Guido delle Colonne et le vocabulaire de la passion dans sa « traduction » du Roman de Troie

Par Marie Bedel, CIHAM (UMR 5648) - Université Lumière Lyon II

Résumé : Le Moyen Âge a réécrit et réadapté le mythe de Troie en y ajoutant des aspects romanesques. Les romans antiques du XIIe siècle ont ainsi donné naissance à l’écriture des passions. De fait, dans cet univers chrétien, ce ne sont plus les dieux qui décident du sort des hommes, mais ceux-ci sont maîtres de leur destin et vivent au gré de leurs passions. Benoît de Sainte-Maure accorde aussi une place primordiale aux passions qui semblent diriger le cours des événements. Un siècle plus tard, Guido delle Colonne reprend le Roman de Troie en latin et en prose. Nous étudierons les choix des termes que Guido utilise dans son évocation des sentiments de ses héros. En partant du vocabulaire des passions chez Benoît, nous nous intéresserons à la traduction de ces termes romans en latin et nous verrons ainsi ce que la langue latine peut apporter à l’évocation des passions.

Mots-clés : Guerre de Troie ; amour ; haine ; violence ; folie ; passions ; vengeance ; trahison.


Introduction

Le mythe de Troie n’a cessé d’être traité par les écrivains de chaque époque et le Moyen Âge offre un immense corpus de littérature à sujet troyen. Toutefois, privé d’Homère et du grec, il a dû passer par une littérature de transmission qui a réécrit le mythe en prose et en latin. Dictys de Crète et Darès de Phrygie sont les deux principaux auteurs apocryphes du IVe et du VIe siècle qui se sont chargés de cette transmission de la « matière troyenne » à l’Occident médiéval.

Au XIIe siècle, Benoît de Sainte-Maure livre une mise en roman du mythe de Troie, fondée sur les œuvres de Dictys et de Darès. Son Roman de Troie est aujourd’hui l’un des plus fameux représentants de la matière troyenne médiévale. Mais cette notoriété a été longuement devancée par l’Historia destructionis Troiae qui, rédigée à la fin du XIIIe siècle par le sicilien Guido delle Colonne, a connu un vif succès jusqu’à la Renaissance. Cette œuvre est une réécriture en prose et en latin des 30 000 vers du Roman. Guido a donné une œuvre de 35 livres, écourtant le roman-fleuve de Benoît sans pour autant livrer un texte aussi court que ceux de Dictys et de Darès. Or, si Benoît a traduit en roman les apocryphes latins, Guido retraduit ce premier en latin, ce qui offre un complexe va-et-vient entre le latin classique, la langue romane et le latin médiéval.

Outre cet aspect linguistique intéressant, les versions médiévales de la guerre de Troie ont voulu étirer le mythe depuis ses origines jusqu’à sa toute fin, évoquant d’autres mythes tels que celui des Argonautes ou des Atrides. En accomplissant ainsi une sorte de transition entre l’épopée et le genre romanesque, ces textes accordent une large place aux passions humaines. De fait, si l’épopée voyait dans la guerre de Troie une action divine et un destin irréversible, le Moyen Âge croit en la liberté humaine et considère que les hommes décident de leur sort et sont sujets à leurs passions. Il convient donc de s’interroger sur la façon dont Guido traite ce thème des passions et comment il passe du roman au latin et du vers à la prose. À ce titre, nous nous proposons d’étudier d’abord les mots qui expriment la passion chez Benoît puis la traduction latine qu’en donne Guido et ce, par le biais des deux principaux types de passions que sont la passion vengeresse et la passion amoureuse ; nous nous intéresserons ensuite à l’incidence de ces passions sur le genre et la trame du texte, enfin, nous aborderons la vision du monde que révèle cette peinture des passions dans l’univers courtois de Benoît et dans le monde plus prosaïque de Guido.

1 Les mots pour dire les passions

Héritiers de Dictys et de Darès qui ont prétendu [1] donner un récit historique et rationnel de la guerre de Troie, les auteurs médiévaux mettent en scène des héros aux traits plus humains que ceux de l’épopée et par conséquent plus sujets aux passions humaines. Si cette histoire accorde une grande place à la guerre et aux combats, elle rapporte aussi beaucoup de scènes d’ambassades ou de conseils dans les palais ou dans les camps, ainsi qu’à des scènes courtoises de banquets ou de rencontres entre hommes et femmes. Lors de ces scènes de conseils, on peut donc lire des discours d’incitation à la vengeance, Grecs et Troyens se considérant tour à tour comme agressés ; dans les scènes de cour ou de camps, on assiste à la naissance de passions amoureuses entre jeunes gens, la plupart du temps de camps opposés, ce qui confère un aspect pathétique au récit.

