Fonctions, structures et dynamiques d’un processus mémoriel antique

Étude de la région de Kavousi (Crète orientale)

Par Claire Camberlein, Université de Strasbourg

Résumé : L’étude de la mémoire et de l’oubli, deux notions essentielles à la compréhension de nos sociétés modernes mais aussi des sociétés antiques, était, encore récemment, restée en dehors du champ de la recherche historique et plus particulièrement archéologique. Cet article propose d’étudier ces phénomènes sociaux par le biais des traces archéologiques telles que la réutilisation d’objets anciens et de ruines, ainsi que l’aménagement spécifique du paysage. L’étude se concentre sur un cadre géographique particulier, l’île de Crète, souvent considérée comme conservatrice, au moment du passage de l’âge du Bronze à l’âge du Fer. Cette période voit la disparition du système palatial et la mise en place de nouvelles constructions communautaires qui accompagneront l’émergence de la cité. Nous verrons comment la mémoire mais aussi l’oubli permettent la construction progressive de cette nouvelle organisation sociopolitique.

Mots-clés : mémoire – oubli – objets de mémoire – ruines - archéologie du paysage.


Introduction

La mémoire et l’oubli sont, depuis maintenant plus d’une décennie, des sujets de recherche prisés des sciences sociales et humaines. L’homme - quels que soient l’époque et le cadre dans lesquels il évolue – a toujours porté un intérêt particulier aux générations qui l’ont précédé. Cette réminiscence peut avoir une fonction didactique ou morale, servir d’exemple ou de guide, mais également donner à une société cohésion et vitalité. Elle ne nécessite pas la conservation systématique du passé dans son ensemble, mais en sélectionne des éléments particuliers [1] : construire la mémoire implique certains choix, et là où il y a commémoration, il y a aussi oubli.

L’étude de la mémoire et de l’usage « du passé dans le passé » par le biais des vestiges matériels est une démarche récente [2]. Jusqu’à présent, ce sont le « paysage archéologique » [3] et la réutilisation des ruines qui faisaient l’objet d’une attention particulière. Peu d’études portaient sur une autre facette du phénomène de remémoration, à savoir la conservation et la réutilisation d’objets anciens [4]. Suivant la théorie de J. Assmann, selon laquelle « un évènement ou un récit ne peut se fixer dans la mémoire d’un groupe que s’il s’incarne sous la forme concrète d’une figure personnelle, d’un lieu ou encore d’un objet » [5], nous allons étudier les différentes références mémorielles visibles dans les vestiges archéologiques, comme la réutilisation d’anciens artefacts et de ruines ainsi que la position d’un site au sein du paysage qui l’entoure [6], sans toutefois négliger l’importance de ces choix et par conséquent la part d’oubli présente dans toute remémoration.

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Fig. 1. Carte de la région de Kavousi à l’époque orientalisante/archaïque. D’après D. HAGGIS et al., « Excavations at Azoria 2002 », Hesperia 73, 3 (Juil.-Sept. 2004), p. 340, fig. 1.

Cette analyse portera sur la région de Kavousi en Crète orientale (fig. 1), dont l’occupation est bien connue grâce à de nombreuses fouilles menées depuis le début du XIXe siècle. Nous considérerons les fonctions, les caractéristiques et les dynamiques des processus mémoriels et amnésiques (ce terme est utilisé dans son acception étymologique grecque, à savoir ἡ ἀμνεσία : l’« oubli », et non pas dans son sens actuel de « trouble neurologique ») visibles sur les sites de cette région, pour en saisir les enjeux dans la création des structures de pouvoir. Entre les XIIe et VIIe siècles av. J.-C. - après la disparition du système palatial - les communautés humaines se déplacent, expérimentent de nouveaux lieux d’habitats, de nouveaux styles céramiques, de nouvelles pratiques funéraires et réorganisent l’activité cultuelle ainsi que les relations économiques et commerciales. Cette lente évolution mène, dans la région de Kavousi, à un synœcisme sur le site d’Azoria, et à la formation d’une nouvelle société dont l’organisation annonce celle de la future polis grecque.

1. L’apport des sciences sociales dans l’archéologie de la mémoire

La mémoire est ici comprise comme « l’ensemble des fonctions par lesquelles l’homme conserve, organise ses souvenirs, les identifie et les situe dans le passé » [7]. Le travail de mémoire nécessite une sélection et donc une mise à l’écart, le passé ne pouvant être conservé dans son intégralité. Les éléments qui subsistent sont ceux que la société peut replacer dans son propre cadre de références [8]. M. Halbwachs, dont les travaux forment dès les années 1930 la base pour tout discours sur la mémoire, s’intéresse aux conditions sociales de son utilisation, qu’il nomme « cadres sociaux » [9]. La mémoire de l’individu s’élabore au sein de plusieurs groupes, et ne peut vivre et se maintenir que dans la communication : même si elle lui est propre, elle intervient dans le cadre d’une société, c’est-à-dire de « mémoires collectives rassemblées » [10]. La question de l’identité y est étroitement liée : on ne peut avoir conscience de son identité que si l’on se souvient de son processus de formation [11]. L’existence d’une identité collective repose à la fois sur le partage d’une mémoire commune, qui requiert l’emploi d’un même système symbolique [12], et sur l’oubli sans lequel la remémoration est impossible [13].

