Présentation générale


La reconnaissance des « savoirs naturalistes traditionnels » par la Convention sur la diversité biologique de 1992 a créé une situation nouvelle. Les processus qu’elle entraîne localement induisent des effets de rétroaction qui posent à leur tour des questions à la fois pratiques et épistémologiques : sur la spécificité de ces savoirs, sur leur transmission, mais aussi et surtout sur leur mode d’élaboration. Du fait de cette reconnaissance, leurs « régimes de production » (Bonneuil et Thomas 2009) ne sont-ils pas devenus intrinsèquement hybrides ? De façon plus générale, cette reconnaissance internationale des savoirs naturalistes « traditionnels » (traditional ecological knowledge) a induit la mise en place d’une nouvelle terminologie. Les savoirs populaires sont devenus en français des « savoirs locaux » au lieu d’« autochtones » (indigenous) en anglais, conformément au vocabulaire onusien. Objets de droits, ces « savoirs locaux » ou « autochtones » sont simultanément devenus l’objet d’enjeux politiques. Dorénavant, les « peuples autochtones » (cette fois pas d’autre mot en français) sont reconnus détenteurs de savoirs et du droit de bénéficier des avantages qui peuvent en dériver. Mais qui sont ces « peuples autochtones » ? Si, dans un premier temps, les nations « premières » de l’Amérique du sud et du nord étaient principalement visées, la notion de « savoirs autochtones » a été par la suite étendue à d’autres groupes, en Afrique notamment. Faute d’une définition univoque et positive, les peuples autochtones sont ceux qui se réclament et sont reconnus tels par les instances onusiennes. On assiste ici, a minima, à une co-production ou pour mieux dire, à une « co-invention » de la qualité d’autochtone ; invention au sens du verbe latin invenire, découvrir ou faire advenir quelque chose de caché (par exemple, le découvreur d’un trésor en est dit l’ « inventeur ») mais qu’il faut ici identifier et caractériser en vue de sa reconnaissance.

Les situations ainsi créées induisent des effets en retour : les savoirs en voie de reconnaissance y sont donc eux aussi (re)-découverts, reformulés voire négociés par les intéressés dans un jeu de transactions permanentes d’un groupe d’acteurs à un autre. Par exemple, les processus de patrimonialisation - très souvent suscités directement ou indirectement par des interventions extérieures - induisent des reconstructions, plus ou moins concertées selon les cas, des « savoirs locaux ».

Les deux ateliers joints traitent des effets de ces interactions en abordant, d’une part, les procédures de transmission et d’apprentissage dont font l’objet ces savoirs, puis, d’autre part, leur reformulation - que nous préférons qualifier de production, voire de construction, afin de souligner la dimension créative des processus à l’œuvre dans ces situations.

Contacts :
- François Verdeaux - UMR GRED Montpellier : francois.verdeaux ird.fr
- Ingrid Hall – Université de Montréal : ingrid.hall umontreal.ca
- Angela Barthes – Université d’Aix-Marseille : angela.barthes univ-amu.fr
- Bernard Moizo – UMR GRED Montpellier : Bernard.Moizo ird.fr

 

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