1. 1 La passion vengeresse

Voici d’abord les grandes lignes de cette Iliade revisitée : le récit commence avec le mythe des Argonautes. Voulant faire escale en Troade, ces derniers en sont chassés par le père de Priam, Laomédon. Trop peu nombreux pour se venger et pressés de poursuivre leur quête, les Grecs partent mais se jurent de revenir en nombre faire payer cette offense à Laomédon. Une fois la Toison conquise, les Grecs mettent au point cette expédition punitive. Ils se rendent donc à Troie, tuent Laomédon, détruisent la cité et enlèvent Hésione, la fille du roi. De retour dans sa ville, Priam constate le massacre, décide de reconstruire Troie et entreprend ensuite de récupérer sa sœur. Son ambassadeur Anténor est menacé et chassé violemment par tous les rois qu’il est venu solliciter. C’est pourquoi Priam décide de se venger. Il envoie donc Pâris en Grèce, et celui-ci pille l’île de Cythère, enlève Hélène et l’épouse une fois rentré à Troie. C’est alors au tour des Grecs d’être furieux et de se réunir tous pour venger cet affront et récupérer Hélène. La deuxième guerre de Troie est donc déclarée. Tous ces préliminaires à la grande guerre de Troie conduisent les auteurs médiévaux à diverses digressions par rapport à l’épopée originelle. Nous nous proposons d’évoquer quelques exemples d’expression de la passion vengeresse des chefs grecs et Troyens dans le Roman de Benoît et d’en étudier la traduction latine et la mise en prose de Guido. En premier lieu, parlons de la colère de Jason et des siens, chassés de Troade par Laomédon, sans autre forme de procès. Rentrés victorieux après avoir conquis la Toison, les Grecs n’ont pas oublié l’affront du roi de Troie. Benoît écrit :

« Mout par en ont tenu grant conte
Grant tort, grant despit e grant honte
Lor fist Laomedon li reis :
Mout en a pesé a Grezeis. (…)
Mout par en sont trestuit irié [2]. »

Il semble insister sur la rancœur et la colère des Grecs devant un tel comportement, puisque Laomédon a bafoué les lois de l’hospitalité. Ils se remémorent les faits, s’en affligent et souhaitent punir cette offense.

Au livre III, Guido reprend cette idée de réminiscence et de désir de vengeance en exprimant le trouble de l’esprit que peut provoquer cette passion vengeresse. Il ajoute aussi qu’en insultant Jason, Laomédon a insulté la Grèce entière et que cette vengeance doit par conséquent être universelle :

« Iason uero suscepti uituperii a Laumedonta rege memoriter non oblitus, habito de aureo uellere tam glorioso triumpho parum curans, (…) in uindictam et ultionem Laumedontis regis animum curiosum erexit [3]. »

La comparaison de ces deux citations permet de constater principalement que Guido résume en « uindictam et utionem » la description plus précise que Benoît donne de cette vengeance dans les vers qui évoquent la future destruction de Troie. De même, Benoît exprime les tourments des Grecs chez qui « pese » l’injure, et le latin de Guido retraduit très bien cette exaspération de l’âme de Jason par les expressions « parum curans », (il se soucie peu de sa victoire en Colchide, car son esprit est ailleurs) et « animum curiosum erexit ». Cette fureur des Grecs les poussera à se faire justice et à détruire la ville de Troie une première fois, après avoir tué Laomédon et enlevé Hésione.

Après la première destruction de Troie par les Grecs, c’est au tour de Priam d’être en proie à la passion vengeresse et de vouloir faire payer aux Grecs leurs crimes. Voici les vers de Benoît concernant la douleur qu’éprouve Priam :

« Mout nos devons metre en grant fais
Que de l’ire dont somes plein
Querons mecine a estre sain,
O faire a ceus honte e damage
Qui le firent nostre lignage [4]. »

On retrouve donc ici le motif de l’ « ire » et du tourment, et Priam va jusqu’à considérer que l’insulte des Grecs serait une maladie qu’il lui faudrait soigner.

Au livre V de l’Historia, Priam convoque aussi cette assemblée devant laquelle il expose son désir de vengeance :

« Fluctuantem animum ad graues iniurias sibi dudum illatas a Grecis dura cogitatione retorsit. (…) Esset igitur iuris ratio et, fauentibus dys (…), de comuni asensu omnium uestrum comunis exigeretur ultio de tot malis [5]. »

Comme Benoît, Guido évoque l’esprit tourmenté de Priam « fluctuantem animum » et s’il ne reprend pas le motif de la maladie, il considère que la colère des Troyens est juste et que leur vengeance relève du droit divin, puisqu’elle consisterait à écraser les orgueilleux que sont les Grecs.

De même, Pâris espère une vengeance qui selon lui, sera bénéfique pour les Troyens :

« Que des Grezeis querons venjance,
Quar je sai de fin senz dotance
Qu’il nos en avendra toz biens [6]... »

Chez Guido, au livre VI, le fils cadet de Priam souhaite faire rendre raison aux Grecs et pour ce faire, propose un chantage qu’il considère comme voulu par les dieux :

« Quia pro certo sum certus deos uelle me Greciam posse confundere et grauiter depredari necnon, de optimatibus Grecie nobiliorem mulierem erripere (…) que pro redemptione uestre sororis Exione de facili poterit conmutari [7]. »

On constate que, si en règle générale Guido tend à résumer un Benoît souvent prolixe, ici l’auteur de l’Historia glose les vers du Roman et interprète dans ce « querons venjance » une démonstration de Pâris sur la nécessité d’aller en Grèce pour y trouver dans la personne d’Hélène une monnaie d’échange contre Hésione.

