Connexions entre le néo-chamanisme et le néo-druidisme contemporains. Étude en anthropologie/ethnologie comparée.

Danièle Vazeilles

Basé sur des recherches de terrain sur le chamanisme des Amérindiens, des analyses d’écrits de néo-chamanes, « new agers » et néo-druides, de textes médiévaux et d’ouvrages de spécialistes des mondes celtes, cet article montre que New Age et néo-paganisme reprennent à leur compte maintes idées des sociétés animistes et chamaniques. Des auteurs Sioux Lakotas ont adopté les croyances holistiques de la mouvance magico-ésotérique, avec des emprunts à des « connaissances spirituelles des anciens Celtes et de leurs druides ». Chamanes et druides modernes cherchent à traduire en termes modernes des notions « étrangères » pour les transmettre aux générations futures. Ils innovent en réactualisant les connaissances ancestrales pour en développer les aspects « psychothérapeutiques ». Leurs activités spirituelles démontrent le dynamisme des traditions chamaniques et païennes dans le monde moderne.

Chamanisme amérindien, Néo-chamanisme, « chamanisme celtique », néo-druidisme, néo-paganisme, quêtes spirituelles, anthropologie comparative, dynamisme des traditions et figures mythiques.

L’Anthropologie « vise à une connaissance globale de l’homme embrassant son sujet dans toute son extension historique et géographique ; aspirant à une connaissance applicable à l’ensemble du développement humain depuis les hominidés jusqu’aux races modernes, tendant à des conclusions valables pour toutes les sociétés humaines… depuis la grande ville jusqu’à la toute petite tribu mélanésienne. » C. Lévi-Strauss, Anthropologie structurale, 1958, p. 388.

Les chamanes traditionnels disent œuvrer pour le bien être et la continuité de leur communauté au moyen de dialogues avec les entités « surnaturelles », qu’ils obligeraient parfois à leur obéir. Le monde « chamanique » est conçu comme formant un continuum espace-temps aux frontières floues entre les espèces et les « différentes réalités ». Depuis les années 1970 [1], j’étudie les Indiens des Plaines, tout particulièrement les Sioux Lakotas des réserves, avec des terrains plus courts auprès d’autres Amérindiens dans les réserves et chez les « Indiens des villes ». De précédentes enquêtes (1984 à 1996) portaient en particulier sur les transformations du chamanisme dit traditionnel pour l’adapter quelque peu au monde contemporain. Des spécialistes du chamanisme, dont l’anthropologue Roberte Hamayon [2], ont souligné les facultés adaptatives du chamanisme qui lui ont permis de survivre à travers les siècles tout en gardant une structure relativement semblable et de nombreux thèmes communs d’une culture à l’autre, de l’Europe du Nord, à l’Asie centrale, à la Sibérie et au continent américain. Certains spécialistes préfèrent d’ailleurs parler de « chamanismes » au pluriel pour souligner son unité et la diversité de ses manifestations culturelles. N’en est-il pas de même pour le christianisme ?
À l’opposé, dans les pays occidentaux, les pratiques dites « chamaniques » des adeptes occidentaux sont centrées sur le mieux-être de l’individu et prétendent que chaque être humain peut apprendre à « chamaniser ». Depuis une quinzaine d’années, chez des Amérindiens et chez les « new agers  » étasuniens, j’étudie ces pratiques devenues une mode entraînant un « tourisme chamanique ». J’ai montré que « New Age » et néo-paganisme reprennent à leur compte maintes idées et notions des sociétés de type chamanique et animiste [3].
Par ailleurs, des auteurs Sioux Lakotas ont adopté les croyances holistiques et universalisantes de la mouvance magico-ésotérique, ici appelée New Age à la suite de spécialistes anglo-saxons. Dans les écrits de ces Indiens, on remarque d’importants passages traitant « des connaissances spirituelles des anciens Celtes et de leurs druides ». Pourquoi les « Celtes » ? Des néo-chamanes amérindiens rencontrent des « druides contemporains » lors de conférences et de cérémonies. La musique celtique accompagne beaucoup de films contemporains, de la dernière version du Dernier des Mohicans, aux Seigneurs des Anneaux et à Braveheart. Ces films ont connu un certain succès chez les Sioux, dont certains possèdent un nombre important de CD de musique celtique, qu’ils entendent aussi sur les ondes.
Dans les villes, des observations de terrain portant sur boutiques et objets variés, arts, festivals et conférences inspirés par la mouvance ésotérique-mystique, sont aussi importantes que les enquêtes orales. Une large part de travail a aussi été consacrée à l’analyse d’ouvrages écrits par des néo-chamanes, des « new agers  » et des néo-païens (néo-druides et wiccans [4]) ; ainsi qu’à la lecture de traductions, en langues anglaise et française, de textes médiévaux, des mythes, légendes et contes des populations celtiques [5], et aussi des travaux de recherches scientifiques de linguistes [6], médiévistes, historiens et archéologues spécialistes des mondes celtiques [7].
Mon propos montrera ces connexions entre chamanisme amérindien, néo-chamanisme et néo-druidisme, et que certaines formes du druidisme contemporain sont inspirées par des néo-chamanes et par de véritables chamanes amérindiens. Nous essaierons de montrer que ce « renouveau du chamanisme » en Occident, que nous qualifierons de néo-chamanisme à la suite de plusieurs spécialistes, ainsi que le « chamanisme celtique » et d’autres formes symboliques « druidiques » inspirées par le néo-chamanisme s’inscrivent aujourd’hui dans la mouvance ésotérico-mystique et du renouveau du paganisme, deux aspects d’un phénomène devenu quasi planétaire. Ces « quêteurs de vie » (c’est un de leurs qualificatifs) s’efforcent de « récupérer » pour les transmettre des croyances oubliées, de traduire en termes modernes des concepts et notions « étrangères ». Ils innovent en « recontextualisant » les connaissances de type chamanique et druidique pour se construire des recompositions identitaires alternatives et aussi pour en utiliser les aspects et les techniques « psychothérapeutiques » et écologistes pour guérir les humains et « sauver la planète  », sauver la diversité culturelle et la biodiversité.

I - CHAMANISMES ET NÉO-CHAMANISMES « AMÉRINDIENS »

1) « Revification » des rituels chamaniques traditionnels chez les Amérindiens : Réponse à l’acculturation et à la perte d’identité culturelle

En Amérique du Nord, depuis une cinquantaine d’années, on constate une revivification des pratiques et croyances chamaniques des peuples autochtones amérindiens. Après la Seconde Guerre mondiale, la médecine moderne n’a pas su guérir les soldats indiens déboussolés par le choc culturel dû à la guerre, mais aussi par la rencontre avec le reste du monde. Ils se sont alors adressés aux chamanes et autres guérisseurs de leurs peuples [8]. Dans les années « 1970 », les Indiens Sioux refusaient de parler ouvertement des anciennes traditions, dont certains soulignaient le caractère « archaïque ». Seule la « Danse du Soleil », la grande cérémonie annuelle des Indiens des Plaines, était officiellement pratiquée. Aujourd’hui, les pratiques rituelles et les croyances de type traditionnel sont encore importantes pour de nombreux Amérindiens même s’ils sont christianisés.
Il s’agit pour les Indiens traditionalistes des réserves et des villes de répondre au désordre psychique et social résultant des politiques d’assimilation et d’intégration forcées pratiquées par les divers gouvernements des Etats-Unis et du Canada. Par ailleurs, les crises internationales, et les guerres (Corée, Vietnam, Golfe), confirment les traditionalistes dans leurs efforts pour résoudre les problèmes socio-économiques, politiques et psychologiques en cherchant des solutions dans leurs traditions ancestrales toujours pratiquées dans les réserves indiennes de l’Ouest américain.
Dirigés par des chamanes reconnus par les Indiens, les rituels collectifs (Danse du Soleil / Sundance, « purification par la vapeur d’eau » ou sweatlodge, séances de guérison yuwipi, par les pierres sacrées) connaissent un regain important depuis les années « 1950 ». J’ai montré qu’il est plus facile, pour des hommes et des femmes des XXe et XXIe siècles, de se laisser emporter dans un état de conscience altérée en compagnie des autres, l’émotion collective s’ajoutant à l’autosuggestion individuelle, que d’affronter par une ascèse personnelle les « Esprits de l’Autre Réalité  ». Seuls les candidats chamanes s’engagent individuellement dans les rituels « d’implorations pour une vision » (vision quest, hanbelacya). Selon les Indiens, les pratiques chamaniques (spirit meetings, shaking tent) permettent de « maintenir ouvertes les portes de communication avec l’Autre Réalité » (Vazeilles, 1984, 1996).

2) Du chamanisme au néo-chamanisme et au New Age

- Métissage culturel dans les réserves, mode néo-chamanique et « new agers » blancs. Dès l’arrivée des Européens en Amérique du Nord, il y a toujours eu des « Blancs » (Whites) vivant avec les Indiens, et les métis représentent plus de la moitié des Indiens. En Amérique du Nord et en Europe, des passionnés des Amérindiens, des « indianistes » (Indian hobbyists) cherchent à reconstruire la vie matérielle des Indiens, « à vivre en Indiens » de manière périodique pendant les vacances. Au long de ces quelque trente années, j’ai constaté l’engouement de nombreux Blancs qui veulent participer à des rituels « traditionnels » (Sweatlodge, Danse du Soleil, etc.).
Dans les années « 1970/80 », on parlait beaucoup dans les plaines des premiers ouvrages de Carlos Castaneda et de l’œuvre de J. R. Tolkien. Dans les villes, on commençait à trouver des boutiques et autres lieux de rencontres (librairies, restaurants végétariens, nourritures écologiques) présentant des objets, ouvrages, bijoux portant sur des thèmes ésotériques et occultistes, sur le mouvement dit du « développement du potentiel humain ou DPH » typique du New Age [9] ainsi que des objets d’inspiration amérindienne.
Dès les années « 1990 », les influences du « New Age » ont commencé à se faire sentir dans les réserves, qui connaissent toujours un certain décalage par rapport au reste des USA. On a commencé à rencontrer, dans des lieux de cultes indiens situés dans des parcs régionaux, tel le parc de la montagne Bear Butte au South Dakota, des groupes de « new agers  » non-indiens, « Blancs » pour la plupart. Ces personnes venaient pratiquer des rituels mélangeant des pratiques new age, néo-païennes et d’inspiration amérindienne au moment même où se déroulaient quelques mètres plus loin des rituels chamaniques des Indiens des Plaines. Au début discrète, leur présence est de plus en plus difficilement tolérée. Dans plusieurs réserves, certaines cérémonies, dont la Danse du Soleil, ont été à nouveau fermées à ces envahisseurs d’un autre genre que les colons et les pionniers du XIXe siècle.

- L’écriture et les Indiens : confrontations identitaires et culturelles.
Des Indiens d’Amérique du Nord ont pris la plume depuis plus de deux cents ans. Les romanciers contemporains, comme leurs précurseurs, dénoncent la colonisation brutale, le génocide et l’ethnocide, dont les Amérindiens ont été victimes depuis plus de quatre cents ans. Depuis la fin du XIXe siècle, des ethnologues ont écrit de nombreux ouvrages sur les Amérindiens, dont des biographies de chamanes [10] ; certains chercheurs ont fait participer assez directement les chamanes à l’élaboration de ces biographies.
Et aujourd’hui, on trouve de nombreux ouvrages « autobiographiques » et des essais discutant de la spiritualité des Amérindiens. De quoi s’agit-il ? D’une mode ethnique et chamanique ? Le chamanisme de ces « chamanes amérindiens » contemporains est-il toujours de type « traditionnel » ? Pour certains des ouvrages proposés, on peut se demander qui parle ou qui écrit, et sur qui et de quoi ? Dans des travaux précédents, j’ai étudié des ouvrages décrivant des expériences « chamaniques nouvelle vague » dont quelques exemples seront brièvement donnés [11].

3) Exemples de néo-chamanes et
new agers « amérindiens »

Depuis plus d’une vingtaine d’années, on assiste, dans plusieurs pays européens, à la venue d’Indiens nord-américains qui se présentent comme étant des medicine men, des voyants-guérisseurs ou des chamanes. Ces medicine men travaillent avec des équipes de psychothérapeutes américains et européens [12]. Nous en donnerons deux exemples.

