Audiovisuel : mutations dans les pratiques professionnelles et de recherche

12 février 2010
Salle des Colloques, CNRS
 Délégation Languedoc-Roussillon, 1919, route de Mende
34293 Montpellier Cedex 5.


Responsable de la journée Bruno Bonu

Programme du matin

9h15 : Ouverture du séminaire par Gérard Ghersi, Directeur de la MSH-M

9h30 : Intervention des responsables de la plate-forme : Bruno Bonu et Jean-Louis Monino.

10h00 : Interventions de 45m et 15m de discussion

M. Mathias Broth, Enseignant-chercheur, Institut pour la Culture et la Communication , Université de Linköpings, Suède

Produire l’intelligibilité à la télé – Analyse de la réalisation en direct d’une émission télévisuelle politique

Quand le travail de réalisation des émissions télévisuelles marche bien, on peut sans trop de risque supposer qu’il ne se remarque généralement pas du tout du téléspectateur. Or, les choix concernant comment mettre en images l’interaction sur le plateau sont en fait susceptibles d’influencer de façon significative comment les téléspectateurs la comprendront. Cette communication focalisera, à partir d’une perspective « praxéologique » (Ethnométhodologie ; Analyse conversationnelle), sur ce travail de former la compréhension des téléspectateurs concernant ce qui se passe sur le plateau. Nous basant sur un corpus d’enregistrements audio-visuels produits en régie lors de la réalisation en directe de l’émission Rideau Rouge (diffusée sur TV5 Internationale entre 2002 et 2005), nous nous intéresserons aux pratiques « politiques » et « spatiales » de l’équipe de réalisation. Nous portons notre attention à la façon détaillée dont les cadreurs sur le plateau et le réalisateur, la scripte et un technicien en régie co-ordonnent leur activité pour accomplir une intelligibilité particulière de l’émission par rapport à ce qui se passe sur le plateau. Ce travail comprend l’emplacement relatif de l’animateur, des invités et des cadreurs sur le plateau (ce qui, bien entendu, a été décidé avant l’émission), la mise en séquence de gros plans sur les participants, ainsi que l’insertion des « synthés » (le nom et autres catégorisations des participants qui peut être inséré en bas des images). Or, comme les membres de l’équipe se trouvant en régie n’ont pas un accès direct aux événements qu’ils travaillent pour médiatiser d’une façon intelligible, des problèmes d’intelligibilité liés à l’accès médié de l’interaction sur le plateau peuvent surgir en régie. L’analyse portera ainsi également sur la façon dont les cadreurs sur le plateau et le personnel en régie peuvent collaborer pour résoudre de tels problèmes d’intelligibilité en régie.
Parole de chercheurs.net


M. Laurent Fauré, Praxiling UMR 5267 CNRS, ITIC, Université de Montpellier 3 & M. Yves Soulé – Lirdef – IUFM, Université de Montpellier 2.

Quelle formation à l’image pour la recherche / en vue de l’exploitation professionnelle des documents audio-visuels ?

Travailler les images, avec les images, à partir d’elles est devenu une pratique relativement usuelle dans nombre d’environnements professionnels, en particulier dans le secteur de la formation et de l’enseignement : en quelques années, on est passé en ce domaine de l’ère du soupçon à celle d’une adhésion souvent inconditionnelle ou quasi. L’usage technologiquement facilité des enregistrements audio-visuels, des TICE puis de la vidéo numérique et des podcast à la fois comme supports-objets d’observation et comme outils d’investigation a induit une certaine « accoutumance » vidéographique dans une intrication des sujets observés/observateurs. Qu’elle prenne la forme de l’épiage, de l’illustration, de la démonstration ou de la vidéoscopie, la pratique intégrée de la vidéo (en particulier comme support dans la prise de conscience réflexive du métier) introduit assurément une nouveau mode de relation à l’image, à son acculturation professionnelle, comparable aux effets de l’information literacy sur l’interprétation des formes sémiographiques. Quel est toutefois le statut opératoire et fonctionnel de ces images mobiles et leur véritable incidence sur les nouvelles approches didactiques et professionnelles ? Ces pratiques semblent bien en effet désormais être en mesure de modifier, sous nos yeux, le rapport même aux savoir-faire. Comment les déjouer dès lors qu’elles empruntent, parfois implicitement, voire inconsciemment à une ethnographie plus ou moins impensée ? On proposera, pour ce faire, de prendre étai, non seulement des traditions sémiotiques, mais encore de certaines approches qui sont amenées à expliciter leur rapport aux données audio-visuelles telles l’analyse de conversation, de la cognition située ou encore l’ethnographie numérique. Le corpus de travail englobe des données vidéo enregistrées au cours d’enquêtes de terrain en situation professionnelle de formation initiale et autorisant un retour réflexif sur leurs conditions de capture et d’usage.