Enfin, Troilus assène une dernière incitation à la vengeance et convaincra ainsi Priam d’envoyer Pâris enlever Hélène :

« E qui por son devinement
Laira a prendre vengement
De la grant honte e del grant lait
Que li Grezeis nos ont tant fait [8]. »

Et Guido résume cela ainsi :

« Non sit ferrendus de cetero tantus pudor nobis a Grecis illatus absque talione uindicte [9]. »

On remarquera le mot très intéressant de « talio » qui rappelle la loi du talion : « œil pour œil, dent pour dent ».

Grecs et Troyens sont donc tour à tour en proie à cette passion vengeresse qui les amène parfois à des décisions irréfléchies aux conséquences sans précédent. Ces quelques exemples prouvent que ce désir de vengeance ne cesse de hanter les chefs des deux camps.

Or ces conflits intérieurs qui assaillent les protagonistes de la guerre de Troie ne consistent pas uniquement à savoir s’il faut se venger ou non : certains héros sont aussi aux prises avec les tourments amoureux.

1.2 Les passions amoureuses

De fait, la passion amoureuse a une place de choix dans ces textes et quatre couples principaux se détachent de cette histoire de guerre ponctuée par des histoires d’amour. Jason-Médée, Pâris-Hélène, Achille-Polyxène et Troilus-Briseida. Pour l’étude de l’amour-passion, nous nous pencherons sur l’histoire de Jason et Médée qui est très riche, puisque Benoît et Guido ont pris soin de dépeindre précisément la psychologie de Médée amoureuse. Situé au début de ce grand récit, cet épisode donne d’ailleurs le ton en rappelant qu’il s’agit d’un univers courtois où la guerre n’est pas le seul sujet important. Les deux jeunes gens se rencontrent lors d’un banquet. C’est le coup de foudre immédiat pour Médée qui est présentée comme une femme sujette aux passions :

« Mout l’aama enz en son cuer :
Ne poëit pas a nesun fuer
Tenir ses ieuz se a lui non ;
Mout li ert de gente façon. (…)
Or i a si torné son cuer
Qu’el ne laira a nesun fuer
Qu’ele n’en face son poër [10]. »

On voit bien ici le pouvoir de l’amour sur le cœur de Médée et le tourment intérieur que cela provoque en elle, puisqu’elle est irrésistiblement éprise de Jason. Au vers 1278, l’expression « fine amor » rappelle bien ce contexte courtois et fait clairement de Jason un chevalier médiéval et de Médée la belle jeune fille à conquérir.

Au livre II, Guido présente aussi une Médée enflammée de désir à la vue du héros :

« Cum poterat, eorum intuytum uersus Iasonem turpibus aspectibus retorqueret, (…) quod repente in concupiscentia eius exarsit. Feruentis amoris in animo cecum concepit ardorem. Non illi est cura ciborum uesci dulcedine nec gustare pocula meliflue potionis. (…) Amore libidinis repletus est stomacus saturatus [11]. »

Les deux auteurs marquent l’idée de surprise, de cette flamme qui s’éveille dès le premier regard (Guido est peut-être celui qui le note le mieux grâce au mot « repente » : il a d’ailleurs probablement puisé ce topos chez Ovide qu’il utilise et cite régulièrement). Mais on constate qu’il s’écarte ici de Benoît dans sa façon de traiter le coup de foudre qui frappe Médée. Plus misogyne que sa source, il considère comme « turpibus » les regards que la belle porte vers Jason. De même, si Benoît évoque la « fine amor », Guido envisage ce désir de Médée sous des mots plus sévères comme « concupiscentia » et « libido ». Il ajoute aussi le topos tout ovidien de la femme amoureuse qui en oublie de se restaurer tant elle est obnubilée par la vision de l’homme dont elle est éprise, au point d’en perdre l’appétit.

Après ce banquet, suivront pour Médée des heures de tourment et d’angoisse dans l’espoir et l’appréhension de revoir Jason :

« Dès or la tient bien en ses laz
Amors, vers cui rien n’a defense [12]. »

Benoît métaphorise l’amour qui tend des pièges dont nul ne peut s’échapper et il évoque la souffrance continuelle que cette passion provoque chez Médée. Guido insiste encore plus que Benoît sur son conflit intérieur qui la pousse vers Jason et en même temps la retient par pudeur et crainte :

« Ex concepti amoris flama uexata, multa anxietate torquetur et multis fatigata suspirys. (…). In ea pugnet amor et pudor [13]. »

Plus rationnel que la poésie de Benoît, Guido (livre II) ne reprend pas la personnification de l’Amour qui rappelle trop l’image mythologique de Cupidon, mais il insiste aussi sur la souffrance « anxietas » qui torture Médée. On voit aussi que le latin exprime très bien ce conflit entre « amor et pudor ».

Citons enfin l’épisode de l’attente anxieuse, quand Médée a donné à Jason rendez-vous dans sa chambre, une fois que tous les gens du palais seront couchés. La jeune fille trépigne d’impatience dans une scène presque comique à laquelle Benoît consacre plus de soixante-dix vers dans lesquels il insiste sur le comportement impatient et colérique de Médée que la passion a presque rendue folle. Au livre III, Guido reprend cette scène en évoquant à son tour le motif de l’exaspération et de l’impatience de la belle qui désire ardemment revoir son bien-aimé et que rend furieuse la veille des gens du palais. A. Joly parle d’une « peinture des ravages physiques [14] », d’où l’insomnie et l’agitation qui s’emparent de Médée.

