Présentation


Colloque international les mercredi 3 et jeudi 4 octobre 2012 à la MSH-M avec le soutien du Centre d’Etudes et de Recherches Comparatives en Ethnologie (CERCE), du Centre de Recherches et d’Etudes Anthropologiques (CREA), et du Centre de Recherche et de Documentation des Amériques (CREDA).

L’un des paradoxes majeurs de la « mondialisation » relève sans doute d’une double tendance à un brouillage des frontières et à leur mise en valeur. L’invention et les revendications de spécificités culturelles constituent l’un des phénomènes bien connus qui accompagne, comme à contre-courant, le décloisonnement des sociétés. Nous sommes loin, semble-t-il, de l’appauvrissement de la diversité culturelle redouté par Claude Lévi-Strauss ou encore du déclin des nationalismes initialement prévu par Eric Hobsbawm. Dans un même temps, la crise de légitimité des Etats-nations n’est-elle pas la conséquence de dynamiques transnationales qui montrent combien, plus que jamais, les frontières politiques avant de diviser sont aussi traversées ?

Ce contexte appelle à renouveler une réflexion sur la/les frontière(s) qui oscille fréquemment entre la dimension physique (politique) et symbolique (culturelle) de la frontière. C’est ce qu’exprime notamment la distinction anglophone, suggérée en sciences sociales, entre la frontière physique – border – et une frontière ou limite labile, plus immatérielle, élaborée aux cours d’interactions sociales – boundary. Il y a déjà plus d’un siècle, Frederick J. Tuner avait par ailleurs distingué deux modèles de la frontière : border, frontière limite et frontier, ligne mobile et ouverte. Cette frontière mobile, conduite à être déplacée pour l’appropriation d’un territoire jugé vacant, n’est pas sans rappeler la dimension dynamique de la limite ethnique (ethnic boundary) définie par Fredrik Barth. En étant soutenue par les échanges sociaux, elle tend à délimiter un espace social à la fois modulable et perméable. Comment alors penser ensemble ces deux dimensions de la frontière, l’une fixée dans une matérialité géopolitique, l’autre mouvante et floue ? Nous partons de l’hypothèse que les processus de patrimonialisation et de construction mémorielle s’avèrent particulièrement propices à interroger les manières contemporaines de « faire frontière ». Ces processus peuvent tout autant contribuer à la production d’un imaginaire de la continuité de part et d’autre d’une frontière physique qu’à participer à sa constitution comme élément culturel différenciateur. Ils peuvent aussi consister en l’invention d’une limite matérielle intérieure pour légitimer des revendications à caractère ethnique ou encore impliquer une frontière géopolitique existante dans des revendications qui renforcent alors sa vocation à instaurer une différence. Aux enjeux historiques des frontières et à leurs qualités fréquentes de « lieux de mémoire », s’ajoute en effet leur patrimonialisation, soit leur appréhension en termes de valeur culturelle jouant un rôle dans la manière dont des groupes divers, revendiquant un lien à ces espaces, se pensent et se projettent. Il n’est certes pas nouveau que le patrimoine opère comme production de la frontière, lorsqu’il est mobilisé dans la définition des frontières politiques et des limites culturelles, ce qui est classiquement l’un des ressorts des constructions nationales. Mais on a aussi affaire à des patrimoines-frontières, lorsque des objets, sites, pratiques, etc. se voient mis en commun ou séparés, partagés ou contestés. Ce peut enfin être la frontière elle-même qui devient patrimoniale, lorsque la liminalité de certains lieux, sites ou paysages en font la valeur.

Ce colloque vise à approcher la mise en mémoire et les processus de patrimonialisation de la frontière à l’œuvre dans des régions frontalières ou dans le contexte d’Etats multiculturels. L’analyse pourra ainsi tout autant concerner les productions patrimoniales autour de frontières politiques et historiques que la construction de frontières intérieures. Sans restriction géographique, il prolonge les réflexions engagées autour de la problématique de la frontière dans le cadre d’un séminaire franco-espagnol tenu à la MSH-M depuis 2008 en s’ouvrant à d’autres régions d’Europe et du monde. L’objectif est d’envisager simultanément la construction des démarcations culturelles et les dynamiques de production d’éléments patrimoniaux – au sens large – dans leur relation avec les frontières politiques et physiques. On s’interrogera ainsi sur les balises patrimoniales et les supports des constructions mémorielles dans lesquelles se pensent les acteurs et sur la production des lieux frontières qu’elles contribuent à qualifier. Il s’agira alors de porter une attention particulière aux processus en jeu dans les productions d’imaginaires de la frontière et du voisinage. Comment les acteurs locaux articulent-ils les lisières mouvantes et mobiles de l’imaginaire d’une communauté d’appartenance avec les frontières politiques tangibles qui circonscrivent un territoire national ? Qu’en est-il de la matérialité de ces limites symboliques, que celles-ci soient élaborées dans des cadres institutionnels ou non ? Si les frontières de l’identification sont mobiles, n’est-ce pas malgré tout à partir de frontières fixes que les acteurs sociaux pensent leur appartenance ? En quoi celles-ci constituent-elles alors un héritage, objet de mémoires sociales, lesté par une histoire repensée, attesté par une substance patrimoniale ? Ou bien, selon une tout autre perspective, en quoi les frontières physiques sont-elles l’objet d’une invention et d’une production spatio-temporelle dans l’objectif de créer et/ou renforcer une autochtonie ?

Lieu et institution : MSH-M Montpellier. Le colloque prend en charge l’hébergement (hôtel). Les trajets, sauf exception (pour les non statutaires par exemple) sont à la charge des laboratoires d’appartenance.

Coordination :
- Carine Chavarochette, CREDA-CNRS, IHEAL : carinechavarochette gmail.com ;
- Magali Demanget, CERCE-UPV- Montpellier 3 : magali.demanget univ-montp3.fr ;
- Olivier Givre, CREA-Université Lumière Lyon 2 : oligivre yahoo.com

Comité scientifique :
- Alain Babadzan (CERCE – Université Montpellier 3) ;
- Daniel Fabre (LAHIC –EHESS) ;
- Olivier Leservoisier (CREA – Université Lyon 2) ;
- Lucille Medina (ART-DEV – Université Montpellier 1) ;
- Paul Pandolfi (Directeur MSH-M) ;
- Christophe Roux (CEPEL – Montpellier) ;
- Galia Vâltchinova (LISST – université Toulouse le Mirail) ;
- Sébastien Velut (CREDA – IHEAL)

 

 

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