Programme de l’après-midi

14h00 : Retour d’expérience Présentation du programme podcast « Parole de Chercheurs » (MSH-M, Praxiling, Tris) par Florian Pascual (MSH-M)


14h30 : Intervention de M. Serge Leblanc du LIRDEF

Des alternatives de formation à l’accompagnement professionnel sur le terrain

A l’heure de la mastérisation de la formation des enseignants où les moyens humains et financiers pour assurer le suivi professionnel des stagiaires risquent d’être assez fortement réduits, il nous semble utile, pour ne pas laisser la formation au seul terrain d’exercice de l’activité professionnelle, d’envisager des alternatives qui exploitent l’expérience en situation comme moyen de formation. Ces alternatives de formation sont conçues sur la base de quatre hypothèses : a) il est possible de préparer à l’exercice du métier par anticipation en confrontant les enseignants à des situations professionnelles non rencontrées mais cruciales, b) les situations de simulation vidéo de l’activité professionnelle possèdent un fort potentiel à la fois « d’immersion » dans cette réalité et également d’analyse, c) il est possible de proposer une progressivité dans les objets d’analyse professionnelle et les modalités de formation utilisées qui prennent en compte les difficultés typiques d’entrée dans le métier, d) les possibilités de mise en ligne, de partage de ressources variées et d’étude individuelle ou collective font des plateformes numériques un artefact potentiellement fécond pour accompagner le développement professionnel. Une première alternative consiste à concevoir des espaces d’observation-analyse de situations professionnelles problématiques ou critiques pour les débutants mettant en scène des « pairs anonymes » (extrait de vidéo d’activités typiques de débutants) qui leur permettent de procéder « par procuration » à des anticipations, pour éviter qu’ils ne découvrent seuls la réalité d’un métier. Cette observation a pour fonction de déculpabiliser les stagiaires vis-à-vis des difficultés typiques de la communauté débutante, de permettre d’en comprendre la nature et d’envisager des transformations de la situation réalistes et accessibles compte tenu de leurs dispositions à agir à ce moment de leur trajectoire professionnelle. La présentation de différentes façons de faire en lien avec un même moment critique constitue une aide aux enseignants pour se situer dans leur propre développement professionnel. Une deuxième alternative consiste à faire travailler les enseignants sur leur « propre expérience » à partir d’une séance de classe qui a été filmée. Pour éviter les biais d’une analyse ou autoanalyse psychologisante, la relation entre l’image vidéo de classe enregistrée, le ou les stagiaire(s) et le formateur doit être médiatisée par un entretien de type autoconfrontation qui permet de prendre au sérieux le point de vue de l’acteur. Le guidage de l’entretien amène l’acteur à expliciter l’expérience vécue et la dynamique de son activité professionnelle et évite la production d’un discours déconnecté de l’action ou orienté sur l’image de soi. Cette co-enquête sur l’activité professionnelle, menée à distance du terrain à partir de traces d’activités (vidéo ou autres) dans un cadre éthique explicite, ouvre une voie peu explorée de la formation qui vise d’une part à enrichir le contexte de l’activité des enseignants en relation avec leurs préoccupations du moment, leurs questions identitaires et la pénétration de la communauté professionnelle et d’autre part à inciter les formateurs à se détacher momentanément de leur tendance à la prescription.
Parole de chercheurs.net

 

 

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