1.1. L’objet de mémoire

L’objet constitue « la seule trace tangible du passé, et à ce titre, les hommes de l’Antiquité l’ont parfois conservé, recherché, collectionné » [14]. Notre postulat est que l’objet, en tant que trace matérielle, peut être porteur de mémoire(s). M. Halbwachs en distingue deux formes : la mémoire communicationnelle et la mémoire culturelle. La première est issue des communications quotidiennes et regroupe des souvenirs partagés par les membres du groupe social : elle possède un horizon temporel limité, puisqu’elle meurt avec ses porteurs. Au-delà de quatre générations, c’est-à-dire environ cent ans, le souvenir vivant disparaît définitivement pour être remplacé par la mémoire culturelle, qui possède des points fixes que la société maintient à travers une communication institutionnalisée.

En l’absence de porteurs vivants, les objets anciens deviennent un moyen de se souvenir : ils peuvent donc être considérés comme des « objets de mémoire » lorsqu’ils sont retrouvés dans des contextes stratigraphiques postérieurs d’au moins cent ans à leur date de fabrication. Des études ethnographiques montrent que ces objets sont souvent en matériaux pérennes et de dimensions réduites [15], afin d’être plus facilement transportés et exposés. Ils peuvent être acquis au cours d’un héritage et être associés au prestige familial, ou être transmis lors d’échanges de dons [16]. Leur principale caractéristique est d’être en nombre restreint au sein du groupe, sans quoi ils perdent leur caractère primordial : la rareté. Cette dernière témoigne de l’impossibilité des sociétés humaines à conserver tous ses souvenirs : l’oubli est nécessaire, et implique que les objets qui sont conservés soient le fruit d’un choix. Les individus, conscients du pouvoir de certains symboles, utilisent et manipulent ces objets pour affirmer une position sociale.

1.2. L’archéologie du paysage

L’étude du paysage est également primordiale pour comprendre comment les peuples se souviennent du passé et se créent une identité [17] : le passé n’est pas seulement rappelé à la mémoire, il est aussi incarné dans les paysages élaborés par l’homme [18]. Puisque l’on hérite des lieux où nos ancêtres ont vécu, les liens entre le paysage et la mémoire sont forts [19]. C’est pour cela que les communautés l’utilisent comme un instrument politique, social et parfois religieux : ils créent des lieux qui portent les symboles de leur identité. Nous nous rapprochons ici du concept de « lieux de mémoire » élaboré par P. Nora, terme qui désigne des lieux « où une société quelle qu’elle soit, nation, famille, ethnie, patrie, consigne volontairement ses souvenirs ou les retrouve comme une partie nécessaire de sa personnalité » [20].

2. Une étude de cas : la région de Kavousi

Le village de Kavousi se trouve dans le golfe du Mirabello, région prospère dès l’antiquité en raison de la présence de nombreuses voies de communications. Les prospections archéologiques ont prouvé l’existence d’un synœcisme [21], fruit d’un long processus impliquant des changements tels que la formation d’une communauté multilingue et multiethnique, et la création de nouvelles formes d’intégration sociale. Trois sites de cette région présentent divers exemples de processus mémoriels.

2.1. Le site de Vronda

Vronda, au sud de Kavousi, possède des vestiges du Néolithique et de l’âge du Bronze [22]. Une douzaine de familles s’y installe entre le Minoen récent IIIC (1200-1100 av. J.-C.) et le Sub-Minoen (1100-970 av. J.-C.) [23]. Dans la cour pavée de la Big House (bâtiment A-B), dont la taille et le matériel font penser à la résidence d’un leader de la communauté, on a retrouvé une « pierre à cupules » à côté de l’entrée principale (A1), objet parmi les plus énigmatiques de l’archéologie crétoise [24]. Plusieurs hypothèses ont été émises à leur sujet : elles ont pu servir à des fins cultuelles, pour des offrandes liquides ou solides lors de rituels en lien avec les préoccupations agricoles et pastorales, mais aussi de plateaux de jeux [25]. Leur attestation est relativement rare durant l’âge du Fer [26]. À Vronda, la « pierre à cupules » a été retrouvée à proximité d’une pièce (B4) contenant de la vaisselle de banquet et des restes de festins, preuve que la structure abritait des cérémonies communautaires, probablement pour renforcer les liens sociaux [27]. On a également retrouvé à Vronda, dans la pièce 3 du bâtiment I, un vase en pierre, production palatiale datée du Minoen récent I (1600-1430 av. J.-C.), dans un contexte du Minoen récent IIIC (1200-1100 av. J.-C.) [28].

Après l’abandon du site, à la fin du Sub-Minoen (1100-970 av. J.-C.), une nécropole d’une centaine de tombes à fosse s’installe au début de l’époque géométrique (IXe et VIIIe siècles av. J.-C.) [29] dans les maisons en ruines. Une analyse anthropologique a révélé une concentration des mêmes traits génétiques sur les squelettes au sein des tombes installées dans les unités d’habitation [30] : elles abritent des lignées familiales qui pouvaient s’identifier, à tort ou à raison, aux anciens habitants de Vronda. Les communautés de l’âge du Fer en Crète revendiquaient souvent des liens avec des sites à proximité de leur propre lieu de vie, en réutilisant les habitats comme nécropoles par exemple [31]. L’utilisation d’un tel espace funéraire a dû jouer un rôle dans la construction identitaire d’un groupe, puisqu’à la même période, les habitants de Kastro utilisent davantage des tholoi ou des tombes à chambre. Ces inhumations cessent au VIIe siècle av. J.-C., moment du synœcisme sur le site d’Azoria [32]. Dans la tombe 28, construite dans la pièce 3 du bâtiment O, les restes d’une crémation datés du Géométrique (800-700 av. J.-C.) ont été déposés dans une amphore cycladique datée du Proto Géométrique (970-800 av. J.-C., fig. 2) [33], et refermée par une coupe positionnée à l’envers. La pratique des vases « inversés » se rencontre dans des contextes plus anciens, à la fois domestiques et funéraires, et est mise en relation avec le culte des ancêtres [34].

