Divers facteurs dans l’alternance des langues : étude de cas de deux enfants bilingues français - anglais

Lydie VARGAS
Université Montpellier III

Résumé :
Nous nous intéressons ici à l’alternance des langues dans le cadre d’une étude de cas d’un frère et une sœur bilingues français – anglais, T et S, âgés de 6 ;10 et 5 ;7 au début de notre étude. Nous tentons ici de réunir plusieurs approches complémentaires dans l’étude du code-switching (CS), en liant une approche sociolinguistique au travers de l’analyse des stratégies discursives, une analyse de la structure morphosyntaxique des énoncés mixtes, ainsi qu’une étude du rôle de la prosodie dans le code-switching de nos deux sujets. Nous verrons en quoi ces divers facteurs se combinent pour expliquer les schémas des code-switches de S et T. Nous soulignerons en particulier l’évolution de la nature du CS chez S et T avant et après un séjour de cinq mois aux États-Unis, qui se manifeste notamment de manière nette dans le domaine de la prosodie.

Mots-clés :
Bilinguisme - code-switching - stratégies discursives - morphosyntaxe - prosodie.


1. Introduction

Suite au colloque de jeunes chercheurs organisé par le laboratoire DIPRALANG (Université Montpellier III, EA 739) les 26 et 27 juin 2008 sur le thème « Enfance(s) et plurilinguisme », nous nous proposons de revenir sur un cas de bilinguisme chez deux enfants ayant été exposés à deux langues dès la naissance. Cet article présentera plus particulièrement les résultats d’une étude longitudinale de l’alternance des langues dans le discours de ces enfants.
La recherche sur l’alternance des langues ou code-switching chez les enfants bilingues s’articule traditionnellement autour de plusieurs grands pôles. En effet, diverses études se sont intéressées tour à tour à l’aspect lexical, morphosyntaxique, sociolinguistique ou encore dans une moindre mesure et plus récemment à l’aspect prosodique. Il nous semble néanmoins intéressant et essentiel de combiner aujourd’hui ces diverses approches, et en particulier de voir quels liens la prosodie entretient avec les autres facteurs dans le discours bilingue des enfants. Nous nous intéresserons donc à l’accentuation et à l’intonation, qui semblent jouer un rôle important dans notre corpus pour expliquer la présence de code-switches.

2. Méthode

2.1. Participants

Notre étude concerne deux frère et sœur bilingues français – anglais, T et S. Le père se définit comme locuteur natif anglophone mais parle aussi français, bien qu’avec quelques erreurs occasionnelles de morphosyntaxe, de lexique, et une phonétique distinctement anglaise. La mère est au départ francophone, mais a effectué de nombreux séjours prolongés en pays anglophone et enseigne l’anglais à l’université. C’est donc aujourd’hui une locutrice bilingue français – anglais relativement équilibrée.

Contexte d’acquisition des langues

T est né en Angleterre où il a été exposé aux deux langues dès la naissance : l’anglais chez son assistante maternelle et au sein du foyer familial, et le français uniquement à la maison. A l’âge d’1 an il a déménagé en France, où la situation respective des deux langues s’est inversée : il n’a plus été exposé à l’anglais qu’au sein du foyer familial, le français étant parlé à l’école et au centre de loisir. L’exposition à l’anglais s’est aussi présentée dans le cadre de séjours occasionnels en Grande-Bretagne. A l’âge de 8 ;5, il a effectué un séjour de six mois aux États-Unis, suivi d’un retour en France.

S est née en France. Elle y a été exposée au français à l’école et au centre de loisir, l’anglais étant présent dans le foyer familial ainsi que dans le cadre de divers séjours en Grande-Bretagne. A l’âge de 7 ;2, elle effectue également un séjour de six mois aux États-unis (7 ;2 - 7 ;7). Dans l’ensemble, S a donc reçu un input en anglais inférieur quantitativement à celui reçu par T.

Politique parentale et pratique du CS.

La politique choisie par les parents n’est pas la règle de Grammont « une personne – une langue », mais au contraire ils ont choisi de parler uniquement anglais à la maison. Cependant, les enregistrements montrent que les deux parents mélangent en réalité les deux langues tant entre eux qu’avec les enfants. Les données récoltées ont donc été enregistrées en « mode bilingue » (Grosjean 1998, p.136). Quant aux enfants, ils parlent français entre eux et à leurs parents, avec relativement peu de CS, et français monolingue avec leurs camarades francophones. La nature du CS au retour des États-Unis a évolué et la proportion de CS dans leur discours a augmenté.

