Présentation


Historien de la culture et linguiste, Walter J. Ong considère l’« oralité seconde » comme une « oralité de retour » encouragée par l’écrit et par de nouveaux moyens de communication. En reprenant cette idée, et sans exclure de notre analyse les enchevêtrements ou les allers et retours entre discours lettrés, images et paroles, nous comptons étudier la place de cette oralité seconde dans les processus collectifs d’affirmation identitaire, de narration mémorielle ou de révélation prophétique.

Alors que la référence persistante à un âge fondateur ou à un Éden perdu suggère l’existence d’une oralité primaire radicalement étrangère à l’écriture, de nombreux mythes d’origine sont aujourd’hui des productions textuelles véhiculées et récrées par différents médias. Mais un récit oral peut autant se nourrir de symboles visuels et de livres (ethnologiques, historiques ou religieux) qu’en être la source ou leur servir de modèle ou de traduction, en raison notamment du caractère performatif et de l’efficacité immédiate de la parole.

En faisant appel aux apports de l’anthropologie, de l’histoire, de l’histoire de l’art et de la linguistique, le colloque examinera, à l’échelle locale, nationale et transnationale, l’emprise conjointe de l’écriture, de l’oralité et/ou des images sur la transmission, l’appropriation, la valorisation ou la transformation de savoirs, de symboles, d’enseignements religieux et de pratiques rituelles ou linguistiques. Une telle emprise est bien sûr le résultat d’interactions ou de combinaisons multiples : écrit mimant l’oral ; récits s’inspirant d’inscriptions ou de monuments ; Bible traduite et revivifiée par une parole en acte ; expertises instituant l’oralité en bien culturel ; traditionnistes ou œuvres picturales empruntant aussi bien à l’oral qu’à l’écrit ; auteurs et livres savants célébrant l’oralité ou y puisant leurs informations ; ethnographe-photographe passeur de mémoires ; traditions et emblèmes identitaires suscités par une littérature érudite ; antiquités et figures du passé utilisées à des fins patrimoniales ou racistes... Dans tous les contextes examinés au cours de ce colloque, l’imbrication dynamique de l’oral, de l’écrit et/ou des images est au cœur des processus d’identification collective et de définition de soi ou des Autres, que cette définition soit d’ordre politique, culturel, scientifique.

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