Ainsi, l’on voit que les vers de Benoît ont grandement influencé la prose de Guido en ce qui concerne l’évocation des passions. Le sicilien emprunte à sa source le fond de son récit, mais par son travail de dé-versification, il s’affranchit des expressions romanes au profit d’un vocabulaire tout à fait classique qui exprime les mêmes sentiments. Cependant la richesse concise du latin lui permet de couvrir plusieurs sens à travers un seul mot. Au risque de se répéter, Benoît développe plus que Guido dont le latin résume parfaitement et clairement les vers du Roman sans perdre pour autant tout aspect poétique.

En outre, au-delà d’un transfert de langue, le passage de Benoît à Guido implique aussi un changement de contexte et de destinataires. En effet, Benoît représente le début du « roman », il s’adresse au public varié de la cour des Plantagenêts dans une langue vernaculaire qui doit s’adapter à son sujet antique. Guido, lui, écrit pour un public érudit « qui gramaticam legunt », dit-il dans son prologue. Il utilise donc un latin dans lequel se mêlent souvent des échos virgiliens ou ovidiens qui confèrent à sa prose une certaine esthétique apte à évoquer les sentiments humains.

De fait, dans les deux textes, les principaux héros de la guerre de Troie débordent de passion, et les auteurs sont parfois amenés à utiliser ces passions à des fins narratives qui peuvent même influencer le genre de leur texte.

2 L’incidence de la peinture des passions sur le texte

Les versions médiévales de la guerre de Troie traitent les différents protagonistes de façon assez paradoxale et c’est justement cette contradiction qui est intéressante. En effet, les acteurs ont hérité de leur statut classique de héros mythologiques, mais en même temps, le Moyen Âge cherche à s’écarter des versions païennes pour donner un récit rationnel et tenter d’inscrire les acteurs de la guerre de Troie dans le temps historique. Ayant ainsi délaissé la tradition voulant que les hommes soient les jouets des dieux et du sort, les auteurs médiévaux confèrent à leurs héros des caractères plus humains et par là plus que tout sujets aux passions humaines.

2. 1 De l’épopée à l’œuvre romane

Depuis l’Antiquité tardive et pendant tout le Moyen Âge, les auteurs qui ont traité la guerre de Troie ont souhaité rompre avec Homère. Si Dictys de Crète et Darès de Phrygie l’ont fait volontairement dans le but de s’affranchir de l’autorité de l’Iliade et de donner des textes prétendument inédits et porteurs de vérité, leurs héritiers médiévaux les ont suivis sur cette voie par nécessité, puisqu’ils n’avaient pas accès aux œuvres grecques. Ainsi, à la suite de leurs sources apocryphes, Benoît et Guido participent à cette mode consistant à critiquer l’épopée homérique qu’ils considèrent comme affabulatrice. En effet, le Moyen Âge dénigre Homère qu’il n’a pas lu mais dont il sait qu’il n’a pas assisté aux faits qu’il raconte. C’est pourquoi, dès leur prologue, Benoît et Guido condamnent l’épopée porteuse de mensonges, selon eux. Ainsi, ces auteurs ont conservé le canevas épique, les mêmes personnages, le même fond narratif, mais ont réduit ou glosé le poème homérique qui n’a plus de commun avec leurs textes que quelques rares épisodes. Cet abandon de l’épopée semble se faire au profit d’un genre qui n’est bien sûr pas encore défini au Moyen Âge mais qui y prend toutefois ses racines : il s’agit du roman.

Notons tout d’abord que la littérature antique présentait des thématiques qui seront celle du genre romanesque : par exemple chez Virgile, les amours de Didon et Énée relèvent clairement de ces thématiques. Or, si ces thèmes existent dans l’Antiquité, l’apparition du terme « roman » est plus tardive puisque l’expression « mettre en romanz » va de pair avec l’avènement des langues romanes. Les textes médiévaux sur la guerre de Troie sont des œuvres de fiction qui sont d’abord des translations en langue romane mais qui, d’emblée, trouvent les thématiques qui seront celles du genre romanesque dans leur traitement de la matière épique. Ils se détachent en effet volontairement de la poésie classique pour tendre vers un récit réaliste centré sur les personnages, en développant des registres d’expressions nouveaux par rapport à l’épopée ou la Chanson de Geste, tels les monologues ou l’union de l’amour et de la prouesse, entre autres. Massimo Fusillo dit en comparant l’épopée au roman :

« L’épopée s’est développée à des époques où le poète et son destinataire appartenaient à un milieu homogène, elle est donc l’expression privilégiée de cultures nationales, et une idéologie forte, souvent transcendante, la domine. À ce caractère statique et impersonnel de l’épopée s’oppose le dynamisme ouvert du roman [15]. »

C’est pourquoi nous pouvons interpréter de deux façons la mise en roman opérée par Benoît : d’une part, il traduit en langue romane, d’autre part, il confère à son récit des aspects qui pourraient relever d’une esthétique romanesque, au sens moderne du terme.