2.2. Données

L’étude présentée ici porte sur les mois précédant et suivant le séjour de six mois aux États-Unis. A ce stade de l’étude, la période du retour des États-Unis sera essentiellement prise en compte dans le cadre de notre analyse des phénomènes prosodiques.
Notre corpus primaire est constitué d’une part d’enregistrements audio réalisés par le père sur une base mensuelle, desquels nous avons extrait les cas de CS. Nous nous appuyons d’autre part sur des transcriptions d’énoncés contenant des CS, répertoriés dans un journal de bord mis à jour également sur une base mensuelle.
Nous nous intéressons en particulier aux CS intra-phrastiques, c’est-à-dire ayant lieu au sein d’un énoncé. Dans la période précédant le séjour aux États-Unis, nous aurons donc affaire à des énoncés mixtes de deux types : d’une part, des énoncés en français, avec CS en anglais dans les interactions entre S et T ou avec les parents ; d’autre part, des énoncés anglais avec CS en français, dans les conversations avec des interlocuteurs anglophones monolingues. Au retour des États-Unis, ces deux schémas persistent mais les énoncés mixtes dans les échanges entre les enfants ou avec les parents peuvent contenir des CS dans les deux sens, la nouveauté étant le CS de l’anglais vers le français dans un contexte bilingue.

3. Analyse des données et résultats

3.1. Absence d’équivalent lexical et code-switching

Dans les premières études sur le bilinguisme des enfants, l’absence d’équivalent lexical dans l’autre langue a souvent été invoquée comme un motif prépondérant de CS. De nombreuses études ont cependant montré que le phénomène des vides lexicaux est loin d’être le seul facteur jouant un rôle dans le code-switching, et la question se pose d’ailleurs essentiellement pour des enfants plus jeunes que les sujets de notre étude. Il convient néanmoins de prendre en compte ce facteur pour voir dans quelle mesure il peut ou non jouer un rôle dans l’alternance des langues chez S et T. Cela permettra d’autre part de ne pas attribuer trop d’importance à d’autres facteurs dans les cas où l’absence d’équivalent lexical semble être la cause première d’un CS.
Le graphe suivant illustre la proportion de CS lexicaux pouvant être attribués à une absence d’équivalent lexical (EL) dans l’autre langue.

On observe que S connaît un équivalent aux mots code-switchés dans 60% des cas de CS (colonne bleue), ou dans 77% des éléments vérifiés auprès d’elle (en mauve). Notons que chaque unité lexicale n’est comptabilisée qu’une fois dans les calculs. Cela permet en effet d’éviter que la proportion d’équivalents accessibles ne soit faussée en raison de l’utilisation fréquente de certaines unités lexicales. Notons cependant qu’en prenant en compte les occurrences répétées, la proportion d’équivalents lexicaux connus est de 55%, pour 38% d’équivalents non accessibles ou non vérifiés, ce qui est proche de la proportion observée sans les prendre en compte.
En ce qui concerne T (cf. ci-dessous), il connaît un équivalent aux mots code-switchés dans 56% des cas de CS (colonne bleue), ou pour 82% des éléments vérifiés auprès de lui (en mauve). En incluant les termes répétés, T a un équivalent lexical à sa disposition dans 36% des cas, n’en a pas dans 6% des cas et n’est pas sollicité pour une vérification dans 58% des cas (il a donc des équivalents lexicaux à sa disposition dans l’autre langue dans 86% des cas de CS vérifiés auprès de lui). Cependant dans son cas, une grande partie des CS répétés sont dus au jeu de cartes Uno. Si on laisse ces derniers de côté, T a un EL pour 57% des éléments code-switchés, n’en donne pas à hauteur de 10%, et n’est pas interrogé pour 33% d’entre eux (il connaît donc 85% des termes sur lesquels il est interrogé).

Quel que soit le mode de calcul retenu, nous observons que l’absence d’équivalent lexical peut être pertinente dans une certaine mesure mais est loin d’expliquer la majorité des CS dans le discours de S et T. D’autres paramètres doivent ainsi être pris en compte, parmi lesquels le contexte sociolinguistique.

3.2. Code-switching et négociation du contexte

Dans la littérature sur le bilinguisme chez les enfants, il est vrai que le « contexte » a souvent été défini, au moins au départ, en termes de la langue dans laquelle le parent/investigateur, etc.… s’adressait à l’enfant (Deuchar et Vihman 2005, p.139 ; Serratrice 2005, p.166). Il nous semble important d’analyser ici dans quelle mesure la proportion de CS dans le discours de T et S varie en fonction du contexte. De nombreuses études sur le bilinguisme prennent en compte la stratégie parentale. Selon certaines d’entre elles, le recours par les parents à la stratégie une personne – une langue a pour effet de limiter la proportion de code-switching dans le discours des enfants bilingues. Cette stratégie est néanmoins souvent définie uniquement en fonction de la langue utilisée par les parents dans leur discours. Lanza (1997) redéfinit les stratégies discursives pouvant être adoptées par les parents selon des critères un peu différents. Au-delà de la langue employée elle-même, Lanza s’intéresse à l’attitude des parents face au CS des enfants et face au CS en général. Pour elle, le contexte se définit comme un aspect négociable de tout échange social [1].
Rappelons donc dans quels contextes le discours de S et T contient des CS. Avec leurs camarades de classe, les enfants parlent français monolingue sans CS. Avec des locuteurs anglophones monolingues, les CS en français sont rares ou inexistants. Avec leurs parents et entre eux, S et T ont tendance à parler français avec des CS occasionnels. Si l’alternance des langues était due à la dominance, on s’attendrait à ce qu’ils introduisent beaucoup de français dans leurs discours en anglais, ce qui ne se produit que très rarement. De plus, S, dont le français est plus clairement dominant que celui de son frère, passerait plus souvent au français que ce dernier (ce qui n’est pas confirmé par nos enregistrements). Ces phénomènes peuvent-ils s’expliquer en prenant en compte le contexte ?
Lanza définit cinq stratégies discursives, qui s’inscrivent sur un continuum allant d’un contexte monolingue à un contexte bilingue.



