Étude néologique des emprunts en espagnol péninsulaire contemporain : place et rôle de l’emprunt dans l’évolution actuelle de la langue

Julie Makri


À la fois témoin de la rencontre des savoirs, d’un échange entre diverses cultures et de la domination de l’une d’entre elles à un moment donné (et souvent, dans un domaine particulier), l’emprunt est la preuve que la langue est bien plus qu’un système figé. Il atteste de l’adaptation et de la perméabilité d’une langue donnée aux multiples évolutions qui l’entourent, qui la façonnent. Ce procédé de novation lexicale consiste notamment à adopter un terme nouveau en le « copiant » plus ou moins conformément à sa forme et son sens dans sa langue d’origine.
Loin d’être un phénomène récent, l’emprunt –qu’il soit justifié ou non– a enrichi les langues de tout temps. C’est ainsi qu’au XVIe siècle, la langue française a intégré et adapté de nombreux termes italiens, fascinée par le rayonnement dont jouissait le pays à cette époque (à travers sa culture, ses avancées scientifiques, techniques et militaires, son économie, etc.). On compte dès lors avec les mots costume, escarpin, balcon, sérénade, burlesque ou encore banquet et festin, preuves de l’influence de cette culture dans de nombreux domaines [1]. Si, à cette époque, on observait des « vagues » d’emprunts venant d’une culture particulière, la mondialisation fait qu’aujourd’hui les emprunts sont bien plus variés et spécifiques à certains domaines.

Dans le cadre de nos recherches en cours sur la néologie en espagnol péninsulaire contemporain, nous savons que l’emprunt joue un rôle significatif dans l’évolution et le renouvellement de la langue. Mais, dans quelle mesure ? D’où proviennent ces néologismes ? Comment sont-ils intégrés ? Faut-il s’inquiéter de l’intégration de mots étrangers ?
Pour répondre à ces questions et après avoir exposé les diverses caractéristiques linguistiques mais aussi les enjeux de l’utilisation d’un tel procédé de création lexicale, nous montrerons dans quelles proportions le recours à ce phénomène s’effectue dans le cadre de la néologie lexicale à travers l’étude d’un vaste corpus de néologismes tirés du Nuevo Diccionario de Voces de Uso Actual, de M. Alvar Ezquerra [2]. Nous verrons ainsi comment peut être interprété ce procédé, quelles en sont les particularités, les conséquences de son utilisation et son rôle actuel dans l’enrichissement de l’espagnol péninsulaire contemporain. Prenons l’exemple du néologisme atelier, emprunté au français atelier, et désignant un “ taller de creación artística ”. L’emploi d’un tel terme est-il représentatif de l’évolution actuelle de la langue espagnole ? Signifie-t-il que le français a une influence particulière sur cette dernière ? Y a-t-il de nombreux autres emprunts au français ? C’est par ce type de réflexions, conjuguées aux données recueillies lors de nos analyses, que nous dresserons nos principales conclusions sur la place et le rôle de l’emprunt dans l’évolution actuelle de l’espagnol péninsulaire.

Par Mlle MAKRI Julie,
Doctorante à l’université Paul Valéry, Montpellier III,
Rattachée à l’équipe ETOILL (EA3020),
Sous la direction du Professeur CAMPS Christian.
Titre de la thèse : Procédés de création lexicale en espagnol péninsulaire contemporain – Etude néologique, typologie et réflexion

[1] Exemples d’emprunts tirés de Walter H. (2005), L’intégration des mots venus d’ailleurs, dans Apprentissage des langues et systèmes d’information et de communication (ALSIC), vol. 8, n° 1, p. 35-44, consultable en ligne sur http://alsic.u-strasbg.fr/v08/walte....

[2] Alvar Ezquerra M. (2004), Nuevo diccionario de voces de uso actual, Madrid, Arco Libros, S. L., 1371p.

 

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