Toutefois, la question du genre est très délicate pour les textes médiévaux, puisque les genres littéraires ne sont pas encore définis. Le problème est d’autant plus complexe concernant l’Historia qui se trouve à la frontière des genres. Si les travaux d’Aimé Petit ont nettement expliqué le but et le rôle des romans antiques, le cas de Guido reste plus confus, puisque ce texte s’oppose au Roman non seulement par le biais de la prose et du latin, mais aussi parce que son auteur se pose en historien, chroniqueur, voire parfois compilateur. La différence générique entre ces deux œuvres est donc grande, mais il paraît indéniable que toutes deux comportent des traits relatifs au « roman naissant ».

En somme, Benoît et Guido ont de concert rejeté le style épique au profit d’un genre qui semble préfigurer le roman. De fait, en présentant des personnages moins prédestinés que dans l’Antiquité, ils permettent à leurs protagonistes d’exprimer leurs sentiments qui ont une incidence directe sur le récit.

2. 2 Le rôle des passions dans la trame narrative

Dans le Roman et dans l’Historia, les passions ont une fonction diégétique importante, car ce ne sont plus les dieux, mais la passion vengeresse et les passions amoureuses qui décident des événements. En effet, la rancune et l’esprit de vengeance des chefs les amènent à engager les guerres, et de même, les amours des uns provoquent la fureur des autres. Ainsi, chaque grand événement du récit est relancé par la passion d’un seul. L’« ire » qui « pèse » et « cogitat » dans le cœur de chacun les pousse à « quere venjance », ce que Guido traduit à plusieurs reprises par « uindicatm / ultionem appetere » et les conflits armés qui ponctuent la trame narrative découlent toujours de cette passion vengeresse.

Il faut aussi évoquer le rôle primordial des passions amoureuses qui confèrent encore plus au récit cet aspect romanesque qui est très présent dans ces textes et presque absent dans l’épopée homérique. C’est pourquoi la présence des femmes et leur participation à l’action sont très importantes dans la littérature médiévale à sujet troyen. Ainsi, ces textes ont relaté deux guerres de Troie et deux rapts fatals de femmes, là où Homère n’avait vu qu’une guerre et mis en cause qu’une seule femme. L’enlèvement d’Hésione et l’amour que cette-dernière inspire à son ravisseur Télamon offensent Priam au point qu’il en oublie la prudence et la raison en provoquant la colère des Grecs. Mais Télamon est tombé profondément amoureux de sa captive qu’il refuse de rendre aux Troyens. Or, le roi de Troie est d’autant plus offensé que Télamon n’a même pas daigné épouser sa captive.

Benoît écrit :

« Ne la daigne prendre en moillier [16]. »

Guido s’en indigne aussi au livre V : « Elle a été placée telle une courtisane soumise au plaisir de Télamon. »

Cette passion amoureuse de Télamon pour Hésione poussera donc les Troyens à se venger en enlevant Hélène, ce qui provoquera la seconde destruction de Troie. Or, Hélène va participer directement à l’action puisqu’elle va sciemment séduire Pâris qui concevra pour elle un amour porteur de mort. Le rôle que joue la passion de Pâris pour Hélène est donc primordial, puisque c’est elle et non Vénus qui offre son amour au prince. Hésione et Hélène provoquent donc des passions destructrices qui engendrent des catastrophes sans précédent.

Il faut citer aussi la passion amoureuse qui naît chez Achille à la vue de la princesse troyenne Polyxène. Cette légende très peu connue dans l’Antiquité a beaucoup touché et séduit le Moyen Âge pour son aspect romanesque. En effet, dans la tradition tardive, Achille s’éloigne de la guerre non pas car Agamemnon lui a enlevé sa captive, comme le voulait Homère, mais parce qu’il est tombé amoureux d’une des filles de Priam, Polyxène. Prêt à trahir les siens pour assouvir sa passion, Achille sera lui-même trahi par Pâris qui le tuera pour venger tous ses frères. Ainsi, Polyxène a fait naître chez Achille une passion folle qui le conduira à sa perte. De fait, Achille est totalement épris de la jeune fille, au point d’en perdre la raison et le jugement. Benoît consacre plus de deux-cents vers à ce coup de foudre et au livre XXIII, Guido évoque cette blessure d’amour qui aura une incidence tragique sur le récit puisque, dans sa folie, Achille se laissera aveuglément mener à sa perte. Or, dans sa chute, Achille entraînera Polyxène qui sera sacrifiée par les Grecs lors de la destruction de Troie pour venger le héros.

Ainsi, ces différentes passions fournissent aux auteurs quatre grandes histoires d’amour qui servent le récit. Benoît et Guido accordent donc un rôle important aux femmes qui, bien qu’absentes du champ de bataille, ont pour fonction de susciter des passions amoureuses qui ont donc une réelle fonction diégétique.

