Résumés des communications du 11 mai 2007


« Migrations et mondialisations par la marge : le cas des migrations trans-sahariennes »

par Ali BENSAAD, Maître de conférences de Géographie, Université de Provence, Chercheur à l’IREMAM (Aix-en-Provence)

Les migrations trans-sahariennes, en utilisant le Sahara comme « détour » pour atteindre les rives méridionales de la Méditerranée, propulsent celui-ci dans le système relationnel international dont il contribue à bouleverser les échelles avec pour conséquences l’élargissement de l’espace migratoire qui, d’euro-maghrébin, acquiert une dimension intercontinentale alors que les frontières de l’Europe se doivent d’être franchies beaucoup plus au sud que la ligne de démarcation méditerranéenne traditionnelle. Le Sahara devient donc une fracture réplique à la faille méditerranéenne et un théâtre sur lequel font irruption dorénavant les tensions que l’Europe tente de déporter de ses frontières, prenant les pays maghrébins en étau. Atteignant rarement l’Europe et rabattus sur le Maghreb, ces migrations, bouleversant les structures et les logiques spatiales du Sahara qu’elles traversent, ont également pour conséquence majeure la (re)mise en contact des deux aires socioculturelles, maghrébine et noire africaine. Posant un problème sociétal inédit et devenue une réalité structurelle de l’économie des pays maghrébins, l’immigration africaine est une source de rentabilité pour des secteurs vitaux de l’économie du Maghreb et, au-delà de la précarité de sa situation, renvoie aux sociétés maghrébines des interrogations essentielles sur leurs fondements depuis le statut de l’étranger jusqu’à celui de la femme en passant par celui de la nationalité et le contenu de la citoyenneté. Elle les conforte également à l’épreuve d’une altérité nouvelle alors qu’elles sont déjà soumises à de graves tensions identitaires. Réintroduisant le cosmopolitisme, par la marge, dans un Maghreb gagné par le monolithisme culturel et religieux, elle introduit également, dans une posture inédite, l’interpellation d’un autre regard, celui porté par une nouvelle catégorie de « l’autre » : l’immigré. Elles stimulent et précipitent la reformulation d’une interrogation sur soi par les sociétés maghrébines et participent à la construction de mixités et de métissages nouveaux .

« La migration transnationale des Africains subsahariens au Maghreb : d’anciens espaces de circulation internationale pour une nouvelle forme migratoire. L’exemple de l’étape marocaine »

par Mehdi ALIOUA, Sociologue, CERS, Université Toulouse-le Mirail

Si la migration transnationale des africains subsahariens, migration qui leur fait traverser l’Afrique pays par pays, étape par étape avec souvent l’espoir de passer en Europe, débute de manière hétéroclite, en terme de lieux, de raisons et de situations, une fois partis de chez eux avec un projet migratoire personnel, ces acteurs se réorganisent collectivement durant les étapes qui rythment leur périple. Durant ces étapes dans lesquelles ils se croisent, ces individus se « reconnaissent » entre eux et coopèrent car ils créent peu à peu une histoire commune, une « aventure » : leur projet migratoire et leur mode migratoire se ressemblent et les rassemblent. Une fois le Sahara franchi, les transmigrants subsahariens s’ancrent dans les sociétés maghrébines et au Maroc en particulier en tentant de se greffer sur les circulations euro-maghrébines. Au Maroc, certains espaces, notamment certains espaces urbains des grandes villes (Tanger, Rabat et Casablanca), sont ainsi devenus des étapes privilégiées. Mais si cela est le fruit de la sédimentation des expériences migratoires des premiers transmigrants subsahariens qui se sont transmises, il ne reste pas moins qu’avant la venue de ces nouveaux migrants, ces lieux étaient déjà des étapes pour les migrants marocains, ceux de l’intérieur issus de l’exode rural ou ceux candidats à l’émigration internationale (légale ou « clandestine »). Pour survivre dans ces espaces, le temps de redéfinir leur projet migratoire, les transmigrants subsahariens doivent compenser collectivement une absence de territoire en concentrant des volontés individuelles de mobilité dans des groupes sociaux particuliers : les collectifs de transmigrants aux origines diverses qui organisent, lors de leurs étapes, la coopération et la solidarité autour de leurs complémentarités. Ils doivent également s’adapter au mode de vie de leurs voisins marocains en évitant le contrôle social, et coopérer avec certains d’entres eux en organisant leur mixité autour de points communs. Ainsi, les sociétés maghrébines en général et le Maroc en particulier se trouvent confrontés à de nouvelles formes migratoires qui s’agrègent sur d’anciens espaces de circulation et qui émergent et débordent quasi-systématiquement leurs institutions, leur cadre juridico-politique et leurs cadres nationaux de socialisation et de production identitaire.

« Souverainisme juridique et migrations au Maghreb »

par Hocine ZEGHBIB, Maître de conférences de Droit Public, Université Paul Valéry Montpellier III

La mondialisation de l’économie, de la finance et du commerce n’est pas sans conséquences directes sur le développement de la mobilité des personnes. Internationale, cette mobilité pose la question des relations entre les Etats et entre ceux-ci et les migrants à l’intérieur de territoires et d’espaces de circulation interrogeant les notions de souveraineté, de nationalité et de citoyenneté. Au cœur de cette transformation, la migration de transit qui tend à s’imposer en tant que nouveau paradigme des mouvements migratoires actuels rendant obsolètes les dispositifs juridiques et policiers préexistants. Expurgée de ses dimensions socio-économique et socio-spatiale, la migration de transit justifie, inspire et impose de nouvelles politiques juridiques sécuritaires convergentes. Les Etats maghrébins, dans le même temps qu’ils exploitent politiquement la migration de transit dans les relations intra-maghrébines et intra-méditerranéennes, mettent en action une conception instrumentaliste de la législation sur les étrangers générant des pratiques autoritaires en mobilisant le registre inépuisable du souverainisme juridico-politique.

