Roger L’Estrange, les Français et la presse : traductions et propagande anglicane, 1678-1681

Anne Dunan-Page

Cet article présente des études de certaines traductions du journaliste, pamphlétaire et censeur, Roger L’Estrange (1616-1704). Nous analysons dans un premier temps les traductions en français de deux de ses ouvrages, Narrative of the Plot (1678) traduit sous le titre Histoire de la Conspiration d’Angleterre en 1679 et The Dissenter’s Sayings (1681) traduit en 1683, Le Non-Conformiste anglois dans ses Ecris, dans ses Sentiments, & dans sa Pratique. Nous montrons comment ces ouvrages de propagande qui visaient à soutenir le régime Stuart et l’Église anglicane face aux dissidents anglais ont été modifiés pour le lectorat français, en particulier pour les huguenots exilés à Londres. Dans un deuxième temps, nous prenons le point de vue inverse (une traduction par L’Estrange d’un ouvrage anonyme français, Apologie pour les Protestans, parue en 1681) et analysons les choix opérés par L’Estrange pour abréger l’ouvrage original et donner une présentation pour le moins erronée du protestantisme français en Angleterre. Dans les deux cas, nous tentons de cerner les enjeux de la traduction d’ouvrages de propagande et montrons comment les interventions des traducteurs révèlent des incompréhensions mutuelles au sujet de la nature et de la forme du protestantisme français et anglais.

L’Estrange – traduction – propagande – Église anglicane - protestantisme

Roger L’Estrange (1616-1704) est sans doute le personnage le plus truculent de la seconde moitié du XVIIe siècle britannique. Journaliste, auteur, traducteur, censeur ; mais aussi musicien, compositeur, mécène, il se présente comme un gentleman raffiné et éduqué, à la plume acerbe et à l’humour au vitriol ; un favori du roi que dans les rues de Londres on surnomme pourtant le « Chien du diable », « Vieux Péteur », ou « Balai dans le Cul » (du nom de son fidèle collaborateur, l’éditeur Henry Brome, qui signifie « balai », en anglais). Ces invectives, souvent à caractère scatologique, peuvent prêter à sourire mais elles soulignent l’un des premiers grands paradoxes de L’Estrange : loin de ses origines, sa carrière est résolument urbaine et populaire. L’Estrange excelle dans les genres courts. Ses œuvres les plus connues, qui circulent dans les lieux de sociabilité de l’époque moderne comme les coffee houses, sont des tracts, des opuscules, des libelles, des ballades, une gravure satirique et bien sûr un journal, The Observator, composé sans interruption, deux fois par semaine, pendant six ans, de 1681 à 1687.
L’Estrange est un transfuge littéraire, voire social, un gentleman qui se mêle au peuple (et que ses ennemis raillent d’être d’ailleurs tombé aussi bas), qui revendique sa capacité d’intégration dans la culture populaire de la capitale anglaise afin de mieux traquer toute forme de désobéissance civile ou religieuse. Même s’il trouve grâce auprès d’intellectuels et d’auteurs qui louent son esprit et son humour inimitables (on pense aux auteurs John Evelyn, Samuel Pepys et Aphra Behn), il reste le chantre des tavernes, quémande sans cesse quelque pension royale pour survivre, fait finalement fortune sur le dos des imprimeurs et des marchands-libraires, fortune que sa femme n’a de cesse de dépenser dans les salles de jeux au point qu’ils ne sont jamais totalement à l’abri de la ruine.
L’Estrange se mêle à la vie du cœur de Londres : il délaisse très vite sa demeure des quartiers chics pour aller vivre dans une petite pièce au-dessus de l’atelier de Brome d’où il domine, littéralement, l’activité des imprimeurs qu’il souhaitaient surveiller avec une équipe d’espions à sa solde. Il est enfin responsable de l’orientation de ce que l’on peut aujourd’hui nommer l’« opinion publique » à la Restauration. Fidèle dans ses amitiés anglicanes et tories (même si on lui reproche un catholicisme à peine voilé), L’Estrange est l’un des plus grands polémistes de la presse anglaise et ses expériences littéraires et journalistiques sont imitées par l’opposition. Même s’il trouve face à lui d’autres grands personnages, tel le journaliste et pamphlétaire Henry Care, il n’en reste pas moins que pendant les quelque cinquante années qu’a duré sa carrière littéraire, L’Estrange a très largement dominé la production anglaise en innovant sans cesse pour pourfendre la dissidence religieuse et pour asseoir le pouvoir des Stuart et de leur Église nationale [1].
Cet article présente un aspect méconnu de l’œuvre de L’Estrange. La critique a parfois tendance à oublier qu’il était loin de considérer que sa mission se limitât à l’Angleterre. Ses nombreux voyages en Europe, en Italie, en France, en Hollande, lui permirent d’entrer en contact avec des catholiques et des protestants étrangers. Nous souhaitons nous pencher, dans le cadre de cet article, sur les relations que L’Estrange entretenait avec les huguenots afin de montrer la façon dont sa propagande en faveur de l’Église anglicane s’est nourrie des querelles et des amitiés au sein de la communauté protestante française. Nous examinerons deux grands types de traductions : d’abord, les traductions françaises des ouvrages de L’Estrange et ensuite sa propre traduction d’un ouvrage polémique français, Apologie pour les protestans (1680), dont nous avons précédemment étudié la diffusion, mais sur laquelle nous revenons aujourd’hui pour définir plus précisément quel fut le travail du traducteur. [2]
L’Estrange connaît suffisamment le français, l’italien et l’espagnol, pour avoir produit des traductions qui ont fait date dans l’histoire de la littérature et dont certaines sont encore ré-imprimées, comme ses fameuses Fables d’Ésope. Son intérêt pour la littérature européenne ne s’est jamais démenti durant les aléas de sa longue carrière, et il semble hésiter, dans ses fonctions de traducteur, entre militantisme, dilettantisme et opportunisme financier : peu de points communs, en effet, entre la traduction d’un ouvrage polémique français comme Apology for the protestants (1681) et The Spanish Decameron (1687), une série de nouvelles tirées des Novelas Ejemplares de Cervantes et de La Garduña de Sevilla de Solórzano.
Si les traductions font aujourd’hui partie du corpus attesté de L’Estrange (corpus d’ailleurs toujours en formation car nombre de pamphlets jusqu’ici anonymes commencent à lui être attribués), et à ce titre font l’objet de commentaires, on connaît par contre beaucoup moins bien les traductions françaises de ses propres ouvrages et donc sa réputation parmi les communautés de langue étrangère à Londres. Certains ouvrages sont pourtant traduits en français peu après leur publication. C’est le cas de Narrative of the Plot (1678) traduit sous le titre Histoire de la Conspiration d’Angleterre en 1679 par « L.D.L.F », alias Louis Delafaye, un transfuge de l’Église catholique qui traduisait également The London Gazette pour le lectorat français [3]. Le second ouvrage est The Dissenter’s Sayings (1681), traduit anonymement en 1683, Le Non-Conformiste anglois Dans ses Ecris, dans ses Sentiments, & dans sa Pratique et publié par la veuve Brome, éditrice de L’Estrange après la mort de son mari Henry en 1681 [4]. Ces traductions en langue française sont parmi les seuls témoignages que nous possédions sur la diffusion et la réception des ouvrages de L’Estrange dans la communauté huguenote en exil. Avant donc de s’attarder sur les propres traductions de L’Estrange, on ne peut faire l’économie d’une analyse de ces textes parce qu’ils permettent de mettre à jour les interactions entre L’Estrange et les protestants du continent et la façon dont il envisageait de faire œuvre de propagande au sein de l’« internationale » protestante.