La stratégie minimal grasp consiste à poser des questions en Wh- du type « qu’est-ce que tu as dit/veux dire ? ». Dans la stratégie expressed guess, l’adulte propose une traduction de ce qu’a dit l’enfant dans la langue « adéquate » mais en lui demandant confirmation (« est-ce que tu veux dire que… ? »). Dans le cadre de la répétition par l’adulte (adult repetition), l’adulte reformule l’énoncé de l’enfant dans la langue appropriée, mais cette fois sans lui demander confirmation. Avec la stratégie move on, l’adulte poursuit naturellement la conversation sans prêter attention au CS de l’enfant. Enfin, l’attitude se rapprochant le plus de l’extrémité bilingue du continuum est la pratique du code-switching par l’adulte lui-même.
Or c’est une situation à laquelle on a souvent affaire dans notre corpus, comme l’illustrent les énoncés suivants, dans lesquels les parents eux-mêmes ont recours au CS :

T : Je vais essayer d’acheter une Gameboy , mais il faudra que, si j’ai de money pour essayer de l’acheter ce Gameboy … mais si c’est cher, je m’en fiche !
P : Et comment tu vas trouver le money  ?

M : Ah ben ça, c’est vos histoires. Moi, je t’ai mise dans le top bed. If you changed, that’s your business . Moi je sais rien du tout.
S : Moi j’irai en haut.

Dans les cas où les parents parlent anglais monolingue sans CS, on s’aperçoit qu’ils ont recours aux stratégies move on ou adult repetition :

T : Tu te rappelles qu’ils ont parlé des araignées ?
P : Yes .
T : T’as vu ? Ils sautent très haut, il faut pas que tu les touches.
P : Yes, some of them can jump.
T : Ouais.
M : Yes, but these you don’t find in France, you know.

Comparons donc les échanges avec les parents à ce qui se passe dans les conversations avec des locuteurs anglophones monolingues.


Dans ce jeu de devinette sur les animaux, le CS en français de T n’entraîne aucune réponse de la part de ses interlocuteurs anglophones. Il est donc probable qu’il s’aperçoive de leur incompréhension. Quant au CS de S, il n’est pas immédiatement compris par ses interlocuteurs. De façon significative, le premier adulte a alors recours à la minimal grasp strategy, en posant une question en wh-. Or cette stratégie est celle qui met le plus en place un contexte monolingue, laissant à l’enfant le soin de reformuler son énoncé (Lanza 1992, p.648). Le deuxième adulte reformule alors l’énoncé de S en anglais (repetition strategy), ce qui s’approche davantage d’un contexte bilingue. Néanmoins le premier adulte exprime sa surprise quand l’équivalent lexical bull est donné en anglais, renforçant ainsi son identité monolingue.
Une autre situation assez similaire ne donne lieu à aucune conjecture de la part de l’interlocuteur anglophone :

T : It’s rose [wəʊz], and…
S : / ?/ [Inaudible]
T : What ?
A2 : Speak up, Sophie, so we can hear you.
T : It’s pink.
A2 : It’s pink !

Cette fois-ci, T « répare » lui-même son énoncé code-switché, suscitant immédiatement une réaction de la part de l’un des locuteurs anglophones. L’absence de réponse au départ peut être assimilée à la stratégie minimal grasp, dans la mesure où elle amène à une reformulation de l’énoncé par T dans la langue appropriée. A une autre occasion, l’interlocuteur exprime clairement son incompréhension, jusqu’à ce que S reformule son énoncé :

A2 : And it knocks over stones and makes a noise.
T : Oh, yeah ! Err… Mais I have to say it in French. A sanglier  ?
A1 : What’s that ? Do you know ? Can you tell me, Sophie, what that is in English ?
T : It’s eats…Err… It’s pull some rocks. (sic)
S : A wild boar ? [Hardly audible]
T : Yes, a wild board. (sic)
A2 : A wild boar ?
T : Yeah.
A2 : Yes !

