Les échanges technologisés : relations et interactions, en présence et à distance

Vendredi 31 mars 2006 de 9h à 18h, Maison des Sciences de l’Homme de Montpellier.


Journée d’études organisée par Praxiling, ICAR, UMR 5191 CNRS-Montpellier 3 et la Maison des Sciences de l’Homme de Montpellier.

En collaboration avec : France Télécom Recherche et Développement, Laboratoire Sociologie des Usages et du Traitement Statistique Ecole Nationale Supérieure des Télécommunications, Paris, Institut Eurecom, Nice Sophia Antipolis

La journée d’études a pour objectif de confronter des démarches interdisciplinaires de trois laboratoires qui interrogent les liens sociaux médiatisés au moyen d’échanges textuels, sonores et visuels. À partir de données audiovisuelles et textuelles les chercheurs exposeront leurs recherches actuelles concernant les sociologies des usages et de l’innovation, l’étude de l’organisation de l’interaction et les échanges écrits. Les apports des différents courants sociologiques et linguistiques seront confrontés à l’examen d’échanges synchrones et asynchrones rendus possibles par les usages de différents dispositifs technologiques. Seront présentés à la fois les résultats analytiques et les retombées applicatives de ces travaux. Les recherches présentées portent sur un large éventail de pratiques communicationnelles questionnées par des méthodologies variées. Elles interrogent toutes la capacité des individus et des groupes à communiquer et à travailler ensemble. Dans ce sens, les interventions de la journée marquent l’insertion de la recherche dans la société, portent un regard sur les pratiques d’échange et de coopération, scientifiques ou quotidiennes, participent à la réflexion menée au sein de la nouvelle Maison des Sciences de l’Homme de Montpellier.

Programme de la journée

HorairesGrande salle de la MSH-M
9h00 Ouverture par M. Gérard Ghersi Directeur de l’MSH de Montpellier et par M. Jacques Bres Directeur du Laboratoire Praxiling, ICAR
Modérateur de la matinée : Catherine Détrie
9h30 Valérie Beaudoin, France Telecom R&D, Laboratoire TECH/SUSI : Flux de la parole et défilé de l’écrit : tension dans la performance powerpoint
10h15 Chantal Charnet, Université Paul Valéry Montpellier III, Laboratoire Praxiling, ICAR, UMR 5191 CNRS-Montpellier 3 : Usages et usagers d’Espaces Numériques de Travail (ENT) : procédures de mise en scènes d’activités d’usage
11h15 Julia Velkovska, France Telecom R&D, Laboratoire TECH/SUSI : Produire le chat comme un média du direct. Sociologie de l’engagement dans l’écriture synchrone sur internet
12h00 Marc Relieu, Ecole Nationale Supérieure des Télécommunications / Institut Eurecom : Engagements et participation des enfants dans des conversations visiophoniques domestiques
Modérateur de l’après-midi : Bertrand Vérine
14h00 Christian Licoppe, Ecole Nationale Supérieure des Télécommunications / Institut Eurecom : Installer une audience à distance, par visioconférence. Premiers éléments de réflexion
14h45 Karine Lan Hing Ting, Université Paul Valéry Montpellier III, Laboratoire Praxiling, ICAR, UMR 5191 CNRS-Montpellier 3, Ecole Nationale Supérieure des Télécommunications / Institut Eurecom : Deux studios radiophoniques séparés par une vitre : une parole-eninteraction à visée collaborative entre les participants
15h45 Bertrand Horel, France Telecom R&D, Laboratoire TECH/SUSI : MMS : le choix des mots, le toc des photos ? Circulatio Interruptus
16h30 Julie Denouël, Université Paul Valéry Montpellier III, Laboratoire Praxiling, ICAR, UMR 5191 CNRS-Montpellier 3, France Telecom R&D, Laboratoire TECH/SUSI : Réflexivité entre technologie et interaction : la matérialisation des unités linguistiques dans des échanges sur messagerie instantanée
17h15 Bruno Bonu, Université Paul Valéry Montpellier III, Laboratoire Praxiling, ICAR, UMR 5191 CNRS-Montpellier 3, France Telecom R&D, Laboratoire TECH/SUSI : Présentation de prototypes lors de processus d’innovation : parole publique, explication, simulation