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A History of the Plot : Or, a Brief Account of the Charge and Defense of Edward Coleman... est l’un des rares ouvrages pour lequel Roger L’Estrange a jugé bon, pour une raison inconnue, de mettre un terme provisoire à sa collaboration de longue date avec Henry Brome. L’ouvrage paraît donc chez Richard Tompson en 1679. Il s’agit du récit abrégé du procès de dix-sept catholiques, parmi lesquels cinq jésuites et trois bénédictins, jugés en 1678 pour un prétendu complot contre le roi Charles II en vue du rétablissement du catholicisme en Angleterre (The Popish Plot). Les principaux chefs d’accusation sont haute trahison, tentative d’assassinat sur la personne du roi et renversement de la religion protestante, mais certains des accusés comparaissent également pour le meurtre de Sir Edmund Bury Godfrey qui avait recueilli les premières dépositions concernant le complot juste avant d’être retrouvé dans une ruelle sombre, la gorge tranchée. Treize des accusés seront finalement exécutés et quatre acquittés. Le premier procès est celui d’Edward Coleman qui comparaît le 27 novembre 1678 ; le dernier celui de George Wakeman, William Rumley, William Marshall et James Corker, acquittés le 18 juillet 1679.
Richard Tonson sera par la suite inquiété par les autorités pour avoir publié ces comptes rendus tandis que circulait la version officielle des procès, la seule censée faire autorité [5]. L’Estrange, dans sa préface, clame pourtant que sa version abrégée soulage non seulement la bourse mais aussi la « tête » des lecteurs, souvent perdus dans les méandres du jargon juridique et les longueurs de procédure [6]. Il s’explique longuement sur sa décision, arguant du fait que ses propres notes, prises en direct lors des débats, sont plus concises, mais tout aussi précises et bien plus intelligibles que celles des comptes rendus officiels [7].
En 1679, il est encore trop tôt pour que L’Estrange dénonce ouvertement le complot comme une pure invention, mais, dès sa préface, il met cependant en garde ses lecteurs contre le danger à croire toutes sortes de fables « imaginaires » sans « sobriété » ni « modération » [8]. S’il ne restait plus un seul catholique dans les royaumes d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande, les farouches opposants du « papisme » se débrouilleraient toujours pour en inventer. Dès la première page de l’ouvrage, L’Estrange adopte certes en apparence la voix de la modération, mais une modération qui sert, sans ambages, la cause du parti catholique en pays protestant puisqu’il accuse indirectement les dissidents d’être à l’origine d’un complot inventé de toutes pièces pour affaiblir la monarchie et l’anglicanisme.
En tant que « compilateur » de cet abrégé « historique », L’Estrange choisit de s’effacer pour présenter les faits de la façon la plus objective possible, sans le moindre « trait de partialité » [9] ; Il s’adresse d’ailleurs à ses lecteurs à la troisième personne. Il s’agit là pourtant de l’une de ses stratégies rhétoriques favorites, nous y reviendrons, qui consiste à ne présenter que des compilations de textes épars, sans commentaires, mais toujours assorties de copieux paratextes qui en orientent la lecture. La force de persuasion provient alors de la simple accumulation de pièces à charge, ces textes étant de nature différentes des féroces critiques ad hominem qu’il faisait paraître contre ses ennemis.
The History of the Plot est le premier ouvrage de L’Estrange traduit en français et distribué par Richard Bentley et Mark Pardoe, peu après sa publication en anglais. L’épître dédicatoire composée par le traducteur est adressée au vice-roi d’Irlande, le duc d’Ormond, dont on dit qu’il était une victime désignée du prétendu complot papiste. Le traducteur, Louis Delafaye, y propose une lecture de L’Estrange qui ne laisse plus aucune place à la modération de l’auteur original : pour le traducteur, nous sommes en effet en présence d’une pièce qui sert à démontrer qu’un complot papiste, dont parle d’ailleurs toute l’Europe, a effectivement eu lieu et que le scepticisme de certains ne fait que servir la cause des cruels papistes : « Je dois pour la satisfaction du Lecteur, & pour aussi faire voir que c’est à tort que l’on accuse l’Angleterre de faire mourir des Innocents... raconter ce qui s’est passé depuis ce tems là [10]. » Pour Delafaye, il fait peu de doute que les catholiques aient « tâché de brouiller de nouveau les cartes, & faire naistre une querelle entre les protestants, & ceux qu’on appelle Presbyteriens, autrement Non-Conformistes » [11].
La préface qui suit l’épître révèle, quant à elle, que Delafaye a entrepris la traduction sur commission d’une « Personne de Qualité » qui la destinait à un usage strictement privé [12]. Elle remplace celle de Roger L’Estrange, qui a disparu, et sert d’introduction au reste de l’ouvrage puisqu’elle détaille, après un bref rappel des événements principaux du complot, le déroulement d’un procès anglais, dont le lectorat français ignore la procédure. Même si le reste du volume retrace fidèlement les comptes rendus abrégés de L’Estrange, il n’en reste pas moins que le paratexte trahit sinon le manque d’informations, au moins les hésitations des protestants français sur la conjoncture anglaise et sur la position des différents acteurs du complot, des affaires « fort embroüillées », comme le reconnaît lui-même le traducteur [13].
Le lectorat français n’était pas particulièrement au fait de la carrière et de l’œuvre de L’Estrange : Delafaye se croit obligé de décliner une notice biographique de son auteur. Mais ce manque d’information implique que Delafaye se sente dès lors très libre de procéder à une présentation toute personnelle de L’Estrange, en particulier de le laver de certaines calomnies qui auraient pu arriver à l’oreille de ses lecteurs. Delafaye loue d’abord L’Estrange en l’affublant de quelques nobles qualificatifs (« un tres honneste homme... une personne tres capable » [14]) puis il le présente comme un représentant de l’Église anglicane faussement accusé de catholicisme par les non-conformistes anglais. Roger L’Estrange, pour le lectorat français, devient ainsi le chantre de l’anglicanisme bon teint. Soit Louis Delafaye souhaitait entrer dans les bonnes grâces du censeur ; soit il était véritablement convaincu de la sincérité de L’Estrange. Dans les deux cas, sa préface a pour conséquence de tenter un rapprochement entre les anglicans à la L’Estrange et les protestants français contre les non-conformistes anglais.
L’histoire des relations entre les protestants anglais et les protestants du continent est complexe et de nouvelles recherches doivent être entreprises pour combler les lacunes historiographiques. L’idée générale qui semble toutefois se dégager, et qui est partiellement confirmée par ce que nous observons dans les traductions françaises de L’Estrange, est que ces relations sont faites d’une série de malentendus. En particulier, les huguenots ne semblent pas toujours bien comprendre la complexité du système des « préférences » dans l’Église anglicane. La question s’était déjà posée, par exemple, en 1616, lorsque Pierre du Moulin (père) avait, en vain, tenté d’obtenir l’évêché de Gloucester. Inversement, des huguenots furent parfois attaqués, comme par exemple dans la ville de Norwich, tout simplement parce que les habitants, mal informés, les entendant parler français, les prirent pour des catholiques à la solde de Louis XIV [15]. Dans ce contexte, il nous semble que le travail des traducteurs français de L’Estrange est tout simplement, dans un premier temps, un travail d’information, les réfugiés français n’étant certainement pas initiés aux complexités d’une Église d’État qui n’était pas la leur.
Mais l’objectivité de l’information atteint vite ses limites. Tout d’abord, les huguenots en terre Stuart étaient tiraillés entre leur volonté de défendre l’internationale protestante et celle de se faire accepter par une Église anglicane qui leur imposait l’uniformité ecclésiastique alors que certains d’entre eux se réclamaient frères spirituels des dissidents : tous les Français ne devaient pas, loin s’en faut, partager l’enthousiasme de Delafaye pour L’Estrange, mais tous avaient besoin, pour leurs futures publications, de se faire accorder un privilège par le censeur. Ensuite, la lecture que fait Delafaye de l’ouvrage de L’Estrange est partiellement fausse et, en ce sens, propose aux lecteurs français une vision pour le moins tronquée de l’anglicanisme, sans que l’on ne puisse véritablement savoir si Delafaye tentait là une manipulation de son lectorat ou s’il avait tout simplement mal compris les desseins de L’Estrange.
La propagande anglicane et tory de L’Estrange dans les années 1678-1681 s’appuie presque exclusivement sur une violente dénonciation des non-conformistes dont il présente les propos, sans apparemment les commenter. Cette présentation prétendument objective des faits dépend cependant de paratextes rédigés pour orienter la lecture dans un sens particulier. Ainsi, dans A History of the Plot, L’Estrange tente de mettre en doute la parole des protestants (des presbytériens en particulier) qui utilisaient le complot pour attiser la haine des catholiques. Delafaye, au contraire, semble penser qu’il tentait de démontrer la culpabilité des condamnés catholiques et œuvrait ainsi pour une union de tous les protestants. Rien n’est plus éloigné du dessein original de L’Estrange dont les sympathies catholiques étaient évidentes pour tous. De plus, Delafaye se contredit : alors qu’il annonce fièrement que tous les protestants britanniques (Conformistes et non-conformistes) ont à craindre des complots catholiques qui visent à mettre en péril le protestantisme international, il condamne quelques pages plus loin les attaques des non-conformistes contre L’Estrange.
Le deuxième ouvrage de L’Estrange à avoir été traduit en français est The Dissenter’s Sayings (1681, ci-après cité DS-I) sous le titre Le Non-Conformiste Anglois dans ses Ecris, dans ses Sentimens, & dans sa Pratique (Londres, 1683). Il s’agit cette fois, sans aucune ambiguïté, d’une féroce dénonciation des pratiques et des écrits non-conformistes. La traduction française va permettre de faire connaître L’Estrange mais surtout le danger que pouvait représenter les sirènes de la dissidence pour les protestants français en exil.
L’Estrange réitère dans ce volume, qui devint rapidement un bestseller, la stratégie précédemment évoquée, c’est-à-dire la présentation d’une impressionnante série de citations de ses ennemis, sans aucun commentaire. C’est alors au lecteur de juger de l’effet produit. Le volume est organisé en douze sections thématiques, qui vont de la tolérance à l’incitation au meurtre de Charles Ier et à sa justification. L’Estrange renie en un sens la paternité de cette expérience littéraire puisqu’il ne fait que répondre à un ouvrage anonyme écrit sur le même modèle pour le ridiculiser, Mr. Roger Le Stranges Sayings (Londres, 1681) [16]. L’Estrange sera plus tard accusé de ne pas respecter les dires de ses adversaires mais d’avoir composé de toutes pièces un texte original qui trahit l’esprit des dissidents :
[Il prend] une ligne à un endroit, deux ou trois mots dans un autre, et un mot dans un dernier et les rassemble..., de sorte que les termes ainsi mêlés disent le contraire du sens et de l’intention de l’auteur : et donc en vérité, quelques-uns de ses « dires » ne sont pas ceux des dissidents mais de L’Estrange lui-même [17].