2. 3 L’évocation des passions pour pallier l’absence du merveilleux antique

En outre, Benoît et Guido associent le monde antique et païen de leur sujet à leurs croyances chrétiennes. Cette relation anachronique entre les deux cultures est parfois surprenante, mais elle illustre bien l’intérêt pré-humaniste porté à l’Antiquité par des clercs héritiers de la « renaissance du XIIe siècle » et en même temps ancrés dans leur époque profondément chrétienne. Ainsi, ils épurent le plus possible les mythes de leurs aspects païens et utilisent ceux-ci seulement à des fins esthétiques sans leur donner d’incidence sur la narration. C’est pourquoi, bien qu’ils conservent une part de merveilleux, notamment dans les descriptions d’architectures ou de parures, ainsi que dans les évocations d’ordre exotique, ils rejettent la plupart des épisodes mythologiques, surtout ceux qui mettent en scène les dieux agissant comme et avec les hommes. Si ces légendes faisaient la joie des lecteurs de l’Antiquité, Benoît et Guido préfèrent privilégier l’amour et la vertu chevaleresque, qui préoccupent plus les lecteurs médiévaux. En évoquant cette absence du merveilleux, Aristide Joly dit que Benoît « intéresse le lecteur par la sensibilité : étudie les passions des cœurs [17] ». De même, Aimé Petit explique que les clercs abandonnent le merveilleux par souci de simplifier les récits antiques [18] et il met en parallèle la causalité divine et la causalité humaine pour en conclure que « les dieux sont remplacés par les sentiments [19] ».

C’est pourquoi, les dieux ne prennent plus part à l’action et ne décident plus du sort des hommes qui sont seuls responsables de leur destin. Leur sensibilité et leurs passions guident leurs choix et les amènent parfois à de fatales erreurs. En s’écartant de la tradition homérique qui voulait que le Panthéon participe à l’action guerrière, et par un abandon partiel du merveilleux antique, Guido et Benoît considèrent que les dieux et les merveilles ne sont pas la cause des événements dont le déroulement est guidé par les sentiments et les passions des hommes.

Cependant, ces clercs sont encore influencés par leur culture classique dont ils ne peuvent s’affranchir totalement et leurs œuvres œuvres témoignent de l’écart culturel que les clercs ont cherché à diminuer entre le merveilleux antique et l’imaginaire médiéval qu’ils unissent pour opérer la transition entre les mondes païen et chrétien.

3 La vision du monde révélée par la peinture des passions

3. 1 De la vision épique à la vision courtoise de Benoît

Benoît conserve l’usage du vers qui lui permet d’orner son récit. Dans le même temps, on l’a dit, il rompt avec l’épopée antique. Délaissant le merveilleux homérique, le poète préfère utiliser l’évocation des passions et inscrire ses héros dans le monde courtois du XIIe siècle. En effet, tout chevalier courtois est sujet aux passions. Les nombreuses scènes de passion amoureuse lui permettent donc de traiter le motif de la « fine amor » en faisant des héros épiques de véritables chevaliers courtois qui se battent non seulement pour faire vaincre leur camp ou sauver leur honneur, mais aussi pour remporter les faveurs de leur dame.

L’exemple des amours d’Achille est intéressant pour marquer la rupture avec le traitement épique du personnage. Chez Homère, le héros est révolté contre Agamemnon et rejette son autorité abusive : sa colère est une colère politique digne d’un prince. En revanche, l’Achille médiéval délaisse son devoir car il est l’esclave de ses passions. Les folles amours d’Achille sont pour A. Joly « l’altération dernière du caractère homérique [20] ». Chez Benoît, la « fine amor » va donc de pair avec la prouesse guerrière, et contrairement à Homère, le clerc accorde autant d’importance aux scènes de cour ou de camp qu’aux scènes de batailles.

3. 2 De la vision mythologique à la vision « historique » de Guido

De son côté, Guido renonce au vers et ne rompt pas seulement avec l’épopée antique, mais aussi avec les ornements poétiques au profit d’une écriture rationnelle et historique. C’est pourquoi l’évocation des passions qui sert l’esthétique du Roman a pour fonction première dans l’Historia d’expliquer les faits. En effet, Guido revendique son choix d’écriture qui lui assure « l’authenticité d’une prose débarrassée des ornements mensongers du vers [21] ».

C’est pourquoi, au nom de cette recherche de véracité historique, Guido, bien que ne se rattachant pas particulièrement à une tradition historiographique latine, mêle sa conception de l’histoire héritée de Darès et sa vision chrétienne du monde. Aussi fustige-t-il souvent les versions païennes des faits qu’il tente parfois d’expliquer à la lumière de sa foi. Il utilise souvent cette formule : « credere uoluit antiqua gentilitas », contestant ainsi les croyances mythologiques qui n’ont rien à voir avec les faits qu’il prétend rapporter.

L’historien médiéval, dit Catherine Croizy-Naquet à propos de l’auteur des Faits des Romains :

« Proclam[e] [son] statut de discours autorisé, en affichant [son] savoir sur les autorités antiques, et motiv[e] [sa] reconstruction de la réalité passée [22]. »

Nous pouvons semble-t-il appliquer cette remarque au cas de Guido, car dans sa volonté de proposer une version rationnelle des faits qui se sont déroulés à Troie, il écarte le plus possible la tradition classique et notamment le rôle des divinités. Ainsi, il peut donner un récit réaliste dans lequel ce ne sont pas les dieux païens qui dirigent le cours des événements, mais bien les hommes.