Le contexte mis en place ici est réellement un contexte monolingue, puisque les interlocuteurs affichent leur incompréhension jusqu’à la reformulation en anglais du CS.
Nous voyons donc comment la notion de négociation du contexte formulée par Lanza permet d’expliquer la faible proportion de CS dans cet échange bien qu’un des interlocuteurs montre qu’il comprend un mot de français à une occasion. Cela explique aussi pourquoi T et S pratiquent bien plus le CS du français vers l’anglais alors que le français est clairement leur langue dominante. Le contexte linguistique négocié dans un échange avec un interlocuteur monolingue est évidemment plus simple à définir. Cela revient pratiquement à prendre en compte uniquement la langue du locuteur monolingue. Mais la comparaison de ces situations nous permet néanmoins de comprendre le fonctionnement de ce type de contexte. Nous nous apercevons ainsi que pour mettre en place un contexte monolingue, un locuteur bilingue doit faire bien plus que s’en tenir à une langue. Lanza insiste bien sur le fait que ce qui compte est le « rôle » monolingue ou bilingue joué par l’interlocuteur plus que son identité linguistique réelle. Nous devons bien sûr garder à l’esprit que le « choix » de l’une ou l’autre stratégie peut être fait sciemment ou non. Cependant, cela n’explique pas pourquoi les deux enfants parlent français avec leurs camarades, y compris ceux d’entre eux qui sont également bilingues français – anglais (qui apparemment parlent également français entre eux). Cela relève plus probablement du besoin d’identification avec les pairs mentionné notamment par Grosjean (1982), que nous n’explorerons pas en détail ici.
Un autre aspect reste à explorer concernant la proportion de CS selon le contexte : s’il est vrai que c’est dans les interactions avec leurs parents que T et S code-switchent le plus, pourquoi la proportion de CS varie-t-elle considérablement d’une conversation à l’autre ?

3.3. Sujet de conversation et mode bilingue

On observe en effet dans notre corpus que dans le contexte des interactions avec les parents, les CS sont extrêmement fréquents à certaines occasions et se font bien plus rares à d’autres moments. Or les stratégies discursives utilisées par les parents dans ces diverses circonstances sont identiques. Il faut donc prendre en compte un autre paramètre : le sujet de l’interaction. Grosjean rappelle en effet que le sujet d’une conversation donnée a une influence sur le mode dans lequel se trouvent les participants d’un échange (Grosjean 1998, p. 136) [2], le mode étant défini par Grosjean comme l’état d’activation des deux langues et des mécanismes de traitement des langues [3].
Analysons donc un échange de T avec ses parents au cours duquel la proportion de CS varie grandement. Au cours d’une même conversation, deux sujets assez différents sont abordés. Dans la première partie de l’échange, les parents de T lui posent des questions en anglais sur les dinosaures, auxquelles T répond exclusivement en français. Le premier CS se produit au bout de 7 minutes.

T : Celui qui a les spikes , là. (« les piquants »)

Puis il poursuit en français sans code-switcher pendant encore neuf minutes. C’est alors qu’intervient le sujet des musées, introduit par une allusion à un musée de dinosaures en France. T produit alors un autre énoncé mixte.

T : Un museum , c’est vraiment boring .

Cela permet aux parents d’amener le deuxième sujet, celui d’un musée que T a visité en Écosse. Cette fois, en l’espace de neuf minutes, T produit 10 CS (auxquels s’ajoutent quatre emprunts culturels), comme dans les énoncés suivants :

F : What about the museum in Scotland, in Edinburgh ?
T : Ah oui, il y avait des projects .

T : Les golden ones , c’est dix-huit.

T : Si c’est quatre ou cinq, eh ben c’est rubbish .

Le changement est assez frappant dans cet échange. De manière significative, T a appris ce qu’il sait des dinosaures en français, alors que la visite du musée relatée ici est liée à un contexte anglophone. On pourrait objecter qu’ayant vécu cette expérience « en anglais », T ne connaît peut-être pas les équivalents lexicaux français de ses CS en anglais. Il est vrai qu’il n’a pas été interrogé à ce sujet pour tous les termes concernés. Cependant, pour les trois éléments qui l’ont effectivement été, T fournit un équivalent lexical français, et il en a donné deux autres précédemment à d’autres occasions. T connaît donc au moins 5 équivalents lexicaux des éléments code-switchés dans cet échange (sur 8). La proportion élevée de CS dans la deuxième moitié de l’échange en comparaison avec la première moitié semble ainsi clairement liée au contexte linguistique initial de l’expérience qu’il relate.
Un phénomène identique se produit lorsque les enfants jouent à certains jeux appris en anglais, comme le Uno ou Snakes and Ladders [4]. Mais dans ce cas, de nombreux CS sont dus à la méconnaissance des équivalents lexicaux en français.

S : J’ai cinq good ones et deux pas good ones .

S : Papa, c’est ton tour ; j’ai deal .