La traduction française est en fait un texte composite. En effet, The Dissenter’s Sayings fut rapidement suivi par une seconde partie, The Dissenters Sayings : The Second Part (Londres, 1681, ci-après cité DS-II), en quatorze sections, la dernière section de DS-I étant maintenant divisée en deux parties distinctes. La traduction française est un mélange de ces deux textes. Les remarques suivantes se fondent sur une étude des correspondances des trois versions pour la première section sur la tolérance. Une étude similaire serait à mener sur la totalité de l’ouvrage, mais une première lecture n’a pas permis de détecter des changements considérables dans les choix du traducteur d’une section à l’autre et il semble donc légitime de considérer une section comme étant représentative des techniques adoptées dans l’ensemble du volume.
Chez L’Estrange (DS-I), la section sur la tolérance est divisée en onze sous-sections (A à L) dans lesquelles sont cités sept ouvrages et trois volumes collectifs. Alors que certains non-conformistes ne cessent de réclamer la tolérance, L’Estrange révèle la façon dont ils se contredisent en citant des textes (essentiellement presbytériens) où ils condamnent eux-mêmes la tolérance pour certaines sectes protestantes jugées plus radicales qu’ils ne le sont. Les ouvrages cités sont deux hérésiographies de Thomas Edwards, un sermon de Thomas Case prêché devant la Chambre des Communes le 26 mai 1647, un sermon de John Lightfoot du 26 août 1646, de George Hughes du 26 mai 1647, de Thomas Horton du 30 décembre 1646 et de James Cranford du 1er février 1645. Les « ouvrages » collectifs sont une lettre des presbytériens au Collège de Sion du 18 décembre 1645 ; un « discours épistolaire » de 1644 et enfin une pétition de la ville de Londres datée du 26 mai 1646 réclamant la suppression des congrégations séparatistes.
En bref, L’Estrange ne choisit ici de ne citer en vaste majorité que des auteurs presbytériens (à l’exception de l’indépendant Thomas Horton), sans doute pour ne pas être accusé d’avoir pioché dans les textes des protestants les plus radicaux dont on supposait qu’ils n’étaient pas représentatifs. De façon peut-être plus inattendue, son choix se porte également sur des textes du milieu et de la fin des années 1640, donc relativement anciens. Cette sélection fait sens, au moins en ce qui concerne sa section sur la tolérance : en citant des textes de la fin de la guerre civile, plutôt que de la Restauration, L’Estrange prouve que les presbytériens, alors même qu’ils n’étaient pas persécutés, étaient déjà de farouches opposants à l’idée de tolérance, qu’ils n’ont commencé à réclamer pour eux-mêmes que lorsque l’anglicanisme leur a demandé (toujours selon L’Estrange) de se conformer à une uniformité minimale. L’hypocrisie des dissidents, même des dissidents modérés, se lit ici en creux par le choix même des textes qui composent le volume.
Les citations sont ensuite suivies par un seul et court paragraphe de commentaires, lui-même divisé en deux parties égales : le premier est une phrase de résumé de tous les thèmes abordés ; le second est un commentaire personnel de L’Estrange, lui-même farouchement opposé à la tolérance, qui affirme ironiquement que les non-conformistes sont en fait du même avis que lui sur ce point. La traduction française, quant à elle, omet les divisions en sous-sections et les commentaires de L’Estrange et abrège ou omet bon nombre de citations. Par exemple, pour une raison difficilement explicable, le début de la première section omet une citation tirée d’Edwards. La deuxième citation (un sermon de Thomas Case) est très abrégée, mais la raison en est cette fois peut-être plus claire, étant donné que la partie omise traite uniquement des libertés individuelles du peuple anglais. En ce sens, le traducteur a pu la juger peu pertinente pour un lectorat étranger. Le reste du texte omet une longue citation d’Edwards tirée de sa célèbre Gangraena. La seconde partie de la traduction française est tirée de DS-II, mais sans qu’aucune transition ne soit indiquée, de sorte que le lecteur français a véritablement l’impression de ne lire que la traduction d’un seul ouvrage. DS-II est beaucoup plus abrégé : sur les trente-deux citations de la version originale de L’Estrange, seules onze sont reproduites dans la traduction française, sans que ces omissions se justifient autrement que par un processus de sélection relativement arbitraire de la part du traducteur. En terme d’économie générale du volume on peut donc conclure que Le non-conformiste Anglois est basé presque en totalité sur la première partie de l’original de L’Estrange à laquelle viennent s’ajouter quelques citations tirées de la seconde partie.
Le traducteur de L’Estrange pousse toutefois jusqu’à l’extrême la disparition de toute intervention autoriale : d’une part disparaissent toutes les indications formelles utilisées par L’Estrange (par exemple la sous-division en sections numérotées par des lettres ou des chiffres) ; puis le seul paragraphe de commentaire ; enfin l’indication que l’ouvrage est une traduction de deux textes, certes similaires dans l’esprit, mais composés séparément. Le traducteur, en évacuant toute trace de l’auteur original, réduit sa présence à néant et pousse sa stratégie rhétorique jusqu’à sa conclusion logique : en lisant la seule traduction française du texte, le lecteur est parfaitement incapable de savoir s’il a affaire à une véritable compilation de citations ou à une parodie à des fins polémiques. De plus, les ouvrages de L’Estrange circulaient alors que les Anglais ne pouvaient ignorer qui il était : sa vitesse de composition de libelles en tout genre, de journaux, de pamphlets en faisait l’un des auteurs les plus prolifiques de la période. Si l’on suppose, au regard des préfaces des traducteurs français, que sa réputation était nettement moins bien établie dans les communautés de langue étrangère, alors ce simple facteur de reconnaissance immédiate de la « patte » du censeur ne pouvait pas jouer.
Comme avec The Narrative of the plot, les deux épîtres dédicatoires des Dissenters Sayings sont éliminées de la traduction française. On y retrouvait les chevaux de bataille de l’auteur, notamment ses invectives contre les non-conformistes qu’il accuse de vouloir diviser le clan protestant et de le faire passer pour un catholique. La première, à l’intention des lecteurs, présente le fruit de ses travaux comme étant une réponse à son adversaire anonyme [18] ; la seconde, adressée de façon ironique à ses « amis inconnus » du grand jury de Londres, est une violente réaction au procès intenté à Joanna Brome en vue d’interdire la publication du journal de L’Estrange, The Observator [19]. Ces épîtres, dans la version française, sont remplacées par une assez longue préface du traducteur. La traduction n’est cette fois plus destinée aux seuls huguenots londoniens mais à toutes les « Églises Réformées d’outre mer », plus loin identifiées aux Églises protestantes françaises, suisses et hollandaises. Alors que les deux sous-titres de L’Estrange indiquaient simplement que ces ouvrages avaient été conçus pour « l’information du peuple », la page de titre de la traduction française est beaucoup plus explicite : « Pièce tres nécessaire pour tous ceux qui voudront juger équitablement, & pour cet effet, être certainement informez des Causes de cette Rebellion, qui ôta la vie à Sa Majesté Britannique, & fut d’ailleurs si funeste à ses Etats [20]. » En premier lieu, la traduction offre donc des informations à ses lecteurs sur l’histoire récente de l’Angleterre mais, ce faisant, il oriente la lecture des Sayings de L’Estrange uniquement sur la justification de la guerre civile et du meurtre du roi, placée en fin d’ouvrage puisqu’elle constitue « le comble à cette abomination » : il s’agissait certes très clairement de l’un des buts de L’Estrange, mais certainement pas du seul. Par conséquent la traduction réduit d’emblée la portée de l’original à la seule justification de la guerre civile par les sectes dissidentes. Pour les Églises réformées du continent, elle rappelle également ce qu’il en coûte de s’opposer à son roi, fût-il un persécuteur des consciences « tendres ». Le traducteur, au passage, égratigne les protestants du continent qui ont une fâcheuse tendance à écouter les dissidents anglais, voire à leur offrir asile [21].
Plus encore que dans la précédente traduction, L’Estrange est entièrement absent dès la préface de la version française. Le traducteur, par un travail argumentatif à la première personne, explique « ses » desseins et présente les divisions de « son » ouvrage comme s’il en était l’auteur. La seule référence à L’Estrange se trouve au tout début de la préface mais il n’est jamais nommé, sauf sur la page de titre : « Quand je dis que cecy est Transcrit mot pour mot, des Originaux dont je le tire, j’entens parler du Recueil Anglois, que le Traducteur n’a û [sic] pour but que de rendre avec une extrême exactitude dans sa langue... [22]. » À cette précision près, le traducteur revendique entièrement la paternité du traité. Il répond ensuite à trois objections : que les originaux ne sont pas suffisamment authentifiés, que le traducteur ne s’attarde que sur les opinions « d’un petit nombre d’Extravagans », et qu’il remue les « égoûts » de l’histoire au lieu d’apaiser les esprits et d’œuvrer pour la paix du pays et l’union du protestantisme [23].
Ce bref examen des traductions françaises de Roger L’Estrange nous permet de formuler certaines hypothèses. Les Français auxquels se destinent ses ouvrages manquent d’abord de connaissances précises sur les affaires anglaises, ou du moins, c’est ce que semblent suggérer les traducteurs qui expliquent qui sont les non-conformistes et leurs adversaires ; quels ont été les événements et les acteurs de la guerre civile ou du « Complot Papiste » ; ou comment se déroule un procès en terre étrangère. Deuxièmement, étant donné la popularité et l’autorité de Roger L’Estrange dans le monde de l’édition de la Restauration, la décision de rendre ses écrits en langue étrangère n’était pas anodine. On constate pourtant des positions relativement ambiguës envers L’Estrange : ses deux seuls ouvrages traduits en français sont ceux qui ne sont que de simples recueils de pièces et non des libelles ou des opuscules dans lesquels on perçoit peut-être plus clairement sa véritable pensée. Par ce choix, les traducteurs s’octroient certains pouvoirs : digresser, expliquer, tronquer, fusionner, mais aussi justifier une « méthode » rhétorique comme si elle était la leur et ce afin de se poser en véritables intermédiaires entre une culture religieuse anglaise méconnue et souvent mal représentée et le lectorat français. Dans le même temps, le choix de ces textes, à la portée somme toute étendue, évitait d’entrer dans le détail de polémiques par trop brûlantes.
Enfin, la diabolisation de la dissidence est évidente, alors même que les Français hésitaient parfois à adopter l’anglicanisme ou à continuer à pratiquer leur culte dans des églises étrangères plus anciennes qui vivaient depuis le XVe siècle sous un régime ecclésiastique spécifique. Les traductions françaises de L’Estrange ont clairement pour but de rapprocher les anglicans et les huguenots et ce afin de créer une alliance protestante « conformiste » contre les factions qui refusaient l’uniformité ecclésiastique.