Fig. 2. Vronda. Amphore cycladique protogéométrique retrouvée dans la tombe 28 (gauche), d’après G. Gesell, L. Day et W. Coulson, « Excavations at Kavousi, Crete, 1989 and 1990 », Hesperia 64, 1995, pl. 27 b.

2.2. Le site de Kastro

Kastro se trouve sur un promontoire rocheux dominant toutes les routes reliant la partie nord de l’isthme de Hiérapétra au cœur des montagnes de Siteia. Bien qu’ayant une position stratégique, le site n’est occupé qu’entre le Minoen récent IIIC et l’époque géométrique (1200-700 av. J.-C.), et est progressivement abandonné au moment du synœcisme déjà mentionné [35]. Dans la cour extérieure du bâtiment H, on a retrouvé une « pierre à cupules » semblable à celle de Vronda dans un contexte du Géométrique récent/Orientalisant ancien (745-670 av. J.-C.). L’emplacement et l’architecture du bâtiment laissent à penser que le bâtiment accueillait des fonctions publiques spécifiques. Kastro n’étant pas occupé avant le Minoen récent IIIC (1200-1100 av. J.-C.), cette « pierre à cupules » y a été apportée de façon intentionnelle, ou est une imitation d’un modèle minoen.

2.3. Le site d’Azoria

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Fig. 3. Azoria. Plan détaillé de l’arcropole sud. D’après D. Haggis, M. Mook, T. Carter et L. Snyder, « Excavations at Azoria, 2003-2004, Part 2 : Final Neolithic, Late Prepalatial and Early Iron Age Occupation », Hesperia 76, 4 (Oct. 2007), fig. 2.

Azoria se trouve au sud-est de Kavousi et surplombe la baie du Mirabello. Il possède une position stratégique sur une colline à double sommet assurant la transition entre la plaine au nord de l’isthme de Hiérapétra et les vallées montagneuses de Siteia. Occupé jusqu’au Ve siècle av. J.-C., l’habitat couvre quinze hectares à son extension maximale, soit dix fois la taille des sites voisins. Son étendue prouve que le site connaît un phénomène de synœcisme, marqué par une proto-urbanisation à la période orientalisante (fig. 3) [36]. On constate l’existence de divers processus mémoriels comme la réutilisation d’objets anciens, l’utilisation mais aussi la destruction et l’oblitération volontaire des vestiges des occupations précédentes, et une réflexion concernant l’implantation des structures publiques [37].

2.3.1. Les objets de mémoire

Dans le Northeast Building, on a découvert les restes de deux bols néolithiques, d’une amphore néopalatiale (1700-1430 av. J.-C.) et des tessons du Minoen récent IIIC (1200-1100 av. J.-C.) dans un contexte du VIIe siècle (A400) [38]. Dans la maison dite du Corridor Est, on a retrouvé un pithos du Minoen récent IIIC dans un contexte du VIe siècle (B300) [39]. Dans le Service Building, composé de pièces de stockage (D300, B700, B1200), de cuisines (B1500, B2200, B2300) et de zones de transformation de nourriture (D300, B1700), on a mis au jour un grand cratère Proto Géométrique (970-850 av. J.-C.) dans un contexte du VIIe av. J.-C. (D400) [40]. On a également retrouvé une figurine de bovidé, datée du Minoen récent IIIC (1200-1100 av. J.-C., fig. 4), dans un contexte du VIIe siècle (B1200) [41]. Des figurines similaires proviennent des contextes cultuels à Aghia Triada [42], Patsos [43] et Vronda [44].

Fig. 4. Azoria. Figure du bovidé retrouvée en B1200. D’après D. Haggis, M. Mook, T. Carter et L. Snyder, « Excavations at Azoria, 2003-2004, Part 2 : Final Neolithic, Late Prepalatial and Early Iron Age Occupation », Hesperia 76, 4 (Oct. 2007), p. 700, fig. 30.1.

Le Monumental Civic Building, au nord du Service Building, est le plus grand bâtiment fouillé à Azoria (entre 180 et 200m2) [45]. Par sa position sur l’acropole sud, le raffinement de sa façade et sa monumentalité, ce bâtiment est un élément fondamental du nouveau centre civique [46]. La structure était utilisée pour des rassemblements communautaires et des banquets, et le long des murs est, sud et nord se trouvait une banquette de deux marches qui pouvait accueillir entre 60 et 80 individus. Une « pierre à cupules », taillée dans un bloc de schiste, a été retrouvée au dessus de cette banquette. Elle semble dater de l’époque minoenne, si l’on considère sa taille et sa typologie, alors que deux autres exemplaires ont été retrouvés gravés sur la marche supérieure de la banquette, pouvant être des imitations [47]. Celle qui pourrait être d’origine minoenne provient peut-être d’Azoria ou d’un site à proximité, et avoir été réutilisée à l’âge du Fer, inspirant alors le creusement d’autres cupules dans la banquette du bâtiment. Leur présence, combinée à de la vaisselle de banquet, semble attester des fonctions rituelles et civiques du bâtiment, et pose la question d’une continuité de l’époque minoenne. Il est possible que l’on réutilise de façon délibérée un objet symboliquement très marquant, afin de renforcer l’identité de la communauté à travers une référence claire au passé de l’âge du Bronze [48].