- Archie Fire Lame Deer, «  medicine man sioux ». Archie Fire Lame Deer [13] se présente comme étant le fils du chamane sioux John Fire Lame Deer, Tahca Ushte [14] de son nom indien, un chamane reconnu par les Sioux. Venu pour la première fois en France en 1982, Archie Fire s’explique volontiers sur sa démarche que nous résumons ainsi :

- Les sociétés amérindiennes sont des sociétés ouvertes, dont les valeurs primordiales sont le respect, l’amour-propre, l’humilité et la compréhension des Autres, conçus comme des personnes dignes de participer aux échanges intercommunautaires.
- La conception du monde des Amérindiens est positive et active : nous sommes dans un cycle de vie, il n’y a pas de mort, seulement un changement de monde, un autre lieu, un autre cercle.
- Les Indiens ne se sont jamais écartés de la voie traditionnelle et n’ont jamais adopté le système dominant.
- Les Indiens savent qu’il a existé en Occident une ancienne tradition similaire à la leur, celle des Celtes ; ils essayent de nous en faire ressouvenir
Des principes et croyances que l’on retrouve chez beaucoup de néo-chamanes amérindiens, et de new agers. Archie Fire est connu surtout des non-Indiens dans les villes américaines et européennes. Il est contesté par les Sioux des réserves.
Nous allons donner un exemple d’un Sioux inspiré par le New Age, moins contesté qu’Archie Fire, mais dont les « innovations » étonnent les rares Lakotas qui l’ont lu.

- Ed Mc Gaa, auteur « New Age ». Ed McGaa dit Eagle Man, écrivain Sioux Oglala et ceremonial leader, ne se présente ni comme medicine man, ni comme chamane (holy man). Il a participé à de nombreuses cérémonies de type chamanique, dont plusieurs « Danses du Soleil ». Deux ouvrages, Mother Earth Spirituality (1990) et Rainbow Tribe (1992), se situent dans la mouvance « New Age » (dite aussi Rainbow people) plutôt que néo-chamanique, avec un discours résolument écologique et spirituel, plus que mystique et ésotérique.
Ses ouvrages font référence aux biographies de « véritables » chamanes sioux (Nicolas Black Elk et Frank Fools Crow), à des ouvrages d’anthropologues spécialistes des Sioux, ainsi qu’à de nombreux auteurs de la mouvance New Age, dont des auteurs s’autoproclament « Amérindiens et chamanes [15] ». Par exemple, il mentionne une « soeur adoptive Jamie Sams, de descendance iroquoise et choctaw  », qui aurait reçu une « formation en médecine dans les traditions sénèque, maya, aztèque et choctaw ». Un mélange culturel cher aux new agers. Avec un « Indien d’origine choctaw  », David Carson, elle a conçu un « jeu amérindien de cartes divinatoires  ». Or, une telle pratique divinatoire était inconnue des Amérindiens du Nord. Ce jeu de cartes s’inspire des tarots égyptiens, tout en étant décoré de soi-disant « animaux chamaniques, animaux totems des Indiens d’Amérique du Nord  ».
Mc Gaa est un des Amérindiens qui se réfèrent « à la sagesse des Celtes » : il cite, par exemple, Philip Carr-Gomm, un druide contemporain, dont nous parlerons plus loin. Contrairement à d’autres essayistes ésotériques, McGaa s’efforce de ne pas trop simplifier la spiritualité des Sioux, et de rendre compte de la complexité des rituels et de la pensée symbolique qui les sous-tendent. Pour que le grand public apprenne à aimer et comprenne les pratiques, croyances et cérémonies des Sioux, il explique qu’il les a transcrites en « langage moderne  ». Je rajouterai dans les styles « New Age » et néo-chamanique, agrémentés de nombreuses comparaisons avec des ésotérismes d’ailleurs, dont les « anciens Celtes ».

4) Le « chamanisme amérindien » à la mode


- Succès de ce « chamanisme amérindien ». En Amérique du Nord comme en Europe et en France, on « découvre » des personnes qui s’autoproclament « chamanes » et pratiquent, disent-ils, un « chamanisme à l’amérindienne [16] ». Certains se donnent des surnoms indiens et affirment avoir été les élèves de tel ou tels « chamanes amérindiens  ». Les enseignements de ces « spécialistes », indiens ou non-indiens, touchent un large public pour la plupart non-indien, tant euro-américain qu’européen, toujours prêt à dépenser de l’argent pour bénéficier de ces enseignements exotiques perçus comme étant salvateurs (Perrin, 1991 ; Vazeilles, 1990, 2003).
La mode de ce « chamanisme amérindien » se retrouve dans des boutiques spécialisées dans ce marché du magico-religieux (ésotérisme, occultisme, magie wicca, astrologie, vaudou…). Il s’agit de « stages de chamanisme » et d’ateliers proposant des rituels empruntés aux Indiens : « séances de prières » dans la hutte à sudation, voire même « danses du soleil », « quêtes de visions », etc. Textes et stages présentent des rituels souvent assez dénaturés car résumés de manière assez simpliste. Ces soi-disant rituels amérindiens peuvent être adaptés à « d’anciennes connaissances locales » si, par exemple, les stages se déroulent aux alentours d’un dolmen, en Bretagne ou dans l’Hérault [17] .
Des boutiques proposent des objets présentés comme étant empruntés aux chamanismes amérindiens : calumets en catlinite [18], « tabacs amérindiens kinnikinnik », etc., des « cartes-médecine » ou « jeux de tarot amérindien  » représentant les « boucliers de médecine » et les « animaux-pouvoirs » et permettant de découvrir son « animal-totem ». Les Amérindiens vendent des objets inspirés par leurs traditions, mais très rarement des objets considérés comme « sacrés ».

- Dénonciations du néo-chamanisme à l’amérindienne. Cette exploitation commerciale des pratiques religieuses amérindiennes, à travers ouvrages, stages de néo-chamanisme, vente d’« objets de pouvoirs divinatoires », a été dénoncée à plusieurs reprises par de nombreuses tribus et organisations indiennes et des anthropologues. Des anthropologues ont fait remarquer que ces « néo-chamanes » agissent quelque peu en « vampires » face aux cultures et traditions anciennes, dont ils nient l’originalité et les valeurs, puisqu’ils les expliquent en empruntant les valeurs et croyances ésotériques occidentales. S’emparer de manière aussi réductrice des pratiques chamaniques des peuples indigènes pourrait être une nouvelle preuve de non-respect face à ces populations toujours opprimées, dont beaucoup vivent encore dans la misère face à l’indifférence du reste du monde. Ces peuples sont eux aussi engagés dans la modernité ; dès qu’ils le peuvent, ils adoptent les biens matériels et les techniques du monde moderne. Va-t-on leur prendre leur religion, la seule chose qui leur reste pour lutter efficacement contre l’ethnocide [19] ?
Des représentants de certaines tribus, des associations et des journalistes amérindiens ont dénoncé cette exploitation commerciale des différentes religions amérindiennes à travers ces ouvrages, ces stages de néo-chamanisme, ces « objets de pouvoirs divinatoires » en vente dans les boutiques. Des problèmes [20] peuvent se poser et se passer quand on exporte en terre étrangère des pratiques cérémonielles appartenant à des ethnies et des cultures localisées dans un espace géographique déterminé. Ces problèmes ont été perçus, dès les années 1980, par de nombreux chamanes reconnus des Réserves indiennes de l’Amérique du Nord et en particulier par l’association dite « Cercle des Anciens » (Elders Circle). Des guides spirituels des Réserves ont exposé leurs préoccupations dans plusieurs articles parus dans des journaux indiens [21]. Ils ont émis de sérieuses réserves en ce qui concerne, par exemple : A. Fire Lame Deer « qui n’est en aucun cas mandaté, ni par l’AIM (American Indian Movement), ni par la Nation Sioux  » ; « l’enseignement de la Roue de la Médecine », dont nous parlerons plus loin ... Le journal des Sioux Lakotas, le Lakota Times, a publié, depuis 1991, une série d’articles dénonçant ces pratiques qui dénaturent les croyances et pratiques des Indiens d’Amérique du Nord. En 1993, des Indiens Sioux réunis au Parliament of the World’s Religions à Chicago ont lancé une « Declaration of War Against Exploiters of Lakota Spirituality [22] ». Leurs conclusions sont sévères : après avoir volé leurs terres, avoir nié les croyances, voilà que les « Blancs » veulent en déposséder les Indiens, une nouvelle forme perverse de colonialisme (Vazeilles, 1996, 2001, 2003).
Ainsi, l’indianité et la légitimité de néo-chamanes s’autoproclamant « chamanes amérindiens » sont contestées par les Amérindiens eux-mêmes. Des auteurs amérindiens néo-chamanes et new agers (A. Fire, McGaa) présentent leurs théories en proclamant qu’elles sont conformes aux croyances traditionnelles de leurs ancêtres. Les rares indiens qui les ont lues, s’étonnent de leurs nombreuses innovations. De notre côté, j’ai montré (2002, 2003) que ces auteurs « néo-chamanes » empruntent, à doses massives, aux ésotérismes européens. Plusieurs expliquent, par exemple, que les Amérindiens du Nord sont originaires de l’Atlantide et ceux de l’Amérique du Sud du continent Mu, ces deux « continents perdus » légendaires chers aux ésotéristes et occultistes. L’idéologie chamanique de type traditionnel ne se retrouve plus dans ces travaux qui, en fait, illustrent et se fondent dans la mouvance mystique et ésotérique de notre époque.

5) Interprétation comparative des chamanismes et néo-chamanismes

- Revivalisme du chamanisme des autochtones et transmission culturelle. D’une part, dans des études précédentes (1996), j’ai souligné que le renouveau du chamanisme organisé par les peuples autochtones, à la fois dans les réserves et dans les centres indiens (Indian Centers) des grandes villes américaines, relance la transmission intergénérationnelle et réaffirme leur identité culturelle. Il a pour principale raison d’être au service de la santé mentale et de la survie culturelle des peuples indiens et de bien d’autres minorités culturelles des États-nations.
En ce qui concerne les biographies de chamanes amérindiens et autres ouvrages écrits par des anthropologues spécialistes de ces peuples, on peut parler de traduction et d’interprétation anthropologique du chamanisme. Le chamane Nicolas Black Elk a consenti à répondre aux questions des anthropologues parce qu’il voulait que son savoir soit transmis aux générations futures de la meilleure manière, à travers des descriptions de ses expériences « sacrées » et des explications fournies par ses soins et transcrites par les anthropologues.

- Succès des ouvrages « New Age » auprès des Amérindiens. Par ailleurs, des ouvrages néo-chamaniques et « New Age » connaissent un certain succès auprès des rares lecteurs amérindiens que j’ai pu interroger. Ceux qui ont aimé ces livres sont unanimes. Mes informateurs m’ont expliqué que ces « témoignages » ont changé leur vie, car ils présentent une vision optimiste d’un monde dans lequel coexiste l’harmonie du physique et du spirituel. Un monde où, malgré l’existence de différentes langues, coutumes, histoire, croyances, statuts économiques et sociaux, on peut se comprendre et réaliser que l’on forme un ensemble cohérent d’hommes et de femmes partageant des savoirs et des connaissances essentielles au développement du bien être des êtres humains. Les lecteurs sioux pensent que ces écrits participent à la transmission des croyances de leurs ancêtres. Ils ont été fiers « d’apprendre » que les Amérindiens et les Aborigènes australiens se souviendraient des techniques pour rétablir cette « harmonie cosmique  », alors que les Occidentaux les auraient oubliées [23]. Ils voient mal qu’il s’agit aussi d’une sorte de propagande, à travers les réseaux de la mouvance « New Age » (Internet, conférences, boutiques, festivals néo-païens), pour convertir des lecteurs (indiens et surtout non-indiens) à un nouveau système de croyance.