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Pour poursuivre nos analyses, il nous faut ensuite présenter les traductions de L’Estrange. Nous laissons pour l’instant de côté ses traductions littéraires qui ne nous apportent pas de véritables indications sur ses positions religieuses et politiques dans les années 1680, même si, comme l’a justement démontré Line Cottegnies, il est impossible de séparer la traduction de certains textes par L’Estrange des positions qu’il adopte en tant que polémiste [24].
En 1680, la situation de l’Angleterre est plus que troublée : les détracteurs du catholique duc d’York (le futur Jacques II) tentent de l’exclure de la succession au trône et pendant des mois fait rage une bataille religieuse, politique et juridique (« La Crise de l’Exclusion ») pendant laquelle la nation soutient deux factions connues sous les termes génériques de « Whig » et de « Tory ». Sans entrer dans les complexités terminologiques, on peut rappeler que le terme « Whig » commençait alors à décrire une faction (si ce n’est un parti) menée par le comte de Shaftesbury qui s’opposait à la succession d’York et entretenait des liens étroits avec les non-conformistes. À l’opposé les « Tories » prétendaient défendre l’ordre politique et religieux par leur attachement à la dynastie Stuart et à l’Église officielle anglicane. De telles distinctions ne font guère cas des subtilités de l’échiquier parlementaire, mais à la fois ses amis et ses ennemis nommaient explicitement L’Estrange « Tory », ce qui alimentait les soupçons de catholicisme à son égard.
À l’hiver 1680, les Whigs semblèrent pour un temps en passe de gagner la bataille en vue de l’exclusion d’York, au point que L’Estrange dut fuir l’Angleterre pendant quelques mois et trouver refuge en Hollande. Il en rapportera un ouvrage protestant français, publié sous le titre Apologie pour les Protestans. Où l’Auteur justifie pleinement leur conduite & leur separation de la Communion de Rome et propose des moyens faciles & raisonnables pour une sainte et bienheureuse Reunion. L’Estrange en fait paraître la traduction quelques mois plus tard en Angleterre, après que le « Parlement d’Oxford » de mars 1681 eut définitivement écarté le spectre de l’Exclusion, An Apology for The protestants : Being A full Justification of their Departure from The Church of Rome, With Fair and Practicable Proposals for A Re-union (1681). Nous avons procédé ailleurs à une étude complète des voies empruntées par ce traité, de France en Angleterre et en Hollande [25]. Nous voulons ici adopter une perspective différente et examiner plus en détail les choix de traduction de L’Estrange afin de montrer comment, si les Français travestissaient ses positions, il n’hésitait guère à faire de même pour présenter les huguenots comme de farouches défenseurs de l’Église anglicane. Notre analyse va porter sur trois éléments : la nature de l’original de L’Estrange et le contexte de sa parution, le statut des omissions du traducteur, et enfin le travestissement des idées les plus fondamentales des ministres du Refuge.
Apologie pour les protestans est un exemple de la littérature réunioniste française. Composé anonymement par un réformé français, il paraît pour la première fois en Hollande en 1672, puis est réimprimé en 1680 et 1682 (ce ne sont pas toutefois de nouvelles éditions de l’ouvrage, mais des réimpressions de la première édition). Le tableau suivant propose une comparaison chapitre par chapitre de la version française et de la traduction de L’Estrange.

