Programme du 1er juin 2015


De 14h à 17h à la MSH-M.

- 14h00 : Hélène Ilbert Economiste, Administratitrice scientifique et enseignante à l’IAM

DYNAMIQUE DES SAVOIRS ET DES PRATIQUES / Le cas de la biodiversité et de la gestion des plantes aromatiques et médicinales

Entre les savoirs du sens commun et les savoirs scientifiques, les mots utilisés appartiennent à des registres de langage spécifiques et les droits d’exercice qui ne bénéficient ni du même statut, ni de la même réputation selon les périodes, les lieux. Les finalités et les modalités d’organisation dépendent pour partie des déterminants économiques, politiques ou sociaux, mais aussi des déterminants du langage qui se négocient dans des institutions délimitées par des systèmes de représentation sociale. Les enceintes multilatérales en charge de la biodiversité et celles en charge du commerce mondial constituent ainsi des lieux où se négocient les critères délimitant les savoirs traditionnels. Décrire les circuits qui fondent et relient ces ensembles, c’est tenter de mettre en perspective les modèles qui régissent la transmission et la formation des connaissances. Il s’agit de montrer comment fonctionnent des mondes parallèles : tels des anneaux de Moebius, les institutions dessinent et fixent des chemins entrelacés dont les faces internes et externes sont connexes. La méthode est généalogique et critique : elle vise à révéler les relations qui engagent l’appartenance des sujets à leur propre histoire, tout en impliquant aussi des histoires plus larges dont ils sont parfois les vecteurs. Afin de rendre compte des interactions, l’idée est d’examiner les rapports établis historiquement entre les institutions en charge des préoccupations environnementales et celles en charge de la régulation des différents usages économiques de l’exploitation des plantes et de la protection des savoirs faire.

Structuration de l’exposé : 1/ De la diversité des contextes et des lieux (les lieux internationaux de la CBD et les lieux du quotidien….) 2/ Poids des dispositifs juridiques et économiques : le cas des dispositifs relatifs aux plantes aromatiques et médicinales 3/ Le cas de la Norme REACH et interactions entre différentes sphères de rationalité 4/ Une culture scientifique-technique catégorielle et évaluatrice en expansion ayant des effets pratiques : renforcement des formes de protection et formalisation des savoirs.

- 14h30 : Questions, discussion (Discutant Geoffroy Filoche, juriste, IRD)

- 15h00 : Mathieu Salpeteur, Anthropologue, post doctorant au Ethnoecology laboratory (ICTA-UA de Barcelona)

Comment les « nouveaux savoirs locaux » sont-ils transmis ? Le cas des usages de la plante invasive Prosopis juliflora par les éleveurs nomades du Kutch, Gujarat.

Le Prosopis juliflora a été introduit dans les années 80 dans la région du Kutch (Gujarat, Inde), pour lutter contre la désertification, la salinisation des sols et la déforestation en fournissant une ressource exploitable par les populations locales (bois de chauffe, charbon). Physiologiquement très bien adaptée aux milieux arides, cette plante a rapidement envahi toute la région, se diffusant notamment dans les zones de pâture. L’objet de cette intervention sera d’étudier les « nouveaux savoirs » que les éleveurs Raika/Rabari ont développés sur cette plante récemment introduite, et d’analyser la manière dont ces savoirs sont distribués au sein d’une communauté : observe-t-on le même type de différenciation en fonction des âges, du sexe, des groupes de parenté que dans le cas des autres savoirs ethnobotaniques ou ethnovétérinaires ? Que peut-on apprendre, à partir de ces données, sur les modes de transmission mis en œuvre ? Cette étude sera basée sur des données qualitatives et quantitatives recueillies entre 2012 et 2013 dans le centre du Kutch (Gujarat, Inde), auprès d’un échantillon de 164 individus.

- 15h30 : Questions, discussion (Discutante : Stéphanie Carrière, Ecologue, IRD)

- 16h00 : Adama M’baye, Sociologue, CRODT pôle de recherche de Hann, Dakar, Sénégal (avec la collaboration de François Verdeaux, IRD)

La ressource halieutique a toujours fait l’objet d’une gestion exclusive par des instances publiques destinée à pallier l’irrationalité supposée des pêcheurs artisans. Les règles étatiques ainsi instituées, ignorantes des savoirs des populations locales, sont entrées en contradiction avec les systèmes de régulation existants fragilisant ainsi le système traditionnel de gestion et aboutissant à une quasi expropriation de leurs territoires halieutiques de ces populations. Pourtant, conscientes des menaces qui pèsent sur leur survie du fait des limites des règles étatiques et de leur perception techniciste de la gestion, certaines populations de pêcheurs ont tenté de s’organiser et de mettre en place des mesures de gestion sur la base de leurs propres connaissances des milieux, malgré parfois la réticence de l’administration des pêches. C’est le cas sur la côte sénégalaise, à Kayar, Nianing et Bétenty, où les initiatives locales de gestion ont commencé à porter leurs fruits malgré quelques difficultés. Ces exemples de réussite de gestion locale ont incité l’administration sénégalaise à avoir plus de considération vis-à-vis des savoirs et savoir-faire des pêcheurs et à s’ouvrir à une cogestion de la ressource halieutique. On cherchera ici à illustrer en quoi les savoirs empiriques des pêcheurs ont été le moteur de la gouvernance locale des pêcheries artisanales sénégalaises et comment s’est mise en place cette nouvelle démarche de cogestion dans la gouvernance des pêcheries artisanales sénégalaises à travers cette nouvelle reconnaissance et prise en compte des savoirs des pêcheurs.

- 16h30 : Questions discussions (discutant : Bernard Moizo anthropologue IRD)

 

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