- Attrait du néo-chamanisme et du New Age. Les néo-chamanes et les New Agers sont optimistes. Ils affirment que « la solution est simplepartageons les connaissances de l’humanité, même les plus secrètes, et tous ensemble, devenus des hommes nouveaux, les Enfants du Verseau, sauvons la Planète [24] ».
Certes, certains des néo-chamanes et New Agers veulent sans doute se faire connaître pour gagner de l’argent en exploitant, d’une part les savoirs traditionnels et religieux des « véritables » Indiens et, d’autre part, l’engouement et la crédulité de leurs « patients » non-indiens pour des pratiques mystérieuses, présentées comme étant typiquement « chamaniques et issues de la Sagesse des Anciens, des fils de la Terre-Mère  ». Mais pour d’autres auteurs et praticiens, il s’agit de partager sincèrement des expériences émotionnelles fortes avec le maximum de personnes. Les ouvrages des néo-chamanes inspirés par les Amérindiens sont quelque peu des œuvres de propagande qui visent à ramener des Indiens chrétiens vers les croyances chamaniques de leurs ancêtres. Ils expriment aussi un désir certain de transmettre et de transcrire des versions simplifiées et « modernisées » de la spiritualité des Amérindiens. Face à un public de non-Indiens, il s’agit aussi d’attirer de nouveaux adeptes. La circulation des informations sur les stages et séances « new age » et « néo-chamaniques » se fait à travers le réseau tentaculaire de la mouvance mystique-ésotérique, New age et néo-païenne (voie orale, petits magazines d’information distribués gratuitement dans quasiment toutes les grandes librairies, sites Internet).
Le néo-chamanisme et New Age proposent des systèmes dynamiques de type holiste. Ils disent participer à la sauvegarde et à la transmission des croyances et pratiques rituelles et culturelles de nombreux peuples « premiers ». Ces ouvrages proposent une problématique moderne : « développer le potentiel humain et sauver la planète  » annoncée clairement (1980) par Marilyn Ferguson, une des fondatrices du New Age. Les aspects religieux deviennent du magico-religieux, l’écologie est en fait une écologie des profondeurs, centrée autour de la Terre-Mère et de ses cohortes d’esprits des espaces terrestres et célestes. Tout pivote autour de l’individu et de son bien-être. Chacun fait appel aux formes symboliques et aux récits mythologiques, empruntés à maints systèmes culturels contemporains ou du passé, qu’il récupère pour en faire une présentation pour des usages qui lui conviennent.

- Envergure internationale et contextualisation des mythes. Les « travaux » des néo-chamanes amérindiens et non-indiens (c’est ainsi qu’ils parlent de leurs œuvres et de leurs applications psychothérapeutiques et écologiques) démontrent une volonté certaine de faire vivre les « traditions chamaniques  ». Ils s’efforcent de rénover des thèmes et des figures mythiques et de les retranscrire en style moderne pour qu’ils soient compris par les Indiens d’aujourd’hui et par des non-Indiens, tous « citoyens de la planète Terre  ». On assiste sur une scène quasi internationale, à des recompositions innovantes des pratiques et croyances chamaniques.
Ainsi, on pourrait adopter une autre perspective anthropologique moins critique que celle du notre paragraphe « Dénonciations… », et dire que ce nouveau ressourcement religieux et identitaire de type chamanique pourrait être compris comme une nouvelle preuve du dynamisme du Chamanisme, de la grande variété des chamanismes [25], qui ont su s’adapter aux changements survenus au cours des siècles, voir des millénaires, et se transmettre en se modifiant quelque peu d’une génération à l’autre. Les chamanismes s’internationalisent, en continuant à se transmettre sous des formes variées qui doivent beaucoup aux contextes locaux.
Par ailleurs, face aux critiques sévères émises par des représentants des peuples autochtones sur ces nouvelles formes de chamanisme, des penseurs ésotérico-mystiques non-indiens ont fait des démarches pour retrouver dans les mythes et pratiques païennes de leurs ancêtres des pratiques et rituels de type chamanique. Et aujourd’hui, on découvre en France et ailleurs dans le monde occidental des personnes s’affirmant être des « chamanes celtiques, des chamanes néolithiques et néandertaliens  ».

II - UN « NÉO-CHAMANISME CELTIQUE »

Certains de ces nouveaux chamanes amérindiens et non-indiens disent faire appel à la « sagesse des druides du passé  ». D’autres s’autoproclament « chamanes celtiques » et affirment sans preuve que les « traditions chamaniques celtiques ne se seraient jamais complètement éteintes », du moins en Angleterre, en Irlande, en Écosse et au pays de Galles. Des « chamanes celtiques [26] », en France et ailleurs, ont écrit des ouvrages expliquant leurs croyances et pratiques et prodiguant leurs conseils. Il s’agit de souligner ici certains détails, formes symboliques et comportements que certains d’entre eux croient communs aux chamanismes d’hier et d’aujourd’hui et aux pratiques des anciens Celtes.

1) Merlin l’Enchanteur, Taliesin, des « chamanes » ?

D’après des spécialistes des anciens Celtes, l’enchanteur Merlin peut être vu comme un avatar du dieu Cernunos. Ce dieu cornu des Celtes, voire des proto-Celtes, est censé vivre auprès d’un bois de pommiers ou sur une montagne au fond de la forêt (comme le chamane lors de la quête des visions). On peut associer Merlin à un autre druide et barde, Taliesin, et les relier tous les deux aux connaissances astronomiques des druides mentionnées par Jules César et par des historiens romains et grecs. De même, l’utilisation de poèmes et de mots magiques par Merlin, dans la littérature médiévale, se retrouve chez les druides décrits dans La Guerre des Gaules. Les comportements extravagants et fous de Merlin, grand magicien, maître des bêtes sauvages et chef de la « chasse sauvage », seraient des vestiges des exploits cynégétiques des héros celtiques, germains et scandinaves [27]. Dans ces récits et ceux de Taliesin et d’autres anciens Celtes, de type « J’ai été… », dans lesquels ils annoncent avoir vécu sous des formes animales, végétales, humaines, à des âges différents, on pourrait reconnaître le comportement magique du chamane imitant les esprits de la nature lors de ses « voyages dans les autres réalités ». Merlin, fils d’une femme et d’une créature de l’au-delà (un diable, ont dit les chrétiens), est un psychopompe. C’est donc facile, pour certains, de voir en Merlin, en Taliesin et en d’autres druides des « sagas » celtiques, des chamanes. Je pourrais rajouter qu’on peut reconnaître en Merlin des aspects chamaniques de type trickster, le fripon divin des Amérindiens [28], un transgresseur prêt à tout pour arriver à faire plier le destin. Un exemple, Merlin donne à Uther Pendragon l’apparence du mari d’Ygraine, la « châtelaine » de Tintagel, pour qu’elle couche avec Uther et engendre Arthur.

2) John Matthews, « chamane celtique » contemporain

John Matthews et sa femme Caitlin ont lu des textes médiévaux dans les langues d’origine, auxquels ils font souvent référence. Dans Le chaman celtique (1996) [29], Matthews se concentre sur Taliesin, « l’archétype du druide/poète/barde  ». On peut repérer dans les ouvrages de Matthews de nombreuses influences du néo-chamanisme. Matthews utilise le vocabulaire des néo-chamanes amérindiens ou non-indiens, par exemple Carlos Castaneda, lorsqu’il parle des « auxiliaires du pouvoir  », ces « animaux totémiques  » qui vont jouer le rôle de gardien et de guide. Matthews trouve des « totems » dans l’histoire de Kullwch parti chercher le dieu Mabon avec l’aide des animaux [30]. La vision chamanique, le « voyage chamanique », devient un moyen de « recouvrer nos sens  », grâce à des exercices de méditation pour modifier notre « conscience dévoyée  ». Certains lieux seraient propices à ces méditations (sites archéologiques celtiques, dolmen, cavernes…). Il s’agirait d’aiguiser nos sens par des techniques de visualisation, chaque jour si possible, d’utiliser « les temps et les espaces sacrés », pour accomplir le « voyage dans d’autres mondes  », où nous pourrions « acquérir l’immense savoir des anciens Celtes qui peut toujours être en notre possession  ». Pour ce « voyage », il faudrait adopter une posture rituelle : assis en tailleurs, yeux clos, qui serait, d’après lui, la posture du dieu Cernunos tel qu’il est représenté sur le chaudron dit de Grunderstrup [31]. Pour Matthews, ce personnage du chaudron est sans aucun doute un « dieu chamane  » qui tient le serpent, ou plutôt « l’anguille porteuse de sagesse  ». Matthews propose d’autres postures rituelles, en empruntant à l’Afrique, aux Aborigènes australiens et même à la préhistoire européenne.
Matthews résume « le » folklore celtique d’une manière telle que toutes les époques et les lieux géographiques et imaginaires se télescopent. Pour lui, le « cosmos chamanique celtique  » est centré autour de différents symboles. Il donne souvent les noms de personnages, animaux et humains celtiques, en essayant de les replacer dans la « roue du temps », dite aussi « croix dans le cercle  », qui divise le temps et l’année en quatre périodes en fonction des équinoxes et des solstices. Pour les Celtes, il s’agirait selon lui d’une « rouelle du temps à huit rayons  », ces huit directions renvoyant aux divisions de l’espace et aux quatre fêtes de l’année celtique qui prenaient place entre ces événements solaires.
Ces « roues du temps » ou « roues de la médecine  » sont une influence des Indiens d’Amérique du Nord [32] et de la Méso-Amérique, en passant par les Toltèques (un autre peuple mythique souvent cité par les mystiques-ésotériques) mais aussi des romans de Carlos Castaneda… Des roues similaires appartiennent à d’autres systèmes symboliques [33], les penseurs ésotériques les ont, eux aussi, utilisées à travers les siècles.

Dans les textes de Matthews, on reconnaît aussi le discours typique du New Age. Dans le chapitre « La rencontre avec les êtres de lumière  », il s’agirait de partir à la rencontre de notre « guide chamanique  », du « chamane intérieur  », ce « maître de l’autre monde  » qui sera notre guide sur le chemin de la découverte de soi. Ce voyage permettrait « l’éveil de l’âme  », « de la mémoire enfouie dans les profondeurs de nous-mêmes  », de « la mémoire de nos ancêtres  » (Matthews, 1996, p. 105-106). On reconnaît là le discours typique du New Age et des réseaux magico-religieux. Ce moi caché, nous l’atteindrions par le « silence intérieur  », en une communion sensuelle en harmonie avec la Nature. Ce « chamane intérieur », nous le posséderions tous : il nous permettrait d’effectuer une union avec la « nature profonde des entités avec lesquelles nous communiquons  », qui seraient « des êtres hautement évolués, dont l’unique dessein est de nous enseigner  » et qui seraient en fait des « facettes de notre personnalité  » qu’il nous faudrait découvrir.
Pour le New Age et le néo-chamanisme, le chamanisme est « une tradition sacrée  ». Matthews (1996, p. 112) explique qu’il « n’est pas une religion, mais une discipline spirituelle visant à libérer tout le potentiel humain, et à lui permettre d’évoluer dans d’autres sphères » et de rencontrer des « êtres d’essence divine  ». Matthews leur donne des noms celtiques et les organise en fonction de leurs principaux symbolismes et de leurs connexions avec les « directions sacrées  ». Il cherche à prouver que, dans la littérature médiévale sur les anciens Celtes, on retrouve la technique de classification des « choses de l’Univers » préconisée par les Amérindiens, à partir de la « Roue de la Médecine ». Par exemple, au « centre du monde  » selon Matthews, on trouve Rigantona ou Rhiannon, « la Grande Reine  » qui est liée aux chevaux (c’est une des cavalières surnaturelles des textes médiévaux) et à la terre.
Contrairement aux enseignements des Amérindiens, il n’y aurait pas d’ordre véritable pour suivre ces « sentiers de la connaissance  » : on pourrait les suivre en fonction de ses besoins. C’est là une attitude typiquement « New Age ». Les peuples autochtones amérindiens et sibériens préconisent toujours un ordre rituel rigoureux même lorsqu’il est inversé.

