Présentation


Problématique générale

Depuis quelques années, la notion de service écosystémique a envahi l’espace international des politiques environnementales mais aussi d’autres politiques (agricoles, forestières, services urbains,…). De nombreux scientifiques sont associés à ce processus d’émergence et de diffusion de cette notion qui met en avant des liens entre biodiversité, fonctions écologiques et services rendus aux humains. Or, ces relations sont l’objet de controverses, encore peu visibles, au sein de l’écologie et des sciences humaines.

La notion de service écosystémique débouche aussi sur des instruments de politique souvent fondés sur une monétarisation de ces services et provocant des transformations réelles ou potentielles des relations hommes/nature. Quatre programmes de recherche prennent ces interrogations au sérieux dans une posture de distance critique et réflexive à l’égard de la notion de service écosystémique que l’on considère comme non stabilisée.

Le programme GRENASH vise à mettre en réseaux ces programmes afin de faciliter les enrichissements mutuels, accroître les synergies en vue de concevoir à moyen terme (3 ans) de nouveaux programmes de recherche dans une optique d’interdisciplinarité élargie (sciences de la nature, sciences humaines).

Originalité et importance de la problématique dans le champ scientifique

En dehors des recherches s’appliquant aux dynamiques environnementales elles-mêmes (hydrologie, écologie, sciences des sols, de l’atmosphère, etc.), les disciplines qui se sont jusqu’ici le plus investies dans la théorisation des « services environnementaux » sont celles qui visent à analyser les rapports homme-nature et à accompagner l’action environnementale par une approche conceptuelle ou plus technique (de l’écologie politique aux sciences de gestion des écosystèmes –foresterie, agronomie, halieutique, ingénierie écologique-) et celles qui analysent plus largement les rapports sociaux comme l’économie et la sociologie. En matière d’évolution des concepts touchant aux rapports homme-nature, l’émergence récente de la notion de service écosystémique correspond à une évolution assez significative dans le cadre plus large de la montée en puissance du référentiel du développement durable. A la différence de cette notion globale de « développement durable », la notion de service écosystémique participe d’une approche a priori plus pragmatique qui tend à identifier certaines fonctions des écosystèmes correspondant à des services pouvant faire l’objet d’une reconnaissance sociale, plus ou moins partagée, et, dans certains cas, d’une rémunération, d’une compensation, ou d’un échange sur le marché.

Méthodologie

La logique de projet qui domine actuellement le monde de la recherche tend à fragmenter les travaux de recherche et à installer des temporalités propres peu favorables aux échanges scientifiques élargis. Chaque projet tend logiquement à atteindre au mieux ses propres objectifs sans toujours se préoccuper de son environnement proche. Or, la créativité et l’imagination indispensable au travail scientifique se nourrit pour partie des échanges et des confrontations avec les pairs dans les cadres souples combinant rigueur scientifique et climat de confiance.

C’est exactement ce que se propose de mettre sur pied le projet GRENASH, que l’on peut considérer comme un trait d’union entre plusieurs dynamiques de recherche portant sur des thématiques très voisines, mais abordées selon des angles différents. Ce rôle de mise en réseau crée les conditions de collaborations scientifiques renouvelées (incubation de nouveaux projets).

La méthodologie repose donc sur la création et l’animation d’un réseau souple d’échanges scientifiques, structuré autour de rencontres préparées en commun entre les quatre équipes parties prenantes et d’accueil partagé de personnalités scientifiques internationales. Il s’agira aussi de partager des ressources scientifiques (bibliographies, notes de travail). La MSH de Montpellier, par son caractère transversal, est idéalement placée pour accompagner ces dynamiques de dialogue scientifique entre les équipes concernées.

Objectifs du programme

Le programme GRENASH vise à créer des synergies scientifiques entre trois programmes de recherche fonctionnant actuellement sur Montpellier et un quatrième dont une partie des chercheurs est basé à Montpellier. Pour cela, un séminaire permanent sera mis en place, avec 3 ou 4 sessions par an pendant deux ans. L’invitation de personnalités scientifiques étrangères permettra de nourrir ces échanges et, en retour, de contribuer à mieux faire connaître au niveau international les travaux conduits à Montpellier. L’objectif ultime est de générer des échanges scientifiques conduisant à l’élaboration de nouveaux programmes de recherche dans ce domaine encore peu exploré de l’interdisciplinarité élargie (entre sciences de la nature et sciences humaines).