3. 3 La portée morale de l’évocation des passions

L’évocation des passions humaines permet aussi aux auteurs médiévaux de tirer des enseignements d’ordre moral. En effet, nous avons vu que la passion vengeresse des chefs grecs et troyens a conduit les deux camps vers des guerres qui auraient pu être évitées. Au livre V, Guido s’arrête un instant sur ces erreurs humaines qui amènent tant de maux :

« Que les rois et les princes apprennent aussi à ne pas s’opposer aux nations étrangères qui se rendent dans leurs royaumes et qui ne sont pas incitées par une intention malveillante. »

C’est de fait la susceptibilité de Laomédon qui fut la racine de toute cette malheureuse histoire, et Guido suggère aux rois d’apprendre de son erreur et de savoir choisir entre pardon et vengeance.

De même, le rôle des passions amoureuses devrait permettre aux lecteurs de mesurer le danger que l’amour représente en certaines circonstances. L’exemple d’Achille montre en effet que la passion peut détourner un homme de son devoir, et la peinture de l’âme d’Achille totalement absorbée par sa passion au point de perdre toute volonté et de tomber presque dans la folie doit pousser le lecteur à réfléchir sur ces dérives morales que peut provoquer une passion non contrôlée.

Médée aussi permet de mettre en garde le lecteur contre l’amour-passion, puisque dans son obsession, elle frôle dangereusement la folie. De fait, dans la scène où elle trépigne d’impatience en attendant que Jason la rejoigne dans sa chambre, Benoît et Guido nous invitent à réfléchir sur le comportement de Médée qui est doublement compromettant. Non seulement, elle oublie la vertu de patience, mais elle fait en plus venir un homme dans sa chambre, au plus grand mépris des convenances. Dans sa naïveté, elle va tout abandonner par amour pour le héros. Comble du vice, Médée sacrifie sa virginité pour satisfaire sa passion irréfléchie.

On voit donc clairement la fonction d’enseignement que contient l’évocation des passions dans un Moyen Âge soucieux de la moralité des sentiments et des mœurs.

Conclusion

Ainsi, l’évocation des passions chez Benoît et Guido sert l’esthétique de leurs textes. Ceci permet à Benoît de donner de longs développements poétiques sur les sentiments de ses protagonistes, et à Guido de pallier une certaine aridité que présente sa prose. Il a été intéressant de voir « l’interaction entre la langue vernaculaire et la latin [23]. », et comment Guido « translate » et résume les vers de Benoît. On a pu ainsi constater la force du latin, capable en une expression de contenir une idée que Benoît exprime en plusieurs vers. De plus, les deux principaux types de passions humaines que sont la passion vengeresse et la passion amoureuse permettent de relancer l’action et d’expliquer la tournure que prennent les événements, malgré l’absence des dieux antiques auxquels les auteurs médiévaux n’accordent plus le rôle principal. Nous avons insisté sur la fonction diégétique des passions qui sont porteuses de sens et permettent aussi de redéfinir le genre de ces textes. En effet, le Roman de Benoît, au-delà d’être une simple traduction en langue vernaculaire, présente des aspects romanesques, au sens moderne du terme, notamment grâce à cette insistance sur les passions humaines qui ont pris le pas sur le merveilleux épique pour se recentrer sur l’homme et ses sentiments. Quant à Guido, le traitement des passions lui permet de conférer à son texte à la frontière des genres un aspect plus littéraire et là aussi plus romanesque. Enfin, la portée morale de l’évocation des passions pousse le lecteur à méditer sur les dangers de la vengeance ou de l’amour-passion. Le mythe troyen doit être en effet considéré par un lecteur médiéval comme un exemplum qui montre les conséquences désastreuses des passions à cause desquelles les hommes en oublient leur devoir qui doit consister à rechercher le bien commun.

Cette étude des passions dans la guerre de Troie nous a aussi permis d’entrer dans l’univers de Benoît et de Guido qui ont su faire cohabiter le monde mythologique avec le monde courtois du XIIe ou du XIIIe siècle, en inscrivant les héros de l’Iliade dans la société féodale où les preux chevaliers sont avant tout des hommes sujets aux passions.

Bibliographie

  • Benoît de Sainte-Maure, Le roman de Troie. Extraits du manuscrit Milan, Bibliothèque ambrosienne, D 55, édités, présentés et traduits par Emmanuèle Baumgartner et Françoise Vielliard, Paris, Lettres gothiques, 1998, 669 p.
  • Massimo Fusillo, Naissance du roman, trad. de l’italien par Marielle Abrioux, Paris, Seuil, 1991, 274 p.
  • Le roman de Troie par Benoit de Sainte-Maure publié d’après tous les manuscrits connus par Léopold Constans, Paris, Firmin Didot, 6 t., 1904-1912, 464, 399, 448, 446, 339, 410 p.
  • Joly Aristide, Benoit de Sainte-More et le “Roman de Troie” ou les métamorphoses d’Homère et de l’épopée gréco-latine au Moyen Âge, Paris, Franck, 2 t., 1870-1871, 616, 446 p.
  • Mora-Lebrun Francine, L’Énéide médiévale et la naissance du roman, Paris, PUF, 1994, 254 p.
  • Petit Aimé, L’anachronisme dans les romans antiques du XIIe siècle : le Roman de Thèbes, le Roman d’Énéas, le Roman de Troie, le Roman d’Alexandre, Paris, Champion, Coll. Nouvelle Bibliothèque du Moyen Âge, 2002, 320 p.
  • Petit Aimé, Naissances du roman : Les techniques littéraires dans les romans antiques du XIIe siècle, Lille, atelier national de reproduction des thèses et Paris/Genève, Champion/Slatkine 1985, 2 t., 1454 p.
  • Salamon Anne, « Strenuitas, strenuité ou comment traduire un terme latin en moyen français », Synergies Italie n° 6, p. 13-23.