Plus au nord se trouve un sanctuaire archaïque (D900-D1000), équipé d’une banquette et d’un foyer (D900), caractéristique que l’on rencontre dans les temples à foyer plus anciens. Un grand nombre d’objets votifs chronologiquement hétérogènes y a été retrouvé, parmi lesquels des figurines féminines en terre cuite : une géométrique, une dédalique et une archaïque. Leurs aspects particuliers ont pu amener les habitants d’Azoria à les considérer comme des « reliques vénérables » [49], en souvenir d’anciennes pratiques cultuelles. Au sud-ouest se trouve l’EIA-O Building, où les fouilles ont mis au jour une ancienne tombe du Minoen récent IIIC (1200-1100 av. J.-C., fig. 5), intégrée et conservée dans la nouvelle construction (elle dépassait du sol d’environ 1,25m) [50]. À la fin du VIIe siècle, le bâtiment est abandonné et la tombe est recouverte par une couche de moellons permettant l’installation d’un mur (« spine wall ») structurant la nouvelle trame urbaine et d’une rue donnant accès au Service Building et au Monumental Civic Building [51].

Fig. 5. Azoria. Tombe à tholos du Minoen récent IIIC. D’après D. Haggis et M. Mook, « The Early Iron Age-Archaic Transition in Crete : The Evidence from Recent Excavations at Azoria, Eastern Crete », dans A. Mazarakis-Ainian, The « Dark Ages » Revisited : an International Symposium in Memory of William D. E. Coulson, Volos, 2011, p. 526, fig. 6.

2.3.2. La réutilisation des ruines

Les ruines du Minoen récent IIIC sur l’acropole sud sont visibles et réemployées jusqu’à la fin du VIIe siècle av. J.-C., preuve que les habitants d’Azoria avaient conscience qu’ils construisaient sur les vestiges d’une occupation plus ancienne. Certains bâtiments sont installés directement sur des restes du Minoen récent IIIC, comme le Cult Building et le Service Building, où l’on réutilise même les sols de cette époque dans les pièces B1200 et B1700 ainsi que des segments de murs en B1500, B800 et B1700. Le LMIII Shrine n’est pas reconstruit au VIIe siècle, mais ses ruines sont soigneusement respectées. Plusieurs études montrent qu’il existe en Crète durant l’âge du Fer une forte tendance à la continuité d’occupation, une sorte de conservatisme, ainsi qu’une conscience de l’identité régionale et du passé ancien [52].

2.3.3. Un « oubli volontaire » ?

Cependant, ces réutilisations cessent à la fin du VIIe et au début VIe siècle, ce qui coïncide avec le synœcisme observé à Azoria : les références au passé local se font moins importantes, et la restructuration de l’acropole sud fait disparaitre la plupart des vestiges du début de l’âge du Fer. Certains murs, qui avaient été intégrés aux anciennes phases, disparaissent même lorsque cela ne se révélait pas nécessaire. Les vestiges sont certes détruits par commodité, mais également dissimulés de façon délibérée dans la nouvelle trame urbaine. La topographie du site est entièrement modifiée, et on redéfinit les espaces domestiques et communautaires en détruisant le paysage à la fois architectural et culturel.

Les pratiques du début de l’âge du Fer, lorsque les vestiges étaient des points visuels et symboliques en relation avec l’identité de la communauté, évoluent. Dans la volonté de construire une nouvelle conscience « civique » après le synœcisme, les références visuelles à un passé probablement lié aux origines ancestrales de certains clans familiaux peuvent devenir gênantes, et nécessiter un « oubli volontaire ». Ce processus n’entraîne pas une disparition totale des références au passé, qui seront soigneusement contrôlées. Le fait que le LMIII Shrine ait été respecté durant la période archaïque suggère en effet une sorte de conservation de la « mémoire du lieu » [53]. De même, on continue à réutiliser des objets des âges du Bronze et du Fer, mais dans des contextes communautaires : ils ne sont ainsi plus attachés à des groupes qui auraient pu s’en servir comme des moyens de légitimation.

3. Fonctions, structures et dynamiques du processus mémoriel

3.1. Les « supports sensibles de la mémoire »

Ces données archéologiques nous permettent d’étudier les processus mémoriels et amnésiques utilisés par la société de cette époque. De nombreuses antiquités sont réutilisées sur les sites de Vronda, Kastro et Azoria : à la fin de l’âge du Bronze et au début de l’âge du Fer, principalement dans des contextes domestiques et funéraires. Certaines d’entre elles font référence au passé minoen, comme les vases en pierre ou les « pierres à cupules » dans certains cas d’origine ancienne, et permettent de se rattacher au passé local en utilisant une production crétoise typiquement palatiale. Au Géométrique, les objets de l’âge du Bronze continuent à être conservés aux côtés de productions du début de l’âge du Fer, comme les figurines de bovidés ou encore la vaisselle de banquet.

A partir de l’époque archaïque, les objets sont réutilisés dans des contextes à vocation communautaire. Les « pierres à cupules » du Monumental Civic Building font référence à d’anciennes pratiques minoennes, qui semblent s’être particulièrement bien conservées autour de la baie du Mirabello. D’autres « objets de mémoire » sont présents dans les contextes rituels, comme le montre l’ensemble votif de l’Hearth Shrine, preuve que certains cultes impliquent la continuité d’utilisation de ces artefacts, conservés probablement pour leur esthétique particulière [54].

