Armindo BIAO : « Entre histoire, théâtre et magie : Maria Padilha, la reine des carrefours ».

du jeudi 30 avril 2009

Sandrine Bretou (doctorante en sociologie)

Conférence organisée par l’IRSA-CRI, EA 3025, le jeudi 30 avril, ayant pour titre « Entre histoire, théâtre et magie : Maria Padilha, la reine des carrefours », sous la direction du Professeur Patrick Tacussel, directeur de l’IRSA-CRI. Armindo Bião est professeur de philosophie et de sociologie à l’Université Fédérale de Bahia, Brésil.

Par une précise description de son trajet anthropologique, en référence à Claude Lévi-Strauss et Gilbert Durand, A. Bião montre le contexte brésilien dans lequel il évolue, et surtout dans lequel sa pensée s’inscrit. En effet, la présence de l’Église positiviste de Río, proche du spiritisme (où, par exemple l’idée de réincarnation est tout à fait probable), est une marque de dualité paradoxale : religieux et science se mêlant sans tabou. Le professeur apporte ainsi beaucoup de précision quant à son parcours personnel et ses compétences (il est notamment polyglotte), il a travaillé sur l’esthétique et l’anthropologie. Le personnage de Maria Padilha reste au centre de sa réflexion. Il participa aussi à l’évolution de l’ethnoscience des arts : l’ethnoscénologie, se trouvant ainsi aux carrefours des arts et de la science. A. Bião expose les notions centrales de la science des arts :
- Pour commencer, l’importante matrice esthétique.
- Ensuite, le système spectaculaire.
- Et enfin, la notion de carrefour, avec des mélanges culturels Nord/Sud, Est/Ouest, traditions/technologies modernes, cela dans un contexte historique particulier où religiosité et esclavage se côtoient, ainsi que la présence des juifs poursuivis (XVIIe siècle), mais aussi la présence ambivalente des cultures de l’oralité et de l’écriture phonétique.

Enfin, en terminant sur son trajet anthropologique, le professeur précise différentes notions, par exemple celle de « compréhension » qui est préférable à celle d’ « explication », de même pour « identification » (plus a-critique) que le terme d’ « identité », et enfin s’exprime largement en faveur de l’utilisation et le reconnaissance de la « transculturation ».

Sa deuxième partie est bien plus axée sur le personnage de Maria de Padilha, exposant les différents registres historiques de son profil. Ainsi, au cours des XIV, XV et XVIe siècles, elle fut figurée comme « le bon Ange ! », puis « la sorcière ». Cette dernière figure s’amplifie aux XVII et XVIIIe siècles, Maria devenant « la patronne des sorcières ». Enfin aux XIX et XXe siècles, Maria devient « la victime du roi cruel », puis on assiste à un retour au troisième profil, qui est celui de la patronne des sorcières. La conférence est très bien illustrée, de nombreuses photos et extraits de littérature démontrent de l’importance de la présence de la figure de Maria dans la littérature mais aussi la chanson, l’opéra ou encore le théâtre qui n’en sont que de simples exemples. Enfin, le conférencier donne une dernière version de la figure de Maria, comme Exu femelle (proche du thème du messager) Reine des carrefours, patronne des femmes en mal d’amour, des putes, et des « travelos ».

Finissant alors son exposé sur le culte de Maria Padilha dans les Terreiros, centres religieux afro-brésiliens, partie qui a soulevé beaucoup d’intérêts dans la salle. Ce culte est lié à la nature, aux sources d’eau et aux animaux (utilisés pour les sacrifices). Le Père des Saints se féminise pour avoir plus de pouvoirs et surtout d’influences. On trouve une forte expansion du culte en Uruguay et Argentine, mais il est alors originaire de Rio et non de Bahia. Le culte de maria Padilha est animé de danses, de chants avec un repas accompagné de beaucoup d’alcool, et surtout, c’est un culte public. C’est ainsi que nous pouvons établir Maria en tant que reine des carrefours, mais surtout en tant que reine de la transculturation.

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De nombreuses questions ont été soulevées dans la salle :

- Paul Barascut s’interroge sur des liens possibles avec les Amazones. Mais même si le conférencier exclut cette hypothèse, il insiste sur le syncrétisme existant tout de même à Bahia par rapport à ce culte précis.
- Philippe Joron renchérit sur l’ambiguïté du personnage de Maria, sous une dualité d’aspects : « bien et mal » dans la description du terreiro. A. Bião, totalement en accord avec cela, donne quelques références bibliographiques, et souligne l’exemple démontrant ce phénomène : la sexualité y est dangereuse mais acceptée, permise.
- Jean-Bruno Renard y voit la figure mythique de l’ange/démon dans la tradition hébraïque, Maria a les mêmes liens avec Lilith. En effet, Lilith et Maria de Padilha ont été étudiées par Monique Augras, qui les met en relation par l’image du serpent.
- Martine Xiberras, voit dans le passage du mythe à la fable, un parallèle du passage de l’ambivalence vers une unicité du personnage en question. Mais A. Bião tout en confirmant que dans la figure d’Exu par exemple, innocence et perversité se côtoient, il est question d’un réel syncrétisme continuel du rite et du mythe de Maria.
- Yacine Belambri se questionne sur la tradition en tant que conservation bipolarisée et la modernité plus unificatrice. Le conférencier répond par une anecdote en prenant pour preuve de l’intérêt religieux dans le polythéisme brésilien, apportant un « côté thérapeutique ».

Cette conférence a été très bien accueillie par le public universitaire de Montpellier, tout le mérite en revient à son acteur principal : Armindo Bião, affichant un sourire typique ou diras-t-on mythique du Brésil.

Sandrine Bretou

 

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