Anonyme, Apologie pour les Protestans… (1672, 1680, 1682) Roger L’Estrange, Apology for the protestants… (1681)
Avertissement To the Reader
Preface Ø
Témoignages Ø
Première Partie (pas de division en chapitres) Part I (en totalité)
Seconde Partie (pas de division en chapitres) Part II (en totalité)
Troisième Partie (Discipline) Part III
Chapitre 1, Des anciens Patriarchats ; … Evêque de Rome… Et quels Patriarches peuvent estre encore conservez & maintenus. Chapter 1, Of the Antient Patriarchats ... The Bishop of Rome... That Patriarchs may be yet conserved, and maintained.
Chapitre 2, Des Evêques & Archevêques… Chapter 2, Of Bishops and Archbishops...
Chapitre 3, Des Curez, Prestres, Diacres, Soudiacres, Lecteurs, Acolytes, Portiers, &c. Et de leurs functions. Ø
Chapitre 4, Des Monasteres, ou Maisons Religieuses… Chapter 3, Of monasteries and Religious Houses... (Omet les passages sur les taxes, les couvents de femmes et l’habit monacal).
Chapitre 5, De la defence du Mariage aux personnes Ecclesiastiques… Ø
Chapitre 6, De la decoration des Eglises. De l’usage des Orgues, & autres instrumens de Musique. Des Processions, Litanies, Chant des Pseaumes, & Hymnes Sacrez. Des inhumations, Oraisons funebres, & Anniversaires… Chapter 4, Of Adorning Churches ; The Use of Organs, and other Instruments of Musick ; Of Processions, Litanies, Singing of Psalms, and Sacred Hymns. Of Inhumations, or Burials, Funeral Orisons and Anniversaries...
Chapitre 7, Du Mauvais usage de la Confession auriculaire… Ø
Chapitre 8, Des diverses Observations inventées pour entretenir la superstition… Ø
Chapitre 9, Du Service Divin en Langue Latine. De la Lecture des Livres Sacrez du Vieux, & du Nouveau Testament ; & de la matière, & de la forme des Sermons… Administration des Sacrements… Heures Canonialles Chapter 5, Of Divine Service in the Latin Tongue. Of Reading the Books of the Old and New Testament. Rules to be observ’d in the Administration of the Sacraments. Of Canonical Hours. (Omet les passages sur les sermons).
Quatrième Partie (Doctrine) Part IV
Chapitre 1, Du terme nouveau de la Messe. De la Consubstantiation, & Transubstantiation. Du retranchement du Calice. Des Sacrificateurs du corps de Nostre Seigneur… Chapter 1, Of the new Term of the Mass. Of Consubstantiation and Transubstantiation. Of retrenching the Cup. Of the Sacrificing Priests of the Body of our Lord…
Chapitre 2, De l’Invocation des Saints. Des Prieres pour les morts. Du Purgatoire. Des Satisfactions humaines ; Et du Merite des Œuvres, &c. Chapter 2, Of the Invocation of Saints. Of Prayer for the Dead. Of Purgatory. Of Human Satisfactions, and the Merit of Works, &c.
Chapitre 3, De l’Election, & Reprobation ; & du Libre Arbitre de l’homme Chapter 3, Of Election and Reprobation, and of Free Will…
Chapitre 4, Application plus particuliere des choses contenues en cette Apologie : Avec des Reflexions Chrétiennes, Morales, & Politiques, sur l’estat present de l’Eglise... Ø
Chapitre 5, Conclusion de cette Apologie, par de tres humbles Remontrances, Supplications, & Requestes à la tres-Auguste, & Sacrée Majesté de nostre Invincible Monarque. Ø
Le Formulaire de la Consolation des Malades Ø
Table des Chapitres de cette Apologie Ø