3.2. Les ruines : « un sens du lieu »

La remémoration s’appuie également sur des références symboliques conscientes et réfléchies aux ruines de l’âge du Fer. Jusqu’au VIIe siècle, on réutilise les vestiges présents sur les lieux d’habitat et, dans le cas de Vronda, on installe même une nécropole dans les anciennes maisons. Le phénomène de synœcisme - résultat d’une lente évolution et de dynamiques internes complexes - a déjà débuté à cette période, impliquant le rassemblement de plusieurs élites locales dans une structure unique. Cette intégration a sans aucun doute nécessité une longue négociation entre les intérêts des différentes familles et ceux de la nouvelle communauté politique [55], les élites continuant dans un premier temps à entretenir un lien avec une identité locale [56]. Ces réutilisations font partie d’un discours symbolique des membres de la communauté qui, au moment de se rassembler, cherchent à affirmer leurs liens avec le passé en s’appropriant les vestiges et le paysage. Pour les membres de l’élite, il s’agit de légitimer une position dans la nouvelle société en utilisant les symboles de la mémoire collective [57]. A la fin du VIIe siècle av. J.-C., lorsque le synœcisme s’achève, les pratiques mémorielles évoluent. La redéfinition des espaces communautaires à Azoria coïncide avec l’abandon, et donc l’oubli volontaire, de la nécropole de Vronda et l’habitat de Kastro. Le nouvel ordre sociopolitique semble empêcher l’utilisation de certains lieux d’inhumation et conduit les élites à afficher leurs positions sociales dans la sphère publique [58] : désormais, ce sont les structures civiques et non plus domestiques ou funéraires qui accueillent les revendications identitaires de la cité émergente. On cherche à concilier le passé et le présent en construisant un nouvel environnement urbain, où la valeur symbolique du passé de l’âge du Bronze et du Fer est soigneusement contrôlée [59]. Les activités rituelles sont, elles aussi, dirigées vers de nouveaux lieux de rassemblement. Cela ne signifie pas que l’identité des participants ait changé, mais que les nouvelles structures sociopolitiques nécessitent d’autres formes architecturales. Les processus mémoriels diffèrent et impliquent l’oubli de certains aspects du passé, pour permettre à la nouvelle communauté de se consolider et de se développer.

3.3. L’importance du paysage et la question de l’identité

En considérant l’emplacement des bâtiments publics à Azoria, on se rend compte que ceux-ci dominent une partie de la plaine de Kavousi, ainsi que les routes commerciales de la baie du Mirabello et de l’isthme de Hiérapétra. Ces nouveaux bâtiments communiquent visuellement avec d’autres centres archaïques de la région, comme Istron, Oleros, Olous, l’Anavlochos, Milatos ou encore Latô [60]. On fait ici face au choix délibéré d’inscrire dans un certain paysage les nouveaux bâtiments, en les mettant en lien avec d’autres poleis de la région. Les sites d’Azoria, Vronda et Kastro forment en eux-mêmes une unité régionale, reliés les uns aux autres visuellement, et ceinturant les vallées et les terres arables de la plaine de Kavousi. A la suite de ces considérations, il devient difficile de réfuter l’importance du rôle joué par la conscience d’un passé commun lors du synœcisme et de la création des nouvelles structures sociales et politiques. Désigner son identité par diverses stratégies mémorielles permet de « marquer son territoire et les frontières de celui-ci » [61].

Cependant, ces réutilisations ne peuvent pas être imputées sans réserve aux anciennes populations de l’île et à la longévité de certains groupes familiaux. Les nouveaux habitants de l’île, après les bouleversements du XIIe siècle avant J.-C., en relation avec l’arrivée des Doriens - mentionnés par les sources littéraires et dont la présence est attestée par le dialecte dorien à partir des VIIIe et VIIe siècles avant J.-C. - peuvent aussi avoir réutilisé d’anciens vestiges pour s’intégrer aux groupes résidants. Cela leur permettait d’atténuer leurs différences, et de légitimer leur présence en s’appropriant des lieux de mémoire locaux. Certains estimeront sans doute qu’il ne s’agit pas là d’une « mémoire », puisque ces individus n’étaient pas d’origine crétoise. Néanmoins, on ne distingue aucune différence dans les restes archéologiques, et quelle que soit l’identité du groupe qui utilise ces pratiques, il s’agit toujours d’une « mémoire », au sens où nous l’avons définie au début de notre propos. La création de nouveaux lieux communautaires, et la volonté d’effacer certaines traces du passé prennent alors un sens supplémentaire : il s’agit de maintenir la cohésion sociale des différents groupes ethniques et culturels rassemblés en une seule entité sociopolitique.

Conclusion

Comme le montrent les fouilles menées dans la région de Kavousi, il est possible d’appréhender certaines pratiques mémorielles et amnésiques par l’étude des vestiges archéologiques. Le VIIe siècle av. J.-C. est témoin de l’abandon de certains habitats et tombes de l’âge du Fer, lieux de légitimation pour les familles locales. Cependant, on constate également la volonté de conserver une sélection d’objets de mémoire qui seront réintégrés dans les nouveaux espaces communautaires. Ces modifications ont lieu durant une période marquée par des changements sociaux, politiques, culturels et cultuels, qui mèneront au développement de la cité archaïque. Le passé est réinventé et exprimé par de nouveaux moyens, permettant l’émergence d’une nouvelle identité collective.

