Appel à contribution


ÉQUIPE D’ANIMATION

- François Verdeaux –Anthropologue, UMR GRED Montpellier : francois.verdeaux ird.fr
- Bernard Moizo – Anthropologue, UMR GRED Montpellier : Bernard.Moizo ird.fr
- Ingrid Hall – Anthropologue, Université de Montréal : ingrid.hall umontreal.ca
- Angela Barthes – Géographe, Université d’Aix-Marseille : angela.barthes univ-amu.fr
- Geoffroy Filoche – Juriste, UMR GRED Montpellier : geoffroy.filoche ird.fr

AVERTISSEMENT

Le séminaire 2015 fait suite aux journées d’étude tenues à la MSH de Montpellier les 15 et 16 décembre 2014 sous le même intitulé.

La dichotomie initiale entre production et transmission des savoirs ‘traditionnels’ (ou ‘locaux’ ou ‘autochtones’ ou encore ‘populaires’) s’est avérée peu opératoire. De même l’élaboration et le traitement des ‘savoirs naturalistes’, initialement privilégiés, et celle d’autres savoirs populaires dans les situations de rencontre présentées n’ont pas montré de différence significative.

Si la transmission des savoirs est bien un domaine empirique justifiant une approche singulière, elle l’est au même titre que le sont des introductions techniques ou des projets de valorisation des productions locales, par exemple. En revanche le fait que ces savoirs soient à chaque fois, non pas exhumés ou explicités mais bien construits en fonction du contexte, est apparu transverse à toutes les situations concrètes analysées ; y compris celles centrées sur les processus ou modes de transmission de ces savoirs.

Si l’orientation initiale du questionnement autour des processus de production permanente de ces savoirs s’est avérée pertinente (mais est loin d’être épuisée) d’autres questions sont apparues au fil des exemples : sur la nature et la définition de ces savoirs, sur la distinction entre savoir et connaissances, ou sur la pertinence de l’opposition entre savoirs ‘locaux’ et savoirs ‘autorisés’ en terme de processus de construction, questions que nous introduisons à titre indicatif pour les futurs participants dans la présentation remaniée ci-dessous.

PRÉSENTATION GÉNÉRALE

La reconnaissance des « savoirs naturalistes traditionnels » par la Convention sur la diversité biologique de 1992 a créé une situation nouvelle. Les processus qu’elle entraîne localement induisent des effets de rétroaction qui posent à leur tour des questions à la fois pratiques et épistémologiques : sur la spécificité de ces savoirs, sur leur nature, mais aussi et surtout sur leur mode d’élaboration (Carneiro da Cunha 2004 et 2012). De façon plus générale, cette reconnaissance internationale des savoirs naturalistes « traditionnels » (traditional ecological knowledge) a induit la mise en place d’une nouvelle terminologie internationalement reconnue, ou encore ‘globalisée’. Les savoirs populaires sont devenus en français des « savoirs locaux », au lieu d’« autochtones » (indigenous) en anglais, conformément au vocabulaire onusien et par opposition à d’autres savoirs, que l’on ne peut qualifier qu’en creux de non locaux ou non autochtones dans la mesure où dans les situations de rencontre concrète ils ne sont jamais caractérisés tout en étant manifestement les savoirs de référence. Ce n’est qu’a posteriori lors de l’analyse réflexive sur ces situations qu’ils sont qualifiés de ‘scientifiques’ ou ‘d’expert’. Mais au delà de cette terminologie la reconnaissance des savoirs ‘locaux-autochtones’ (sur la nature) passe désormais par des droits de propriété intellectuelle qui leur sont associés.

Des situations nouvelles sont ainsi créées qui induisent des effets en retour : les savoirs en voie de reconnaissance y sont (re)-découverts, reformulés voire négociés par les intéressés dans un jeu de transactions permanentes d’un groupe d’acteurs à un autre. Pour ne prendre que cet exemple, les processus de patrimonialisation - très souvent suscités directement ou indirectement par des interventions extérieures - induisent des reconstructions, plus ou moins concertées selon les cas, des « savoirs locaux ».

Le séminaire traite à la fois de ce que révèlent ces interactions et de leurs effets en se centrant sur la reformulation de ces savoirs que nous préférons qualifier de construction afin de souligner (le caractère innovateur des) les processus d’innovation (à l’œuvre) qui résultent de dans ces) de ces situations.

Ces processus de construction, leurs contextes et les catégories de savoirs mobilisés sont très divers. Le séminaire explorera cette diversité en suivant une ligne directrice : mener une réflexion sur les catégories de savoir utilisées dans l’action en les interrogeant de façon critique comme des corpus construits et non pas donnés a priori.

Nous privilégions pour cela, les présentations de situations concrètes de rencontre et de confrontation où sont explicitement en jeu des « savoirs » quelle que soit leur catégorisation leur définition ou leur objet ( la nature, le corps, la maladie, mais aussi les esprits ou les forces extra naturelles qui les régissent ou les influencent).