Nous voyons ainsi que tout comme le contexte défini en termes de stratégies discursives, le sujet d’un échange est un élément majeur des schémas de CS de nos deux sujets. Ils code-switchent davantage en référence à des expériences liées à un contexte anglophone, alors que les expériences liées à un contexte francophone donnent lieu à des CS beaucoup moins nombreux. Certains de leurs CS sont plus probablement dus à une absence d’équivalent lexical, alors que d’autres semblent simplement provoqués par l’évocation d’un contexte anglophone. Ces paramètres étant plus clairement définis, il nous appartient maintenant d’analyser la nature et la structure des CS eux-mêmes.

3.4. Aspects structurels / morphosyntaxiques

3.4.1. Le modèle de Myers-Scotton

Nous allons tout d’abord nous intéresser à l’aspect morphosyntaxique du CS de S et T. Pour ce faire, nous utilisons le Matrix Language Frame Model (MLF) de Myers-Scotton. Ce modèle a au départ été mis au point pour rendre compte du CS intra-phrastique des locuteurs bilingues adultes. Nous allons dans un premier temps voir s’il s’applique au CS de nos deux sujets. Pour utiliser ce modèle, il convient d’identifier la langue matrice. Nous allons pour ce faire appliquer les critères énoncés par Myers-Scotton dans la première édition de Duelling Languages. Elle suggère d’utiliser des critères psycholinguistiques (tels que l’aisance du locuteur dans les deux langues) et des critères sociolinguistiques (la langue matrice correspond au choix le plus neutre ou le plus fréquent pour un type d’interaction donné). Dans le cas de T et S, il est clair que les deux ont une plus grande aisance en français, le déséquilibre étant réduit mais encore présent au retour des États-Unis. En ce qui concerne le caractère neutre ou marqué d’une langue, nous avons signalé plus haut que T et S parlent français avec leurs pairs ainsi qu’entre eux, et répondent essentiellement en français à leurs parents. Bien sûr, le caractère marqué ou non d’une langue dépend du contexte. Certains échanges de notre corpus avec des locuteurs anglophones se déroulent presque exclusivement en anglais, avec seulement quelques CS en français. Dans ces circonstances, il convient bien sûr de considérer que la langue matrice est l’anglais. Ces observations sont cohérentes avec le critère de fréquence relative des deux langues. Selon ce dernier critère, la langue matrice est celle qui fournit le plus grand nombre de morphèmes dans les interactions linguistiques contenant des CS intra-phrastiques, en laissant de côté les « emprunts culturels [5] ». Dans la grande majorité des échanges de notre corpus, le français est de loin la langue qui fournit le plus grand nombre de morphèmes. Dans de tels cas, le français doit évidemment être considéré comme la langue matrice. Dans quelques interactions, c’est l’anglais qui fournit la majorité des morphèmes. C’est alors l’anglais qui sera considéré comme langue matrice (bien qu’il y ait une minorité d’énoncés mixtes avec l’anglais comme langue matrice).

Le MLF définit quelques principes de base. Tout d’abord, c’est la langue matrice qui fournit le cadre morphosyntaxique. L’ordre des morphèmes dans les énoncés mixtes sera donc celui de la langue matrice (MOP, Morpheme Order Principle), et les morphèmes grammaticaux [6] dans les constituants mixtes proviennent de la langue matrice (System Morpheme Principle).
Pour tester le MOP, il a fallu identifier des constructions pour lesquelles l’ordre des morphèmes est différent en français et en anglais, les deux langues étant des langues de type SVO. Nous nous sommes donc concentrés sur trois constructions repérées par Paradis, Nicoladis et Genesee (2000) : les constructions de type possesseur – possédé, adjectif – nom, et marqueur de négation – verbe thématique.

Constructions possesseur – possédé

Dans ces constructions, le seul ordre de morphèmes possible en français est nom possédé – nom possesseur ; en anglais, l’ordre le plus courant est nom possesseur – nom possédé, même si l’ordre inverse est possible. Dans les constructions mixtes avec le français comme langue matrice, l’ordre devrait donc être possédé + possesseur. Il existe une seule construction de ce type dans notre corpus :

T : Papa, le piquant de Jellyfish est parti.

L’ordre des morphèmes est bien celui du français, comme le prédit le MOP. Il respecte aussi un ordre possible de l’anglais.

Constructions adjectif – nom

Dans ce type de constructions, les adjectifs épithètes sont placés avant le nom en anglais alors qu’en français, certains adjectifs précèdent le nom et d’autres le suivent (une BELLE voiture vs. une voiture ROUGE). L’ordre des morphèmes dans les constructions mixtes de ce type au sein des énoncés avec le français comme langue matrice dépendra donc de l’adjectif français (si l’élément code-switché est le nom) ou éventuellement de l’équivalent français de l’adjectif anglais (si l’élément code-switché est l’adjectif). Dans notre corpus, deux constructions mixtes de ce type sont employées, toutes deux avec un adjectif anglais.