3) « Chamanisme » et le site Internet du Order of Bards, Ovates and Druids - OBOD

Le site Internet du Order of Bards, Ovates and Druids [34] démontre les changements à l’œuvre dans le néo-druidisme affiché par l’OBOD. Ce site explique qu’il y aurait « 7 dons des druides  » (on se souvient des « 7 rituels sacrés » des Sioux expliqués par le chamane sioux Black Elk [35]) :
1) « une philosophie qui développe le caractère sacré de toute vie, située au centre d’une toile d’araignée reliant le vivant, sans séparer la matière de l’esprit (pensée des peuples animistes ; la « toile » du trickster des Sioux, Iktomi « araignée »).
2) Des liens avec la nature affirment notre appartenance à la communauté de tous les êtres vivants.
3) Des possibilités de guérison et de longévité, en utilisant des méthodes de type holiste (ne séparant pas le physique du spirituel).
4) La vie comme un voyage, avec de nombreux rites de passage (naissance, mariage, mort, et les rites d’initiation spirituelle).
5) Des techniques pour voyager, et explorer les « états modifiés de conscience », les « autres réalités », l’autre monde. Ces techniques sont utilisées par d’autres traditions spirituelles : méditation, visualisation, voyage chamanique, par l’intermédiaire de cérémonies, musiques, chants et sweathouses [36], toutes ces techniques étant revues et corrigées par la tradition et le symbolisme druidiques.
6) Développer le potentiel humain (
DPH du New Age).
7) « Don de la magie  »… : « qui nous enseigne l’art pour nous ouvrir à la magie d’être vivant, l’art pour savoir comment amener nos vies à se manifester, et l’art de voyager, d’entreprendre une quête pour obtenir la sagesse, la guérison et l’inspiration. »

Ce site montre la volonté des néo-druides, depuis les années 1990, pour renouveler leurs études de la « sagesse des anciens Druides ». Ce texte est une synthèse réfléchie, issue d’une certaine volonté d’analyser de manière comparative des écrits portant sur les religions, spiritualités et philosophies d’autres cultures. Des références sont données, que l’on retrouve dans des livres écrits par des néo-druides contemporains et dans d’autres ouvrages ésotériques. Donnons quelques exemples : la doctrine Ahimsa (non-violence) tirée des Upanishads [37] (- 800 av. J.-C), telle qu’elle a été développée et connue grâce au Mahatma Gandhi, ou à Martin Luther King, et encore par le Parehaka Maori Movement de Nouvelle-Zélande. Des références à Jules César et autres auteurs de l’Antiquité classique, qui parlent des druides et des Celtes ; au Livre des Morts des anciens Égyptiens. Plus souvent que dans le passé, des récits symboliques sont empruntés aux textes médiévaux, ainsi que des références aux travaux d’archéologues et linguistes spécialistes des peuples de langues celtiques.
Une autre partie du site de l’OBOD explique l’importance des animaux [38] dans cette spiritualité druidique contemporaine. Je pense y repérer l’influence du néo-chamanisme amérindien, qui permet aux néo-druides d’aujourd’hui de « récupérer » ce qu’ils appellent les « animaux celtiques  ». Les chamanes amérindiens expliquent qu’ils font appel à la « sagesse des animaux  », lors des pratiques de guérison, de leurs voyages dans l’autre réalité, dans le « monde des esprits  ». Dans les récits celtiques du Moyen Âge, on trouve des histoires qui suggèrent un comportement similaire. Pour en donner deux exemples : l’histoire du roi Cormac qui, cherchant ses enfants enlevés par un guerrier mystérieux (le dieu de la mer Manannan Mac Lir), découvre le puits où nage le « saumon de la sagesse  ». Ou encore, le corbeau, messager entre les mondes et associé au roi prophète, Bran Le Bénis, dont la tête avec sa couronne ornée de corbeaux a été enterrée, à sa demande, sur le Mont Blanc de Londres, là où se dresse la Tour de Londres qui, on le sait, abrite les fameux grands corbeaux de la capitale du Royaume-Uni.

4) « Chamanisme » et « Le Tarot de l’Art des Druides »

Cependant aujourd’hui, une des plus grandes influences sur les druides contemporains passe par la mouvance mystique-ésotérique, dite dans cet article « New Age ». Par exemple, en conformité avec les techniques et pratiques de cette mouvance tentaculaire, l’actuel grand-druide de l’OBOD, Philip Carr-Gomm et sa femme Stéphanie ont élaboré un jeu de cartes [39] en accord avec le mouvement néo-païen wicca. Les wiccans et les druides contemporains, deux mouvements néo-païens structurés en associations hiérarchisées, sont des écoles de type « traditions à mystères », avec un système d’initiation de plus en plus complexe. Le site de l’OBOD explique que « l’étude des cartes dites le Tarot de l’Art des Druides  » pourrait aider à « accomplir notre voyage vers la connaissance et le développement spirituel  ». Ces cartes représentent quatre tribus ou familles, dont les membres s’efforcent de converger vers le « Grand Hall des anciens rois celtiques irlandais situé à Tara » (au centre de l’Irlande celtique), ou vers le grand cercle de pierres levées de Stonehenge, où a lieu la réunion annuelle des néo-druides (coven) pour le solstice d’été. Dans ce jeu de tarot « celtique », les princesses seraient « les pucelles de la forêt  », les rois, les « Uther Pendragon  ». La carte de l’arcane majeur, dite « Fool’s Journey », renverrait au voyage du héros à la recherche du Saint Graal, ou de la pierre philosophale de l’alchimiste… Les « amants » renvoient aux « paires » lors du grand rite wicca, pour commémorer l’union entre le Dieu et la Déesse, ou encore les « deux aspects du soi  » (la part féminine et la part masculine), l’union elle-même étant symbolisée par la « biche blanche [40] » à l’arrière-plan.

5) Le « chamanisme celtique » : emprunts, réinterprétation « contextualisée », innovation syncrétique

Ce « chamanisme celtique  » voit « la vie en rose », comme l’écrit la médiéviste Leslie Jones. Pour ce néo-chamanisme, les « créatures de l’au-delà » sont toutes gentilles. Où sont les horribles Fomores des Celtes, ces monstrueux premiers habitants de l’Irlande, dont descendrait le dieu Lug ? Où sont les convulsions terrifiantes de Cuchulain, dit le contorsionniste, avec son œil pendant lorsqu’il est en proie à la fureur divine ? Où sont passées les puissances paradoxales et ambiguës que rencontrent les chamanes sibériens et amérindiens ?
Ce « chamanisme celtique », comme bien d’autres formes de néo-chamanisme, dénote une certaine incapacité à comprendre les au-delàs ambivalents et paradoxaux des sociétés chamaniques et animistes. Les lecteurs de textes scientifiques sur les anciens Celtes et d’ouvrages scientifiques sur les chamanes authentiques, comprennent vite que les au-delàs tels qu’ils sont présentés par les sociétés traditionnelles, ne peuvent être que difficilement compris par la plus part de nos contemporains. Les visions de type traditionnel, rapportées par les anthropologues et les voyageurs, voudraient montrer que nous sommes cernés par ces autres réalités, situées tout derrière notre épaule et pas à des années lumières, et que les êtres surnaturels cherchent les failles pour nous sauter dessus à tout moment. Les au-delà dans ces textes visionnaires ne sont ni des paradis, ni des enfers post-mortem, mais plutôt des mondes parallèles où tout est possible, car leurs frontières avec le monde de la vie quotidienne sont poreuses.
Déjà, les chevaliers de la Table Ronde ne rencontraient plus les fées, ces inquiétantes et trompeuses créatures de l’autre monde médiéval, que sous l’apparence de « gentes pucelles  » selon Chrétien de Troyes, au détour des chemins dans la forêt profonde. Seule Morgane La Fée demeure ambiguë… Et pourtant, dans des légendes galloises, irlandaises, écossaises, les humains (druides, bardes et héros) se transforment, comme les chamanes amérindiens, en animaux, ou en créatures composites mi-homme mi-animal. Les animaux parlent, les têtes coupées aussi. Les êtres surnaturels découpent et éviscèrent le futur chamane. Dans ces sociétés, les dieux sont presque tous de type trickster, des transgresseurs divins qui fascinent et enthousiasment les visionnaires, pour ensuite les emporter et leur briser le crâne avant de recomposer éventuellement leur cerveau et leur corps. Les chamanes amérindiens disent rencontrer des esprits ambigus qui peuvent se révéler malfaisants comme bienfaisants, en fonction de la force de caractère du visionnaire.
Toutes ces choses et tous ces êtres de l’au-delà sont présentés comme étant dangereux dans les chamanismes amérindiens et sibériens, et dans les sagas des anciens Celtes. Il semble que le New Age, certaines tendances du néo-paganisme, le néo-chamanisme et les druides contemporains ont transformé ces dangereux êtres et choses de l’au-delà en gentils personnages de contes de fées pour un monde revu et corrigé par Walt Disney. Par exemple, pour Matthews, la terrible déesse Arianrhod, dont un des avatars est Morgane la fée-sorcière qui, avec son fils Mordred, causera la chute du royaume de Camalot, Arianrhod, cette mère des Enfers, est pour lui « une beauté délicate et transparente  ».
Ainsi, il semble bien que plusieurs néo-druides aient accepté l’idée à la mode que le druidisme serait « l’ancienne religion chamanique de la Grande-Bretagne [41] ».

III - « DRUIDISME », TRANSMISSIONS AU COURS DES SIÈCLES

1) Les Celtes : histoire, mythes et légendes

- Origines selon les druides contemporains. Les néo-druides du XXe siècle expliquent que leur mouvement date du début du XVIIIe siècle. Les pères fondateurs en seraient les « Antiquaires », membres de la bourgeoisie protestante pour la plupart qui, avec quelques libres-penseurs, voulaient accorder les cosmogonies de leurs ancêtres « celtes » avec les croyances locales. Á cette époque, les croyances locales reposaient sur les explications de la création du monde et de l’histoire des peuples, de Dieu, des anges et archanges et des Saints, selon la Bible et autres textes sacrés des Hébreux et des premiers chrétiens. En conséquence, pour affirmer avec force « les valeurs de leurs ancêtres celtes  » les penseurs des XVIIIe et XIXe siècles les ont alignées sur celles de la Bible, et parfois de l’ancienne Égypte. Certains druides contemporains se disent aussi originaires de l’Atlantide (Carr-Gomm, 1991, p. 6 [42]).

- Et les anciens Celtes : quelles transmissions culturelles ? Les druides savaient écrire. Ils utilisaient volontiers les alphabets grec et ogam [43]. Ils ont laissé de rares et très courts textes. Un grand nombre d’ouvrages et d’articles ont été écrits par des archéologues [44] et des spécialistes des langues des peuples celtiques. Les musées proposent de nombreux objets des populations de langues celtiques réparties de la Mer noire à l’ouest de l’Europe.
Les croyances religieuses des Celtes furent souvent combattues par l’empire romain, et les druides persécutés à plusieurs reprises dès l’empereur Auguste. Son successeur Tibère promulgua, en l’an 29, un édit prohibant simplement la culture druidique. L’empereur Claude déclencha de sauvages persécutions, et organisa le début de la conquête de l’Angleterre. Sous le règne de Néron, la reine des Celtes, Boudicca, organisa une insurrection générale, s’empara de plusieurs villes et fit massacrer plusieurs dizaines de milliers d’occupants. La réplique fut sanglante. Le gouverneur romain Suetonius Paulinus fit attaquer l’île de Mona (Anglesey), le principal centre druidique de (Grande) Bretagne. Tous les druides furent massacrés. Avec l’empereur Théodose le Grand (379-395), le christianisme devint officiellement la seule religion de l’empire.
Fin du IVe siècle, les spécialistes pensent que le druidisme a disparu du continent. Il ne subsiste plus qu’en Irlande, où les Romains n’étaient pas encore allés, et en Écosse, les Romains n’ayant pas dépassé le mur d’Hadrien, conçu pour faire barrage aux Pictes. Saint Patrick évangélisa l’Irlande vers 385-461. Il aurait été au service d’un druide irlandais, dont la fille spirituelle deviendra la Sainte Brigitte (un des noms de la grande déesse des Celtes) et fonda la célèbre abbaye féminine de Kildare. Par la suite, le moine Columba poursuivit l’œuvre de Patrick jusqu’en Écosse.

- Littérature médiévale. En Irlande, les druides et les filidh, souvent devenus moines chrétiens, sauvèrent une part importante de la tradition celtique irlandaise en mettant par écrit les vieux récits mythologiques et les légendes, dont la transmission orale devenait de plus en plus difficile. Certains spécialistes pensent que maintes traditions celtiques, devenues folkloriques, perdurèrent dans les campagnes jusqu’à l’arrivée de Cromwell et de ses hordes puritaines qui balayèrent les anciennes traditions.
Au pays de Galles, les druides auraient disparu fin Ve et début VIe siècles. Les bardes, un ordre de druides, devenus poètes de cours, bénéficiaient d’une grande considération, mais on ne voyait plus en eux que des lettrés. La tradition orale perdura lors d’assemblées annuelles pour des concours entre les bardes, et dans les sociétés savantes locales.
Dans Mythology of the British Isles (1990), Geoffrey Ashe présente les sources de l’histoire légendaire des îles britanniques et de l’Irlande, de la préhistoire au IXe siècle, en prenant en compte la diversité culturelle et ethnique, des pré-Celtes, aux Celtes, aux Romains et aux Anglo-Saxons. Peter Beresford Ellis, écrivain et spécialiste des Celtes, dans The Mammoth Book of Celtic Myths and Legends (1999), commente les grandes sagas des Celtes et en présente une importante sélection. Ses textes sont retranscrits en langue moderne, et réinsérés dans les contextes culturels contemporains des différents auteurs qui les ont rapportés chacun à leur tour.
Pour ces spécialistes, dès le début du XVIe siècle dans les contrées « celtiques » (pays de Galles, Cornouailles, Écosse, Bretagne armoricaine), des érudits dits Antiquarians commencèrent à découvrir la littérature classique gréco-romaine. Ils s’enflammèrent pour les mystérieux Celtes que certains écrivains et historiens de l’Antiquité présentaient comme des sauvages assoiffés de sang, ou au contraire comme de sages philosophes. Ils s’intéressèrent alors à la littérature médiévale et en discuteront au sein des sociétés savantes pour y chercher des arguments et affirmer leurs identités culturelles face aux Anglo-saxons.

