La seconde scolastique espagnole et la pensée politique du XIXe siècle : visions espagnole et sud-américaine


Le vendredi 14 novembre 2014 de 9h00 à 12h30 à la MSH-M.

Argument

À l’heure de la réforme de l’État occidental et des mutations euro-méditerranéennes, le concept de peuple apparaît comme un référant indépassable, principalement pour penser la « démocratie ». Si l’universalisme du concept le rend opératoire, un flou l’enveloppe néanmoins, en raison de sa polysémie et de l’abstraction (structurelle) de ses fonctions dans l’âge démocratique.

Le concept juridique de « peuple » est né dans l’Antiquité sous le ciseau (technique) des juristes romains. Populus rend compte d’une multitude d’hommes-personnes physiques qui s’associent sur le droit en vue de l’intérêt commun (v. Cicéron) et qui, par là-même, forment un ensemble unitaire : societas. La solution, au départ précise et technique, attirante par l’unité et le « consensualisme » qu’elle sous-tend, a traversé l’histoire : au prix de déviations multiples, voire d’une transformation pure et simple par le biais de la fiction.

Durant le Moyen Âge, populus a ainsi intégré le droit canonique pour désigner la communauté des croyants (populus Dei) qui est en même temps une communauté politique. Dans la sphère politique, la solution antique a, du reste, été l’objet d’un réaménagement technico-dogmatique par l’introduction, au XIIIe siècle (v. Sinibaldus), de la personnalité morale associée à la représentation : persona ficta vel repraesentata. Une fois la technologie représentative injectée au sein de la structure sociétaire (le populus comme societas), la catégorie de « peuple » était en mesure d’intégrer la démocratie moderne jusqu’à être identifiée à l’État (selon Th. Mommsen, « Populus ist der Staat »).

La réflexion des intervenants, les Professeurs A. Gambra Gutiérrez et G. Lobrano, a trait à la dernière étape de ce cheminement. Au XIXe siècle, l’idée de peuple est devenue une idée universelle, incontournable, intégrant paradoxalement des conceptions politiques opposées sur le fond. Elle est ainsi présente tant dans l’expérience libérale espagnole que dans la pensée traditionnaliste du siècle ; mais elle est aussi, du point de vue juridique, un point de rencontre, un aspect saillant du « syncrétisme » entre libéralisme et scolastique propre aux révolutions sud-américaines du XIXe siècle. En somme, si l’opposition entre libéralisme et traditionalisme est à cette époque incontestable du point de vue politique, une question se pose au juriste (formé qu’il est au droit des sociétés) : la notion traditionaliste de peuple (appuyée sur les idées de la Seconde scolastique) et son pendant libéral (issu notamment du jusnaturalisme illuministe français) étaient-ils techniquement différents ? Les révolutionnaires sud-américaines (et futurs compilateurs !) avaient-ils vu juste lorsqu’ils ont concilié ces deux courants ?

Programme :
- 9h00 : Accueil des participants
- 9h30 : Présentation par XESÚS PEREZ LÓPEZ (enseignant-chercheur, Universidad Rey Juan Carlos, Madrid) & LAURENT HECKETSWEILER (maître de conférences en Histoire du droit, Université Montpellier 1)
- 9h40 : Première conférence : La Seconde scolastique espagnole, la pensée traditionnaliste et la construction de la démocratie représentative en Espagne : Francisco Alvarado ou « el Filósofo Rancio » par ANDRES GAMBRA GUTIÉRREZ (profesor Titular de Universidad en Histoire du droit, Universidad Rey Juan Carlos, Madrid).
- 10h40 : Seconde conférence : La Seconde scolastique espagnole et la révolution sud-américaine : syncrétisme au lieu d’opposition par GIOVANNI LOBRANO (professore ordinario, Università degli Studi di Sassari, Sardaigne, Italie)
- 11h25 : Discussion :
La naissance de la démocratie représentative et la technique juridique : simple changement de sujet représenté ou rupture radicale ? Traditionalisme, libéralisme et référence aux conceptions juridiques de l’Antiquité : des autorités anciennes différentes ou des formes différentes de concevoir l’autorité ancienne ? « Consensualisme » et societas comme base politique de la démocratie représentative et de l’Ancien Régime : similarités et différences Le retour à l’Antiquité du jusnaturalisme rationaliste et du libéralisme : quels intermédiaires (historiographiques) dans le retour aux sources ? Libéralisme en Espagne et en Amérique du sud au XIXe siècle : des amis qui s’ignoraient ?

 

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