Darwinisme, Génétique & Société

Pierre-Henri Gouyon (Musém d’histoire naturelle)

Le Mardi 16 juin 2009 à l’amphi de Polytech, université Montpellier 2


La théorie de l’évolution lancée par Darwin il y a 150 ans constitue aujourd’hui la base de la biologie contemporaine. Comme a pu le dire Th. Dobzhansky, « Rien en biologie n’a de sens si ce n’est à la lumière de l’Évolution ».

Avant Darwin, la préhistoire de la biologie, on a pu penser que toutes les transformations étaient possibles (des métamorphoses d’Ovide au loup garou ou à la fameuse mandragore). On a pu penser aussi que tout était parfaitement fixe ; que toutes les espèces existaient depuis le commencement du monde, ou qu’elles s’éteignaient toutes lors de catastrophes…

Par son approche fondée sur l’étude des organismes dans leur milieu, Darwin peut être vu comme le fondateur de l’écologie au sens actuel du terme. Par la façon dont il a abordé le problème de l’hérédité, il a posé les questions qui ont amené à l’émergence de la génétique. Sa vision de l’arbre généalogique des formes vivantes est la base du concept actuel de biodiversité. Sa théorie qui affirme l’unité du Vivant permet de comprendre le monde vivant qui nous entoure, dont nous faisons partie et sur lequel nous agissons. Comprendre les autres êtres vivants, nous comprendre nous-mêmes, agir sur le vivant ; trois thèmes que nous aborderons dans cet atelier.

Comprendre le vivant : qu’est-ce qu’un être vivant, comment peut-on le définir ? Qu’est-ce qu’une espèce, qu’est-ce que la biodiversité ? Autant de questions sur lesquelles la théorie de l’évolution nous en dit tant que nous ne disposons pas encore de concepts clairs. Un être vivant peut être défini par sa physiologie (son métabolisme) ou par son origine (évolutive, génétique). Selon l’approche choisie, on arrive à des notions qui ne se recoupent pas parfaitement. Un virus, ou à l’opposé, la terre (Gaïa) sont-ils vivants ? L’espèce est-elle une construction purement humaine ou existe-t-elle en dehors de nos représentations ? Dans ce cadre, comment définir la biodiversité ? En comptant les espèces ? Certainement pas ! En utilisant l’arbre généalogique de Darwin ? Comment ?...

Nous comprendre nous-mêmes : quelle place les humains doivent-ils se donner. Et Dieu dans tout ça ? La biologie de l’évolution, incluant la génétique est entrée en conflit avec les religions mais aussi avec les idéologies. Mal vue par les Eglises, interdite en Union Soviétique, elle a servi de base à des idéologies condamnables : darwinisme social, eugénisme, nazisme… Cette science nous touche de si près qu’il est impossible de ne pas en tirer une vision de l’humanité. Pourtant, Th. Huxley, compagnon de Darwin a dit : « La nature n’est ni morale ni immorale ; la nature est amorale ». Alors, quelle morale dans un contexte darwinien ?

Enfin, l’unité de la Nature, l’origine unique commune aux êtres vivants, la sélection, la génétique, toutes ces découvertes nous permettent d’agir sur le vivant. Des procréations médicalement assistées aux thérapies géniques et au transhumanisme ; de l’exploitation de la biodiversité aux OGM, les humains modifient le vivant, font disparaître de nombreuses formes, en créent de nouvelles. Quelles possibilités sont ouvertes, quels risques prenons-nous ? A quel progrès nous préparons-nous ?

On le voit, l’héritage de Darwin est riche de réponses mais surtout de questions.

 

 

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