Carlo MONGARDINI, « La société capitaliste au carrefour »

Conférence du 29 avril 2009 à l’UPV

Par Julia Tomas

L’Institut de Recherches Sociologiques et Anthropologiques - Centre de Recherches sur l’Imaginaire (IRSA-CRI/E.A. 3025) a organisé une conférence du Professeur Carlo Mongardini, sous la présidence du Professeur Patrick Tacussel, le 29 avril 2009 à l’Université Paul Valéry, Montpellier.

Carlo Mongardini est Professeur à l’Université de Rome La Sapienza. Il est l’auteur notamment de Economia come ideologia (1997) et La società del nuovo capitalismo (2007), son intérêt étant, comme les titres l’indiquent le capitalisme et plus particulièrement son aspect nouveau, c’est-à-dire le capitalisme financier. Pour lui, la crise contemporaine de la démocratie représentative est le résultat d’une « colonisation politique de l’économie » ainsi que d’un aspect social qui prend une ampleur importante : la peur.

Mongardini met en relief deux aspects fondamentaux de la modernité économique. D’abord, il existe une nouvelle « abstraction de la complexité sociale » laquelle dépend de l’économie. Ensuite, il y a un danger permanent d’une « économie délocalisée et fondée sur la fonction électronique de l’argent » laquelle dématérialise l’échange marchand. Comme Georg Simmel l’avait noté auparavant, l’argent est l’agent principal de l’économie abstraite. La qualité est transformée en quantité ce qui, paradoxalement, mène à une misère croissante.

En effet, nous assistons à une nouvelle évolution du capitalisme depuis la première crise pétrolière (1973) : le capitalisme est devenu politique. En parfait accord avec le mythe de la modernité, la volonté d’aller au-delà des frontières physiques est devenue trop importante. L’ouverture des frontières et le développement des réseaux électroniques sont un effort évident de ce désir de dépassement. De la sorte, avec plus de mobilité et de fluidité, la diffusion de la mentalité économique est devenue un phénomène de masse.

L’économie réelle manque de validité et de rapidité face à l’économie virtuelle, ce qui conduit à l’anarchie des marchés et à une « rationalisation sans raison ». L’économie a ainsi perdu son contact avec la société réelle et s’en est éloigné pour devenir un jeu de bourse. La culture de ce nouveau capitalisme se reflète clairement dans la consommation de masse, et dans cette implosion/explosion de l’espace l’individu semble oublier ses projets en devenir. « L’homme est capable de renoncer à sa liberté pour un peu de sécurité ». Autrement dit, la peur domine et, en plus, un manque sérieux d’organisation collective est évident (ce qui est parfait pour dominer mais non pas pour la démocratie). Ainsi, le futur est en cause.

En faisant référence à Joseph Schumpeter, Mongardini nous rappelle pour conclure, que le capitalisme est un « processus irréversible » et fait preuve d’une « destructivité créatrice ». En effet, c’est là la matrice de l’innovation car cette idéologie politique détruit les vieilles forces sociales pour en créer de nouvelles toujours en lien étroit avec les évolutions de son âme, c’est-à-dire l’occident. Finalement, sa mort ne peut être que la bureaucratisation.

Júlia Tomás (allocataire-monitrice, IRSA-CRI)

1er mai 2009

Bibliographie du conférencier

- Carlo MONGARDINI, Economia come ideologia. Sul ruolo dell’economia nella cultura moderna, Milano, Franco Angeli, 1997.
- Carlo MONGARDINI, Le dimensioni sociali della paura, Milano, Franco Angeli, 2004.
- Carlo MONGARDINI, La società del nuovo capitalismo. Un profilo sociologico, Roma, Bulzoni, 2007.
- Carlo MONGARDINI et G. de Finis (dir.), Le trasformazioni del politico, Roma, Bulzoni, 1996.
- Carlo MONGARDINI (dir.), Sociologia del futuro, Roma, Bulzoni, 2004.
- Carlo MONGARDINI, « L’idée de masse chez Simmel et l’expérience contemporaine », Société, 2008/3 - N° 101 De Boeck Université.

 

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