[1] Dictys et Darès le disent dans leurs prologues. (Voir la traduction de G. Fry, Textes inédits sur la Guerre de Troie, Paris, Belles Lettres, coll. La Roue à Livres, 2004, p. 91 à 94 et p. 243.)

[2] Léopold Constans, éd., v. 2085-2088 / 2092, t. I, p. 105-106.
« Le roi Laomédon leur a fait grand tort, grand mépris et grande honte et cela a pesé bien lourd pour les Grecs. (…) Ils en furent indignés ».

[3] Pour les citations de l’Historia, nous donnerons le texte et/ou la traduction qui figurent dans notre thèse en cours.
« Quant à Jason, non oublieux dans sa mémoire de l’offense subie de la part du roi Laomédon, se soucie peu du fait qu’il avait eu le triomphe si glorieux de la Toison d’or, (…) enflamma son esprit troublé d’un désir de vengeance et de punition pour roi Laomédon »

[4] 3684-3688, éd., I, p. 186-188.
« Nous devons donc tout mettre en œuvre pour guérir notre mal, assouvir la colère qui nous possède ou faire payer aux Grecs les offenses et le tort qu’ils ont faits à notre race ». (Trad. E. Baumgartner et F. Vielliard, p. 125-127.)

[5] « Il retourna son esprit troublé vers les graves insultes jadis commises par les Grecs et devint impatient de trouver le repos. (…) Qu’il soit donc fait raison à la justice et, si les dieux le permettent (…), que soit exigée la vengeance unanime à la suite de si nombreux malheurs par votre commun accord ».

[6] v. 3851-3853, éd., I, p. 197.
« Il faut nous venger des Grecs car, j’en suis absolument certain, l’entreprise ne peut se terminer qu’à notre avantage ». (Trad., p.133-135.)

[7] « Parce que je suis sûr et certain que les dieux veulent que je puisse confondre la Grèce et la piller cruellement et aussi que j’enlève une noble femme parmi les meilleures de Grèce (…) qui pourrait facilement être échangée en rançon pour votre sœur Hésione ».

[8] v. 4013-4016, éd., I, p. 205-206.
« Et quiconque renoncera, à cause de ses prophéties, à tirer vengeance de l’insulte sanglante, du tort considérable que nous ont fait les Grecs ». (Trad., p.141.)

[9] « Il n’est pas concevable qu’une telle honte que nous ont infligée les Grecs demeure sans peine de vengeance ».

[10] v.1261-1264 / 1285-1287, éd., I, p. 63-65.
« Elle tomba tout aussitôt profondément amoureuse de lui : elle ne pouvait pour rien au monde détacher de lui ses regards tant il lui paraissait beau. (…) Mais maintenant son cœur est si épris que rien ne saurait l’empêcher de conquérir Jason ». (Trad., p.73.)

[11] « Quand elle le pouvait, elle tournait les yeux vers Jason avec des regards indignes (…) au point qu’elle s’enflamma soudain du désir de cet homme. La passion qui s’agitait en son cœur lui fit concevoir un amour aveugle. C’est pourquoi elle n’avait cure de la douceur des mets à manger ni de goûter les coupes de breuvages au miel. (…) Par la passion du désir de cet homme, son ventre était suffisamment repu ».

[12] v.1294-1295, éd., I, p. 65-66.
« Désormais Amour, à qui personne ne sait résister, l’a prise dans ses lacs ». (Trad., p. 75.)

[13] « Tourmentée par la flamme de l’amour qu’elle vient de concevoir, elle est torturée par une grande anxiété et épuisée par de nombreux soupirs. (…). En son esprit se disputent l’amour et la honte ».

[14] Aristide Joly, Benoît de Sainte-More et Le roman de Troie : ou les métamorphoses d’Homère et de l’épopée, Paris, 1870, p. 331.

[15] Massimo Fusillo, Naissance du roman, trad. de l’italien par Marielle Abrioux, Paris, Seuil, 1991, p. 24.

[16] v. 3221, éd., I, p. 163.
« Il n’a même pas daigné l’épouser ».

[17] Ibid., p. 396.

[18] Aimé Petit, Naissances du roman, op. cit., p. 182-183.

[19] Ibid., p. 222.

[20] Aristide Joly, op. cit., p.267.

[21] Emmanuèle Baumgartner, « Le choix de la prose », dans Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 51, 1998, § 3 (URL : crm. revues.org/1322).

[22] Catherine Croizy-Naquet, « Penser l’histoire antique au XIIIe siècle à la lumière de l’historiographie contemporaine », Littérature, Le Moyen Age contemporain. Perspectives critiques, dir. N. Koble, M. Séguy, Paris, Larousse, n° 148, décembre 2007, p. 32.

[23] Anne Salamon, « Strenuitas, strenuité ou comment traduire un terme latin en moyen français », Synergies Italie n° 6, p. 13-23, p. 21

 

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