Présentation de la conférence du 2 mars 2007


Médecine des périphéries, médecine des lointains ? Les médecins militaires du Second Empire à l’articulation de la guerre et de l’exigence scientifique en Méditerranée.

Formés à la discipline médicale, c’est le cadre de l’armée qui fait de la pratique des médecins militaires une profession distincte. La double nature même des médecins militaires conduit ainsi à s’interroger sur la spécificité de cette profession et du savoir qu’elle produit, ce dernier étant en partie conditionné par le contexte de travail que certains éprouvent, à savoir la campagne militaire, organisée sur des terrains de plus en plus lointains comme c’est le cas à la période de transition qu’est le Second Empire. L’étude de cette médecine de l’armée pose dès lors la question de la spécificité d’une pratique sur un terrain donné au point que l’on peut se demander si le médecin, en campagne lointaine, fait nécessairement une médecine des lointains ? Cette question pose en fait deux questions :

Dans quelle mesure le terrain d’exercice lointain forme-t-il un métier à part entière ? Le déplacement, particulièrement dans le cadre militaire, fait en effet émerger un champ de recherche propre qui interroge notamment le lien entre action militaire et science, selon les modalités formulées dans L’invention de la Méditerranée, ouvrage dans lequel les expéditions militaro-scientifiques d’Egypte, de Morée et d’Algérie contribuent à l’invention savante de l’espace « Méditerranée ». A cours du Second Empire, il apparaît également que les travaux des médecins de l’Armée, ayant pour beaucoup à travailler en Algérie, confrontent leurs connaissances acquises sur les pathologies d’Afrique du nord dans le cadre plus large de l’espace méditerranéen lors des expéditions militaires auxquelles ils prennent part (Crimée, Italie, Syrie). Ils participent ainsi à la constitution d’un savoir propre aux médecins de l’armée, partiellement fondé sur le déplacement et dans le cadre intellectuel commun à tous les médecins du deuxième tiers du 19e s., le néo-hippocratisme, il est possible de parler d’une médecine des lointains.

Leurs travaux relèvent également de l’épidémiologie générale, un domaine dans lequel ils se forgent une compétence particulière du fait de leurs observations sur des populations de malades numériquement importantes. Une spécialisation émerge, définie en fonction d’une aire géographique et d’une population spécifique, mais dont la portée générale est progressivement reconnue, plus particulièrement avec la bactériologie et la parasitologie, deux piliers de ce qui sera la médecine tropicale. C’est ainsi que les terrains lointains ont transformé la médecine européenne, et que se construit, à partir des périphéries géographiques, un savoir de plus en plus différencié, source de légitimation d’une profession souvent reléguée aux marges de la science. En ce sens, la médecine des lointains devient un support à l’élaboration d’un savoir considéré comme universel.

Claire Fredj
PRAG, Université de Tours.

 

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