Il ne faut pas négliger le fait que la mémoire et l’oubli ont souvent été, et restent encore aujourd’hui, des enjeux importants dans la mise en place des équilibres entre les forces sociales pour l’accès au pouvoir. Comme B. Backzo le rappelle, il a toujours été « important de doubler et renforcer une domination effective par l’appropriation de symboles, par la conjugaison des rapports de sens et de puissance » [62]. Il convient de souligner que les notions indissociables de mémoire et d’oubli, en tant que champ d’étude archéologique, possèdent une étiquette séduisante ; mais elles ne peuvent offrir de connaissance plus large des sociétés antiques si elles sont considérées comme des phénomènes isolés. Elles ne peuvent nous éclairer que lorsqu’elles sont mises en relation avec des questions et des problèmes historiques, et que leur étude croise celle des autres sciences humaines et sociales [63].

[1] L’étude de la mémoire dans l’Antiquité est importante, puisque la manière dont les personnes perçoivent leur passé affecte la façon dont ils traitent les vestiges. Ce filtre peut influencer la manière dont les données archéologiques nous parviennent. Voir S. Alcock, Archaeologies of the Greek Past Landscape, Monuments, and Memories. The W. B. Stanford Memorial Lectures, Cambridge, 2002.

[2] Elle est théorisée par R. Van Dyke et S. Alcock, Archaeologies of Memory, Malden, 2003, p. 1.

[3] C. Tilley, A Phenomenology of Landscape : Places, Paths, and Monuments, Oxford, 1994, p. 40.

[4] F. Pfister, Der Reliquinkult im Altertum, Gießen, 1909 ; K. Lillios, « Objects of Memory : The Ethnography and Archaeology of Heirlooms », Journal of Archaeological Method and Theory, vol. 6, n°3, 1999, p. 235-262 ; J. Boardman, The Archaeology of Nostalgia, How the Greeks Re-created their Mythical Past, London, 2002 ; P. Bourgeaud et Y. Volokhine, Les objets de la mémoire : pour une approche comparatiste des reliques et de leur culte, Université de Genève, Bern, 2005.

[5] J. Assmann, La mémoire culturelle : Écriture, souvenir et imaginaire politique dans les civilisations antiques, trad. par D. Meur, Paris, 2010.

[6] Cette démarche a récemment été encouragée par N. Yoffee, Negotiating the Past in the Past : Identity, Memory and Landscape in Archaeological Research, University of Arizona Press, Tucson, 2007.

[7] E. Clement, et al., La philosophie de A à Z, Paris, 2002.

[8] A. Forty et S. Küchler, The Art of Forgetting, Oxford, 1999 ; J. Assmann, 2010, op. cit. note 5.

[9] M. Halbwachs, Les cadres sociaux de la mémoire, Paris, 1925.

[10] Pour une critique de la notion de « mémoire collective » : J. Candau, Anthropologie de la mémoire, Paris, 2005.

[11] J. Candau, « Les processus de la mémoire partagée », dans D. Bachelart, C. Linares et A. Delarge, Mémoire partagées, mémoire vivante, Paris, 2004.

[12] A. Leroi-Gourhan, Le geste et la parole, Tome II. La mémoire et les rythmes, Paris, 1965, appelle cette formation culturelle « la mémoire ethnique ». Celle-ci est fondamentale pour donner une existence historique aux communautés en maintenant la cohésion du groupe.

[13] L. Nixon, « Building Memory. The Role of Sacred Structures in Sphakia and Crete », dans B. Dignas et R. Smith, Historical and Religious Memory in the Ancient World, Oxford, 2012.

[14] R. Robert, « Histoire d’objets. Objets d’histoire », Dialogues d’histoire ancienne, Suppl. 4.1., 2010, p. 175-199.

[15] K. Lillios, 1999, op. cit. note 4.

[16] M. Mauss, « Essai sur le don : forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques », L’Année Sociologique, 2nde série (1924-1925), tome 1 ; E. Scheid-Tissinier, Les usages du don chez Homère : Vocabulaire et pratiques, Presses Universitaires de Nancy, 1994 ; E. Scheid-Tissinier, « L’usage du concept de don dans la poésie homérique », Mètis : Anthropologie des mondes grecs anciens, vols 9-10, 1994, p. 401-416.

[17] B. Bender, Landscape : Politics and Perspectives, Oxford, 1993 ; C. Tilley, 1994, op. cit. note 3 ; W. Ashmore et A. Knapp, Archaeologies of Landscape : Contemporary Perspectives, Oxford, 1999 ; R. Bradley, An Archaeology of Natural Places et The Significance of Monuments, London-New York, 2000 ; S. Alcock, 2002, op. cit. note 1 ; A. Smith, The Political Landscape : Constellations of Authority in Early Complex Polities, Berkeley, 2003 ; C. Holtorf et H. Williams, « Landscapes and memory », dans D. Hicks et M. Beaudry, The Cambridge Companion to Historical Archaeology, Cambridge, 2006, p. 235-254.

[18] D. Lowenthal, « Past Time, Present Place : Landscape and Memory », Geographical Review vol. 65, n°1 Janvier 1975, p. 1-36.

[19] M. Prent, « Glories of the Past in the Past : Ritual Activities at Palatial Ruins in Early Iron Age Crete », dans R. Van Dyke et S. Alcock, op. cit. note 2, p. 81-103 ; S. Wallace, « The Perpetuated Past : Re-use of Continuity in Material Culture and the Structuring of Identity in Early Iron Age Crete », Annual of British School at Athens 98, 2003, p. 251-277.