2) Organisation des associations druidiques avec les Antiquaires

Notre courte démonstration voudrait souligner la complexité de cette mise en place à travers les siècles. Les écrits des druides contemporains parlent de « restructuration » du druidisme au XVIIIe siècle [45].

- John Toland, libre-penseur, et la «  première lignée druidique  ». Un des antiquaires très souvent cité [46] est John Toland [47] auteur en 1726 de A Critical History of the Celtic Religion. Ross Nichols [48], chef de l’OBOD de 1964 à 1975, le présente comme quelqu’un qui admirait les Celtes et leurs druides, mais qui aurait caché cette appréciation derrière des critiques voulues par l’époque. Pour Leslie Ellen Jones, spécialiste de la littérature médiévale en Grande-Bretagne, Toland, un Irlandais, fils illégitime d’un prêtre catholique, était un libre-penseur déiste, qui considérait que tous les prêtres et les druides étaient corrompus. Toland a une très grande connaissance des sources médiévales pour la plupart écrites en langues celtiques car il a été élevé dans un environnement où presque tout le monde parlait le gaélique et comprenait l’alphabet ogam. Toland condamnait Saint Patrick pour avoir fait détruire quelque 300 manuscrits. Fortement inspiré par Pline et Lucain, il décrit les druides comme ayant des cheveux courts et de longues barbes, revêtus de braies à six couleurs, recouvertes par de longues robes. Pour lui, les druides enseignaient dans des grottes et les bois, et voulaient démontrer que tout avait une explication rationnelle et naturelle. Toland décrit des cérémonies, qu’il aurait vues à Londonderry dans sa jeunesse, autour d’un feu en haut d’une colline pour la fête celtique de Beltaine [49] pour honorer le dieu solaire Belenos. La période de Samain était, selon lui, caractérisée par des comportements extrémistes et violents ; les druides pratiquaient des excommunications et sacrifiaient des animaux. Selon Toland, les druides avaient fait construire les monuments mégalithiques, en les alignant sur les mouvements du soleil et de la lune, les signes du zodiac, et les « quatre vents  », le dix-neuvième menhir indiquant la conjonction de la lune et du soleil [50]. R. Nichols s’inspirera de ces données dans son ouvrage.
Toland est à l’origine de la première organisation plénière des « cercles druidiques » et de la « première lignée des druides contemporains ». Il convoqua le 22 septembre 1717, à la taverne The Apple Tree à Covent Garden (Londres) [51], l’ensemble de tous les membres des « bosquets druidiques et bardiques  ». Il y eut des délégués d’Irlande, d’Écosse, de l’île de Man, du pays de Galles, de la Bretagne armoricaine, de Cornouailles et des Anglais d’Oxford, de Londres et de York. Il décida d’unir les divers « cercles » en une confédération, Druidic Order, et se fit élire sous le nom « druidique » de Janus Junius Eoganesius [52]. Toland semble avoir eu des positions antichrétiennes et avoir été favorable à une certaine continuité de pratiques païennes.

- Henri Hurle et la «  deuxième lignée druidique  ». Plusieurs antiquaires sont souvent cités. Henry Rowland (1723) rechercha des racines juives aux Celtes. Le médecin William Stuckeley [53] dit Chynonax rompit avec la position antichrétienne de Toland. William Blake, archevêque de Canterbury, essaya de montrer les correspondances entre les druides et la religion anglicane. En novembre1781, Henri Hurle, artisan charpentier, fonda l’Ancient Order of Druids, une société secrète organisée à la manière de la franc-maçonnerie, avec des membres exclusivement masculins et de la « bonne société ». En 1783, des dissidents créèrent The United Ancient Order of Druids, une société de secours mutuel, la « deuxième lignée des druides contemporains ». John Smith inventa la première hiérarchie complexe du druidisme. Dans Gaelic Antiquaries (1780) d’abord écrit en gaélique, il mélangea les folklores écossais et hébraïques. D’après M. Raoult [54], les associations druidiques issues de la lignée de H. Hurle sont plus franc-maçonnes que druidiques.

- Un « barde » écossais, James Macpherson / Ossian. Entre 1760 et 1763, James Macpherson, un poète écossais, publia en trois tomes The Poems of Ossian qu’il présenta comme ayant été écrits par un barde du IIIe siècle appelé Ossian [55] et qu’il aurait traduits du gaélique écossais. Ces poèmes primitifs et romantiques connurent un grand succès en Europe, même si certains les dénoncèrent immédiatement car jamais Macpherson ne fut capable de présenter ces textes dans la version originale.

- Iolo Morganwg, le « dernier barde » gallois, et la « troisième lignée druidique  ». Un autre auteur central dans l’organisation du druidisme romantique et à l’origine de la « troisième lignée », fut Iolo Morganwg (né Edwards William) [56] un poète asthmatique qui se soignait au laudanum. Né en 1747, il parlait anglais et gallois, et appartenait à la Gwyneddigion Society, une société savante du pays de Galles. Le pays de Galles était pauvre, les propriétaires terriens anglais et riches. Des sociétés savantes, Cymnorodorion et Gwyneddigion, se réunissaient à Londres dans des tavernes et déployaient tous leurs efforts pour défendre l’identité galloise face aux Anglais et à l’Église d’Angleterre. Tous lisaient Geoffrey de Monmouth et pensaient qu’Arthur, « le héros gallois  », avait été détourné par les Anglais.
En 1791, Iolo annonça aux Gwyneddigion que, étant le « dernier barde du Siège de Glamorgan  », il devait rétablir la Glamorgan Gorsedd, la grande fête des bardes, pour défendre la littérature galloise. Il convoqua les bardes à Londres le jour du solstice d’été, le 21 juin 1792, pour une réunion en plein air. Il annonça alors que le druidisme avait toujours continué sous l’appellation de bardisme, et cela sans changement depuis 2000 ans et sans « contamination étrangère », en particulier anglaise. Iolo pensait que les druides étaient les constructeurs des mégalithes, et des descendants des patriarches juifs et chrétiens, et qu’ils pratiquaient des sacrifices animaux et humains. Les trois ouvrages de Iolo affirment l’importance des solstices, des équinoxes, de la nouvelle et de la pleine lune. Les réunions druidiques devaient se tenir le jour, en plein air. Les officiants brandissaient une épée dans son fourreau. Son troisième ouvrage reprend des textes « plus anciens  » qu’il prétendit « avoir traduits  » et qu’il regroupa en « triades », un procédé mnémonique à l’époque souvent rencontré dans les contes et légendes « celtiques ». Sa cosmovision s’organise en trois niveaux : Amwfn le royaume des morts, le royaume des mortels et celui des cieux. Elle développe l’idée de réincarnation pour arriver au plus haut niveau, y compris au prix de sacrifices humains et d’animaux, dont la mort permettrait de franchir un niveau. Le poète médiéval Taliesin (VIIe siècle) est pris en exemple pour montrer que celui qui a subi la métempsychose peut se souvenir de toutes ses vies passées et donc ainsi accumuler les connaissances [57]. Iolo a publié des poèmes qu’il attribua au poète du XIVe siècle Dafydd ap Gwyilym. Ce n’est qu’au XXe siècle que l’on découvrit la fraude : Iolo en est l’auteur.

- En France, pour être bref, on pourrait citer le Breton Hersart de la Villemarqué avec son œuvre Barsaz Breiz (« patrimoine poétique de la Bretagne »), parue en 1839 qui avait suscité l’admiration enthousiaste de l’Europe entière [58]. On sait que George Sand et Lamartine (marié à une Galloise rencontrée lors d’une ersteaddfod d’Abergavenny et nommé barde par les Gallois en 1838) s’enflammèrent pour cette œuvre poétique. L’ouvrage de la Villemarqué fut décrété frauduleux comme les contes de Macpherson. En 1989, Donatien Laurent, chercheur au CNRS, retrouva un carnet manuscrit de collecte de contes et de poèmes, écrit par la mère de cet auteur. En 1855, des Bretons créèrent l’association Breuriez Breiz (fraternité de Bretagne), dont La Villemarqué fut président [59]. En 1898, le mouvement druidique devint plus social en Bretagne, avec la création de l’association Union régionaliste bretonne (URB).
La même année, sous la présidence de l’archi-druide gallois Hwfa Mon, la première conférence inter celtique réunit à Dublin des délégations irlandaises, galloises, écossaises, manxoises, bretonnes et américaines [60].

IV - NÉO-PAGANISME CELTIQUE ET NÉO-DRUIDISME : CONTEXTUALISATION D’ANCIENS THÈMES MYTHIQUES

1) Les ouvrages des « Antiquaires » : traduction, transmission, fraude

- Alliances inter-celtiques ou indépendance farouche. Les auteurs consultés, néo-druides et chercheurs scientifiques, notent une double tendance qui caractérise ces associations néo-celtiques. D’une part, elles veulent faire des alliances inter-celtiques pour retrouver une certaine cohérence pan celtique, et, d’autre part, elles se trouvent soumises à diverses pressions qui les poussent vers des scissions en groupes concurrents. Une tendance à l’indépendance, très « celtique » paraît-il, mais qui démontre parfois une fâcheuse tendance à considérer les autres illégitimes. Ce dernier comportement serait, par contre, peu celtique.

- Influences des libres-penseurs et des églises protestantes. Les néo-druides contemporains pensent que ces auteurs « néo-celtiques » du XVIIIe siècle sont en continuité avec les bardes de la littérature médiévale. Ce n’est pas l’avis de certains scientifiques. Leslie E. Jones, dans Druid/Shaman/Priest. Metaphors of Celtic Paganism, veut démontrer que ce sont ces libres-penseurs « Antiquarians », plutôt que les textes médiévaux, qui ont forgé le druidisme contemporain. Elle retrouve aussi dans les ouvrages du XVIIIe siècle les influences de l’église unitarienne [61] et des Quakers [62].

- Ignorance et quête identitaire. Selon les spécialistes consultés, les Antiquaires, ces libres-penseurs, n’ont pas su, ou pas pu, comprendre les récits médiévaux des bardes gallois. Mais ils ont réalisé leurs rêves nostalgiques, et celui du public, en modernisant les druides, en leur donnant une identité galloise, ce qui permit aux Gallois de réclamer une certaine autonomie face aux Anglo-Saxons.

- Le roman, nouveau genre littéraire. Au XVIIIe siècle en Angleterre, apparaît un nouveau genre de littérature, le roman. Il s’appuie sur la création d’un seul auteur clairement identifiable. C’est aussi à cette époque qu’on s’interrogea sur Homère. S’agissait-il d’une ou de plusieurs personnes ? Et on assista au retour de la culture populaire, d’où le succès des chants et poèmes des bardes. Des académies littéraires furent organisées pour défendre la littérature et l’histoire locales, grâce au regroupement des bardes locaux jusqu’alors éparpillés dans les territoires gallois.
En Macpherson et en Iolo, Leslie E. Jones voit des précurseurs des romans historiques, romantiques et gothiques. Elle compare ces deux auteurs, entre autres, à Horace Walpole, auteur du roman gothique The Castle of Otranto (1765). Celui-ci expliqua dans la préface de son ouvrage, qu’il s’agissait d’un texte ancien retrouvé en Italie et qu’il aurait traduit. Or, l’histoire n’a rien d’italien et décrit des épisodes horribles. Dans une deuxième édition de son roman, Walpole avoua être l’auteur, et demanda pardon à ses lecteurs (Jones, 1998, p.186). Walpole avait ainsi créé une technique littéraire utilisée depuis par maints auteurs.
Les Antiquaires ont-ils écrit des œuvres romancées ? Si les textes de Macpherson et de Iolo avaient été écrits au XVIe siècle ou avant, on aurait dit qu’ils étaient le développement normal et la transmission des « cultures traditionnelles », et démontraient la capacité de la « culture celtique » à amalgamer des traits empruntés à la philosophie et au mode de vie de leur temps. Mais, au XVIIIe siècle, Gallois et Anglais veulent être « les enfants des Hébreux de la Bible  ». Pour eux, les druides sont devenus des étrangers. Ils ne peuvent les comprendre qu’en les rattachant aux Patriarches. Cette démarche leur a permis d’affirmer que l’héritage britannique provenait directement de la Terre Sainte des judéo-chrétiens.

