Xiberras prend comme point de départ l’étude minutieuse des exemples donnés par Durkheim quant aux types de solidarités qui seraient suffisants pour trouver des solutions au désordre.

Les solutions paraissent insuffisantes pour parvenir à la cohésion sociale. C’est dans celles-ci que Xiberras concentre ses réflexions sur le liant qui unit ce qui est désordonné. Elle n’est pas une figure, une réthorique. Il est nécessaire d’atteindre ce que la solidarité représente dans la post-modernité pour qu’il soit possible de percevoir autre chose que ce que Geertz qualifie de monde morcelé. Dans certains cas, c’est du monde pulvérisé qu’il s’agit. Gilberto Freyre, sociologue brésilien, présenté en France par Lucien Febvre, fait de l’osmose affective l’équilibre instable qu’il résulte d’elle comme si c’était le ressort qui unit les parties au Brésil, avec son pluralisme et la diversité. Il devient évident que la culture se transforme en réactions intelligibles aux aspects de la vie mondaine, quotidienne, qui se transforment en pistes qui nous disent comment individus et groupes réagissent à des situations simples, plus ou moins familières. Ce n’est pas un travail simple, parce qu’interfère dans le choix ce qu’on nomme en grec le kairos, décision qui amplifie ce qui est considéré comme étant la reproduction. Il ne s’agit pas de critiquer ici ce que Bourdieu a popularisé comme transposition mécanique dominatrice. Dans cette transposition, interfère le goût que l’on peut avoir pour certaines choses, l’affection que l’on veut démontrer pour un élément pré-sélectionné ; enfin, approprié par un segment socio-économique différent de ce que le nouveau sélectionneur finit par faire sans ignorer la capacité de vivre avec ce qui est transformé, modelé ou contaminé et rejeté par ce qui est apréhendé.

C’est sur ce point qu’il est possible de faire un pont avec ce qu’on appelle l’Imaginaire, dans un monde qui est un Pandémonium. L’Imaginaire éclôt de ce concept, qui est donc enraciné en lui, constituant une espèce d’enveloppe des contenus (culture) des relations sociales. L’Imaginaire n’est pas au-dessus ou en dessous d’elles, mais dedans, immergé dans la vie sociale. Pour Jean Duvignaud, l’Imaginaire a la capacité d’ouverture à n’importe quel élément encore inexistant et qui l’imprègne de fonctions rénovatrices. La Sociologie de l’Art cherche à les comprendre et, dans ce processus, l’Imaginaire – et par extension le ou les arts – est, selon Duvignaud, une forme d’encouragement qui, de la même façon que la culture, a toujours une façon de se faire tendue entre le tout et les parties, autrement dit entre la totalité et la fragmentation. Dans celles-ci, la dimension du vécu social est l’expansion de la circulation d’images communes tissées dans ce que Michel Maffesoli appelle le rythme de la vie. Pour lui, Maffesoli, c’est dans le droit de poétiser que l’on a l’un des paradigmes de la raison sensible. Les aspects sensibles, émotionnels et affectifs vont constituer les logiques (les raisons) qui rendent possible la vie comme œuvre d’art (Genèse).

REMERCIEMENTS

Mme Rosza Vel Zoladz remercie le professeur Beatriz Resende du PACC, avec qui elle travaille dans la ligne de recherche des Cultural Studies, intègré au sein du Programme Avancé de Culture Contemporaine (PACC) du Forum de la Science et de la Culture (FCC)- UFRJ, dont la coordinatrice est le professeur Heloísa Buarque de Holanda. Fort de ces encouragements, a été présenté lors du XVIIIe Congrès de l’Association Internationale des Sociologues de Langue Française (AISLF) à Istanbul en 2008, le travail du photographe Miguel Rio Branco, dont les images examinées ici montrent la vie du quartier de Maciel (Salvador-Bahia, Brésil).

Mme Vel Zoladz remercie également Mariana Schincariol, assistante du photographe pour ses encouragements et ceux du coordinateur du Programme de post-graduation en Arts Visuels (PPGAV) de l’École des Beaux Arts de l’UFRJ, le professeur Rogério Medeiros. De même, ceux des étudiants, qui l’ont assisté pendant vingt ans dans son incursion dans le monde de la photographie, méritent d’être mentionnés ici.

Enfin, il lui faut citer également la sociologue Martine Xiberras, de l’Université de Montpellier, France, qui a proposé Mme Vel Zoladz comme l’une des organisatrices internationales du CR9, mais aussi Michel Maffesoli, sociologue à la Sorbonne, inspirateur de son voyage à Istanbul, ainsi que d’autres opportunités académiques. Il est nécessaire également de mentionner Thibault Danteur, doctorant de Martine Xiberras, qui a très bien accompli son rôle de vice-président du CR9 à Istanbul.

Thibault Danteur tient à remercier chaleureusement Martine Xiberras pour ses encouragements et son soutien en amont et en aval de ce congrès, ainsi que pour les différentes opportunités qui en ont découlé. Il faut aussi remercier très fortement Mme Vel Zoladz pour son travail et son expérience qui ont permis à ces tables rondes de se dérouler dans une atmosphère de travail des plus agréables, ainsi que de rencontrer nombre de chercheurs éminents au cours du séjour.

Il semble opportun de souligner ici l’impeccable organisation et le grand dévouement des membres de l’AISLF ainsi que des volontaires bénévoles turques de l’Université de Galatasaray, et ce malgré des circonstances pas toujours faciles. Que tous en soient vivement remerciés. Il faut aussi être reconnaissant aux nombreux participants au CR09 ainsi qu’à l’ensemble des groupes de travail qui ont fait vivre ce congrès par leurs interventions comme par les nombreuses discussions et les conseils avisés dispensés lors des différentes soirées de l’association. Remercions aussi le personnel de RUSCA pour le travail de relecture et de publication des contributions du CR09.

Enfin, à titre plus personnel, M. Danteur souhaite exprimer sa gratitude à Louisette pour son soutien moral sans faille, et son partenariat quotidien durant toutes les étapes qui ont mené à ce congrès et à cette publication, et sans quoi rien n’eut été pareil.

 

Dernier ajout : samedi 17 janvier 2009. — © RUSCA 2007-2010
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