T : Il n’y a pas d’eau flat  ?
L’adjectif français équivalent serait placé après le nom (eau plate). Conformément au MOP, flat suit ici le nom qu’il qualifie, comme son équivalent français. L’autre construction mixte de ce type dans notre corpus est un peu plus problématique. T répond à une question de son père concernant la couleur d’une bille, mais la réponse peut être une construction adjectif – nom ou un adjectif composé.

P : What colour is it ?
T : Pépité yellow .

« Pépité » est en fait un type de bille, si bien que T peut vouloir dire que sa bille est « une pépité jaune » auquel cas l’ordre des morphèmes est bien celui du français, conformément au MOP. Mais cette interprétation est discutable dans la mesure où T répond à une question sur la couleur de sa bille, non sur sa classification. Sa réponse peut donc signifier que la bille n’est pas tout à fait jaune, mais jaune « pépité ». L’ordre des morphèmes devrait dans ce cas être « yellow pépité » (comme dans bleu lavande, jaune moutarde, vert menthe). Cette construction représenterait donc une violation du MOP. Il est difficile de décider quelle est l’interprétation juste de cet énoncé, les deux étant, selon nous, aussi plausibles l’une que l’autre. On peut néanmoins signaler à ce stade que l’on trouve dans notre corpus plusieurs constituants en français uniquement qui montrent une influence de la syntaxe anglaise sur le français de T (voir plus bas), et qui ne sont pas pris en compte par le MLF.
Nous pouvons par ailleurs observer dans notre corpus que toutes les autres constructions adjectif – nom de notre corpus suivant l’ordre des morphèmes anglais sont des îlots dans la langue enchâssée (embedded language islands). Dans ces constructions, le déterminant vient de la ML et après le changement de langue, le syntagme est complété en anglais, respectant l’ordre des morphèmes anglais, en concordance avec le MOP. Voici quelques exemples :

T : ’Garde, Papa, je suis sur un fluffy bird .

T : Ça, c’est mon soft bed .

T : Les golden ones , c’est dix-huit.

Dans l’ensemble, le MOP est donc respecté dans les constructions de ce type, avec un cas potentiel de violation. Mais le MLF ne dit pas grand-chose des constituants dans la langue matrice pour lesquels l’ordre des morphèmes vient de la langue enchâssée, qui relèvent davantage du transfert et sur lesquels nous revenons plus bas.

Constructions marqueur de négation – verbe thématique

Selon Paradis, Nicoladis et Genesee, les verbes conjugués (thématiques et non-thématiques) en français sont situés à gauche du négateur « pas ». En anglais au contraire, les verbes thématiques sont toujours placés à droite du négateur, les formes verbales non-thématiques portent la marque des temps dans les constructions négatives et apparaissent à gauche du négateur [7] (Li Wei (Ed.) 2000, p.256). Nous n’avons pas réellement d’exemple pertinent dans notre corpus. En effet, il n’y a pas de construction mixte marqueur de négation – verbe thématique. Il y a néanmoins un îlot dans la langue enchâssée, ce qui illustre que T ne viole pas le MOP dans ses CS sur de telles constructions :

T : Papa, je can’t wait d’aller en Écosse.

Dans le MLF, les îlots dans la langue enchâssée sont en effet considérés comme un moyen de préserver le MOP.
Qu’en est-il du principe des morphèmes fonctionnels (SMP) ? Pour les tester, il faut déterminer quels sont les cas clairs de morphèmes fonctionnels dans les deux langues. Nous avons donc analysé les déterminants, les pronoms sujets et objets. Aucune violation du SMP n’a été observée dans notre corpus pour ces diverses catégories. Voici quelques énoncés :

T : T’es UN parrot , un vrai perroquet.

T : Moi, JE catch CE crystal .

Dans certains énoncés, Tom associe un verbe anglais à un affixe français. Cela est également conforme au SMP puisque les affixes flexionnels sont des morphèmes fonctionnels et devraient donc être fournis par la langue matrice.

T : C’est qui qui A peep é ?

Certaines catégories de morphèmes posent problème concernant leur classification, notamment les prépositions. Mais cela ne présente aucune difficulté dans notre corpus puisque les constructions mixtes incluant des prépositions sont composées de préposition française + nom anglais et respectent donc le SMP quelle que soit la classification des prépositions en termes de morphèmes grammaticaux ou lexicaux.

Les énoncés mixtes de T et S se conforment donc dans l’ensemble au modèle de Myers-Scotton, la langue matrice fournissant bien le cadre morphosyntaxique des énoncés mixtes. [8] Cependant, un certain nombre d’énoncés de notre corpus n’entrent pas dans le cadre du MLF.

3.4.2. Les phénomènes de transfert

Certains énoncés contiennent en effet des exemples de ce que Genesee (1989) nomme « mélange syntaxique ». Il donne l’exemple de « a house pink », constituant tout en anglais dans lequel l’ordre des morphèmes est celui du français. On observe ainsi dans notre corpus des énoncés du type :

T : Il faudrait acheter du toilette papier .