Les deux premières parties de l’Apologie sont relativement générales et traitent des excès, de l’intolérance et des « innovations » de la religion catholique tout au long de l’histoire du christianisme. Les troisième et quatrième parties sont plus spécifiques et s’attaquent à certains points de discipline ecclésiastique et de doctrine que l’auteur souhaite voir disparaître, avant même de considérer une possible réunion. Il réclame tout simplement l’abandon de la presque totalité du dogme catholique, la transsubstantiation, le culte des saints et de la Vierge Marie, l’infaillibilité papale, la croyance au purgatoire. Il dispense ensuite ses conseils sur des questions allant de l’âge des évêques à l’utilisation des instruments de musique, en passant par les meilleures méthodes de jeûne et la redistribution de la richesse des monastères. On est ainsi en droit de douter qu’il propose véritablement des moyens « pratiques et raisonnables » de mettre en œuvre la réunion, comme il le prétend pourtant sur la page de titre de son ouvrage : les véritables « propositions » de réconciliation se résument finalement à une demi-douzaine de pages en milieu de volume [26].
Nous avons procédé à une comparaison paragraphe par paragraphe du volume de L’Estrange et de son original et constatons, une fois encore, que sa traduction est fidèle, ce qui ne l’empêche pas tout de même de prendre quelques libertés avec la lettre du texte. Par exemple, au début de sa seconde partie, l’auteur français mentionne les positions de Calvin, Bucer et Bèze sur les questions de discipline ecclésiastique [27]. En regard de sa traduction des arguments de Calvin, L’Estrange ajoute trois notes marginales : « Calvin against Parity in the Church », « Calvin for the English Hierarchy », « Calvin for the English Ceremonies and Common-Prayer, and that no other be used » [28]. Par conséquent, pour L’Estrange, Calvin n’est pas un simple défenseur de l’épiscopalisme : il devient le principal avocat des pratiques de l’Église anglicane. Autre exemple, dans le texte français, un passage d’une lettre de Calvin au duc de Somerset est ainsi cité : « quant à la forme des Prieres, & Ceremonies Ecclesiastiques, j’approuve fort qu’elle soit établie, comme la certaine forme dont il ne soit pas loisible aux Pasteurs de s’éloigner en l’exercice de leurs Charges ». L’Estrange traduit en ajoutant un élément crucial, « … I do highly approve of it, that they be established : And in such sort, that the Ministers may be legally obliged to make Use of them, and, no other, in the Exercise of their Charge » (nous soulignons) [29]. Par ce biais, L’Estrange rappelle certes que Calvin a validé les pratiques de l’anglicanisme, mais également que l’on se doit de faire respecter la discipline par la force des lois, ce qui n’est pas présent dans le texte original, mais rappelle à tous les lecteurs anglais combien il est nécessaire d’utiliser l’appareil légal contre les dissidents, un point, il va sans dire, très largement contesté dans les années 1680, mais que L’Estrange défendait depuis le début de sa carrière de polémiste dans les années 1660. Si ces ajouts au texte de l’Apologie ne sont cependant pas très fréquents, ils vont tous cependant dans un unique sens : la condamnation la plus féroce qui soit des dissidents anglais.
Il nous faut ensuite nous pencher sur le contexte de la composition de l’Apologie. La littérature unioniste, en France, au XVIIe siècle est généralement abordée selon trois principales phases [30]. La première période, qui s’achève en 1620, est liée à l’humanisme irénique et représentée par des hommes comme Isaac Casaubon et Marc-Antoine de Dominis que Jacques I accueille d’ailleurs à bras ouverts en Angleterre. La seconde période est dominée par les efforts de Richelieu pour convertir les protestants. Ces efforts se réclamaient de l’arminien néerlandais Hugo Grotius dont la collaboration avec les irénistes gallicans attira les foudres de certains protestants, comme Jean Daillé ou André Rivet. La méfiance des huguenots vis-à-vis de l’ouverture gallicane se cristallise autour de l’opposition à leur coreligionnaire Théophile Brachet de La Milletière qui fut excommunié en 1645 avant de rejoindre le clan catholique. Enfin, la dernière période, qui précéda directement la Révocation, correspond aux tentatives de soumission de Louis XIV, d’où une méfiance décuplée envers la littérature unioniste.
Prenons un seul exemple du climat français, chronologiquement très proche de l’Apologie [31]. En 1670 paraît à Saumur un petit ouvrage anonyme imprimé par René Péan, La Réunion du christianisme ou la manière de rejoindre tous les chrestiens sous une seule confession de foy. Il ne fallut guère de temps pour en attribuer la paternité à Isaac d’Huisseau, ministre à Saumur et auteur de la Discipline des Églises Réformées de France. Dans les mois qui suivirent, se déchaîna une véritable « Affaire d’Huisseau » à laquelle participèrent la plupart des plus éminents pasteurs et théologiens protestants : Tanneguy Lefèvre, Jacques Cappel, Pierre de Villemandy, Claude Pajon et Daniel Crespin prirent la défense de d’Huisseau ; Beaujardin, Etienne Gaussen et Pierre Jurieu le condamnèrent. D’Huisseau fut finalement excommunié par le consistoire de Saumur, sentence confirmée par le synode d’Anjou [32]. Ce n’est pas tant la proposition de réunion des Églises qui fut reprochée à d’Huisseau, même si certains la jugeaient totalement irréaliste, mais sa translation du cartésiasme philosophique en religion, qui proposait de définir quelques points fondamentaux sur lesquels tous les chrétiens pourraient s’accorder. Pour d’Huisseau, des différences en matière de liturgie ou de discipline ne conduire à des dissensions. On l’accusa donc d’être un crypto-catholique, de réduire toute forme de religion à quelques points de dogme, ce qui ne pouvait qu’entraîner indifférence et négligence du service divin. Enfin, on prononça les mots d’« Arminianisme » et de « Socinianisme » à son encontre, étant donné son refus de reconnaître que la Trinité ou les deux natures du Christ étaient des sujets sur lesquels tous les chrétiens pouvaient s’unir [33]. Pour Jurieu, d’Huisseau est un disciple de Hobbes dont les positions sur la tolérance signeraient la ruine de la chrétienté ; pour Richard Simon, si d’Huisseau n’avait pas été condamné aussi sévèrement, c’eût été la fin du calvinisme : « en sorte que si l’on n’avait usé de cette rigueur, c’en était fait du Calvinisme en France » [34].
L’affaire d’Huisseau, selon ses historiens comme Richard Stauffer, ne peut guère être étudiée indépendamment de l’esprit « latitudinaire » qui régnait à Saumur dans les années 1670, en particulier grâce à la coexistence pacifique entre protestants et catholiques et l’influence de Du Plessis-Mornay [35]. Cependant, même si la Réunion est née de ce climat théologique saumurien très particulier, sa féroce condamnation nous permet de juger de l’atmosphère qui régnait lors de la publication de l’original de Roger L’Estrange. Même si l’on ne possède aucun détail sur la réception de ce texte en France, il semble peu probable que les lecteurs aient ignoré qu’il se situait dans la lignée d’un d’Huisseau dont la mort, quelques mois avant la parution de l’Apologie en Hollande, avait ravivé la querelle sur l’union.
Pour les Anglais, les projets d’union étaient un sujet tout aussi brûlant que pour les Français, et d’autant plus dans les années 1678-1681 où le « complot papiste », suivi de la « Crise de l’Exclusion », avait ébranlé les consciences et polarisé le débat sur les distinctions entre catholiques et protestants. Le choix que fit L’Estrange de traduire un exemple de littérature unioniste en 1681 peut paraître, à première vue, surprenant. Alors même que L’Estrange était accusé de catholicisme et de collusion avec le pouvoir tyrannique des Stuart, il choisit de traduire une œuvre qui, au moins dans son titre, semble au contraire vouloir aller dans le sens de l’union. Dans la lutte contre la dissidence qu’il menait déjà depuis une vingtaine d’années selon les aléas de la politique Stuart, L’Estrange est amené à définir et redéfinir ses priorités : ici, il s’agit d’empêcher l’union des dissidents (des presbytériens modérés en particulier) avec l’Église anglicane, et d’encourager un possible rapprochement de celle-ci avec l’Église catholique.
Nous souhaitons avancer l’hypothèse que la nature même de l’original a poussé L’Estrange à prendre des risques. En effet, son auteur anonyme attaque non seulement les catholiques mais aussi les protestants les plus « rigides » que L’Estrange pouvait aisément identifier avec les dissidents anglais ; d’autre part, il propose non pas tant une réunion sur quelques points fondamentaux de doctrine, comme venait de le faire d’Huisseau, mais l’adoption d’un compromis qui existait déjà : le modèle anglican.
L’Apologie, revendique en plusieurs endroits son attachement au Calvinisme qui s’applique dans trois principaux domaines. En politique, l’auteur réitère l’attachement sans faille des protestants à Louis XIV ; en matière de discipline ecclésiastique, plus curieusement, il défend le modèle épiscopalien comme étant en accord avec les principes des grands réformateurs (un point, selon lui, dont se sont éloignés la majorité des protestants français) ; enfin, en termes de doctrine, il maintient une opposition au dogme catholique tout en s’opposant aux arminiens et aux luthériens sur la consubstantiation, la prédestination et la place des œuvres dans le salut. On peut ainsi dire que le traité exige des catholiques qu’ils abandonnent leurs plus grossières erreurs, mais des protestants qu’ils modèrent le zèle qui leur fait condamner en bloc les évêques, le célibat des prêtes et toute « aide » dans la dévotion. Tous les chrétiens devraient, au contraire, tenter de s’accorder sur l’office de médiateur du Christ, tout particulièrement parce que, les questions de discipline étant relatives, elles ne doivent jamais être une cause de schisme [36]. En un mot, l’auteur de l’Apologie est extrêmement virulent contre les « extrémistes » de son propre camp.