[20] P. Nora, Les lieux de mémoire, Tome I : La République, Paris, 1984, p. 401. L’auteur accorde une place centrale à la notion de mémoire collective, qui « peut et doit devenir le fer de lance de l’histoire contemporaine ».

[21] D. Haggis, Kavousi I. The Archaeological Survey of the Kavousi Region (Prehistory Monographs 16), Philadelphia, 2005.

[22] H. Boyd, « Excavations at Kavousi, Crete, in 1900 », American Journal of Archaeology 5, 1901, p. 125-183 ; G. Gesell, L. Day et W. Coulson, « Excavations at Kavousi, Crete, 1987 », Hesperia 57, 1988, p. 279-301 ; D. Haggis, « Intensive Survey, Traditional Settlement Patterns and Dark Age Crete : The Case of Early Iron Age Kavousi », Journal of Mediterranean Archaeology 6, 1993 p. 131-174.

[23] L. Day et al., « Kavousi, 1983-1984 : The Settlement at Vronda », Hesperia 55, 1986, p. 355-387 ; L. Day et L. Snyder, « The ‘Big House’ at Vronda and the ‘Great House’ at Karphi : Evidence for Social Structure in LMIIIC Crete », dans L. Day, M. Mook et J. Muhly, Crete Beyond the Palaces. Proceedings of the Crete 2000 Conference, 2004, p. 63-79 ; G. Gesell et al., 1988, op. cit. note 22 ; G. Gesell, « Excavations at Kavousi, Crete, 1989 and 1990 », Hesperia 64, 1995, p. 67-120.

[24] L’hypothèse selon laquelle ces « pierres à cupules » ont été conservées durant une longue période est encore sujette à caution. Leur datation intrinsèque étant impossible, on ne peut exclure la possibilité que ce soient des imitations d’exemplaires minoens restés en circulation.

[25] Les deux hypothèses ne sont pas forcément exclusives l’une de l’autre, si l’on considère la relation étroite qui existait entre le jeu et la religion dans l’antiquité. Voir D. Novaro-Lefèvre « Osservazioni preliminari sui cosiddetti kernoi scoperti a Creta in contesti dell’età del Ferro », à paraître.

[26] D. Novaro-Lefèvre, op. cit. note 25 comptabilise 15 exemples de réutilisation à l’âge du Fer contre 167 pierres à cupules à l’âge du Bronze.

[27] A. Mazarakis-Ainian, From Ruler’s Dwellings to Temples : Architecture, Religion and Society in Early Iron Age Greece (1100 – 700 BC), Jonsered, 1997, fig. 435.

[28] G. Gesell et al., « Excavations at Kavousi, Crete, 1988 », Hesperia 60, 1991 p. 145-178, notamment p. 165.

[29] M. Liston, « Secondary Cremation Burials at Kavousi Vronda, Crete : Symbolic Representation in Mortuary Practice », Hesperia 76.1, 2007, p. 57-71, notamment p. 59, fig. 1.

[30] M. Liston, Human Skeletal Remains from Kavousi, Crete : a Bioarchaelogical Analysis, diss. University Of Tennessee, Knoxville, 1993.

[31] M. Prent 2003, op. cit. note 19 ; S. Wallace 2003, op. cit. note 19.

[32] G. Gesell 1991, op. cit. note 28, notamment p. 162.

[33] G. Gesell et al., 1995, op. cit. note 23, notamment p. 94-97, n°46 ; M. Liston, op. cit. note 29.

[34] Cette pratique est connue en Crète surtout aux époques pré et proto palatiales, et joue un rôle significatif dans les rituels funéraires et communautaires. Elle a été mise en relation avec le culte des ancêtres par I. Caloi, « Minoan Inverted Vases in Funerary Contexts : Offerings to Dead or to Ancestors ? », Annuario della Scuola Archaeologica di Atene e delle Missioni Italiane in Oriente LXXXIX, série III, 11, tome 1, Athènes, 2013, p. 135-146. Cependant, tous les exemples présentés par l’auteur concernent des inhumations secondaires et aucune crémation. L’utilisation d’un « objet de mémoire » pour cette pratique pourrait avoir eu pour but de légitimer l’ancienneté du cercle familial et donner ainsi de la profondeur au geste rituel. Voir C. Camberlein, Les objets de mémoire en Crète de l’époque mycénienne à l’époque hellénistique, mémoire de Master, 2013.

[35] G. Gesell, et al., 1988, op. cit. note 22 ; G. Gesell 1991, op. cit. note 28 ; G. Gesell 1995, op cit. note 23 ; K. Nowicki, Defensible Sites in Crete, ca. 1200-800 B.C., Liège 2000 ; D. Haggis et al., « Excavations at Azoria 2002 », Hesperia 73, 3, Juillet-Septembre 2004, p. 339-400.

[36] D. Haggis et al., 2004, op. cit. note 35 ; « Excavations at Azoria, 2003-2004, Part 2 : The Final Neolithic, Late Prepalatial and Early Iron Age Occupation », Hesperia 76, 4, Octobre 2007, p. 665-716. ; D. Small « The Archaic Polis of Azoria : a Window into Cretan “Political” Social Structure », Journal of Mediterranean Archaeology 23.2, 2010, p. 197-217.

[37] D. Haggis et al., 2004, op. cit. note 35 ; 2007, op. cit. note 36.

[38] D. Haggis et al., 2004, op. cit. note 35.

[39] D. Haggis et al., 2004, op. cit. note 35, notamment p. 352-354.

[40] D. Haggis et al., 2007, op. cit. note 36, p. 699 fig. 29 ; I. Manolis et al., « Excavations at Azoria, 2003-2004 : Part 1 : The Archaic Civic Complex », Hesperia 76, 2, Avril-Juin 2007, p. 243-321.

