Pourquoi et comment mesurer le développement humain ?

Lundi 12 juin 2006, Maison des Sciences de l’Homme de Montpellier.

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Depuis le début des années 1970, le Développement n’est plus considéré comme une trajectoire déterminée que chaque pays est appelé à emprunter dans des délais plus ou moins longs selon un schéma rostowien. Il est associé à l’amélioration des niveaux de vie, de santé, d’instruction et plus généralement du bien-être de l’ensemble de la population. Si le développement humain est une fin et la croissance économique, le moyen permettant de l’atteindre, il convient de se doter d’indicateurs de moyens et d’indicateurs de résultats susceptibles de le mesurer. Il appartient aux différentes sciences sociales de reforger leurs outils théoriques et méthodologiques.

Proposer un concept de richesse autre que celui de croissance du PIB conduit à élaborer des indicateurs tenant compte des nouveaux facteurs de richesse. Cette posture implique de ne plus se centrer sur la production matérielle pour mettre en évidence les nouveaux facteurs de la croissance économique dans le cadre de la Révolution Informationnelle. La mesure des produits, des résultats des biens immatériels (éducation, formation, santé publique, ...), se pose avec d’autant plus d’acuité que ces activités génèrent une part de plus en plus importante des richesses produites.

Les projets de Développement financés par le FMI et la Banque Mondiale font de ces activités immatérielles, des vecteurs potentiels de développement. Enfin, la révolution technologique en cours conforte la dimension nouvelle des savoirs et des connaissances dans l’économie. Aux mesures de l’effort éducatif et sanitaire (effectifs scolarisés, diplômés, taux de scolarisation, espérance de vie, équipements sanitaires), doivent se surajouter des indicateurs tendant à approcher le produit des biens immatériels. En quoi la mesure du produit de ces biens immatériels est-elle différente de celle d’une production matérielle ?

Refusant de considérer le PIB par habitant comme la référence exclusive, les instances internationales, en s’inspirant des travaux d’Amartya Sen, proposent depuis une quinzaine d’années des indicateurs de Développement centrés sur les Hommes pour les uns (indicateurs anthropologiques), sur la Nature, pour les autres (indicateurs écologiques), ou couplant les deux. Au-delà de la simple mesure des performances du marché, les indicateurs composites élaborés par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), (indicateur de développement humain [IDH], indicateur de pauvreté humaine [IPH], indicateur sexospécifique de développement humain et l’indicateur de la participation des femmes [IPF]) ambitionnent de placer l’Homme et la Nature au cœur du processus de Développement.

Cette démarche soulève de nombreuses questions. Peut-on confiner ces mesures à la seule fonction de classement et d’évaluation des performances des différentes entités nationales ? Le recours aux dépenses publiques d’éducation ou de soins à des fins comparatives ne bute-t-il pas sur l’hétérogénéité des niveaux de développement selon les pays ? Dans quelle mesure des indicateurs établis pour et par les pays les plus avancés sont-ils exploitables ? L’indicateur de bien-être économique de Lars Osberg et Andrew Sharpe, calculé pour le Canada est-il transposable aux pays en voie de développement ? Comment le concept de capital non tangible défini par J. W. Kendrick est-il transposable à d’autres cultures, comment intégrer par exemple l’apport des savoirs informels, les formes de médecine traditionnelle ?

Dans l’esprit qui préside à la MSH de Montpellier, il ne s’agit nullement de gommer les références disciplinaires, paradigmatiques et méthodologiques mais de mettre en commun des problématiques, des savoirs, des ressources documentaires pour que chacun trouve avantage à ces échanges. La présente « Journée de Recherche » ambitionne de répondre à quelques unes de ces questions. En se référant à divers paradigmes, en se focalisant sur des pays de niveau de développement fort différents, les chercheurs réunis dans le cadre de cette manifestation scientifique amèneront des outils pour mieux poser ce préalable conceptuel aux actions concrètes de développement.

Programme de la Journée de Recherche :

HorairesGrande Salle de la MSH-M
9h00-9h30 Introduction : Gérard Ghersi, directeur de la MSH-M et Marie-France Conus, LAMÉTA, Maître de Conférences, HDR, Université Montpellier III : présentation du programme de la journée
9h30-10h15 Emmanuelle Benicourt, économiste, ATER, Université du Littoral, Dunkerque : Les analyses du PNUD et de la Banque Mondiale sur la pauvreté et le développement : la place d’Amartya Sen.
10h15-11h00 Delphine Vallade, Maître de conférences, Université de Montpellier III : Vers un indicateur synthétique du développement des hommes ?
11h30-12h15 Jean-Louis Escudier, Chargé de recherche, CNRS, LAMÉTA, Université de Montpellier I : Élaboration et usage des indicateurs sanitaires et sociaux.
12h15-13h00 Christophe Evrard, Maître de conférences en géographie de la santé, Gester, Université de Montpellier III.
14h30-15h15 Nicolas Sirven, post-doc, Development School, Cambridge : Mesure du capital social et analyse de ses effets sur la pauvreté monétaire et le bien-être d’habitants de Madagascar - Social Capital, Poverty and Vulnerability in Madagascar .
15h15-16h00 Azzedine Bouslimani, docteur en économie, chargé de mission à l’Observatoire Régional de l’Emploi et de la Formation (Languedoc Roussillon) : Le développement éducatif comme indicateur de développement humain. Le cas de l’Algérie.
16h15-17h00 Vincent Carpentier, Lecturer in History of Education, Université de Londres : Développement éducatif et performances économiques en Royaume-Uni.
17h00-17h30 Bilan et perspectives de la journée

Contacts :

Marie-France Conus :
- conus lameta.univ-montp1.fr
- Tél. : (33) 04 67 15 83 31
- Fax : (33) 04 67 15 84 67

Jean-Louis Escudier :
- escudier lameta.univ-montp1.fr
- Tél. : (33) 04 67 15 83 21
- Fax : (33) 04 67 15 84 67

 

 

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