Séance du 6 mai 2010


Un mode d’occultation du colonial ? À propos de la réception critique de La victoire en chantant de Jean-Jacques Annaud (1976)

Eric Soriano

A partir de 2005, la thèse de l’occultation du colonial s’est diffusée en France dans le cadre de la controverse autour de la loi sur l’enseignement des aspects positifs de la colonisation. Elle s’est généralement accompagnée d’un langage emprunté au monde psy. On parle aujourd’hui d’un non-dit, d’un refoulé, d’un tabou ou d’un oubli colonial pour signifier combien la société française des trente dernières années a été affectée d’une sorte de pathologie collective. De l’intérêt de certains acteurs à cet oubli à ce que Benjamin Stora a identifié à « la noire violence des secrets familiaux », le colonial a ainsi été « mise à distance » sans être totalement absent de la scène publique.

Pourtant, même lorsqu’on la considère comme une évidence, cette occultation mérite d’être analysé dans la variété des configurations et des contextes sociaux qui ont conduit à considérer la période coloniale comme un passé révolu (et donc résolu). Cette contribution tente de prendre cet objet au sérieux en l’interrogeant au travers de l’analyse d’un film et de sa réception critique. C’est donc ici d’un monde de l’art, qui est aussi un monde intellectuel, que nous décrirons le mode par lequel le colonial fut « mis à distance ». Sorti en 1975, La Victoire en chantant de Jean-Jacques Annaud est un des rares films de la période à tenter de rendre compte sur un mode fictionnel (c’est-à-dire non documentaire) de ce qui fut le cœur des rapports coloniaux. L’analyse de la façon dont ce film sera tourné, monté et présenté par ses auteurs et surtout la façon dont le monde de la critique cinématographique s’en fera l’écho permet de mieux identifier l’un des multiples registres de représentation de cette période historique.


Albert Memmi ou les ambiguïtés du discours postcolonial maghrébin

Guy Dugas

Les études postcoloniales et francophones ont parfois du mal à avouer leur dette vis à vis de certains penseurs de la décolonisation. Albert Memmi me paraît être celui pour lequel cela est le plus évident. Au Maghreb, cela est souvent mis sur le compte de ses ambiguités et des malentendus dus à sa propre situation d’énonciation. Mais qui a songé à considérer, à travers lui, les ambiguïtés, silences et contradictions du discours postacolonial ?

A travers ce cas et à partir d’un ensemble de conflits et de malentendus liés à cette situation : la réception de ses Portraits du colonisé et du colonisateur, la polémique née de son anthologie de la littérature maghrébine de langue française, sa position à l’égard de l’état d’Israël et la violente réaction de Khatibi, qui fut son élève, enfin plus récemment son décapant Portrait du décolonisé,... on tentera de poser de manière comparative la délicate question de la situation d’énonciation du postcolonial dans l’aire méditerranéenne et, partant, de la réception de certaines théories comme celle-ci, mais aussi celle de Fanon. On suivra et analysera également, de Camus à Bouteflika, en passant par Sartre et Vercors, le très intéressant discours préfaciel qui accompagne les textes majeurs de Memmi.

Mais au-delà de ce cas précis, il sera question de la position des intellectuels de certaines minorités devant un Maghreb qui, politiquement autant que culturellement, s’est construit de manière exclusive.

 

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