Voici une description rapide des quatre programmes concernés.

1. Le programme SERENA (Services environnementaux et usages de l’espace rural), soutenu par l’ANR, vise à mieux comprendre les nouvelles modalités d’action publique comportant une dimension « service environnemental » (SE). Il comprend trois volets : genèse de la notion de SE, genèse et gouvernance des dispositifs d’action publique dans trois pays (France, Costa Rica et Madagacsar) et retour sur les politiques. Il s’agit de mettre en perspective, au delà de la rhétorique et des injonctions internationales (i.e. Millenium Ecosystem Assessment), la manière dont les acteurs socio-économiques intègrent, refusent, interprêtent (...) ces nouveaux dispositifs. La dimension sociale et sociétale de la notion de service environnemental, la perception qu’en ont les décideurs, les bénéficiaires potentiels, les acteurs concernés constituent des éléments fondamentaux à prendre en compte pour faciliter l’intégration de cette notion dans les instruments de politiques de développement rural durable en milieu rural. (durée 2009 – 2012). http://www.serena-anr.org/ (coordination : Philippe Méral, IRD et Denis Pesche, ART-Dev/CIRAD)

2. Le programme BIODISER (Conserver la BIODIversité ou gérer ses SERvices ? Enjeux scientifiques, politiques et philosophiques), soutenu par l’Institut « Ecologie et environnement » du CNRS et par la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB), a pour objectif d’entreprendre une analyse interdisciplinaire de la tendance actuelle à associer la gestion des services écosystémiques à la conservation de la biodiversité, elle-même évolution récente de la protection de la nature. Ce projet associe un collectif comprenant des sciences humaines (histoire des sciences, philosophie, sciences politiques, économie) et plusieurs chercheurs en écologie scientifique (durée 2010 – 2012) (coordination : Virginie Maris, CEFE- CNRS)

3. Le projet « Political Ecology du delta du Rhône » soutenu par le Cemagref et le France- Berkeley Fund a pour objectif de comprendre comment s’articulent les savoirs écologiques et le retrait de l’Etat dans les politiques d’aménagement du territoire et de gestion des risques dans une région qui cumule forte attractivité (économique et écologique) et forts risques (industriels et naturels). Ce projet associe des chercheurs du Cemagref (Politistes, sociologues, anthropologue) et un professeur de Berkeley (political ecologist) (Coordination : Gabrielle Bouleau, CEMAGREF, UMR G-Eau).

4. Le projet AGES (Approches géographique des services écosystémiques), soutenu par l’ANR, a pour objectif de questionner « l’universalité » de la notion de services écosystémiques, en cherchant à l’aborder à la fois par le haut, c’est-à-dire en questionnant les caractéristiques de la notion au regard du processus qui a mené à son institutionnalisation dans des arènes scientifiques et politiques, et par le bas, c’est-à-dire en analysant les sens qu’elle prend pour les populations locales vivant dans des zones de frontières agricoles et forestières tropicales, ceci dans trois contextes géographiques : le Brésil, le Gabon et le Viet Nam (durée 2011 – 2013). Le premier volet de ce programme s’intéresse à l’institutionnalisation de la notion et sera conduit depuis Montpellier (durée 2011 – 2013) (Coordination : Xavier Arnauld de Sartre, Université de Pau, et Monica Castro, CIRAD).

Dimensions inter-institutionnelles, interdisciplinaires et internationales

Le caractère interdisciplinaire est déjà intrinsèque à chacun des quatre projets. Plusieurs sciences humaines sont associées : économie, sociologie, géographie, science politique, droit, histoire des sciences et philosophie. Un des quatre projet a de plus une structure interdisciplinaire élargie avec l’implication de chercheurs en écologie scientifique. Le programme GRENASH contribuera à stimuler cette interdisciplinarité élargie par les séminaires conjoints réalisés et l’accueil partagé de personnalités scientifiques françaises et internationales.

 

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