André COMTE-SPONVILLE : « Peut-on croire sans Dieu ? »

Conférence du 3 juin 2003 à Montpellier

Par Marie Pierre Laudet

Cette conférence s’est faite sous forme de questions-réponses entre Philippe Lapousterle (délégué Général à la Comédie du livre) et André Comte-Sponville (philosophe), à partir du livre de ce dernier : L’esprit de l’athéisme, Albin Michel, 2005. L’exposé et les réponses sont condensés en trois points, ceux sur lesquels l’auteur a insisté.

La réflexion menée par A. Comte-Sponville concerne la transmission des valeurs judéo-chrétiennes lorsque l’on ne croit pas en Dieu. Il s’affirme comme athée, non dogmatique et fidèle, trois mots qu’il va expliquer. Le débat ne se situe pas entre croyants et incroyants, mais entre les esprits tolérants et ouverts (croyants ou non) et les esprits dogmatiques (croyants ou non). L’auteur a lui-même été croyant jusqu’à l’âge de 18 ans avant de perdre la foi. Il retrace son parcours personnel l’ayant conduit à l’incroyance et explique son vécu d’athée ainsi que les questions que cela soulève.

1) De la foi à la fidélité

D’abord croyant catholique, l’auteur a vécu, à 18 ans, la perte de sa foi. Deux événements ont présidé cette perte. D’abord Mai 68 qui a eu pour effet de réveiller ses ardeurs politiques. Se tournant vers l’extrême gauche, alors en adéquation avec l’enthousiasme de sa jeunesse, la passion politique a emporté celle de Dieu. Avant la perte, le détachement : Dieu semblait terne à côté de la révolution et A. Comte-Sponville s’est désintéressé de la religion. Ensuite, en classe de terminale, il a découvert la philosophie. Les arguments avancés par les philosophes en faveur de la non existence de Dieu lui ont semblé plus convaincants.

Cette perte de foi ne s’est pas accompagnée d’un désaveu des valeurs religieuses. C’est pourquoi André Comte-Sponville s’affirme comme athée, non dogmatique mais fidèle. Fidèle aux valeurs de la chrétienté transmises depuis 2000 ans ; athée non dogmatique car il ne croit pas en Dieu mais ne sait pas s’Il existe ou non. La fidélité apparaît comme ce qui reste lorsque l’on a perdu la foi.

2) Athéisme : liberté ou désespoir ?

Pour l’auteur, cette perte de croyance a été vécue comme une libération car tout lui a semblé plus simple. Être soumis au regard de Dieu, même si ce regard est aimant, est un poids car tout ce qu’on vit est essentiel, tourné vers Dieu. La « fin de Dieu » marque donc une solitude nouvelle mais surtout un sentiment de simplicité.

Croyants et incroyants partagent les mêmes valeurs. La différence intervient dans le rapport à la mort. Celle-ci est définitive pour les incroyants, alors que les croyants ont l’espoir de l’au-delà. L’athéisme implique un certain désespoir, il faut vivre avec l’idée de finitude et l’idée de ne jamais revoir les personnes qu’on aime.

3) La nécessité des valeurs partagées

La question de Dieu est métaphysique, donc sans preuve. Par contre la nécessité des valeurs est bien concrète. Que reste-t-il de l’Occident chrétien quand il n’est plus chrétien ? Comment lutter contre le fanatisme extérieur et le nihilisme intérieur ? S’il ne reste plus de foi commune, il reste une fidélité commune : un attachement aux mêmes valeurs judéo-chrétiennes. Cette fidélité permet d’avoir des bases solides pour avancer dans l’avenir. Et, citant, Hannah Arendt : « Il faut être culturellement conservateur pour être politiquement progressiste. », et pour le dire plus simplement, avec un proverbe africain : « Quand on ne sait où l’on va, il faut regarder d’où l’on vient. »

Cette fidélité aux valeurs n’exclut pas une critique de ces valeurs. Il s’agit d’une fidélité critique, ouverte, qui vaut mieux que l’amnésie. Faire table rase des valeurs, sous prétexte qu’elles sont un héritage religieux, serait la porte ouverte à la tyrannie.

Conclusion

Il n’y a pas de civilisation sans sacré, sans communion ; mais il peut y en avoir sans Dieu. Par exemple, la civilisation chinoise est très vieille et importante mais ne croit pas en Dieu. On pourrait chercher des mots laïques pour exprimer la fidélité et la communion, peut-être sont-ils trop connotés ; cependant ils expriment des choses très concrètes et qui concernent tout le monde. Les athées ont également besoin de spiritualité, au sens d’une vie de l’esprit. C’est un sens général qui concerne trois points précis : le rapport à l’éternité, l’infini et l’absolu. Chacun d’entre nous, croyant ou athée, peut avoir une expérience « spirituelle ». Nous pouvons nous interroger sur le sens de la vie, ce que Leibniz formulait ainsi : « Pourquoi quelque chose plutôt que rien ? », avec ou sans Dieu.

Marie Pierre Laudet (Dir. Rech. Jean-Bruno Renard - IRSA-CRI)

 

Dernier ajout : lundi 11 juin 2007. — © RUSCA 2007-2010
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