- Des œuvres plus chrétiennes que païennes. Les historiens britanniques soulignent que ces Antiquaires appartiennent à des églises protestantes, et que le druidisme a été associé au catholicisme (en particulier l’Église catholique celtique d’Irlande). Il paraît donc ironique que les « druides » des XXe et XXIe siècles voudraient présenter la « religion druidique » comme une alternative à l’héritage judéo-chrétien, en insistant sur des aspects qu’ils affirment « païens ». Les néo-druides se sont inspirés des travaux de ces celtomanes du XVIIIe, dont les auteurs étaient tous membres du clergé. En conséquence, derrière les reconstructions du druidisme du XXe siècle, on peut se demander où sont donc les druides et le druidisme, ce culte païen ? En lisant des ouvrages écrits par des néo-druides jusqu’il y a une vingtaine d’années (au moins pour les « druides » du Royaume-Uni), on comprend, sans avoir une grande connaissance des anciens Celtes et de leurs druides, que ces textes parlent de pratiques religieuses plus chrétiennes que celtiques.

2) Positions aujourd’hui du druidisme contemporain, du « chamanisme celtique » et des réseaux ésotérico-mystiques

Depuis la deuxième partie du XXe siècle, les néo-druides se sont mis à lire de plus en plus les travaux de scientifiques spécialistes des Celtes et de textes médiévaux dans des traductions et présentations en anglais moderne, ce qui les rend plus accessibles à un plus grand nombre de non-spécialistes. En France, on trouve des traductions en français moderne (voir F. Leroux et C. Guyonvarc’h) et des adaptations (J. Markale et ses récits arthuriens, par exemple).

- Des approches spirituelles et romantiques. Dans les épopées anciennes, les prophéties de Taliesin, les sagas islandaises ou le Popol Vuh des anciens Mayas, héros, chamanes et druides doivent combattre les esprits dans des joutes orales à la dialectique symbolique dense. Dans les prières et les incantations contemporaines proposées par les « nouveaux chamanes et druides » en Occident, on reconnaît rarement le souffle des imprécations des druides anciens, les questions angoissées de la reine Boddicée [63] à sa druidesse. Ces « fables contemporaines », comme l’écrivent plusieurs spécialistes, même si elles utilisent un vocabulaire pseudo-tribal, sont quelque peu fades. Tout le monde ne peut pas s’improviser auteurs à succès au même titre que Macpherson / Ossian, Tolkien, J.R. Rawling auteur de Harry Potter ou encore Carlos Castaneda, qui sont des romanciers de talent. Cependant, qui lit Macpherson aujourd’hui ?

- Représentations symboliques « celtiques » et messages universels. Chaque âge a essayé de reconstruire le monde des druides et des anciens Celtes, à sa propre image. Rabelais n’avait-il pas retranscrit, dans le contexte de son époque, de vieilles légendes peut-être proto-celtiques mettant en scène le géant Gargantua, dans son ouvrage Les Grandes et Inestimables chroniques du grand et énorme géant Gargantua (…) et qu’il fit pour le Roy Artur [64]  ?
On pourrait appliquer cette approche comparative à d’autres œuvres artistiques. L.E. Jones propose une lecture analytique de films empruntant aux « mondes celtiques », ancien, médiéval et contemporain. On pourrait appliquer une analyse semblable au roman de Marion Zimmer Bradley, Les dames d’Avalon, ou à ceux d’autres auteurs de romans fantastiques qui mettent en scène, dans un style moderne, les héros arthuriens.

- Un certain «  retour aux sources celtiques  ». Aujourd’hui, les connaissances scientifiques sont plus grandes, mais beaucoup de chercheurs français continuent à dire qu’il est impossible de se faire une juste idée des anciens Celtes, les textes médiévaux étant trop « corrompus ». De leur côté, les druides contemporains s’intéressent de plus en plus aux découvertes récentes. Comment vont-ils les utiliser dans leurs reconstructions d’un druidisme remis au goût du jour ? On peut en donner quelques aperçus avec les deux exemples suivants.

- Une réécriture du Cycle du Graal par Jean Markale. Dans sa « ré-écriture  » du mythe du Graal, Le Cycle du Graal, en huit volumes, Markale explique clairement ce qu’il se propose de faire :
« Avertissement : Les chapitres qui suivent ne sont pas des traductions, ni même des adaptations des textes médiévaux, mais une ré-écriture, dans un style contemporain, d’épisodes relatifs à la grande épopée arthurienne telle qu’elle apparaît dans les manuscrits du XIe au XVe siècle. Ces épisodes appartiennent aussi bien aux versions les plus connues qu’à des textes trop souvent restés dans l’ombre. Ils ont été choisis délibérément en fonction de leurs intérêts dans le déroulement du schéma épique qui se dessine à travers la plupart des récits dits de la Table Ronde, et par souci d’honnêteté, pour chacun de ces épisodes, référence précise sera faite aux œuvres dont ils sont inspirés, de façon que le lecteur puisse, s’il le désire, compléter son information sur les originaux. Une œuvre d’art est éternelle et un auteur n’en est que le dépositaire temporaire. » (Markale 1992, La naissance du roi Arthur, p. 23 [65]).

- Les « secrets des Druides » selon Yann Brekilien. Yann Brekilien se présente comme un barde contemporain qui, depuis 1957, fait partie de l’association Gorsedd de Bretagne. En s’inspirant des auteurs classiques et médiévaux, il a écrit des romans et des essais sur l’histoire européenne, l’histoire de la Bretagne et celle des Celtes anciens, des druides et de leurs connaissances ésotériques. Dans Les secrets des Druides (2002), il poursuit une réflexion philosophique et religieuse, et inclut des développements historiques du néo-druidisme depuis le XVIIIe siècle jusqu’à nos jours. Il présente une série d’hypothèses sur ces fameuses connaissances philosophiques des druides anciens. Pour lui, « le syncrétisme n’est pas répréhensible, il n’est pas une faiblesse mais un refus du nivellement simpliste que voudraient imposer les esprits obtus  » (Brekilien, 2002, p. 204). Il veut démontrer l’esprit de tolérance des druides et leur respect devant le savoir des autres peuples. Selon lui, les druides ont su emprunter aux savoirs des pythagoriciens, des « Scythes » et autres populations à magiciens, avec qui ils semblent avoir eu des contacts [66]. Les peuples de langues celtiques se retrouvaient de la Turquie à l’Europe de l’Ouest, du Nord et dans la péninsule ibérique. Ce qui permettrait, selon Brekilien, de comprendre comment certains druides auraient choisi de devenir des religieux chrétiens. Ils auraient reconnu, dans les enseignements des saints Patrick et Colomban, des éléments de sagesse similaires aux leurs.

Vouloir, comme certains groupements néo-druidiques contemporains l’affirment, restaurer « l’ancienne religion des Celtes  », est selon Brekilien (2002, p. 196), « très louable, mais c’est une utopie » qui n’a guère de sens. Selon lui, il n’existait pas de religion celtique, seulement des conceptions philosophico-religieuses, qui proclamaient la nécessité fondamentale de la liberté de pensée et de la tolérance.
Pour Brekilien, on peut parler, au sens moderne du terme, d’une « spiritualité druidique  ». Brekilien développe l’hypothèse d’un druidisme comme philosophie universelle. Son étude et sa méditation, « dans la fidélité à l’esprit des druides  », permettraient aux hommes d’aujourd’hui de penser plus librement. Cela nous permettrait d’exercer une compassion réelle envers les êtres animés avec lesquels nous sommes tous reliés : les autres humains, mais aussi les animaux et les végétaux, car nous avons tous une origine commune. (On retrouve là des accents appartenant aux sociétés animistes et chamaniques, et au New Age.)
Pour Brekilien (2002, p. 203), la doctrine de la transmigration des âmes, enseignée par les Druides, ne l’était pas en tant que « religion révélée  », mais comme la doctrine philosophique la plus vraisemblable. (On sait que la « croyance à la réincarnation » est devenue un concept à la mode, aux contours très flous, dans lequel chacun met ce qu’il veut. Les techniques de régression dans les vies antérieures et futures [67] en apporteraient, selon les adeptes, des preuves).
Selon Brekilien, pour les druides, il aurait existé deux conceptions distinctes de la religion : celle, sommaire et superficielle, des gens du peuple ; et celle des « initiés », ceux qui se sont instruits pendant de longues années et dont les plus savants devenaient druides. « Ce qui pour les initiés était allégorique, était pris au pied de la lettre pour les gens du peuple. » L’auteur prend le parti, dans cet ouvrage, de comparer les druides avec les « initiés » bouddhistes et hindouistes. (Il aurait pu rappeler les connexions historiques entre les associations druidiques et celles des francs-maçons, issues pour ces dernières, des guildes des artisans [68]).

CONCLUSION
Pour une interprétation anthropologique du néo-chamanisme et du néo-druidisme contemporains

Ces développements contemporains du chamanisme et du paganisme fonctionnent dans une approche « holiste et vitaliste ». Ils se présentent comme des modèles d’une nouvelle compréhension de la nature, et des relations des hommes avec la nature. Ils affirment les « capacités des Occidentaux  » à accéder à des « niveaux spirituels de la réalité  », à mener une vie respectueuse envers l’Univers. Les déplacements dans les temps et les espaces réels ou virtuels sont en continuité avec les conceptions des « voyages » chamaniques et de ceux des héros celtiques à Tir na Nog.
Chamanisme et paganisme sont des religions cosmiques, holistes, panthéistes et polythéistes. Ils accordent une place centrale à la magie. L’expérience magique est une expérience de pouvoir qui cherche à attirer et manipuler le sacré pour le mettre au service des buts des « magiciens ». Des buts « nobles » qui permettront d’aider et de guérir les membres de son groupe, en accédant à des dimensions supérieures de conscience (des états modifiés de conscience – EMC) ; ou des buts matériels : recherche du gain, d’une liaison sentimentale, d’une vengeance, d’un raid guerrier, contre les ennemis du clan ou de la « tribu ». Il s’agit là du fonctionnement de la pensée magique, de la « pensée sauvage » analysée par Cl. Lévi-Strauss. Le développement aujourd’hui des néo-chamanismes et des néo-paganismes montre que de nombreux citoyens de notre planète envahie par le réalisme technologique et économique ont besoin de merveilleux pour s’évader de la société moderne consumériste, égocentrique et sauvage.