Résumé des Interventions

Valérie Beaudoin valerie.beaudoin rd.francetelecom.com
Flux de la parole et défilé de l’écrit : tension dans la performance powerpoint

Conçu initialement comme un support visuel accompagnant une présentation orale, le jeu de transparents tend à devenir un document à part entière autoporteur de sa signification, comme en témoigne son aisance à circuler entre les messageries électroniques ou à être publié sur le réseau. Cette double fonctionnalité (béquille à une présentation orale versus document autoporteur) crée des tensions très sensibles d’une part dans les présentations orales où l’alignement entre ce qui est dit et ce qui est écrit est une épreuve pour l’orateur comme pour l’auditoire et d’autre part dans la circulation des powerpoint sur les réseaux, où la perte de l’orateur crée des distorsions dans l’appréhension du sens. En s’appuyant sur une série d’observations ethnographiques de réunions et d’échanges autour de powerpoint, nous identifierons là où se jouent ces tensions ainsi que les efforts de réparation des acteurs.

Bruno Bonu bruno.bonu rd.francetelecom.com
Présentation de prototypes lors de processus d’innovation : parole publique, explication, simulation

Une présentation publique de prototype implique pour la personne ou le groupe qui produit la démonstration plusieurs possibilités et limitations interactionnelles. En fait, le locuteur doit sans cesse traiter et adapter constamment son action à différents domaines d’activité et de signification. Ces domaines sont pris en compte et rendus publics dans le comportement du locuteur en action de deux manières. Le premier ensemble de méthodes nécessaires à cette adaptation systématique concerne l’attention du public qui doit être attirée et maintenue. De plus, dans les cas de co-présentation le locuteur doit gérer la participation d’autres locuteurs. La seconde classe de méthodes se greffe sur la précédente et porte à la fois sur les explications nécessaires à la présentation ainsi que sur les simulations d’usages attendus que le participant peut accomplir respectivement « avec » un Espace Numérique de Travail universitaire, « sur » un simulateur de la taille de la vigne et « dans » un dispositif visiophonique qui relie deux espaces distants. Nous étudierons les formes séquentielles que le comportement du locuteur va mettre en place dans le passage de l’explication à la simulation par la prise en compte des dimensions spatiales du dispositif.

Chantal Charnet chantal.charnet univ-montp3.fr
Usages et usagers d’Espaces Numériques de Travail (ENT) : procédures de mise en scènes d’activités d’usage

Les Espaces Numériques de Travail (ENT) comme le précise le Schéma Directeur des ENT (2004) « fournissent à chaque usager un accès personnel à un ensemble de services en ligne » (13) ; chacun d’entre eux est adapté aux usagers auxquels ils s’adressent c’est-à-dire, toutes les catégories des acteurs universitaires. Aussi la mise en place des ENT demande aux concepteurs et aux formateurs d’anticiper les usages pour chacune de ces catégories. C’est pourquoi, nous nous proposons d’examiner le contexte et les modalités de production dans lequel sont observés quelques usages prévus pour certaines catégories d’usagers et d’analyser quelques procédures de mise en scène d’activités encore supposées. La méthodologie de recherche présentée dans cet exposé se fonde sur l’observation ethnographique de séquences d’activité enregistrées en contexte (Goodwin et Goodwin 1997 ; Heath et Luff 1995) dans les différentes étapes de conception et de mise en place du processus. Cette communication s’inscrit dans les recherches développées par le projet de recherche ENTICE : « Pratiques attendues et usages réels des environnements numériques dans la mise en œuvre et le déploiement de l’Université Numérique en Région Languedoc- Roussillon (UNRLR) » (http://recherche.univ-montp3.fr/entice)