« Une Europe sans frontières : la remontée des Sud (Marocains et Afghans en Europe Méditerranéenne »

par Alain TARRIUS, Professeur de Sociologie, Université Toulouse-le Mirail, EHESS et CERS,

Deux observations empiriques issues de terrains concernant les migrations transnationales à l’est et à l’ouest de l’Europe méridionale, nous permettent de redéfinir les cadres de l’analyse de l’impact des migrations. Sur les villes À l’ouest les migrants marocains à Alicante et à l’Est les migrants Afghans et Syriens à Sofia, développent des réhabilitations de quartiers centraux, à rebours de ce que l’on sait des « gentrifications » des villes. En effet, les migrants transnationaux associés à des commerçants migrants sédentaires rénovent, réaniment des quartiers centraux et y attirent les populations à revenus moyens de la ville, alors qu’usuellement c’est le départ des immigrés de tels quartiers qui permet ces processus. Comment proposer une analyse de ces phénomènes qui se situe dans la lignée sociologique habituellement appelée ? L’auteur propose une relecture des processus de changements urbains proposés par l’Ecole de Chicago (cadrage Simmel, applications Parck, Wirth, etc.) : les échelles espace/temps caractéristiques de la ville (mobilités, lieux du changement, populations témoins) doivent être étendues aux espaces des circulations des nouveaux migrants transnationaux. De la ville-monde à la ville-passage. Communication en intégralité.

« Les nouvelles mobilités internationales au Maroc : structure, impact et représentation sociale »

par Noureddine HARRAMI, Professeur de Sociologie et d’Anthropologie, Université Moulay Ismaïl, Meknès

L’histoire de la mobilité des marocains vers l’Europe au 20e siècle a été ponctuée par deux phases principales, marquée chacune par une vague particulière de migration :

- Une première vague de migration dite de travail initiée par la colonisation française, institutionnellement organisée dans le cadre de conventions interétatiques et entretenue par une demande soutenue en provenance des entreprises de pays européens (France, Belgique, Allemagne et Pays Bas). Cette migration, visible depuis la première guerre mondiale, va prendre de l’ampleur à partir des années 1960. Des recrutements massifs de main d’œuvre ont été organisés dans les communautés paysannes des contrées montagneuses les plus pauvres du Maroc à savoir le Rif, le Haut, Moyen et Anti-Atlas.

- Une deuxième vague de migration qui n’est pas toujours motivée par l’absence de perspectives d’emploi, déclenchée en direction de nouvelles destinations (Italie et Espagne) dès la seconde moitié des années 1980, et qui coïncide avec l’engagement de l’Etat marocain dans le programme d’ajustement structurel. Contrairement à la première, cette émigration n’est pas institutionnellement organisée et a concerné, paradoxalement, des zones marocaines économiquement favorisées, comme le périmètre irrigué de la plaine de Tadla.

Chaque type d’émigration allait produire des impacts, différents dans leur nature et leur importance, sur le milieu social, économique et culturel de départ. Schématiquement, l’on peut dire que l’impact de l’émigration de travail des années 1960/70 sur les communautés d’origine était discret et lent alors qu’il est spectaculaire et très rapide dans le second type d’émigration. Aussi, si la nouvelle migration à destination de l’Italie et de l’Espagne a profondément changé les sociétés de départ en un temps record (moins d’une décennie), les effets produits par la première vague d’émigré n’ont pas pris la même ampleur malgré l’ancienneté du phénomène (40 ans en moyenne). Sous l’effet de la seconde grande vague de migration, certaines régions comme Khouribga, Settat, et Beni Mellal, présentent aujourd’hui des cas inédits des changements sociaux, économique et culturels induits par la migration.

C’est cette seconde forme de mobilité internationale qui constitue l’objet de la présente communication. Nous présentons la synthèse d’une recherche effectuée dans l’une des zones les plus concernées au Maroc par ces nouvelles dynamiques migratoires : la région de Tadla dans le centre du pays . La présentation portera sur les caractéristiques pertinentes de cette mobilité comparée à la migration traditionnelle, son impact et sa représentation sociale.

« La migration Africaine francophone à Londres : l’exemple des subsahariens »

par Dave EDYE, Professeur de Science politique, London Metropolitan University, Londres & Valerio LINTNER, Professeur d’Economie, London Metropolitan University, Londres

Cette recherche tente d’analyser les flux migratoires des Africains originaires de pays francophones sub-sahariens au Royaume-Uni. Elle est basée sur des enquêtes préliminaires menées auprès de groupes issus de certain de ces pays et installés à Londres. Notre hypothèse tourne autour de l’idée que la présence de ces groupes au Royaume-Uni s’explique par la mondialisation sous toutes ses formes et qu’elle fait partie de ce qu’on peut caractériser comme la « migration secondaire » ou « stepping-stone migration » (Legrain 2006). Notre présentation traitera d’abord des enjeux économiques du phénomène migratoire au Royaume-Uni depuis les années 1990.Ensuite, on considérera les enjeux socio – politiques de ces migrants, soit en tant que migrants réguliers, soit en tant que demandeurs d’asile ou comme réfugiés.

 

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