- Influences et transmission. Le développement récent d’un néo-chamanisme celtique montre que les associations druidiques contemporaines ont subi plusieurs influences : celles de « scientifiques » devenus néo-chamanes, comme Michael Harner et Carlos Castaneda [69], mais aussi celles des travaux de scientifiques spécialistes des anciens Celtes, et de la littérature médiévale « celtique ».
Les druides contemporains et les « chamanes celtiques » ont rapidement noté que les spécialistes, surtout britanniques et américains, de la littérature médiévale, ont pu montrer, grâce aux travaux d’archéologues dès les années 1970-80, que les textes médiévaux des peuples de langues celtiques démontraient des « archaïsmes » qui les apparentaient aux mythes des Indo-européens (Grecs et Indiens de l’Inde). En conséquence, ces récits ne pouvaient donc pas avoir été entièrement « concoctés » par les auteurs ou les copieurs chrétiens du Moyen Âge. Les néo-druides d’aujourd’hui ont compris que, au-delà des interprétations chrétiennes d’Arthur et des chevaliers de la Table ronde (par Chrétien de Troyes entre autres), si on lit les versions galloises et irlandaises, on peut apprécier plus facilement des bribes des anciens mythes et les aventures des héros / avatars des anciens dieux celtiques. La fascination pour les druides perdure, car ces savants de l’époque, philosophes, naturalistes, astronomes, sont aussi des magiciens et des voyants-guérisseurs, tout comme les chamanes.
Dans les années 1960, les adeptes de la contre-culture découvrent les expériences émotionnelles profondes à la recherche de son moi intérieur et d’extases divines. On s’initie aux transes et « projections astrales », à la liberté sexuelle, sous l’influence ou non de substances psychotropes. Des anthropologues influencèrent les hippies : Weston La Barre et le « culte du peyotl » (1950), Gordon Wasson et les champignons de Maria Sabina, la sage mazatèque, Aldous Huxley et Les Portes de la perception (1956), Anaïs Nin et ses théories exaltées sur la fiction comme rêve éveillé. L’ouvrage mondialement connu de l’historien des religions Mircea Eliade, Le chamanisme et les techniques archaïques de l’extase (1951), a une influence qui perdure aujourd’hui. Il en est de même pour Carlos Castaneda qui créa en 1960 le personnage de Don Juan, un « sage indien  » utilisant le datura. L’anthropologue Michael Harner, qui collabora avec Castaneda, rejette les psychotropes. En 1975, il fonde le « Centre pour les Études chamaniques  » qui œuvre pour la préservation des cultures et de la sagesse chamanique à travers le monde. Dès I983, Harner organisa en Europe des « journées d’apprentissage au chamanisme ».
Ces auteurs reprennent à leur compte la théorie d’Eliade dite du mythe de l’éternel retour qui propose que, par la répétition, le primitif et l’homme religieux retrouveraient le « paradis des origines et des archétypes  », et chercheraient à annuler le temps historique pour vivre dans le présent. Ces auteurs, chacun à leur manière, rejètent implicitement les méthodes de l’histoire et de l’anthropologie, et mélangent les religions sans en montrer vraiment les différences, les changements et la continuité. Il s’agit là d’un comportement de type ésotérique et occultiste.

- Transmission, innovation, recompositions identitaires. Le néo-paganisme contemporain peut offrir à certaines personnes l’illusion du pouvoir, la connaissance spirituelle en tant que pouvoir. Les pratiques et croyances néo-chamaniques, et magico-ésotériques, persuadent l’individu qui « chamanise », qu’il a des pouvoirs, puisqu’il pense pouvoir naviguer entre deux mondes, et guérir sa « maladie initiatique », les maladies de ses concitoyens, ou des problèmes de tout ordre.
Les « druides » du XVIIIe siècle, gallois, cornouaillais et écossais, avaient cherché à récupérer une identité « celtique » forte, différente mais aussi prestigieuse que celle des Anglo-Saxons. Ces affirmations identitaires, « inscrites dans la nuit des Temps bibliques », devaient leur permettre, lors de leurs luttes littéraires, politiques et identitaires locales contre les Anglais, de retrouver un meilleur niveau de vie et un plus grand respect face à leurs identités culturelles. Ils s’étaient organisés en sociétés quasi secrètes, basées sur des systèmes hiérarchiques, dans lesquels chacun peut progresser, en maintenant des liens avec les sociétés des francs-maçons et des rosicruciens (qui ont vu le jour à peu près en même temps, souvent dans les mêmes cafés littéraires de Londres).

- Ambivalence du néo-chamanisme. Danger et dérapages. Certains auteurs contemporains qui disent pratiquer le « chamanisme celtique », préviennent le lecteur que le « chamanisme » et autres techniques magico-ésotériques ne peuvent remplacer une psychothérapie encadrée par un psychologue diplômé. En effet, des personnes marginalisées et fragiles peuvent être attirées par ces promesses d’acquérir un « pouvoir surnaturel » en compensation pour leur impuissance dans leur vie quotidienne et professionnelle. Les textes « néo-chamaniques » et leurs auteurs jouent quelque peu un jeu ambivalent. Il ressort de leurs affirmations, que le « chamanisme contemporain », « celtique  » ou de toute autre couleur locale, est selon eux « réel  », c’est-à-dire efficace. Lévi-Strauss et d’autres anthropologues ont démontré l’efficacité symbolique des pratiques magico-religieuses. Des lecteurs prendront ces descriptions au pied de la lettre, et s’imagineront acquérir réellement des pouvoirs magiques. Alors si on bricole avec ces pratiques, à la poursuite de buts pervers ou même en toute bonne foi, le danger pour l’utilisateur qui y croit peut devenir « réel de recevoir des coups, physiques et psychiques ». Les chamanes amérindiens préviennent les participants euro-américains qui viendraient assister aux rituels pour se moquer de leurs pratiques ancestrales, de ces conséquences fâcheuses éventuelles.
Un autre danger peut se situer aussi du côté de l’utilisation de substances hallucinogènes par certains groupes de néo-chamanes et néo-druides. En France, des néo-chamanes inspirés par le chamanisme amazonien proposent la prise d’ayahusca. Certes, lors des séances chamaniques, ils affirment à leurs patients et adeptes que la quantité de drogue donnée aux « Européens » est infime comparée aux doses ingurgitées par les Amérindiens. Mais il y a parfois des réactions très vives et dangereuses de certaines personnes face à ces produits. Il y a eu mort d’homme à la suite d’une prise d’iboga, une substance hallucinogène empruntée aux devins africains, lors d’une telle séance en France. Les enquêtes orales [70] montrent que certaines personnes qui viennent à ces séances avec prise d’hallucinogènes ne viennent que pour le « voyage » qu’elles procurent parfois.
Si ce « chamanisme contemporain » est, ainsi que d’autres néo-chamanes l’expliquent, « non réel  » et veut se présenter comme un ensemble de techniques de « méditation transcendantale  », de « techniques archaïques de l’extase » (à la suite de Mircea Eliade), alors leurs recommandations peuvent induire en erreur un public trop crédule. Et ce d’autant plus que certains néo-chamanes se cachent derrière la caution de la science en citant les noms de scientifiques reconnus. On peut se demander aussi si certains néo-chamanes ne cherchent pas seulement à faire mieux vendre leurs bouquins et leurs recettes.

- Des techniques pour lutter contre le stress : visualisation et méditation. Cependant, les techniques et pratiques de type néo-chamanique peuvent avoir une certaine efficacité psychothérapeutique. Les « chamanes celtiques », les néo-chamanes et des gourous New Age mélangent, en une synthèse simplificatrice et dirigiste pour certains, des pratiques et croyances de types néo-païen, néo-druidique et néo-chamanique avec les idéologies psychothérapeutiques du « développement du potentiel humain (DPH) », une des idées fortes du New Age, formulée à Esalem dans les années 1960-80. Derrière les expressions « psychologisantes » comme « chamane intérieur  », « voyage intérieur  », des lecteurs comprendront qu’il s’agit d’images, de visualisations, pour mieux faire comprendre les souffrances, physiques et psychiques, et les repousser ailleurs (au-delà, dans le rêve, dans l’imagination d’une « vie antérieure ou future ») et ainsi améliorer nos facultés pour lutter contre le stress. Des techniques similaires sont utilisées par des psychothérapeutes et des psychologues reconnus et diplômés. Les techniques de visualisation préconisées par Michael Harner, anthropologue enseignant le néo-chamanisme (1990, p. 31-32), sont précises et simples, et laissent une grande latitude à notre aptitude créatrice : « aller là où vous pensez pouvoir pénétrer dans l’ailleurs ; allez-y et voyez ce que vous trouvez. »

- Renouveau du paganisme et quête du Graal modernisée. Des anthropologues commencent à souligner ce développement rapide du néo-chamanisme, du New Age et du néo-paganisme et l’inscrivent dans leurs études sur la mondialisation du magico-religieux à tendance psychothérapeutique et écologique. Cet article voudrait suggérer qu’aujourd’hui, sous l’influence du New Age et du néo-chamanisme, et de certains groupes néo-païens (asatru et odinistes, wiccan et d’autres adorateurs de la Grande Déesse), les écrits et les pratiques des néo-druides prennent une coloration païenne. Par exemple, la fête de Beltaine (fin avril-début mai), sur la colline de Calton Hill à Edimbourg, « a pagan ceremony  », semble plutôt être de type wicca que néo-druidique ou celtique écossais [71] ; plus de six mille personnes y ont assisté en 2007.
La majorité des « chercheurs de vie et des quêteurs de sagesse  » sont des personnes volontaires et curieuses, attirées par les rencontres avec autrui et par les pratiques mystérieuses. Les croyances et techniques du New Age et du néo-chamanisme, qui prennent une place de plus en plus visible sur la scène internationale, se présentent comme quelque chose de plus puissant que la science, « puisque la science n’arrive toujours pas à expliquer les grands problèmes existentiels ». Les techniques, moyens rituels et explications spirituelles, dont beaucoup ont fait leurs preuves chez les peuples traditionnels, peuvent momentanément convaincre, voire même aider, ou tout simplement passionner certaines personnes.
Les new agers et néo-païens de toutes tendances sont des optimistes et des enthousiastes. Ils courent sans fin sur les « chemins de la connaissance et de l’amélioration du soi  » dans une quête du Graal modernisée. Grâce à l’Internet et à des conférences aux niveaux local, national et international, les néo-païens sont en train de s’organiser en réseaux pour se retrouver avec d’autres penseurs (militants altermondialistes et représentants des peuples autochtones) et proposer des solutions alternatives pour le devenir de la planète en réinventant des traditions et des figures mythiques.
Les Indiens contemporains de l’Amérique du Nord, reprenant à leur compte aujourd’hui ce qu’affirment les métaphores des mythes de leurs ancêtres, disent que « les bonnes traditions sont celles qui changent avec leur temps  ».

ÉLÉMENTS BIBLIOGRAPHIQUES

NB - Les ouvrages précédés d’un astérisque (*) appartiennent à la mouvance ésotérique, néo-chamanique, néo-druidique et néo-païenne.

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- *E. Mc Gaa / Eagle Man, Rainbow Tribe. Ordinary People Journeying on the Red Road, New York, HarperCollins Publishers (Native American Studies), 1992.

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- * J. Matthews, Le chaman celtique, Paris, Editions du Rocher / Brocéliande, 1996 (The Celtic Shaman, a Handbook, 1991).

- * M. Mercier, Chamanisme et chamanes. Le vécu dans l’expérience magique, Paris, Pierre Belfond (coll. Initiation et connaissance), 1997.

- J. Neihardt / Arc-en-Ciel-Flamboyant, Elan-Noir ou la vie d’un saint homme des Sioux Oglalas, Paris, Stock,1977 (Black Elk Speaks, 1932).

- * R. Nichols, The Book of Druidry, Foreword by P. Carr-Gomm, London, The Aquarian Press, HarperCollins Publishers, 1990.

- M. Perrin, Le chamanisme. Paris, PUF, Que sais-je ? n° 2968, 1995.

- K. Ralls-Macleod & Ian Robertson, The Quest for the Celtic Key, Edinburgh, Luath Press Ltd, 2005 (2002).

- M. Raoult, Les druides. Les sociétés initiatiques celtiques contemporaines, Paris, Editions du Rocher, L’Homme et l’Univers, 1992.

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- D. Vazeilles, Le Cercle et le Calumet. Vivre chez les Sioux aujourd’hui, Toulouse, Privat, 1977.

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- J. Vernette (père), Le Nouvel Age. A l’aube de l’ère du Verseau, Paris, Pierre Tequi (ed), 1989.

- P. Vitebsky, The Shaman : Voyages of the Soul, Trance, Ecstacy and Healing from Siberia to Amazon. Boston, Little Brown, 1995.


 

[1] Enquêtes orales et observation participante chez les Indiens Sioux Lakotas (Sud Dakota, USA), séjours de deux ans (1969-71), et de nombreux mois d’été jusqu’en 2003.

[2] R. N. Hamayon, « Introduction à Chamanismes. Réalités autochtones, réinventions occidentales », in R. N. Hamayon (ed), Chamanismes, Revue Diogène, 2003, p. 7-54.

[3] Vazeilles1990, 1999, 2000, 2001, 2003. 1 et 2.

[4] Les wiccans sont un groupe néo-païen qui s’inspire du folklore celtique et anglo-saxon. Vers le milieu du XXe siècle, Gerald Gardner porta sur la place publique la « sorcellerie folklorique européenne » ; il s’inspira des ouvrages de l’égyptologue Margaret Murray (The Witch Cult in Western Europe, 1921 et The God of the Witches, 1933). On peut reconnaître aussi les influences de Sir James Frazer et de Robert Graves. Les wiccans sont des adorateurs de la Grande Déesse et de son Consort.