Julie Denouël julie.denouel rd.francetelecom.com
Réflexivité entre technologie et interaction : la matérialisation des unités linguistiques dans des échanges sur messagerie instantanée

L’émergence croissante d’outils de communication témoigne d’un lien spécifique entre l’interaction sociale et l’utilisation de dispositifs techniques. Les logiciels de messagerie instantanée (MI) permettent ainsi à des personnes distantes d’interagir au moyen de canaux de communication multimodaux (textuel, audio, vidéo) et de créer des espaces d’interaction dyadique et synchrone alors que leurs espaces écologiques sont disjoints. Selon les orientations de l’analyse conversationnelle d’inspiration ethnométhodologique, je propose d’observer des échanges réalisés sur MI, et de voir comment les participants produisent et organisent leurs contributions textuelles en relation avec le design de l’interface technologique. Basée sur l’analyse d’enregistrements vidéo d’interactions domestiques en MI, cette étude vise à figurer l’accomplissement situé des interventions écrites. Je montrerai comment les interactants organisent syntaxiquement leurs énoncés en fonction de schémas conversationnels spécifiques et de la configuration spatiale de l’interface. La structuration des unités linguistiques révèle ainsi un rapport réflexif entre la progression interactionnelle et les espaces graphiques réservés aux items textuels. L’observation de ces données me permettra d’interroger le rôle interactionnel de l’interface dans les échanges, et la matérialité des unités linguistiques dans des situations de communication technologisées.

Bertrand Horel bertrand.horel rd.francetelecom.com
MMS : le choix des mots, le toc des photos ? Circulatio Interruptus

La complexité intersémiotique et intermédiatique qui régit le MMS (message multimédia mobile) dans son fonctionnement et sa circulation auprès des utilisateurs, offre une occasion inédite de confronter les outils sémio-linguistiques aux théories des Sciences de l’Information et de la Communication. En effet, le MMS s’inscrit autant dans la métamorphose médiatique de la photographie (amorcée avec le numérique), propulsant ainsi la production de MMS dans la sphère de l’amateurisme créatif, que dans la logique de l’interaction communicationnelle médiatisée asynchrone. Une approche par les contenus réellement échangés (image et texte) et par l’analyse vidéo des données contextuelles de rédaction des MMS autorise-t-elle la mise en exergue de prédilections sémiotiques individuelles dans les échanges d’images mobiles ? Dans quelle mesure la morphologie des terminaux intervient-elle dans la trivialité des photos recueillies et la pauvreté des échanges observés ?

Karine Lan Hing Ting karine.lan-hing-ting eurecom.fr
Deux studios radiophoniques séparés par une vitre : une parole-en-interaction à visée collaborative entre les participants

La vitre séparant les studios de production et de diffusion, limite l’accès sonore mais permet l’accès visuel entre les participants sur leur lieu de travail. De ce constat, j’ai analysé dans le détail de l’interaction in vivo, les ressources linguistiques, gestuelles, manipulatoires, écrites et technologiques des acteurs. Interroger l’organisation du parler-en-interaction est primordiale pour comprendre les activités sociales réelles. J’explore par une approche conversationnelle d’inspiration ethnométhodologique les multiples façons dont la technologie peut avoir un effet (ou une influence) sur nos pratiques ordinaires de communication. J’ai donc centré ma recherche, en m’inspirant des Workplace Studies, sur l’aspect collaboratif et coordonné de l’organisation sociale du travail dans un environnement technologisé. Tout en considérant la part de parole publique diffusée en conditions de direct, je me suis d’abord intéressé au côté « coulisse » de la radio plutôt qu’à son aspect « avant-scène ». Cet article vise à rendre visible la frontière perméable entre le travail individuel et le travail collaboratif. Par une analyse d’un corpus d’enregistrements vidéo et d’observations ethnographiques, je questionne les deux aspects, à la fois de « talk as work » et de « talk at work », dans un media parlé, entre collègues en situation de travail.