Ensuite, l’Apologie est une véritable défense du modèle anglican et c’est en ce sens qu’elle diffère peut-être le plus des ouvrages français de littérature unioniste. Par exemple, le système épiscopalien à l’Anglaise est loué à plusieurs reprises [37]. Lors de discussions sur les ordres mineurs, l’auteur déplore les « extrémités » du système français qui n’autorise que des anciens laïques et des diacres [38]. Enfin, il se fait un ardent défenseur des « aides » en donnant comme exemples précis les prières publiques et les cérémonies de l’Église anglicane (dont le signe de croix dans le baptême et la musique liturgique), parfait compromis entre Rome et Genève, et la pratique de recevoir la communion à genoux, comme en Allemagne (et non assis comme en Hollande ou debout comme en France) [39].
L’attachement de l’auteur à l’anglicanisme s’explique de trois façons : d’abord, il juge que la pratique réformée est trop « négligée » à son goût et qu’elle risque ainsi d’aliéner une partie des fidèles, les moins aguerris, ceux dont la foi est la plus chancelante. Il faut davantage de « cérémonies », mais aussi de formalisme, pour attirer l’attention des plus faibles, un argument conventionnel de la politique laudienne d’« embellissement » des lieux de cultes et de la liturgie dans les années 1630-1640. Deuxièmement, ceux qui s’opposent à ces cérémonies ignorent qu’elles ont été pratiquées dès les temps les plus anciens de l’Église chrétienne. Enfin, si tous les protestants adoptaient les pratiques de l’Église anglicane, alors l’« aversion » des catholiques à leur égard s’en trouverait nettement diminuée.
L’adoption par les huguenots de l’anglicanisme a déjà une longue histoire quand l’Apologie paraît et que L’Estrange la traduit. L’anglicanisme avaient très certainement ses défenseurs, dont les plus célèbres sont sans doute Pierre du Moulin père et fils, et, dans les années 1660, Jean Durel, le pasteur anglo-normand de l’Église de la Savoie dans le quartier de Westminster, Église rivale de celle de Threadneedle qui maintenait une discipline séparée [40]. Durel est entre autres l’auteur de A View of the Governement... Reformed Churches beyond the Sea (1662), le plus grand manifeste de l’« anglicanisme à la française » dont parle Bernard Cottret [41]. Cependant, il s’agit là d’une prise de position personnelle et les recherches se poursuivent sur l’adoption de l’anglicanisme par les exilés du Refuge britannique. L’auteur original de l’Apologie montre cependant l’intérêt qu’auraient tous les protestants à embrasser le modèle anglican, tandis que L’Estrange prétend, dans sa préface, que tous les protestants français sont de son avis : tous les deux exagèrent, simplifient, voire déforment à dessein la complexité et les nuances des courants qui traversaient le protestantisme français du XVIIe siècle, en particulier en périodes d’intensification des persécutions.
Si enfin nous nous penchons sur les choix de traduction de L’Estrange, on remarque que ses omissions sont de trois ordres. Certaines, notamment dans les chapitres 3 et 4 de la deuxième partie, ne sont pas particulièrement pertinentes. Il est relativement difficile de saisir les raisons pour lesquelles L’Estrange choisit, par exemple, de ne pas mentionner les paragraphes qui touchent à l’habit monacal. De façon plus problématique, L’Estrange omet le chapitre 8 de la troisième partie. Ce chapitre, dédié à ce que l’auteur français considère être les plus terribles aberrations de la religion romaine (pèlerinages, culte des reliques, canonisation de nouveaux saints) est certainement le plus virulent de tout l’ouvrage. La décision de L’Estrange d’omettre ces pages ressemble fort à la réticence d’un sympathisant catholique qui traduit un auteur protestant qu’il ne peut pourtant pas suivre lorsque la condamnation des erreurs de Rome devient outrancière. Finalement, les derniers chapitres de l’original sont systématiquement omis. Ils concernent tout d’abord un état général de la France (et les inconvénients économiques à ne pas autoriser les protestants à faire commerce), un appel à la nation française et à Louis XIV pour protéger ses sujets huguenots et mettre en place un « Conseil Œcuménique » indépendant de Rome chargé des applications pratiques de la réunion.
Dans sa préface, L’Estrange nous dit que « Pour le confort du lecteur, quatre ou cinq chapitres ont été omis qui, étant totalement étrangers au propos principal du Discours, n’auraient fait qu’augmenter inutilement la longueur du volume » [42]. Bien évidemment, les passages que L’Estrange feint de considérer comme des digressions inutiles sur l’état de la France sont absolument cruciaux dans l’économie de l’ouvrage original. L’Estrange ne supprime pas simplement des passages sans pertinence pour le lecteur anglais : il renonce à se prononcer sur la situation de la France et détache ainsi entièrement l’Apologie de son contexte. L’Estrange sent bien que la situation de la France en 1681 et celle de l’Angleterre dans laquelle les sujets craignent le retour d’un monarque catholique sont comparables. Il évite donc soigneusement tout commentaire sur les événements contemporains, mais, par contre, il conserve de nombreuses références à la France du XVIe siècle dans laquelle d’éminents huguenots qui jouissent de la confiance de leur roi sont massacrés par des fanatiques, les ancêtres des dissidents anglais. L’Estrange disculpe Louis XIV, préfère se concentrer sur Henri IV et attribuer ainsi la situation de l’Angleterre aux extrémistes politiques et religieux.
Si l’Apologie peut être lue comme un exemple de propagande huguenote, qui, à travers l’Europe, diffuse le mythe d’un loyalisme politique et d’une orthodoxie réformée, persécutée d’un côté par le fanatisme des catholiques et de l’autre par le zèle de protestants trop rigides, L’Estrange, en omettant les derniers chapitres, réduit l’impact politique de son original et en fait un panégyrique européen de l’anglicanisme. L’Estrange « anglicise » ainsi son volume tout en évitant de se mêler de la politique intérieure de Louis XIV. Condamner le roi, même très indirectement comme le fait son original, pour les persécutions grandissantes des protestants français, n’aurait fait que desservir la propagande de L’Estrange qui ne visait que la suppression pure et simple des dissidents britanniques avec l’aide des quelques huguenots épiscopaliens nommés à l’appui de son propos. Dans la préface qu’il ajoute au volume, par exemple, L’Estrange mentionne non pas Durel ou du Moulin, déjà bien connus pour leurs sympathies anglicanes, mais Étienne Le Moyne, Jean-Maximilien de Baux de L’Angle et surtout le célèbre pasteur de Charenton, Jean Claude. Cependant, comme je l’ai précédemment démontré, les contacts dont se prévaut L’Estrange sont uniquement de troisième main : ces auteurs avaient en fait écrit des missives à l’évêque de Londres, Henri Compton, pour soutenir l’Église officielle d’Angleterre contre les dissidents. Destinées à rester dans les papiers privés de l’évêque, ces lettres furent cependant transmises au latitudinaire Edward Stillingfleet qui les fit imprimer sans l’autorisation de leurs auteurs ; et c’est via Stillingfleet que L’Estrange a eu vent de ces possibles alliés. De plus, même si l’ouvrage de Stillingfleet, The Unreasonableness of Separation, eut un effet retentissant dans les milieux non-conformistes, il est difficile de juger de son impact exact sur un lectorat populaire. Les ouvrages nettement plus courts de L’Estrange et sa réputation assuraient au contraire une très large diffusion : c’est donc grâce à lui que les noms des huguenots peuvent circuler dans l’opinion publique et si les Français, nous l’avons vu, semblaient relativement mal informés des subtilités ecclésiastiques de l’Angleterre, les Anglais étaient, quant à eux, très largement ignorants des querelles internes du protestantisme français. On avait finalement peu de moyens de mettre en doute la parole de L’Estrange.
L’Estrange, le traducteur, a trouvé en son anonyme Apologie française un soutien à l’anglicanisme. Il la transformera en une critique de la dissidence anglaise alors que peu de choses dans son original touchaient directement la question des dissensions religieuses dans les Iles britanniques. Par l’insertion d’une préface explicite, le rappel çà et là dans le texte des bienfaits de la répression légale, l’apparente harmonie de tous les huguenots qu’il nomme comme étant des avocats de l’épiscopalisme, L’Estrange présente une image simpliste, voire fausse, du protestantisme français. Fort heureusement, sa traduction paraît avant le début de la dragonnade du Poitou de 1681, après laquelle il fut un peu plus difficile de louer la tolérance d’un monarque catholique envers ses sujets protestants. L’Estrange n’a en effet de cesse de montrer que la modération politique et religieuse des protestants s’accommodent parfaitement du catholicisme de leur monarque (et inversement), qu’une religion officielle qui propose des compromis en matière de doctrine permet de maintenir la paix et l’ordre dans la nation, que protestants et catholiques peuvent s’entendre au-delà des schismes fomentés par les dissidents du protestantisme, les pires ennemis de la foi.
Certes, son original lui a bel et bien fourni matière à disserter sur les bienfaits de l’anglicanisme. Cependant, en omettant tout élément de contexte, en supprimant les chapitres les plus critiques envers Louis XIV et les catholiques, en faisant passer ce texte pour une profession de foi huguenote, L’Estrange atteint le sommet de son art : commettre une traduction fidèle dont la portée et le sens vont pourtant à l’encontre de ceux de son original. La propagande Stuart passe par une savante manipulation du lectorat anglais qui n’a guère le pouvoir de saisir la complexité de la situation étrangère autrement que par les nouvelles savamment choisies par le pouvoir officiel ou les traductions autorisées par le censeur L’Estrange. Il faudra attendre des mois, voire des années, avant que les Whigs ne dénoncent ouvertement, dans leurs propres journaux, ces tentatives de récupération des huguenots et que Louis XIV démontre à toute l’Angleterre combien l’on peut attendre de tolérance envers les sujets de la religion prétendue réformée.


