Maniérisme : la phantasia au XVIe siècle

Myriam MORETTIN


Aux environs de 1520, à Rome, les œuvres de Raphaël et de Michel-Ange font triompher la « High Renaissance » c’est-à-dire l’apogée de l’art renaissant. Au même moment, quelques artistes se distinguent à Florence et à Sienne en s’exprimant dans un art singulier, le maniérisme. S’écartant des canons néo-classiques, les artistes maniéristes renoncent à la poétique de la mimesis, et se libèrent ainsi des contraintes imposées par l’imitation de la nature et de toute forme de beauté établie comme telle. Ainsi s’expriment-ils dans des compositions empreintes de « fantaisie » voire de « bizarrerie ». Art tourné vers l’expérimentation et la liberté d’expression, le maniérisme se confronte aux canons de la Renaissance : sa conception artistique appelle à une intériorisation de la démarche créative, l’« idée intérieure » permettant à l’artiste d’aller au-delà du travail de copiste. Le maniérisme apparaît alors comme une réaction anticlassique, se distinguant notamment de l’œuvre magistrale de Michel-Ange. Or, affirme Patricia Falguières, « il s’agit là d’un des nombreux paradoxes du maniérisme » car « c’est précisément l’œuvre de Michel-Ange qui rend possible et inspire cette réaction anticlassique ». Le maniérisme, précise Briganti, c’est « l’histoire (donc) du concept de l’art comme représentation d’une image indépendante de la nature, de cette “idée de la beauté imaginée ou vue de l’intérieur” à laquelle aspirait Michel-Ange. »
Ceci nous amène à une deuxième forme de rencontre : celle de l’artiste avec lui-même. Nous avons dit que l’artiste maniériste avait pour priorité et pour dessein d’être libre dans son processus de création, et combien l’idée et l’imagination avaient plus de valeur à ses yeux que l’imitation jusque là utilisée. Comme les Esclaves de Michel-Ange tentent de se libérer du bloc de marbre, l’artiste maniériste fait appel à son imagination, à son inspiration : l’idée transcende la réalité.
Les représentations de la première version du Saint Michel chassant les anges rebelles de Beccafumi, de la Pietà de Pontormo et de la Déposition de croix de Rosso Fiorentino nous permettront d’illustrer la confrontation entre Renaissance et Maniérisme. Puis, nous envisagerons d’aborder l’art maniériste comme rencontre de l’artiste avec lui-même.

BIBLIOGRAPHIE

- ARASSE, Daniel et TOENNESMANN, Andreas, La Renaissance maniériste, coll. L’univers des formes, NRF, Gallimard, 1997.
- BRIGANTI, Giuliano, Le Maniérisme italien, traduit de l’italien par Gérard Monfort, Ed. Gérard Monfort, Paris, 1993.
- FRIEDLAENDER, Walter, Maniérisme et antimaniérisme dans la peinture italienne, traduit par Jeanne Bouniort, Coll. Art et Artistes, Gallimard, 1991.
- PANOFSKY, Erwin, Idea, traduit de l’allemand par Henri Joly, TEL, Gallimard, 1989.

Myriam MORETTIN, miamorett1 yahoo.fr
Doctorante en Etudes Culturelles spécialité italien à l’Université Paul Valéry - Montpellier III, rattachée à l’Institut de Recherche Interface Etudes Culturelles (IRIEC) – Equipe d’accueil : Arts Littératures Etudes Poétiques et Herméneutiques (ALEPH) – Directrice de thèse : Madame Myriam CARMINATI – Thèse intitulée : « L’inattendu dans l’œuvre picturale de Domenico Beccafumi (1486-1551) ».

 

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