Présentation


1. Les discours et les contre-discours coloniaux sont restés longtemps méconnus du grand public, malgré un ensemble important d’études historiques et universitaires, dont la diffusion se limite à un lectorat érudit. Ils sont récemment devenus, de part et d’autre de la Méditerranée, l’objet de polémiques politiciennes ou journalistiques qui les instrumentalisent à des fins démagogiques. Promus par une profusion de publications sans grande exigence, livrés à des manipulations médiatiques sans scrupules, les réalités historiques et humaines de ces périodes coflictuelles subissent des altérations réductrices et manichéennes, qui cherchent à officialiser des visions partisanes et tronquées. Ces travestissements ignorent les figures ou les groupes qui, dans des espaces marginaux mais sans cesse renouvelés, ont tenté de s’ouvrir aux altérités avec lesquelles ils étaient en relation. Des individus, des courants de pensée organisés ou non, ont en dépit du rapport colonial essayé de découvrir et de comprendre ces altérités, d’avoir avec elles des échanges et parfois des solidarités. On trouve dans ces franges intermédiaires des personnalités particulièrement attachantes et des discours parmi les plus intéressants. Le séminaire se donne pour tâche d’explorer ces frontières, leurs passages, la transgression des idées reçues et des clivages coloniaux, la mise en question des idéologies dominantes. On souhaite en faire l’objet d’une réflexion collective.

2. A rebours des simplifications abusives et des falsifications de tous bords, le séminaire entend s’intéresser à la richesse, à la complexité, aux ambivalences, aux paradoxes, aux contradictions de ces multiples champs d’interférences culturelles.

La recherche est pluri-disciplinaire (analyse du discours, anthropologie, didactique, études cinématographiques, études littéraires, histoire, sociologie politique…). Elle poursuit le travail sur les rapports coloniaux engagé dans le cadre de MSH-Montpellier, dont l’aboutissement sur les Stéréotypes coloniaux est sous presse. Le séminaire entretient à Montpellier des relations de travail avec l’équipe Didaxis qui se consacre aux manuels scolaires, et avec ceux de la Société Internationale d’Etudes sur les Littératures de l’Epoque coloniale (SIELEC) ; à Aix-en-Provence avec ceux de l’Institut de Recherche de d’Etudes sur le Monde Arabe et Musulman (IREMAM).

Il est ouvert aux chercheurs, universitaires ou non, qui travaillent sur ce champ d’étude, et se donne pour règle d’associer étroitement ou d’intégrer des chercheurs du sud de la Méditerranée.

3. Pour que l’interdisciplinarité du séminaire ne se borne pas à une déclaration de principe, et qu’elle ne se résume pas à juxtaposer des démarches enfermées dans leurs cadres sectoriels, on propose aux intervenants quelques règles communes de travail. On espère que ces rencontres et la réflexion collective permettront un enrichissement mutuel effectif des démarches disciplinaires.

- la thématique retenue (complexité, ambivalences, paradoxes, contradictions… du rapport colonial) est l’objectif de l’ensemble des communications ;
- afin que l’échange entre chercheurs de disciplines différentes soit fécond, on demande aux communicants de préciser leur approche de la thématique, et de préciser leur recherche en explicitant leur démarche méthodologique ;
- on invite enfin les intervenants à prendre plus particulièrement appui sur des textes et des exemplifications discursives.

La perspective proposée est, à l’encontre des schématismes réducteurs, de faire connaître les parcours atypiques, les tentatives interculturelles originales en marge des polarités dominantes, d’en montrer la richesse et la complexité, et de repérer dans l’interdiscours sous-jacent aux prises de parole la persistance obstinée de relations dialogiques.

 

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