Christian Licoppe christian.licoppe enst.fr
Installer une audience à distance, par visioconférence.

Premiers éléments de réflexion Cette communication a pour but d’étudier des séquences vidéo montrant les procédures pratiques par lesquelles les acteurs de la Justice collaborent pour installer les audiences, dans des situations où les participants occupent des lieux différents et sont reliés par un système de vidéoconférence. On comparera cette situation aux ouvertures d’audience en co-présence, dans un prétoire, marquées par une forte ritualisation et centrées sur l’utilisation quasi-systématique d’un des actes de langage les plus paradigmatiques au sens d’Austin : « l’audience est ouverte » ou « je déclare l’audience ouverte ».

Marc Relieu relieu enst.fr
Engagements et participation des enfants dans des conversations visiophoniques domestiques

En nous basant sur l’examen de fragments issus d’un corpus de conversations visiophoniques domestiques sur téléviseurs, nous proposons d’étudier les modes d’engagement et de désengagement des enfants durant les appels. En effet, l’étude de ces participations permet de caractériser les potentialités conversationnelles issues de la dimension visuelle de ces appels. Au cours de ces échanges, initiés et dirigés par les adultes, il est fréquent que des enfants apparaissent ou disparaissent du champ. On distinguera quatre cas de figure, selon que la famille entière se rassemble dès le début de l’appel, que les parents s’efforcent de faire parler leurs enfants, que ceux-ci prennent l’initiative de participer à la conversation, ou bien que les locuteurs distants les interpellent directement.

Julia Velkovska julia.velkovska rd.francetelecom.com
Produire le chat comme un média du direct.

Sociologie de l’engagement dans l’écriture synchrone sur internet La plupart des études récentes qualifient les chats (échanges écrits et synchrones) négativement, par ce qu’ils ne sont pas. Ils sont présentés comme un média « pauvre » par rapport à la conversation en face à face et sont souvent considérés comme des bavardages futiles comparativement aux échanges structurés thématiquement. Ces démarches comparatives et discriminantes occultent les activités des participants qui, par l’envoi des messages, s’engagent à manifester leur présence, à maintenir le rythme, à passer un moment ensemble, à construire des liens. L’approche procédurale mise en œuvre dans ma recherche caractérise le chat positivement au double sens de ce terme. D’une part, elle montre ce que les participants font, ainsi que les manières dont ils le font. D’autre part, elle souligne que leur engagement ne s’accomplit pas par opposition à d’autres formes de communication : en dépit de l’évanescence des contenus, le chat suscite des engagements intenses, observables à la fois dans le rythme des activités à l’écran et dans les descriptions produites dans les entretiens menés avec des chatteurs. Le chat apparaît ainsi comme une communication phatique produite par l’écriture électronique synchrone dont l’analyse ne peut pas reposer sur les seuls contenus échangés. La question « de quoi parlent-ils » est donc impertinente pour les chats. Par contre, il est possible de se demander « comment font-ils pour parler » afin d’élucider comment ces activités de communication routinières engagent leurs participants. Cette recherche montre que pour rendre compte des interactions électroniques (synchrones, mais aussi asynchrones) il convient de les décrire indépendamment de modèles idéaux (tels que les échanges thématiquement structurés et la conversation en face à face), par rapport auxquels elles feraient figure de modes de communication appauvris. Il en ressort que la communication sur internet ne se réduit pas à l’échange de contenus. En conséquence, les méthodes d’analyse de contenu manquent la dimension centrale de cette pratique : sa structure temporelle. Plus largement, la démarche praxéologique suivie au cours de cette enquête indique que les pratiques de communication et la consommation des médias ne peuvent pas être élucidées de manière satisfaisante par la seule analyse des contenus échangés. Pour en rendre compte, il convient de s’intéresser aux activités des participants, en tant qu’elles déterminent des situations, c’est-à-dire qu’elles proposent d’entretenir un rapport particulier aux contenus, aux protagonistes de l’échange et aux outils de communication.

CNRS       

 

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