« Seul, au carrefour », Autour d’Emmanuel Roblès


Seul, au carrefour

Des plages ensoleillées d’Oran l’espagnole aux rencontres parisiennes faites sous le sceau de « Méditerranée », la collection qu’il avait fondée aux éditions du Seuil, l’existence d’Emmanuel Roblès, que vient survoler cette exposition, est faite de passions et d’amitiés solaires. Relisez d’abord Jeunes saisons et Saison violente, romans dans lesquels la jeunesse oranaise exprime sans même s’en rendre compte cette identité méditerranéenne dans l’outrance et cette espèce de désespoir caractéristique auquel Camus était terriblement sensible.

Puis ce sera Alger, l’école normale de Bouzareah, les premières amitiés avec ceux qu’avec condescen-dance on nomme les « instituteurs indigènes » : Mouloud Feraoun, El Boudali Safir ; les premières velléités d’écriture, au feu de la guerre d’Espagne si proche, si lointaine...

L’Algérie artistique et littéraire vit alors refermée sur elle-même et ses stéréotypes, à la fois patrie régionaliste des algérianistes et terre exotique des « écrivains pressés » venant d’Europe.

Camus, Charlot, Roblès : ils se découvrent trois, au tournant des années 1935, après que la célébration du Centenaire de la colonisation française en Algérie et à Paris l’Exposition universelle ont étalé avec faste toutes les contradictions et les limites du mirage colonial. Trois amis de la même génération ; trois qui ne sauraient se satisfaire de l’esthétique algérianiste – et ce sera le point de départ d’un grand rêve tourné vers la mer. Et pour la littérature locale une révolution.

Leur première revue, ils l’appelleront Rivages – et la guerre l’emportera comme une vague.Qu’importe, d’autres se sont déjà joints à eux : Jean Grenier, le maître de Camus ; Gabriel Audisio qui a déjà accompli sa Synthèse de la Méditerranée ; Jules Roy l’aviateur ; de Tunis, Jean Amrouche et son ami Armand Guibert, de Rabat, Henri Bosco et sa revue Aguedal... Afin de voguer plus aisément, ils construiront L’Arche et tous ensemble, les yeux tournés vers le grand large, ils feront ou ne feront pas l’École d’Alger. Malgré le contexte colonial, une belle fraternité d’âmes et diverses, « presque une réussite » commentera plus tard Jules Roy. Et avec elle viendra la consécration : celle des best-sellers et des prix littéraires, Goncourt, Fémina, Renaudot – et pour certains la gloire. À la fin de la guerre, avant même que ne disparaissent les éditions Charlot, ils sont tous à Paris, chez les plus grands éditeurs.

C’est alors que Roblès, après le succès conjoint de Montserrat et des Hauteurs de la Ville, crée la collection « Méditerranée », associant pendant près de quarante ans, au carrefour des cultures méditerranéennes, les auteurs maghrébins, espagnols, grecs, italiens et français.

Grand voyageur, Roblès ne cessa d’arpenter l’espace méditerranéen, de la Yougoslavie à l’Espagne et de Grèce en Calabre ou en Algérie où, chaque année, il reviendra à la date anniversaire de la mort de son ami Feraoun. À la poursuite de ce rêve perdu, à la recherche de ses « frères de soleil », en quête de son père, aussi, mort sans qu’il ait pu le connaître sur un chantier de construction de la grande ville blanche (Casablanca).

Tous ceux qui ont témoigné de son existence ont souligné sa passion pour les voyages, une certaine solitude, même au milieu du groupe. D’où vient que dans ses grandes fuites au bout du monde, ce solitaire a toujours su se trouver au moment propice au carrefour, à cet endroit improbable où devait se faire la rencontre capitale, celle de Feraoun ou de Camus, plus tard de Buñuel, de Che Guevara ou de Tahar Djaout ?

Guy DUGAS
Responsable du Fonds Roblès-Patrimoine méditerranéen – Université Paul-Valéry, Montpellier III

Autour d’Emmanuel Roblès

La Maison pour tous Paul-Émile-Victor organise trois évènements autour d’Emmanuel ROBLÈS, sur le thème du printemps des poètes « Lettera Amorosa ».

Mardi 6 mars 2007 à 14h30 Conférence

Isabelle la Catholique et Ferdinand d’Aragon

animée par Françoise PEZZIARDI
Conférence préambule à la pièce d’Emmanuel ROBLÈS Un Château en novembre

Mercredi 7 mars à 18h30 Vernissage de l’exposition

Emmanuel ROBLÈS : au carrefour des cultures méditerranéennes

Exposition présentée par Guy DUGAS, directeur scientifique du Fonds Roblès, université Paul-Valéry, Montpellier III, et Jacqueline MACEK-ROBLÈS, fille d’Emmanuel ROBLÈS.
Il s’agit d’une rétrospective de la vie d’Emmanuel Roblès, avec un point particulier sur ses pièces de théâtre, afin d’introduire sa pièce Un Château en novembre. Exposition visible du 8 au 23 mars 2007

Vendredi 9 mars 2007 à 20h30 Représentation

Un Château en novembre

Pièce d’Emmanuel ROBLÈS représentée par le Théâtre du Passant.
Mise en scène : Denise GAUJOUX
Interprètes : Delphine LAVAL (Jeanne), Amandine FISCHER (Maria), Apolline GUINE (Cristina), Denise GAUJOUX (La reine), Angélique BONNAL (Aïcha) , Jean-Luc CLÉMENT (Mgr Fonseca), Patrice GUIONNET (Diego) Entrée gratuite, sur réservation.

Maison pour tous Paul-Émile-Victor 1247 avenue du Professeur-Louis-Ravas 34080 Montpellier Téléphone : 04 99 58 13 58

 

 

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