Dans cet énoncé dont tous les morphèmes sont produits en français, T utilise un nom composé avec l’ordre des morphèmes anglais. La cible est bien entendu « papier toilette », qui est très proche de l’anglais « toilet paper ». La proximité peut certainement expliquer en partie le mélange syntaxique.
Plusieurs types de mélange peuvent bien sûr se superposer. On observe notamment un énoncé contenant un code-switch avec un mélange syntaxique doublé d’une influence lexicale :

T : On avait plus, de faire une balle fight . Comme ça, on peut… balles de neige.

Dans le composé « balle fight », l’ordre des morphèmes est celui de l’anglais (cf. snowball fight vs. bataille de boules de neige). L’un des éléments lexicaux vient du français, l’autre de l’anglais. Le même constituant comprend donc un CS et un mélange syntaxique. En outre, l’équivalent lexical français de snowball n’est pas balle (de neige) mais boule (de neige). On observe nettement une influence lexicale de l’anglais, d’autant plus que le mot balle est répété par la suite dans « balles de neige ». Ce type de transfert semble être un phénomène propre au code-switching des enfants. D’autres influences peuvent être observées dans des énoncés monolingues. Ainsi, un énoncé illustre l’influence de l’anglais dans le choix des temps.

T : Quand je vais en Écosse, je vais essayer d’ earn some money .

Ici, le choix du temps correspond à ce qui se produirait dans un énoncé anglais équivalent, « When I go to Scotland » [9]. Remarquons que ce phénomène ne peut s’expliquer par un retard dans l’acquisition de l’affixation flexionnelle en français puisque T emploie le futur français sans difficulté par ailleurs.

Les transferts de ce type semblent typiques du CS des enfants. On peut parler dans ces cas de confusion ou de mélange plutôt que de véritable alternance. Mais peut-on établir un lien entre les énoncés qui respectent les schémas proposés par le MLF et les énoncés dans lesquels certaines formes de mélange sont observées ? Le facteur commun entre ces divers types d’énoncés semble être l’intonation.

3.5. Code-switching et prosodie

Il n’est pas surprenant que l’étude de l’intonation dans le discours des enfants bilingues montre que celle-ci joue un rôle dans l’alternance des langues. En effet, Halliday rappelle que l’intonation est un aspect saillant du discours au niveau perceptuel dès le plus jeune âge (1975). De plus, les travaux récents de Shenk montrent l’importance du groupe intonatif dans le code-switching d’adultes bilingues anglais – français (2006). Selon elle, les endroits où les CS se produisent ne peuvent s’expliquer en termes syntaxiques uniquement mais doivent également être éclairés par une approche prosodique (Shenk 2006, p.200).
Selon Cruttenden, la règle de base du placement de la syllabe tonique dans le groupe intonatif est la même en anglais et en français, sur la dernière unité lexicale (Cruttenden 1997, p.75, p.142). De manière intéressante, de très nombreux CS dans notre corpus ont lieu au niveau de la dernière unité lexicale du groupe intonatif, ou du constituant qui la contient. On trouve ainsi chez S :

Il marche pas /ce zip / [10]
J’ai besoin d’un egg /
Il y a quelque chose sur le window /
C’est quand que j’ai les nouveaux shoes  ? /
Papa / tu peux chercher mes goggles /
J’avais marché sur un spark /
Quand ça land / ça fait mal /
Ils sont trop petits / ces tights /

Et chez T :

C’est normal / qu’il nous record /
Si j’attrape un pigeon / je vais avoir un pet /
Maman / j’ai fini mon dinner /
Et on va chercher un flat /
Papa / t’es pas trop bossy / mais là tu exagères /
J’ai pas envie d’utiliser mon cloak /
Un museum / c’est vraiment boring /
Oui / toi / t’étais rubbish /
Papa / j’ai été piqué / par un jellyfish /

Il existe de plus des liens intéressants entre ce phénomène et les types de mélange syntaxique analysés plus haut. De manière significative, Cruttenden rappelle que les mots portant la syllabe tonique sont planifiés bien à l’avance, et qu’ils sont une des causes premières de lapsus plus tôt ou plus à gauche dans le groupe intonatif (1997, p.31). Prenons l’énoncé suivant :

Papa / il est dans le lead /

L’utilisation de dans le ici est indéniablement liée à l’élément à venir lead, qui porte en effet la syllabe tonique du groupe intonatif dans l’énoncé français tout comme ce serait le cas en anglais. En effet, l’emploi de dans le ici n’a de sens que comme équivalent français de in the dans l’expression in the lead [11]. Les exemples de « balle fight  » et « toilette papier » analysés plus haut sont aussi les éléments contenant la syllabe tonique du groupe intonatif.

