Ellipse de la figure et défiguration politique dans l’œuvre photographique de trois artistes irlandais : Paul Seawright, Victor Sloan et David Farrell

Valérie Morisson

Mots clés
Irlande, photographie, guerre civile, troubles, post-nationalisme, mémoire, commémoration.

Résumé
Dans l’art irlandais contemporain, la question de la figuration, en tant qu’elle s’oppose à l’abstraction, a traversé le vingtième siècle et est intimement liée au développement du nationalisme et à la construction de l’identité nationale. Trois photographes irlandais contemporains nés dans les années 1950-1960 et travaillant sur les « Troubles », Paul Seawright, Victor Sloan et David Farrell, entendent subvertir la tradition de la photographie touristique et celle de la photographie de presse qui ont pour point commun de déformer la réalité, de figer plus que de figurer. La défiguration en photographie, tout comme l’ellipse de la figure et du corps, se révèlent être des stratégies de subversion d’une iconographie nationale. Dans les travaux de Paul Seawright, artiste résidant à Belfast, le corps devient une simple surface de projection du politique et les mécanismes de construction de l’identité nationale sont mis à nu. Adoptant un regard critique sur les photographies de presse qui documentent le conflit nord-irlandais, il utilise le cadrage, l’éclairage et le point de vue pour problématiser la notion d’identité. David Farrell a travaillé sur les assassinats de membres de l’IRA perpétrés par l’organisation elle-même dans le cadre de représailles internes. Sans jamais montrer de corps, ses commémorations photographiques peuvent se percevoir comme des métaphores de la mémoire. Victor Sloan désacralise les icônes politiques qui hantent l’histoire contemporaine de l’Irlande en grattant la surface des photographies ou bien en procédant à des montages. Son regard critique sur la construction de l’histoire nous amène à réfléchir sur les notions de commémoration et de mémoire collective.

Abstract
In Ireland, throughout the twentieth century, the notion of figuration as opposed to abstraction, has been intimately linked to nationalism and the construction of national identity. Three widely acclaimed contemporary Irish photographers born in the 1950-1960s and working on the “Troubles”, Paul Seawright, Victor Sloan and David Farrell, not only reconsider the tradition of photography initiated by John Hinde and continued by the tourist industry and also question press photography. Both types of photography often distort reality and forge fabricated images that gradually overshadow reality. In what we may call postnationalist photography the distortion or the absence of the human figure aim at undermining nationalist iconography. In the works of Belfast based photographer Paul Seawright, the body becomes a mere screen on which the political is projected and the mechanisms at work in the construction of nationhood are exposed. Casting a critical eye on the press shots documenting the Northern Irish conflict, he frames and lights the scenes in such a way as to question photographs as indisputable reproductions of reality. David Farrell has produced a series of works on the IRA and its internal reprisals. He shot crime spots without ever showing corpses. His landscapes are imbued with a repressed part of political history and become poetic metaphors of memory itself. Another artist interested in history is Victor Sloan. He scrapes the surface of his photographs and therefore blurs the outlines of the figures. His series on the Orange Order and the protestant marches are not clear criticisms of sectarianism but rather a meditation on the construction of history, commemoration and collective memory.

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