[5] Beresford 2002, Douglas 2003, Graves 1979, MacKillop 2006.

[6] Ouvrages de C. Guyonvarc’h et F. Leroux ; Dumézil 1986.

[7] Brunaux 2006, Eluere 1992, Green 2000, Konstam 2001, Ralls-Macleod & Robertson 2005…

[8] C’est le thème, par exemple, du roman Ceremony de Leslie Silko, une Indienne Laguna métisse du Sud-Ouest des USA.

[9] Voir l’ouvrage de Marilyn Ferguson, 1980, un des ouvrages fondateurs du New Age.

[10] La biographie du chamane sioux Nicolas Black Elk, mort en 1952, est un best-seller traduit en plusieurs langues, voir J. Neihardt et J.E. Brown.

[11] Vazeilles, 1997, 2000, 2001, 2003.1 et .2 ; voir aussi les travaux de M. Perrin 1991, qui est très critique ; l’introduction par R. Hamayon à l’ouvrage collectif Chamanismes…op. cit., 2003, p. 7-54.

[12] Pour une présentation d’autres « medicine men » amérindiens qui viennent en Europe et en Russie, voir Perrin 1991 et Vazeilles 1990, 2001, 2003.

[13] Archie Fire Lame Deer, avec la collaboration de Richard Erdoes, Le Cercle Sacré. Mémoires d’un homme-médecine sioux, 1995 (Gift of Power, 1992).

[14] Biographie de John Fire Lame Deer écrite par R. Erdoes 1972.

[15] Barbara Means Adams, Rolling Thunder, Allen Ross –Ehanamani, voir Vazeilles 2001 et 2003.

[16] Néo-chamanes français : P. Dacquay, M. Mercier…

[17] Par exemple, lors de la venue plusieurs années de suite d’A. Fire Lame Deer, que certains de mes étudiants et moi-même sommes allés rencontrer, ou encore de « chamanes indiens chamanisant » dans la forêt de Brocéliande.

[18] Catlinite, pierre dite à savon rouge dont l’origine mythique serait la fossilisation du sang des ancêtres des Indiens et que l’on retrouve dans une carrière au Minnesota. La vendre ainsi hors d’un contexte sacré est un véritable scandale pour les Indiens des Plaines traditionalistes.

[19] Perrin 1991. J’ai développé ces aspects dans deux articles (2001 et 2003) parus dans des ouvrages construits à partir d’actes de colloque dont plusieurs communications abordaient ces thèmes à partir de recherches menées tant au Mexique qu’en Russie ou encore en Corée.

[20] J’ai reçu quelques lettres poignantes, des appels au secours relatant des situations dramatiques diverses, difficiles à vérifier, du harassement sexuel de la part du « medicine man » indien, jusqu’à des accusations de viol, ou des lettres décrivant le désespoir face à la maladie en phase terminale, le malade ou ses proches pensant trouver une meilleure aide auprès d’un « véritable » chamane qu’on me demandait de trouver chez les « véritables » Indiens.

[21] Par exemple, Akwesasne Notes, automne et hiver 1983, publié par la tribu des Mohawks.

[22] On peut lire cette « déclaration de guerre » sur le site Internet : www.geocities.com/Area5/Dime.... Notons que plusieurs sites sur les vampires renvoient à ce texte.

[23] Vazeilles enquêtes de terrain, 2001 et 2003.

[24] M. Ferguson, auteure fondatrice du New Age, Les Enfants du Verseau, 1982.

[25] Voir R. Hamayon, (ed), Chamanismes…, op. cit.

[26] K. Meadows (1992) dit pratiquer un « chamanisme amérindien et un chamanisme celtique ».

[27] Les folklores européens parlent souvent des chasses sauvages, appelées en France, chasse Arthur, chasse gallière... Ces cavalcades terrifiantes traversaient les forêts et les cieux les soirs d’orage, ou au moment des tempêtes des équinoxes, ou des nuits d’épouvante (veille de la Toussaint, Halloween, nuit de Walpurgis - le 30 avril, pour la Saint André, etc.). Arthur et les déesses Diane ou Hel, sur des chevaux d’ébène entourés de chiens monstrueux et écumants, entraînaient derrière eux fées, elfes, gobelins, sorciers, morts et revenants, et autres créatures « surnaturelles », « démoniaques » disaient les chrétiens, en une cavalcade terrifiante.

[28] Lévi-Strauss traduit trickster par décepteur, voir Anthropolgie structurale et L’homme nu. Voir pour les Sioux et autres amérindiens, Vazeilles, 1996.

[29] Matthews John, The Celtic Shaman, a Handbook, 1992 ; trad. française : Le chaman celtique, 1996. Il est aussi l’auteur de Taliesin : Shamanism and the Bardic Mysteries in Britain and Ireland, 1991, « … une étude en religion et anthropologie comparées. »

[30] L’histoire de Kullwch et Owen, fille d’Ispadaden Pengwor, dans les contes gallois Nabinogion. Les héros recherchent les animaux les plus anciens qui doivent être capables d’expliquer comment joindre le dieu Mabon, retenu prisonnier. Mabon, le plus ancien des Dieux, est un des intermédiaires entre les humains et les Dieux. Une histoire qui se compare facilement à des thèmes de type chamanique, en particulier la croyance à l’antériorité de la création des animaux : une plus grande antériorité est le gage de la plus grande connaissance des créatures vivant sur terre. Les esprits alliés du chamane sont de formes zoomorphes.

[31] Le chaudron de Grunderstrup montre, entre autres personnages, un homme ou un dieu (Cernunos ?), peut-être assis en tailleur (dans la position du « demi-lotus » pour d’autres) qui brandit de la main droite un torque et de la gauche un serpent (ou une anguille). Un autre dieu plonge des hommes (morts ?) dans un chaudron, qui pourrait être le Chaudron Annwn, le « chardon de la renaissance », qui permettait à certains morts de renaître.

[32] Les Amérindiens du Nord parlent de « roue de la médecine » (medicine wheel), de « cercle du monde ».

[33] Par exemple, la roue du cycle des Nartes, héros divins des Ossètes, cf. Loki de Dumézil.

[34] Site que j’ai consulté à plusieurs reprises, dont le 25 décembre 2005 : www.druidry.org. Voir aussi P. Carr-Gomm, Druid Mysteries.

[35] Les 7 rituels sacrés des Indiens Sioux Lakotas par J. E. Brown. Les biographies des chamanes sioux sont très prisées par les néo-chamanes et les new agers.

[36] Les Amérindiens disent plutôt sweatlodges, « tente pour les bains de vapeurs ».

[37] Voir Brekilien 2002, p. 36-41.

[38] Voir P. & S. Carr-Gomm, The Druid Animal Oracle : working with the sacred animals of the druidic tradition 1996.

[39] Ph. & S. Carr-Gomm & W. Worthington (illustrator), The Druid Card Tarot : Use of Magic of Wicca and Druidry to Guide your Life,2005, www.druid.org.

[40] Une biche blanche dans l’iconographie et les légendes européennes représente souvent la présence d’une fée…Les récits folkloriques disent que les cervidés sont le bétail des êtres féeriques.

[41] Ph. Carr-Gomm , Druid Way.

[42] Carr-Gomm, La renaissance druidique. La voix du druide contemporain, 2001 ; Brekilien Yann, La mythologie celtique, 1983 ; et Les secrets des druides, 2002.

[43] Traits et encoches sur des baguettes de bois gravées et colorées avec 20 symboles analogues aux runes germaniques, les ogams étaient encore pratiqués au Moyen âge irlandais dans l’art de la divination.

[44] Archéologues et historiens consultés pour ce travail : Th. Cahill, Ch. Ejuère, Miranda Greene, Angus Konstam, Karen Ralls-Macleod…

[45] Par exemple, M. Raoult, 1992, « Celte et druide » p. 5 et 19-26.

[46] L. E. Jones, 1998 ; K. Ralls-Macleod & I. Robertson, 2005, M. Raoult, 1992…

[47] John Toland, A Critical History of the Celtic Religion and Learning : Containing an Account of the Druids, or, the Priests and Judges ; of the Vaids, or the Diviners and Physicians ; and of the Bards, or, the Poets and Heralds ; of the Ancient Gauls, Britons, Irish and Scots. London, 1726.

[48] Ross Nichols, The Book of Druidry, Foreword by Ph. Carr-Gomm, 1990, p. 98.

[49] Beltaine, 30 avril-1er mai, appelée nuit de Walpurgis par les Germano-Scandinaves, est en quelque sorte le pendant de Samain (Halloween). Depuis une vingtaine d’années, des feux de Beltaine sont à nouveau allumés dans plusieurs villes d’Écosse, dont une cérémonie néo-païenne et wicca sur Calton Hill à Edinburgh, que j’ai pu observer en 2007.

[50] Voir les travaux de l’archéoastronome G. S. Hawkins, 1965, Stonehenge decoded.

[51] Des néo-druides et francs-maçons disent que, le 24 juin 1717 eut lieu à Londres, dans la taverne The Goose and Gridion, la première assemblée générale constitutive de la Grande Loge spéculative qui réunit des représentants des quatre grandes loges franc-maçonnes de la ville de Londres.

[52] Brekilien 2002, p. 186.

[53] Ouvrages de W. Stuckeley, Stonhenge, 1740 et Avebur, 1743.

[54] M. Raoult, 1992, p. 219-220.

[55] Ossian est un poète cité dans les textes médiévaux irlandais (manuscrit du XVIe siècle) dits « Le cycle des Fenians », des récits indépendants les uns des autres racontant les hauts faits de guerriers mercenaires organisés en bandes. Les Fenians seraient des milices chevaleresques célèbres pour leurs exploits cynégétiques et fantastiques dont les chefs Finn et Ossian sont des bardes. Ces bandes furent vaincues à la bataille de Cabra entre 254 à 330 A.D.

[56] Williams Edward (Iolo Morganwg), Poems Lyrical and Pastoral. London, 1794.

[57] D’autres chercheurs, dont Leslie E. Jones, verront dans ces transformations successives autant d’épisodes de type chamanique, tout particulièrement les récits qui concernent Taliesin et Cuchulain le héros guerrier du cycle irlandais dit « Le rameau rouge » (IIe siècle ap. J.-C.).

[58] Brekilien 2002, p.189.

[59] Brekilien, 2002, p.191.

[60] Brekilien 2002, p. 192.

[61] Église protestante unitarienne (Unitarian Church) rejette la doctrine de la Trinité et la divinité de Jésus, et affirme que Dieu est un. Elle fonctionne en congrégations autonomes, et accorde beaucoup d’importance au développement de la personnalité individuelle et affiche une grande tolérance face aux différentes conceptions religieuses.

[62] Les Quakers, une secte religieuse appelée Society of Friends, fondée par un Anglais, George Fox, en 1650. Les membres, qui refusent de s’appeler quakers, sont des défenseurs de la simplicité dans tous les domaines, comportementaux, vestimentaires, ainsi que lors des cultes.

[63] Boddicée est, selon certains archéologues, une druidesse spécialiste des combats.

[64] Rabelais, Les Grandes et Inestimables Cronicqs du grand et énorme géant Gargantua : contenant généalogies. La grandeur et force de son corps. Aussi les merveilleux faits d’armes qu’il fit pour le Roy Artur, comme verrez ci-après. Imprimé nouvellement, 1532.

[65] J. Markale, Le Cycle du Graal, Première époque, La naissance du roi Arthur, 1992 : « Jean Markale, écrivain, poète, homme de radio et de télévision, comédien et conférencier… ».

[66] Voir aussi le spécialiste des Gaulois, Brunaux (2006).

[67] B.Contou-Carrère, 2005.

[68] Voir K. Ralls-Macleod et I. Robertson., 2005.

[69] Vazeilles 2003.2.

[70] Enquêtes menées par plusieurs de mes étudiants, dont le doctorant Tanguy Fraud, dans le sud de la France sur les trois dernières années.

[71] Cf. Ouvrage de G. Douglas, 2003.


 

Pour citer cet article :

Danièle Vazeilles

, « Connexions entre le néo-chamanisme et le néo-druidisme contemporains. Étude en anthropologie/ethnologie comparée.  », dans la revue électronique « Cahiers d’Études du Religieux - Recherches interdisciplinaires » (ISSN 1760-5776) du Centre Interdisciplinaire d’Étude du Religieux, [http://www.msh-m.org/cier/], date de parution : le vendredi 4 juillet 2008.


 

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