 

[1] Pour une synthèse précise et complète de la carrière de L’Estrange voir l’article de Harold Love, « Roger L’Estrange », dans H.C.G. Matthew and Brian Harrison (dir.), Oxford Dictionary of National Biography (Oxford, 2004).

[2] Voir Anne Dunan-Page, « Roger L’Estrange and the Huguenots : Protestantism and the Church of England », dans Anne Dunan-Page et Beth Lynch (eds), Roger L’Estrange and the Making of Restoration Culture (Aldershot, 2008, à paraître).

[3] Histoire de la Conspiration d’Angleterre, traduite de l’Anglois du Sieur L’Estrange par L.D.L.F. (Londres, 1679), sig. a2r (notre traduction).

[4] Le Non-Conformiste anglois (Londres, 1683), sig. A2r°-v°.

[5] Voir George Kitchin, Sir Roger L’Estrange : A Contribution to the History of the Press in the Seventeenth Century (Londres, 1913), pp. 240-48.

[6] History of the Plot (Londres, 1679) A2v°.

[7] Ibid.

[8] Ibid., sig. A2r°.

[9] Ibid., sig. A2v°.

[10] Histoire de la Conspiration d’Angleterre (Londres, 1679), sig. A6r°.

[11] Ibid. sig. A6v°.

[12] Ibid., sig. A5r°.

[13] Ibid., sig. a6r°.

[14] Ibid., sig. a2r°.

[15] Voir le Calendar of State Papers, Domestic, 1680-81, pp. 571, 583-84, 588-89.

[16] Ce court opuscule de quatre pages, imprimé pour le compte du dissident Langley Curtis, est purement satirique et n’a que peu de ressemblances avec les ouvrages de L’Estrange. Il s’agit de 24 citations tirées des ouvrages de L’Estrange, assorties de courts commentaires.

[17] The Assenters Sayings, published in their own Words, Londres, 1681, sig. A2v°, notre traduction.

[18] The Dissenter’s Sayings, sig. A2r°-A3v°.

[19] The Dissenters Sayings, sig. A3r°-a4r°.

[20] Le Non-Conformiste Anglois, sig. A1r°.

[21] Ibid., sig. A2v°.

[22] Ibid., sig. A3r°.

[23] Ibid., sig. A3v°-br°.

[24] Line Cottegnies, « ‘The Art of Schooling Mankind’ : The Uses of the Fable in Sir Roger L’Estrange’s Aesop’s Fables (1692) » dans Anne Dunan-Page et Beth Lynch (eds), Roger L’Estrange.

[25] Voir Dunan-Page, « Roger L’Estrange », Ibid.

[26] Apologie pour les Protestans (Amsterdam, 1672), pp. 405-10. Ci-après citée Apologie.

[27] Apologie, pp. 45–47.

[28] Ibid., p. 24.

[29] Ibid.

[30] Nous reprenons ici les catégories de Jacques Solé, Le Débat entre protestants et catholiques français de 1598 à 1685, 4 vols (Lille : Atelier National de Reproduction des Thèses ; Paris : Aux Amateurs de Livres, 1985), vol. 1, pp. 357-406.

[31] Nous tenons à remercier Hubert Bost pour nous avoir conduite sur la piste de d’Huisseau.

[32] Richard Stauffer, L’Affaire d’Huisseau : Une controverse protestante au sujet de la reunion des Chrétiens (1670–1671) (Paris, 1969).

[33] Pour d’Huisseau et l’Arminianisme, voir Soman, « Arminianism in France : The d’Huisseau Incident », Journal of the History of Idea 31 (1967), p. 598. Pour Jurieu, la méthode de d’Huisseau est « entièrement socinienne » (Examen du livre de La reunion du christianisme, cité par Stauffer, p. 47). Sur ce point voir Hubert Bost, Pierre Bayle (Paris, 2006), pp. 168-69, notre traduction).

[34] Richard Simon, Lettres Choisies, cité par Paul Hazard, La Crise de la conscience européenne (1935 ; Paris, 1961), p. 87.

[35] Stauffer, pp. 65-67.

[36] Apology for the protestants (Londres, 1681), pp. 72-73, 467, 510-11. Ci-après cité Apology.

[37] Apologie, pp. 68, 148. Pour l’identité de l’Église anglicane comme « réformée en matière de doctrine, mais épiscopalienne en matière de gouvernement », voir John Spurr, The Restoration Church of England (New Haven et Londres, 1991), pp. 105-65 (citation p. 131, notre traduction).

[38] Apologie, pp. 69-70.

[39] Ibid., pp. 47, 286-87, 290-91, 293, 357-59.

[40] Voir John McDonnell Hintermaier, « Rewriting the Church of England : Jean Durel, Foreign protestants and the polemics of Restoration Conformity », dans Randolph Vigne et Charles Littleton (dir.), From Strangers to Citizens : The Integration of Immigrant Communities in Britain, Ireland and Colonial America, 1550-1750 (Brighton, 2004) pp. 353-58.

[41] Voir la traduction anglaise révisée de Bernard Cottret, The Huguenots in England : Immigration and Settlement, c. 1550-1700, trad. Peregrine and Adriana Stevenson (Cambridge, 1991), pp. 172 et suivantes.

[42] Apology, sig. A4v°, notre traduction.


 

Pour citer cet article :

Anne Dunan-Page

, « Roger L’Estrange, les Français et la presse : traductions et propagande anglicane, 1678-1681 », dans la revue électronique « Cahiers d’Études du Religieux - Recherches interdisciplinaires » (ISSN 1760-5776) du Centre Interdisciplinaire d’Étude du Religieux, [http://www.msh-m.org/cier/], date de parution : le mardi 25 mars 2008.


 

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