Présentation scientifique


La question de la compétence interculturelle, qui occupe aujourd’hui une place reconnue dans un grand nombre de travaux en sciences du langage, renouvelle le regard porté sur la description des langues et du discours. En effet, en mettant au centre de la réflexion la question de la réussite ou de l’échec de la communication entre des personnes de langues maternelles et de cultures différentes, elle oriente les priorités vers la description des aspects les plus sensibles à la variation culturelle aux niveaux linguistique, pragmatique et interactionnel. On sait depuis longtemps qu’il ne suffit pas de bien maîtriser le système d’une langue étrangère pour bien communiquer dans cette langue. Mais sait-on toujours quels sont les aspects de ce système qui s’avèrent cruciaux vis-à-vis des locuteurs natifs d’une langue donnée ? Est-ce la prononciation correcte des phonèmes ou les schémas prosodiques, par exemple ? On sait par ailleurs que les difficultés de communication que rencontrent les gens de cultures différentes sont moins souvent des problèmes d’incompréhension liés aux processus référentiels (qui sont en général facilement élucidés) que des problèmes de compétence au niveau pragmatique et socioculturel, avec des répercussions plus ou moins néfastes sur les rapports interpersonnels. Encore faut-il bien identifier les activités spécifiques qui présentent un risque de malentendu.

La réflexion sur la compétence interculturelle amène à postuler l’existence de règles implicites qui régissent les comportements langagiers et qui peuvent varier culturellement. On part donc de l’hypothèse que les propos échangés ne sont que la surface visible d’un ensemble que l’analyse peut saisir en le décomposant en plusieurs niveaux de plus en plus abstraits, qui vont de la description linguistique des interactions à l’élaboration de l’« ethos communicatif » et aux valeurs sociales des cultures. De nombreuses revues sont ainsi consacrées à la comparaison, parfois implicite, souvent explicite, de l’anglais avec d’autres langues (c’est le cas de nombreux articles du Journal of Pragmatics, de Pragmatics, et de la dernière-née, Intercultural Pragmatics). On y explore des objets aussi variés que le rôle des marqueurs de discours, la formulation des requêtes, le maniement de l’humour ou la conception des faces. Ces recherches apportent, au final, des descriptions fines et précises et une meilleure compréhension des fonctionnements discursifs et interactionnels de cette langue. Elles fournissent également des pistes précieuses pour la didactique et l’apprentissage.

L’objectif de ce colloque est d’encourager une réflexion similaire orientée vers le français et qui explore les trois aspects de la compétence interculturelle nécessaires à une communication réussie :
- au niveau linguistique, les aspects du système de la langue ayant une incidence sur la compréhension du message ou du meta-message (interprétation des intentions ou motivations de l’énonciateur). L’interface linguistique/pragmatique peut mettre en évidence par exemple l’importance du maniement de certains aspects de la morpho-syntaxe (question-tags en anglais par exemple) ou de la prosodie.
- au niveau pragmatique, la connaissance des variations culturelles et des choix préférentiels dans la formulation des actes de langage, dans les manifestations linguistiques de la politesse, dans les systèmes d’adresse, dans les activités rituelles, dans la gestion des tours de paroles.
- au niveau de l’ « ethos communicatif » et des valeurs culturelles, la prise en compte des variations dans la conception des rapports interpersonnels et leur incidence sur la forme des échanges (hiérarchie et formulation des ordres et instructions, respect du territoire et requêtes, manifestations linguistiques de l’affect etc…)

Langues objets et langues de présentation

Les interventions, en français ou en anglais, compareront le français à d’autres langues, notamment celles des pays voisins et du pourtour de la Méditerranée, ou bien compareront des variantes du français (par ex. le français de France et le français québécois).

Nature des données et approches possibles

La communication interculturelle suppose des échanges entre des participants qui interprètent leurs énoncés respectifs, ce qui a une incidence sur la nature des données qui peuvent être choisies : la dimension interactive doit être présente, sous une forme ou sous une autre. On privilégiera l’oral en face à face ou médié (téléphone, visioconférence) ou des formes interactives de l’écrit (emails, chats). On pourra également envisager des formes d’écrit entraînant des « réactions » ou des « conséquences » : lettres de motivation, réclamations, circulaires…

Parmi les différents types d’approches possibles pour l’analyse de ces données, on retiendra notamment :

- L’approche comparative (dite aussi « cross-culturelle ») : les locuteurs natifs sont observés « en parallèle » dans leurs langues maternelles respectives pour faire émerger les différences/similitudes dans les usages et attentes dans des interactions de type comparable (par exemple : conversation familière, séances de « briefing », échanges dans des petits commerces, échanges au guichet, débats télévisés, appels d’auditeurs dans les émissions radiophoniques etc…). Cette approche permet de mieux comprendre le fonctionnement des deux langues/cultures considérées et de faire des hypothèses sur les points potentiellement sensibles en situation interculturelle.
- L’approche interculturelle ou analyse des situations de contact : les échanges de locuteurs de deux langues/cultures différentes sont analysés en interaction. Cette approche permet de mettre en évidence certains obstacles à la communication exolingue, sources de malentendus ou de tensions interpersonnelles. Elle pose la question de l’interprétation et du lien avec les valeurs culturelles.
- L’approche « interlangue » : la performance de locuteurs en langue 2 est comparée à la performance native dans des contextes et des types d’interactions similaires. Cette approche met en évidence les interférences de la langue 1 sur la langue 2. Elle apporte des compléments d’information à l’approche interculturelle.

Dans tous les cas, il s’agit d’analyser la façon dont le linguistique et le culturel sont imbriqués dans les interactions verbales. Les contributeurs seront encouragés à dépasser le niveau purement descriptif et à envisager les implications théoriques et/ou pédagogiques des données analysées.

 

 

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