La rencontre dans les films de Chris Marker. Espaces, temps, images : la confrontation comme moyen de réflexion.

Sandra Vérine


Que ce soit par ses voyages aux quatre coins du globe, par sa volonté de confronter différentes mémoires ou par sa manière si particulière de s’adresser au spectateur, les films de Marker démontrent une véritable volonté de communiquer, dans un souci d’échange et de renouvellement de regard.
La rencontre selon Marker découle d’une démarche d’aller vers l’autre : l’échange est volontairement recherchée. Pour lui, la confrontation exige un déplacement de point de vue, non seulement physique (le cinéaste-documentariste se déplace dans d’autres pays) mais temporel (le cinéaste se superpose au monteur : s’il est d’abord preneur de vues, il devient ensuite « assembleur d’images ») et même d’optique de lecture (images célèbres ou anonymes, historiques ou oubliées, documentaires ou de fiction, on ne regarde pas toutes les images de la même façon). Il est toujours question de regard.
Dans les films de Marker un point n’est jamais fixe, mais se situe toujours par rapport à d’autres : maintenant par rapport à un futur et à un passé, ici par rapport à un ailleurs. C’est un cinéma construit en réseaux pour mieux confronter différents regards.
Ses films se caractérisent par une hétérogénéité apparente. Celle-ci peut être formelle, confrontant à la fois différents média (cinéma, vidéo, photo) et différentes sources d’images (télévisuelles ou cinématographiques) ou soulignant l’opposition entre le mouvement et l’arrêt sur image, entre la couleur et le noir et blanc ; ou spatiotemporelle à travers la juxtaposition de différentes époques et temporalités (temps historique/quotidien/légendaire). L’organisation de ces confrontations artificielles déclenche une émotion, une signification, une réflexion, dans le but de renouveler notre regard sur le monde, l’Histoire et les images.

Bibliographie

- Raymond BELLOUR, L’Entre-image 2. Mots, Images, Paris, éd. P.O.L, coll. Trafic, 1999, 383 p.
- Philippe DUBOIS (sous la direction de), « Recherches sur Chris Marker », Théorème 6, Paris, éd. Presses Sorbonne Nouvelle, 2002, 195 p.
- Catherine LUPTON, Chris Marker. Memories of the future, éd. Reaktion Books, Londres, 2005, 256 p.

Sandra Vérine
Doctorante en 2e année à l’Université Paul Valéry, Montpellier III
Intitulé de la thèse : Cinéma-mémoire, miroirs du cinéma : la réflexivité dans l’œuvre de Chris Marker à travers trois films, La Jetée, Sans Soleil, Level 5.
Directeur de recherche : Mme Maxime Scheinfeigel
Laboratoire de rattachement : EA 4209 RIRRA 21 (Représenter, inventer la réalité du romantisme à l’aube du XXIéme siècle)

 

© MSH-M 2006-2017
Maison des Sciences de l'Homme de Montpellier
17 rue Abbé-de-l'Épée — 34090 Montpellier — France
msh-m.frcontact(at)msh-m.org