Après un semestre dans une école anglophone au sein d’une école anglophone, on observe une évolution du type de CS à ce niveau. Les CS au sein du groupe intonatif sont toujours présents, majoritairement sur la dernière unité lexicale :

P : Got the torch ? /
S : Tu l’as mis où / le torch  ? /

M : What did you have for lunch ? /
S : Moi / j’ai eu spinach /

On observe cependant une alternance plus fréquente des deux langues dans les échanges entre T et S, une augmentation des CS de l’anglais vers le français, et dans un sens où dans l’autre, le lieu des CS se situe de manière beaucoup plus fréquente entre les groupes intonatifs :

T : After that / it’s a matter of life or death / parce qu’on a fait ça /

T : S (Fr.) / before we go / attends / je vais chercher quelque chose /
S : What now ? /

T : Papa / c’est quand / we’re going to pick up mummy  ? /

S : J’aime pas la soupe /
T : Keep an open mind / tu sais ce que ça veut dire ? / Tu décides pas avant / so keep an open mind /

Ces observations sont à rapprocher des résultats de Shenk, qui note dans son étude de locuteurs bilingues adultes qu’une écrasante majorité des locuteurs qu’elle étudie changent de langue à la limite entre les groupes intonatifs (Shenk 2006, p.200). De manière intéressante, les sujets de l’étude de Shenk sont des bilingues à l’aise dans les deux langues. Chez nos sujets, ce schéma émerge au retour des États-Unis. Même s’il est vrai qu’à ce moment T et S ont toujours le français pour langue dominante, le déséquilibre entre les deux langues a été réduit, ce qui semble favoriser ce nouveau mode de CS.

4. Conclusion

Cet article nous a donc permis d’amorcer un rapprochement entre diverses approches dans l’analyse du code-switching chez deux enfants bilingues anglais – français. Nous avons montré en quoi il est intéressant d’associer les approches discursive, morphosyntaxique et prosodique pour éclairer au mieux les phénomènes d’alternance des langues dans le bilinguisme des enfants. L’approche discursive est en effet essentielle pour rendre compte de la variabilité de la proportion de CS selon le contexte, que l’absence d’équivalents lexicaux n’explique que dans quelques cas. Par ailleurs nous avons vu que la prosodie permet de tisser des liens entre les énoncés mixtes conformes au modèle adulte de Myers-Scotton et les énoncés plus typiques du CS des enfants.
Les liens entre transfert et langue dominante devront être analysés plus en détail, de même que l’évolution dans la nature du code-switching au retour des Etats-Unis.

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[1] « an achieved and negotiable part of any social interaction ».

[2] Selon Grosjean, le mode monolingue correspond à l’activation d’une langue et la désactivation de l’autre. Que l’une des deux langues puisse être totalement désactivée est discutable mais nous n’aborderons pas en détail cette question qui dépasse le cadre de cet article.

[3] « A mode is state of activation of the bilingual’s languages and language processing mechanisms. This state is controlled by such variables as who the bilingual is speaking or listening to, the situation, the topic, the purpose of the interaction and so on. » Grosjean 1998, p.136.

[4] Sorte de jeu de l’oie.

[5] Cultural borrowings.

[6] La définition des morphèmes grammaticaux peut être problématique. MS parle en fait de system morphemes et content morphemes qu’elle distingue selon différents critères. Cependant les critères en question posent problème. En effet, Myers-Scotton analyse d’abord les complémenteurs comme des system morphemes (1997, pp.101, 130) mais explique dans la postface de la deuxième édition que cette analyse est erronée, sans pour autant reprendre l’analyse ou revoir les critères (1997, p. 256). Dans notre analyse, nous reprenons donc la distinction classique entre morphèmes de contenu (noms, verbes, adjectifs) et morphèmes grammaticaux (articles, auxiliaires, affixes flexionnels). Certains cas, comme la classification des prépositions, sont moins évidents mais ne poseront pas problème dans notre analyse comme nous le verrons plus bas.

[7] « in French, all finite verbs, thematic and non-thematic, are situated to the left of the negator, pas […]. On the contrary in English, thematic verbs are always placed to the right of the negator. Non-thematic verb forms bear the tense features in negative constructions and appear to the left of the negator ».

[8] Pour le détail des autres sous-principes du MLF qui ont également été analysés dans notre corpus, se référer à mon mémoire de Master French-English Code-Switching in Child Bilingualism : A Case Study of Two Siblings. Mémoire de Master II, Université Paul Valéry, Montpellier, France, 2006.

[9] On n’emploie pas le « futur » en will en anglais dans les subordonnées adverbiales introduites par when.

[10] Dans cette section sur la prosodie, les barres obliques dans les exemples représentent la fin des groupes intonatifs. Nous avons décidé de ne pas ajouter de signes de ponctuation à l’intérieur d’un même tour de parole, à l’exception des points d’interrogation et des majuscules qui les suivent afin de faciliter la lecture et la compréhension des énoncés.

[11] L’équivalent français de cette expression étant « en tête », ou plus probablement dans le français des enfants « devant, premier », etc., mais pas *dans le/la.

 

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