Présentation de la journée du 11 mai 2007


Les migrations porteuses d’un projet d’immigration, c’est-à-dire la recherche d’un pays d’accueil avec le but de s’y fixer durablement, introduisent de nouvelles problématiques qui questionnent la logique centrifuge de l’Etat-Nation. Parmi elles, les rapports entre l’Etat de destination finale du migrant et l’Etat de transit et, à l’intérieur de ceux-ci, les conditions d’exercice de la citoyenneté, la définition des frontières culturelles de la nation, le contrôle des mouvements migratoires dans un espace dont les frontières sont rendues chaque jour plus difficiles à cerner. Aucune partie du monde n’échappe à ce phénomène. L’Union Européenne, toute parée de « l’envie d’Europe » qu’elle secrète, est, on ne peut plus, mêlée à cette dynamique. A travers les institutions dont elle s’est dotée, elle initie différentes politiques dont le but ultime est de réduire drastiquement, à défaut de l’éradiquer complètement, l’immigration, devenue, par la force des choses, clandestine. Sur son flanc Est, l’Union Européenne a, jusque-là, privilégié les adhésions des Etats voisins faisant reculer d’autant ses frontières. Sur son flanc Sud, elle a initié une politique de partenariat avec les pays du pourtour méditerranéen formalisée par la Déclaration de Barcelone de 1995. La problématique migratoire y est évoquée dans le troisième volet. Sa résolution y est soumise à la logique du développement économique et de l’établissement d’une zone de libre échange à l’horizon 2010. La diminution de la pression migratoire devait en résulter de manière quasi mécanique.

Dix années plus tard, cette conception montre, on ne peut plus clairement, ses limites. Dans le même temps, l’Europe prend conscience des effets prévisibles du vieillissement de sa population et tente d’infléchir, tout en la maîtrisant, sa politique migratoire. Elle entreprend ainsi de dessiner les contours d’une nouvelle stratégie pour le contrôle de ses frontières extérieures. Avec ses voisins européens, elle compte principalement sur le succès de la Politique Européenne de Voisinage (PEV). Avec ses voisins méditerranéens, plus particulièrement en Méditerranée occidentale, elle compte tout autant sur la PEV et sur les différents accords d’association que sur les résultats escomptés du « Dialogue 5+5 ». Les enjeux sont d’importance dans cette partie de la Méditerranée où se situent les principaux points de « passage illégal » vers l’Europe. Tout se passe alors comme si ses frontières se trouvaient déplacées encore plus au sud pour inscrire l’espace euro-méditerranéen dans un nouvel espace qui serait, celui-là, « euro-africain ». Cette volonté à peine masquée « d’européanisation » de la Méditerranée ne va pas sans renouveler les interrogations sur la nature des relations avec les Etats Maghrébins et de ceux-ci avec les Etats subsahariens. Cela ne va pas non plus sans interrogations sur le contour des nouveaux espaces migratoires et de leurs conséquences sociopolitiques tant locales que régionales et transnationales. Elles mettent en exergue la notion de « migration de transit » que visitent anthropologues, sociologues et géographes, notamment. Dans le même temps, l’Union européenne, qui développe un « standard européen » fondé sur l’Etat de droit et la sacralisation subséquente des droits de l’homme, exporte vers ce nouvel espace en construction un ensemble de normes juridiques déconnectées de leur contexte. Ces normes juridiques décontextualisées assignent, par suite, aux Etats Maghrébins un rôle qui les amène à légitimer, légaliser et accentuer leurs pratiques autoritaires tout en imprimant à leurs relations avec les Etats subsahariens une coloration nouvelle d’où s’estompe peu à peu le réflexe de la solidarité « naturelle » des pauvres face aux riches. Ces données récentes interpellent juristes et politistes qui doivent analyser ce recentrage par rapport à la construction de l’espace euro-méditerranéen et par rapport aux relations Maghreb-Afrique subsaharienne.

Ce séminaire, organisé plus particulièrement à l’attention des étudiants du Master « Médiation Inter-Méditerranéenne » (MIM) et du Master « Intermédiation et Développement Social » (IDS), prépare à un Colloque international prévu pour le dernier trimestre 2007. Il rassemble un panel pluridisciplinaire de chercheurs soucieux d’explorer quelques-unes des nouvelles pistes de réflexion qu’ouvrent les migrations en Méditerranée occidentale.

Hocine ZEGHBIB, Maître de conférences, Université Paul-Valéry - Montpellier 3
Gérard GHERSI, Directeur de la MSH-M.

 

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