La question des « savoirs locaux » (ou autochtones ou traditionnels ou populaires) se pose en effet le plus souvent en situation d’intervention ou d’action en vue d’une transformation, ou d’un usage nouveau (d’un objet, d’un procédé, de propriétés ou qualités singulières). Ces ‘situations’ ont au moins deux points communs. Tout d’abord elles sont singulières car fonction des contextes où elles se nouent. Plus ou moins marquées par des rapports de force ou, à tout le moins des relations dissymétriques, elles induisent, ensuite, des productions hybrides plutôt qu’elles ne dévoilent les savoirs préexistants. Concrètement, elles peuvent aller de projets de développement, aux patrimonialisations de savoirs et manières de faire sur la nature induites par des interventions ou des regards extérieurs, en passant par des introductions techniques, des projets de protection de l’environnement ou de développement participatif.

L’axe principal sous jacent à notre questionnement peut être décliné comme suit. Sur quelles bases, dans chaque situation précise, les différents registres de connaissances autochtones sont-ils identifiés ? Sont ils considérés, comme des « savoirs » au même titre que que ceux des intervenants, de simples connaissances du sens commun ou des représentations cosmologiques ? Où se font les identifications ou au contraire les différenciations entre « savoirs » ? Les catégorisations exogènes correspondent-elles ou non, par exemple, aux perceptions et classifications endogènes ? La façon dont les différents registres sont identifiés et construits peut-elle être disjointe de la structuration des relations entre porteurs de savoirs d’origines sociales différentes (autochtones, scientifiques, autorités décisionnaires) ?

L’analyse des contextes dans lesquels la catégorie de « savoir autochtone » est mobilisée conduit inévitablement à questionner aussi le contenu de ce qui est ainsi désigné (Leach et Fairhead 2002). Ce qui revient à s’interroger sur la façon dont ces savoirs autochtones sont considérés par rapport à d’autres types de savoirs (les mêmes que précédemment). Ces savoirs semblent toujours définis par opposition au savoir « expert » que ce soit celui des scientifiques ou celui d’autres « autorités » (rappelons qu’une fois validé, un discours scientifique « fait autorité »). Il ne s’agit pas d’opposer savoirs autochtones et scientifiques ni de jauger de leur pertinence respective, mais de se doter d’outils pour mieux comprendre les interactions sociales entre porteurs de savoirs différents. Autrement dit, il s’agit d’analyser la dimension sociale et politique de la production de « savoir », en l’occurrence dans les situations où il est dit ‘autochtone’, ‘traditionnel’ ou ‘local’.

La démarche d’ensemble a pour but de mieux saisir comment les différents types de savoirs sont construits et validés non seulement à travers l’interaction entre les grandes catégories d’intervenants en présence (schématiquement, locaux/extérieurs) mais aussi au sein de chacune d’entre elle.

Pour « l’expert » les savoirs locaux recèlent certes des connaissances empiriques pertinentes (une classification botanique par exemple) et compatibles avec sa propre façon de connaitre ; mais ils s’accompagnent d’autres considérations alors qualifiées de ‘culturelles’ et considérées comme irrecevables (même si par ailleurs ‘respectables’) pour un mode de penser ‘naturaliste’ (Ph. Descola 2005 et 2014). Et ce alors que les groupes concernés considèrent explicitement ce registre comme indispensable pour pouvoir parler de ‘savoir’. Dans ce cas, ce sont bien les conceptions des acteurs extérieurs qui s’imposent dans la co-construction de savoirs traditionnels ou autochtones ‘opérationnels’. Tout autre découpage du réel que celui des interlocuteurs dominants est exclu de facto de la catégorie « savoir ». Ce qui ne peut être considéré comme une évidence et a ultérieurement des conséquences concrètes sur la façon dont les savoirs locaux seront documentés, explicités et éventuellement mis en œuvre dans des politiques, par exemple de gestion des ressources naturelles.

ORGANISATION DES JOURNÉES

LIEU : Les séminaires se tiendront à la Maison des Sciences Humaines de Montpellier

DÉROULEMENT : Trois séances sont prévues en 2015 : deux séances d’une durée d’une demi journée et une séance en fin d’année d’une journée. Les deux premières séances se dérouleront l’après midi entre 14h et 17h. Elles s’organisent autour de trois contributions de 30 minutes suivies d’une séance de questions de 15 minutes. Une discussion d’ensemble clôt la demi journée. La journée finale de fin d’année inclura des réflexions et discussions d’ensemble à partir des contributions sur le thème rassemblées depuis les journées d’étude de Décembre 2014.

DATES :
- Les communications de la première séance auront lieu l’après midi du 1er juin
- Seconde séance : fin octobre (date précisée ultérieurement)
- Troisième séance : début décembre (date précisée ultérieurement)

COMMUNICATIONS : Il est demandé aux contributeurs d’envoyer un résumé (ou un texte complet) un mois avant la séance.

INSTRUCTION AUX AUTEURS : Format des résumés 1 page. Des échanges oraux ou par messagerie avec le (ou les) discutant(s) sont vivement conseillés pour préparer à l’avance les discussions.

PRISE EN CHARGE : Les contributeurs pourront être pris en charge (transport et le cas échéant nuitée) sur les budgets MSH-GRED. Un repas de midi est prévu avec les animateurs pour les contributeurs qui seront présents à la réunion de préparation qui aura lieu en fin de matinée pour chaque séance.

Personne à contacter : francois.verdeaux ird.fr

 

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