L’École d’Alger et son rêve méditerranéen


Au printemps 1935, Henry de Montherlant, auteur célèbre, publie à Alger Il y a encore des paradis ; quelques semaines plus tard, paraît chez Gallimard Jeunesse de la Méditerranée, et l’année suivante ce sera Sel de la mer – l’un et l’autre de Gabriel Audisio, écrivain déjà reconnu. Prenant le contrepied des théories de la latinité chères aux écrivains coloniaux, ces trois essais montraient la mer intérieure comme une symbiose grandiose de systèmes et de religions diverses, de traditions et d’aspirations parfois contradictoires, de libertés et de contraintes dont on ne peut séparer les apports sous peine de « détruire l’ingénieux mécanisme de propositions et de compensations qui en assure l’équilibre depuis des siècles ».

Au même moment, à Alger, comme à Rabat et à Tunis, quelques jeunes entrent en écriture. Timidement d’abord et en ordre dispersé, ils s’en viennent consulter les anciens, Arthur Pellegrin, Louis Lecoq, Robert Randau, Sadia Lévy, avant de gagner en autonomie... À Alger, un petit noyau – de Fréminville, Camus, Charlot – s’est constitué autour de Jean Grenier, professeur de philosophie, auteur des Îles. On parle théâtre, peinture et littérature, et on songe à la création d’une revue. Quelques mois plus tard, deux Oranais, Henri Belamich et Emmanuel Roblès rejoindront ce groupe – et ce sera la fondation de Rivages, que la guerre emportera comme une vague.

À Tunis, Armand Guibert fait la connaissance de Jean Amrouche, berbère exilé. Avides de poésie et de grand large, ils s’entretiennent interminablement de peinture et littérature, et songent à la création d’une revue. Ce sera Mirages, puis les Cahiers de Barbarie, qui publieront Brauquier, Montherlant, Audisio...

À Rabat, Henri Bosco, professeur de Lettres ami de Jean Grenier, court Des sables à la mer et crée Aguedal, qui publiera Janon, Amrouche et Montherlant.

Entre ces différents groupes, Jules Roy – élève de Montherlant, ami de Guibert, d’Amrouche et de Brauquier – passe avec l’aisance d’un séminariste devenu aviateur.

Comment toutes ces énergies se fédérèrent-elles autour d’Edmond Charlot devenu éditeur, pour constituer l’École d’Alger ; et que reste-t-il de l’esprit qui anima ce groupe pendant un peu plus d’une décennie ? C’est ce qu’entend étudier ce colloque dont le point de départ se situe dans de précédentes rencontres autour des Méditerranées d’Albert Camus et dont les prolongements seront dans les célébrations du Centenaire Jules Roy et dans la valorisation des fonds littéraires méditerranéens recueillis à Montpellier, Limoges et Marseille.

Guy DUGAS
Président du comité d’organisation

 

 

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