[41] D. Haggis et al., 2007, op. cit. note 36, p. 700 fig. 30.1

[42] A. L. d’Agata, Haghia Triada II : Statuine minoiche e post-minoiche dai vecchi scavi di Haghia Triada (Creta), Monografie della Scuola archeologica di Atene e delle missioni italiane in Oriente 11, Padua, 1999, p. 56-61, planches 27 : C1. 46, 28 : C1.56.

[43] A. Kanta, The Late Minoan III Period in Crete : A Survey of Sites, Pottery, and their Distribution, SIMA 58, Göteborg, 1980, p. 204, fig. 85.3.

[44] G. Gesell et al., 1995, op. cit. note 23, notamment p. 72-73, planches 18b, 22f.

[45] D. Haggis et al., 2007, op. cit. note 36.

[46] Ce bâtiment n’a pas d’équivalent à l’âge du Fer ou de parallèles contemporains en Crète.

[47] D. Haggis et al., « Excavations in the Archaic Civic Buildings at Azoria in 2005-2006 », Hesperia 80, 2011, p. 1-70, notamment p. 23 ; N. Hillbom, For Games or for Gods ? An Investigation of Minoan Cup Holes, SIMA 132, Sävedalen, 2003, notamment p. 21-22, 58, 67 ; N. Hillbom, Minoan Games and Game Boards, An Archaeological Investigation of Game-Related Material from Bronze Age Crete, Saabrücken, 2011, p. 146.

[48] D. Novaro-Lefèvre, op. cit. note 25.

[49] D. Haggis et al., 2011, op. cit. note 47, p. 21, fig. 21.

[50] J. Whitley et al., 2007, « Archaeology in Greece 2006-2007 », Archaeological Reports 53, 2007, p. 98-102.

[51] D. Haggis et al., 2004, op. cit. note 35 ; D. Haggis et al., 2007, op. cit. note 36 ; D. Haggis et M. Mook, « The Early Iron Age-Archaic Transition in Crete : The Evidence from Recent Excavations at Azoria, Eastern Crete », dans A. Mazarakis-Ainian, The “Dark Ages” Revisited : An International Symposium in Memory of William D. E. Coulson, Volos, 2011, p. 515-527.

[52] D. Haggis, 1993, op. cit. note 22 ; M. Prent, 2003, op. cit. note 19 ; S. Wallace 2003, op. cit. note 19.

[53] D. Haggis et M. Mook, 2011, op. cit. note 51.

[54] D. Haggis et al., 2011, op. cit. note 47. La même chose se produit dans les temples de Dréros et de Prinias en Crète, où le mobilier rituel est en usage durant une longue période, sans être remplacé. Voir S. Marinatos, « Le temple géométrique de Dréros », Bulletin de Correspondance Hellénique 60, 1936, p. 214-285.

[55] Ce processus a été étudié pour la Grèce continentale, voir I. Morris, « The Early Polis as City and State », dans J. Rich and A. Wallace-Hadrill, City and Country in the Ancient World, London, 1991, p. 48-49 ; C. Morgan, « The Origins of Pan-Hellenism », dans N. Marinatos et R. Hägg, Greek Sanctuaries : New Approaches, London, 1993, p. 26.

[56] On en a un bon exemple avec la tombe à tholos du Minoen récent IIIC.

[57] E. Borgna, « Regional Settlement Patterns, Exchange Systems, and Sources of Power in Crete at the End of the Late Bronze Age : Establishing a Connection », Studi Micenei ed Egeo-Anatolici 45, 2003, p. 153-183.

[58] Ce déplacement des richesses de la sphère funéraire et privée à la sphère publique et cultuelle se produit sur le continent grec au début du viie siècle. Ce processus est plus tardif en Crète (vie siècle). Voir C. Morgan, 1993, op. cit. note 53, p. 27 ; R. Osborne Greece in the Making : 1200-479 B.C., London, 1996, p. 84-88 ; I. Morris, « An Archaeology of Equalities ? The Greek City-States », dans D. Nichols et T. Charlton, The Archaeology of City-States : Cross-Cultural Approaches, Washington, 1997, p. 101-102 ; I. Morris, « Archaeology and Archaic Greek History », dans N. Fisher et H. Van Wees, Archaic Greece : New Approaches and New Evidence, 1998, p. 1-92 et J. Whitley, The Archaeology of Ancient Greece, Cambridge, 2001, p. 140-146.

[59] D. Haggis et M. Mook, 2011, op. cit. note 51.

[60] D. Haggis et al., « Excavations at Azoria and Stratigraphic Evidence for the Restructuring of Cretan Landscapes ca. 600 BC » dans O. Pilz und G. Seelentag, Ein neues Bild Kretas in archaischer und klassischer Zeit : Kulturelle Praktiken und materielle Kultur im 6. und 5. Jh. v. Chr. 2011 (à paraître).

[61] B. Backzo, Les imaginaires sociaux : mémoires et espoirs collectifs, Paris, 1984.

[62] B. Backzo, 1984, op. cit. note 61 ; F. Raphael, Travail sur la figure, travail de la mémoire : rencontre entre le Centre Marc Bloch de Berlin et la Maison des Sciences de l’homme de Strasbourg, Strasbourg, 1998.

[63] A. Confino, « Collective Memory and Cultural History : Problems of Method », The American Historical Review 102, n°5, Déc. 1997, p. 1386-1403.

 

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